samedi 7 décembre 2013

Le pape François et la joie

Le pape François et la joie :

Sur mon dernier blogue, je vous ai dit que je me découvrais des affinités avec notre cher pape François, sur le plan de la spiritualité; et je vous ai alors donné un exemple. Voici maintenant un autre exemple, et non le moindre : l’importance de la joie chrétienne, dans la spiritualité du pape. Vous êtes probablement au courant que le pape François a écrit et publié ces jours-ci, son premier grand document officiel, en tant que pape. Il s’agit d’une exhortation apostolique, intitulée : La joie de l’Évangile (pour lire ce magnifique document, veuillez cliquer sur le lien suivant : Evangelii Gaudium  : Exhortation Apostolique post-synodale sur l'annonce de l'Évangile dans le monde actuel ).

Or, si vous lisez mon blogue depuis le début de son existence, vous savez à quel point le thème de la joie est important pour moi. Le titre même que j’ai donné à ce blogue, en est une preuve évidente. Voici deux textes de notre pape, qui atteste de l’importance qu’il accorde à la joie. Le premier texte est un résumé de l’homélie que le pape François a prononcée le 3 décembre dernier, à la chapelle de la résidence Sainte-Marthe, où le pape habite. Le deuxième texte consiste en des extraits de l’exhortation apostolique publiée ces jours-ci.

Extraits de l'homélie prononcée à la chapelle de la résidence Sainte-Marthe: 
On ne peut pas penser à une Église sans joie, car Jésus, son époux, était plein de joie. Tous les chrétiens doivent donc vivre avec la même joie dans le cœur et la communiquer jusqu’aux extrêmes confins du monde. Tel est, en synthèse, le sens de la réflexion proposée par le Pape François ce matin, mardi 3 décembre, dans l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle de Sainte-Marthe en la mémoire du grand évangélisateur François-Xavier.

« La parole de Dieu nous parle aujourd’hui de paix et de joie. Isaïe, dans sa prophétie (11, 1-10), nous dit comment seront les jours du Messie. Ce seront des jours de paix». Car, a-t-il expliqué, Jésus apportera la paix entre nous et Dieu, et la paix parmi nous. La paix que nous désirons tous est donc celle qu’apporte le Messie. 

L’Évangile de Luc (10, 21-24)  proclamé au cours de la liturgie aide à comprendre quelque chose de plus sur Jésus. Nous pouvons entrevoir un peu l’âme de Jésus, le cœur de Jésus. Un cœur joyeux. Nous sommes en effet habitués à penser à Jésus pendant qu’il prêche, pendant qu’il guérit, pendant qu’il va sur les routes parler aux gens, ou quand il monte sur la croix. Mais nous ne sommes pas tellement habitués à penser à Jésus souriant, joyeux. Jésus était plein de joie.  Une joie qui dérive de son intimité avec le Père. Et c’est précisément de cette relation avec le Père dans le Saint-Esprit que naît la joie intérieure de Jésus.  Cette joie, a ajouté le Saint-Père, qu’«il nous donne. Et cette joie est la paix véritable. Ce n’est pas une paix statique, calme, tranquille: la paix chrétienne est une paix joyeuse, car Jésus est joyeux, Dieu est joyeux.

Dans la prière au début de la Messe nous avons demandé la grâce de la ferveur missionnaire pour que l’Église se réjouisse avec de nouveaux fils.  On ne peut pas penser à une Église sans joie, car Jésus a voulu que son épouse, l’Église, soit joyeuse. Et la joie de l’Église est précisément d’annoncer le nom de Jésus, pour pouvoir dire: «Mon époux est le Seigneur, est  Dieu» qui nous sauve et nous accompagne».

Dans cette joie d’épouse, l’Église devient mère. Paul VI disait: «la joie de l’Église est précisément d’évangéliser et de transmettre cette joie à ses enfants».

Ainsi, nous comprenons que la paix dont nous parle Isaïe, est une paix de joie, une paix de louange, une paix, disons, bruyante dans la louange. Une paix féconde dans la maternité de nouveaux enfants, une paix qui vient précisément de la joie de la louange à la Trinité et dans l’évangélisation, c’est-à-dire en allant dire aux peuples qui est Jésus.

Paix et joie, donc. Toujours la joie, car elle dérive d’une déclaration dogmatique de Jésus qui dit: « tu as décidé ainsi, de te révéler non aux sages mais aux petits ». Même dans les choses aussi sérieuses que celle-ci, Jésus est joyeux. Ainsi, l’Église aussi doit être joyeuse. Toujours, même pendant la période de son veuvage, elle est joyeuse dans l’espérance. Prions pour que le Seigneur nous donne à tous cette joie ».  (Tiré de L'Osservatore Romano, du 5 décembre 2013)

Extraits de l'exhortation apostolique: Evangelii Gaudium  (La joie de l'Évangile): 

1. La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années.

2. Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité.

5. L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. Quelques exemples suffisent : « Réjouis-toi » est le salut de l’ange à Marie (Lc 1, 28). La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41). Dans son cantique, Marie proclame : «Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur» (Lc 1, 47). Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29). Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint » (Lc 10, 21). Son message est source de joie : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). Notre joie chrétienne jaillit de la source de son cœur débordant. Il promet aux disciples : « Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn 16, 20). Et il insiste : « Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera (Jn 16, 22). Par la suite, les disciples, le voyant ressuscité « furent remplis de joie » (Jn 20, 20). Le Livre des Actes des Apôtres raconte que dans la première communauté ils prenaient « leur nourriture avec allégresse » (Ac 2, 46). Là où les disciples passaient « la joie fut vive » (8, 8), et eux, dans les persécutions « étaient remplis de joie » (13, 52). Un eunuque, qui venait d’être baptisé, poursuivit son chemin tout joyeux » (8, 39), et le gardien de prison « se réjouit avec tous les siens d’avoir cru en Dieu » (16, 34). Pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie ?





mercredi 4 décembre 2013

Le pape François et le regard de Jésus

Le pape François et le regard de Jésus
Chers amis, plus je connais le pape François, plus je me découvre des affinités avec lui, sur le plan de la spiritualité. Le regard de Jésus est un des thèmes qui revient souvent dans la prédication de notre pape. Il est clair que le pape François a appris à vivre sous le regard amoureux et vivifiant de Jésus. Et l’évêque de Rome nous invite tous à vivre notre vie sous ce regard.
Voici deux occasions où le Saint-Père a parlé clairement du regard de Jésus: d'abord une vidéo et ensuite un extrait d'homélie.  
► 3:35 www.youtube.com/watch?v=0cJMbh00-Qk
Cette vidéo que vous venez de voir, a été filmée de 21 septembre dernier, en la fête de l'apôtre saint Matthieu. Ce jour de l'année est d'une importance capitale pour notre pape; il lui rappelle le jour où Jésus l'a regardé d'une façon tout à fait spéciale et l'a appelé à devenir prêtre (1).

Quant aux lignes que vous pourrez lire à l’instant, elles sont tirées d’une homélie que le pape a prononcée le 1er décembre dernier, alors qu’il visitait la paroisse Saint-Cyrille d’Alexandrie, dans le secteur est du diocèse de Rome, pour le premier dimanche de l’Avent. Après avoir rencontré des malades et divers groupes de la paroisse, le pape a célébré la messe, au cours de laquelle il a administré le sacrement de la confirmation à neuf jeunes garçons (cf. Zenit du 1er décembre 2013). Voici quelques courts extraits de l’homélie prononcée en ce jour :
« Dans la première lecture, nous avons entendu que le prophète Isaïe nous parle d’une marche, et dit qu’à la fin de cette marche, la montagne du Temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes. Et cela, pour nous dire que notre vie est une marche : nous devons passer par cette marche pour arriver  à la montagne du Seigneur, à la rencontre avec Jésus. La chose la plus importante qui puisse arriver à une personne est de rencontrer Jésus : cette rencontre avec Jésus qui nous aime, qui nous a sauvés, qui a donné sa vie pour nous. Rencontrer Jésus. Et nous marchons pour rencontrer Jésus.  …
Le propre du chrétien est de toujours rencontrer Jésus, se laisser regarder par Jésus, car Jésus nous regarde avec amour, nous aime tant, nous aime vraiment et nous regarde toujours. Rencontrer Jésus c’est aussi vous laisser regarder par Lui.     …
Nous rencontrons toujours Jésus. Et nous avançons dans la vie comme cela, comme dit le prophète, vers la montagne, jusqu’au jour où il y aura la rencontre définitive, où nous pourrons voir ce si beau regard de Jésus, si beau. »
Cette insistance sur le regard de Jésus, ne peut que me ramener de cœur et de pensée, à mon testament spirituel, intitulé : Les Yeux de l’Amour. Si jamais vous n’aviez pas encore visionné ce testament, je vous invite à le faire, en cliquant sur le lien suivant :
► 14:58► 14:58  www.youtube.com/watch?v=C4hTSQkji7o


Voici les derniers mots de la vidéo du pape :

« Nous tous, nous nous trouverons face à ce regard, ce regard merveilleux. Et nous avançons dans la vie, avec la certitude qu'Il nous regarde. Et Lui aussi, Il attend de pouvoir nous regarder en permanence. Cet ultime regard de Jésus sur notre vie, sera pour toujours; il sera éternel. Je demande à tous ces saints qui ont été regardés par Jésus, de nous préparer à nous laisser regarder au long de nos vies, et de nous préparer aussi à cet ultime et premier regard de Jésus. »

Dans la conclusion de mon testament spirituel, je dis ceci :

«  Ma seule raison de vivre est que j'ai un jour rencontré les Yeux de l'Amour, comme dans un miroir et non face à face, comme dirait saint Paul (1Cor 13,12). Et cela me suffit. Je ne vis plus maintenant que dans l'espérance de voir face à face les Yeux de l'Amour. »

(1) Voir au besoin, le texte ci-dessous, mis sur mon blogue (vous n'avez qu'à cliquer sur les mots en couleur).

Dieu ma joie: 21 septembre: Fête de saint Matthieu






dimanche 1 décembre 2013

" Le démantèlement "

« Le démantèlement »

J’aime beaucoup le cinéma. Je suis allé voir dernièrement, le film du réalisateur québécois Sébastien Pilote, intitulé : «  Le démantèlement ». Il est bon de savoir que Sébastien Pilote a aussi écrit le scénario du film. Quels talents !
 
Voici la critique du film que j'ai faite parvenir au site internet: Cinéma Montréal :

Très bon film. En lisant les critiques faites par les gens qui écrivent sur ce site, je constate que plusieurs se plaignent du rythme lent du film et des longueurs. Mais c'est justement pour cela que le film est si puissant. Il a voulu montrer le côté ardu, monotone et pourtant très beau, de la vie ordinaire et quotidienne. Voir cet homme si fidèle à son travail, et si passionné, ne peut que faire en sorte qu'on s'attache à lui. On admirera d'autant plus cet homme, à la fin du film, lorsqu'il se sacrifiera par amour pour ses enfants. Certains jugent cet amour démesuré, illogique, et déplacé; pour ma part, je considère que ce film nous montre la beauté et la grandeur de l'amour parental.
9/10simguy51@ - 3 critiques
25.11.2013 - âge: 50+

samedi 30 novembre 2013

Le pape François et la charte

Le pape François et la charte

Le titre donné à ce texte, a dû vous intriguer. C’est comme si j’insinuais que le pape ait commenté les événements politiques récents au Québec. Il n’en n’est rien. Mais je suis toujours étonné de voir comment les événements dans le monde, s’entrecroisent et s’éclairent les uns les autres. Je ne serais pas très surpris que le pape soit au courant de ce qui se passe au Québec en ce moment, et qu’il prie pour cela. Ne reçoit-il pas régulièrement la visite du cardinal Marc Ouellet (cardinal québécois, préfet de la Congrégation pour les  évêques)?

Quoi qu’il en soit, le pape François a tenu des propos ces jours-ci, qui peuvent nous aider dans notre discernement sur la charte déposée il y a quelques jours, comme projet de loi,  au Québec. Dans un discours que le Saint-Père a tenu il y a deux jours (le 28 novembre) devant l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, nous trouvons des principes importants sur la façon de considérer les religions dans la société. Ce discours, actuellement, n’existe dans son entier qu’en italien, sur internet. J’ai vécu neuf ans à Rome, je connais assez bien l’italien. Je vais traduire pour vous, dans son entièreté, ce discours que je juge très pertinent pour nous en ce moment au Québec. 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AUX PARTICIPANTS DE LA PLÉNIÈRE DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX
 Salle Clémentine, jeudi, le 28 novembre 2013  

Messieurs les Cardinaux, 

chers frères dans l’Épiscopat,

chers frères et sœurs, 
Avant tout, je m’excuse pour le retard. Les audiences ont été retardées. Je vous remercie pour votre patience. Je suis heureux de vous rencontrer dans le contexte de votre Session Plénière. J’adresse à chacun de vous la plus cordiale bienvenue et je remercie le Cardinal Jean-Louis Tauran pour les paroles qu’il m’a adressées en votre nom.  

L’Église catholique est consciente de la valeur que revêt la promotion de l’amitié et du respect entre les hommes et les femmes de diverses traditions religieuses. Nous en comprenons toujours plus l’importance, soit parce que le monde est, en quelque sorte, devenu plus petit, soit parce que le phénomène des migrations augmente les contacts entre personnes et communautés de tradition, culture, et religion différentes. Cette réalité interpelle notre conscience de chrétiens et constitue un défi pour la compréhension de la foi et pour la vie concrète des Églises locales, des paroisses et des très nombreux croyants. 

Il en résulte que le thème choisi pour votre rassemblement, est de particulière actualité : « Membres de différentes traditions religieuses dans la société ». Comme je l’ai affirmé dans l’Exhortation Evangelii gaudium (l’Évangile de la joie), « une attitude d’ouverture dans la vérité et dans l’amour, doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes, malgré les vrais obstacles et les difficultés, en particulier les fondamentalismes qui se retrouvent dans les deux camps » (n. 250). En effet, il ne manque pas dans le monde de contextes où le vivre ensemble est difficile : souvent des motifs politiques et économiques se superposent aux différences culturelles et religieuses, levant aussi le voile sur des incompréhensions et des erreurs du passé. Tout cela risque d’engendrer de la méfiance et de la peur. Il n’existe qu’une seule voie pour vaincre cette peur, c’est celle du dialogue, de la rencontre, sous le signe de l’amitié et du respect. Quand on marche en cette voie, le chemin est humain.

Dialoguer ne signifie pas renoncer à la propre identité lorsqu'on va à la rencontre de l’autre, et encore moins, céder à des compromis sur la foi et la morale chrétiennes. Au contraire, « la vraie ouverture implique de se maintenir ferme dans les convictions personnelles les plus profondes, grâce à une identité claire et joyeuse » (ibid, n. 251), et ainsi être ouvert pour comprendre les raisons de l’autre, et être capable de relations humaines respectueuses, dans la conviction que la rencontre de qui est différent de moi, peut être l’occasion d’une croissance dans la fraternité, d’un enrichissement et d’un témoignage. C’est pour cela que dialogue interreligieux et évangélisation ne s’excluent pas, mais s’alimentent réciproquement. Nous n’imposons rien, nous n’usons d’aucune stratégie sournoise pour attirer des fidèles, mais au contraire, nous témoignons avec joie et simplicité de ce que nous croyons et de ce que nous sommes. En effet, une rencontre dans laquelle chaque personne mettrait de côté ce en quoi elle croit, en faisant semblant de renoncer à ce qu’elle a de plus cher, ne serait certainement pas une rencontre authentique. Dans un tel cas, on pourrait parler de semblant de fraternité. En tant que disciples de Jésus, nous devons nous efforcer de vaincre la peur, toujours prêts à faire le premier pas, sans nous laisser décourager par les difficultés et les incompréhensions.

Le dialogue constructif entre personnes de diverses traditions religieuses, sert aussi à surmonter une autre peur, que nous rencontrons malheureusement de plus en plus, dans les sociétés fortement sécularisées: la peur envers les diverses traditions religieuses et la peur envers la dimension religieuse en tant que telle. La religion est perçue comme quelque chose d’inutile et même plus, comme quelque chose de dangereux. Parfois on s’attend à ce que les chrétiens renoncent à leurs propres convictions religieuses et morales, dans l’exercice de leur profession (cfr Benoît XVI, Discours au Corps Diplomatique, 10 janvier 2011). Est répandue la pensée selon laquelle la convivence ne serait possible qu’en cachant la propre appartenance religieuse, et en se rencontrant dans une sorte d’espace neutre, privé de référence à la transcendance. Mais encore là : comment serait-il possible de créer de vraies relations, de construire une société qui soit vraiment une demeure commune, en imposant aux gens de mettre de côté ce qu’ils  considèrent comme étant la partie le plus intime de leur être? Il n’est pas possible de penser à une « fraternité de laboratoire ». Il est certainement nécessaire que tout se passe dans le respect des convictions de l’autre, aussi de celui qui ne croit pas, mais nous devons avoir le courage et la patience de nous rencontrer avec ce que nous sommes. Le futur réside dans le vivre ensemble respectueux de la diversité, et non pas dans l’homologation d’une pensée unique théoriquement neutre. Nous avons vu à travers l’histoire, la tragédie des pensées uniques. La reconnaissance du droit fondamental à la liberté religieuse, dans toutes ses dimensions, est par conséquent indispensable. Sur ce point, le Magistère de l’Église s’est exprimé avec grande conviction, durant les dernières décennies. Nous sommes convaincus que c’est par ce chemin que passe l’édification de la paix dans le monde.

Je remercie le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, pour le précieux service qu’il rend, et j’invoque sur chacun de vous, l’abondance de la bénédiction du Seigneur. Merci.

Bonus :
Le cardinal Stanislas Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs, de passage à Paris, est intervenu le 16 novembre dernier, lors du 26ème  Colloque national des juristes catholiques, sur le thème « Le Mariage en questions ». Voici quelques extraits de l’allocution qu’il a donnée à cette occasion.  

« Face aux graves défis de la postmodernité, nous, chrétiens, nous ne pouvons pas rester indifférents, ni nous taire ! A notre époque, le message de l’Exhortation apostolique Christifideles laici a acquis un caractère d’une urgence particulière : « Des situations nouvelles, dans l’Eglise comme dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd’hui, de façon toute particulière, l’action des fidèles laïcs. S’il a toujours été inadmissible de s’en désintéresser, présentement c’est plus répréhensible que jamais. Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire ».[2] Aujourd’hui, tout spécialement, une présence visible et incisive des chrétiens est nécessaire dans la vie publique, avec l’audace d’être vraiment un “ levain évangélique ”, le “ sel ” et la “ lumière ” du monde, en étant guidés par l’Évangile et par la Doctrine sociale de l’Église.  …
A notre époque, la culture dominante enferme la foi dans le domaine strictement privé, éliminant Dieu de la sphère publique. Nous assistons à une véritable “ christianophobie ” et à un dangereux fondamentalisme laïciste. Dans les démocraties occidentales, là où l’on parle de tant de tolérance, la liberté religieuse est même sérieusement menacée. Le pape Benoît XVI a parlé d’une périlleuse expansion de ce qu’on appelle la “ tolérance négative ” qui, pour ne pas importuner les non-croyants ou les autres croyants, élimine tous les symboles religieux de la vie publique. Ainsi - paradoxalement - au nom de la tolérance, on abolit la tolérance elle-même.[4] Une telle situation requiert indéniablement des fidèles laïcs le courage d’aller à contre-courant et d’être dans le monde un “signe de contradiction”. En outre, elle les sollicite à sortir des sacristies et du cadre des discours internes à l’Église, en devenant des témoins persuasifs de l’Évangile au cœur du monde. Il est vrai que, dans la société occidentale, nous, les chrétiens, nous sommes une minorité. Toutefois, le vrai problème n’est pas là. Le sel est “minoritaire” dans la nourriture, mais il lui donne son goût ; le levain est “minoritaire” dans la pâte, mais il la fait fermenter. Notre vrai problème consiste à ne pas devenir insignifiants, “insipides”, à ne pas perdre la “saveur évangélique”... L’antique auteur de la Lettre à Diognète disait : « /Les chrétiens / sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel /.../ En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde... ».
Rencontrant des membres du Sénat et de l’Assemblée nationale de la République française, le pape François a tenu à réaffirmer que « le principe de laïcité qui gouverne les relations entre l’Etat français et les différentes confessions religieuses ne doit pas signifier en soi une hostilité à la réalité religieuse, ou une exclusion des religions du champ social et des débats qui l’animent. …  
Aujourd’hui la “liberté du faire” – disait le pape Benoît XVI, commentant l’intéressante étude du Grand rabbin de France, Gilles Bernheim – est en train de se commuer en une “liberté de se faire soi-même”, d’une manière complètement arbitraire, sans tenir compte de la loi que le Dieu Créateur a inscrit dans la nature de l’être humain (la loi naturelle!).[7] Les nouvelles lois sur le mariage et la famille, promulguées par de nombreux Parlements, en sont une preuve éclatante.
Comme chrétiens, en cette époque, nous sommes donc appelés tout particulièrement à être les gardiens de l’être humain, de sa dignité et de ses droits inaliénables. Mais pour accomplir une mission si haute et si importante, nous devons avoir un concept très clair de notre identité de disciples du Christ. Cette conscience est aujourd’hui loin d’être acquise, car elle est souvent chargée de problèmes. Le relativisme et la “pensée faible” engendrent des personnalités fragiles, fragmentées et incohérentes. Les modèles de vie imposés par la culture dominante sèment partout l’égarement et la confusion, même parmi les baptisés. Le cadre “identitaire” du chrétien moyen devient toujours davantage le résultat d’un ensemble de choix arbitraires et commodes. Le pape François dénonce souvent ce danger et parle fréquemment de chrétiens “endormis”, de chrétiens “à temps partiel”, de chrétiens “que de nom”... alors que le monde d’aujourd’hui a besoin de vrais chrétiens mûrs, qui soient d’authentiques témoins du Christ et de son Evangile. En d’autres termes, il a besoin de chrétiens qui vivent à fond la réalité du Baptême reçu. La question de l’identité des baptisés tenait particulièrement à cœur aux Pères de l’Eglise. Saint Léon le Grand exhortait ainsi ses fidèles : « Chrétien, reconnais ta dignité » ; à son tour saint Ignace d’Antioche réaffirmait : « Il ne suffit pas d’être appelés chrétiens, il faut l’être vraiment... ».  …
Vivre à fond l’identité chrétienne signifie surtout décider de mettre Dieu au centre de sa vie. Il ne s’agit pas d’un Dieu quelconque, mais de ce Dieu qui s’est révélé dans le visage de Jésus-Christ.  …
En ce temps de grave crise qui bouleverse le monde et qui n’est pas seulement une crise économique et financière, mais surtout une crise anthropologique, un chrétien court facilement le risque de sombrer dans l’amertume de la déception, de se laisser aller au découragement ou encore de développer une vision apocalyptique et catastrophique de l’histoire. Les changements profonds que connaît notre monde mettent à dure épreuve nos  certitudes de toujours et même notre foi. De fait, l’espérance de beaucoup de nos contemporains commence à vaciller ! Face à une telle situation, les chrétiens se voient confier une tâche extrêmement urgente : être des témoins crédibles de l’espérance. Le pape François nous a encouragés à maintes reprises à ce sujet : « Ne vous laissez pas voler l’espérance ! ». En outre, il nous a demandé de « lire la réalité, mais aussi (de) vivre cette réalité, sans peurs, sans fuites, et sans catastrophismes. Toute crise – a expliqué le Saint-Père - même la crise actuelle, est un passage, le travail d’un accouchement qui comporte peine, difficulté, souffrance, mais qui porte en lui l’horizon de la vie, d’un renouvellement, qui porte la force de l’espérance /.../ La crise peut devenir un moment de purification, pour revoir nos modèles économiques et sociaux et une certaine conception du progrès qui a nourri nos illusions, pour récupérer l’humain dans toutes ses dimensions ».[11]

[2] Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici, n° 3.                    
[4] Cf. Benoît XVI, Luce del mondo. Il Papa, la Chiesa e i segni dei tempi. Una conversazione con Peter Seewald, Libreria Editrice Vaticana 2010, p. 82.
[7] Cf. Benoît XVI, Discours pour la présentation des vœux de Noël à la Curie romaine, 21 décembre 2012.
[11] François, Discours durant la rencontre avec le monde de la culture dans l’Aula Magna de la Faculté Pontificale Théologique de la Sardaigne à Cagliari, 22 septembre 2013.


vendredi 29 novembre 2013

Notre pape n'est pas " politically correct "

Notre pape n’est pas « politically correct »

Je pense que nous connaissons tous l’expression « politically correct ». Le dictionnaire Larousse nous dit que « le mouvement Politically Correct » cherche a établir un nouveau code éthique, bannissant du vocabulaire tout élément discriminatoire. Les termes ou les allusions susceptibles d’offenser certaines parties de la population, doivent être évités. Ce phénomène a pris naissance aux États-Unis au début des années 1970; il est apparu en Grande Bretagne dans les années 1980. Ainsi, on préférera American Native à American Indian, Inuit à Eskimo, differently able à disabled, visually impaired à blind. ». Il s’agit donc de tout faire pour n’offenser personne, pour que notre langage contribue à ne discriminer personne. Et cela peut aller très loin dans la volonté de ne condamner aucun comportement. Par exemple, le fait d’avoir changé le mot « avortement » par les mots « interruption volontaire de grossesse », relève directement du PC (politically correct). Autrement dit, on ne veut plus appeler un chat un chat, ou un chien un chien.

Or le moins que l’on puisse dire, c’est que le pape François ne se soucie guère de cette nouvelle tendance ou de ce « nouveau code éthique », comme le définit le Larousse. Il n’a pas peur d’appeler un chat un chat; et un chien un chien. Comme vous le savez probablement, le pape a choisi comme lieu de résidence permanente, la Maison Sainte-Marthe, où il logeait durant le dernier conclave. Chaque jour, le pape célèbre la messe dans cette maison, à 7hres du matin, devant des fidèles ou divers groupes. C’est lors de ces eucharisties quotidiennes, que notre cher pape semble le moins se préoccuper du langage « politically correct ». À au moins deux reprises, le pape a fait allusion aux chrétiens " corrompus ". Or ce qui est intéressant, c’est la description qu’il fait de ceux qu’il appelle « les corrompus ». Lundi matin, le 3 juin, le pape a décrit trois catégories de chrétiens : les pécheurs, les corrompus et les saints. C’est en partant de l’évangile de ce jour-là, qui rapportait la parabole de Jésus sur les vignerons homicides, que le Saint-Père a fait cette distinction. Ce jour-là, le pape ne s’est pas beaucoup attardé à décrire les « pécheurs » car, a-t-il dit, nous savons très bien ce qu’est un pécheur, puisque nous le sommes tous. Voici ses propres mots, à ce sujet : « Nous nous connaissons de l’intérieur; nous savons ce qu’est un pécheur. Et si quelqu’un parmi vous n’a pas ce sentiment, qu’il aille pour une consultation chez un médecin spirituel, parce que quelque chose ne tourne pas rond ».

Le pape s’est ensuite attardé à décrire ceux qu’il appelle « les corrompus » :

« La parabole cependant nous parle d’un autre profil de chrétien, de ceux qui veulent s’emparer de la vigne et ont perdu le rapport avec le Patron de la vigne. Un Patron qui  nous a appelés avec amour, nous protège, et qui nous donne la liberté. Ces personnes se sont senties fortes, autonomes de Dieu. Les corrompus se sont cimentés dans le péché. Petit à petit, ils ont glissé dans cette autonomie, l’autonomie dans le rapport avec Dieu, pensant ne pas avoir besoin de ce Patron qui pourrait nous déranger. Ceux-là sont les corrompus, ceux qui étaient des pécheurs comme nous tous, mais qui ont fait un pas de plus, comme s’ils s’étaient cimentés vraiment dans le péché: ils n’ont pas besoin de Dieu! Mais ce n’est qu’une apparence, parce que dans leur code génétique ce rapport avec Dieu existe. Et comme ils ne peuvent le nier, ils se créent un dieu spécial: eux-mêmes. Ce sont les corrompus, et c’est un danger qui nous guette tous. Dans les communautés chrétiennes, les corrompus pensent seulement à leur propre groupe, à eux-mêmes. Judas a commencé comme pécheur avare, et a fini dans la corruption. C’est un chemin dangereux ce chemin de l’autonomie : les corrompus n’ont plus de mémoire, ils ont oublié cet amour avec lequel le Seigneur a créé la vigne, et les a créés, eux! Ils ont coupé le lien avec cet amour ! Et ils deviennent les adorateurs d’eux-mêmes. Les corrompus font tellement de mal dans les communautés chrétiennes. Que le Seigneur nous protège du risque de glisser sur le chemin de la corruption. »

Ensuite, le pape s’est mis à décrire les saints :

Les Saints n’ont pas perdu la mémoire de l’amour de Dieu. Dans l’évangile de ce jour, les saints sont ceux qui « vont toucher le loyer de la vigne ». Ils savent ce qui les attend, mais ils doivent le faire, et ils font leur devoir. Les saints, ceux qui obéissent au Seigneur, ceux qui adorent le Seigneur, ceux qui n’ont pas perdu la mémoire de l’amour avec lequel le Seigneur a créé la vigne. Comme les corrompus font tellement de mal à l’Eglise, les saints font tellement de bien. De ces corrompus, l’apôtre Jean dit qu’ils sont l’antéchrist, qu’ils sont au milieu de nous, mais ne sont pas des nôtres. Des Saints, la parole de Dieu nous parle comme d’une lumière, «ceux qui seront devant le trône de Dieu, en adoration». Demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de nous considérer des pécheurs ; la grâce de ne pas devenir des corrompus : pécheurs oui, corrompus non! Et la grâce de prendre le chemin de la sainteté ».  (Tiré de Radio-Vatican,  6 juin 2013 : Le Pape François : "Les corrompus font beaucoup de mal à l'Eglise")

Le lundi 11 novembre dernier, le pape, toujours lors de son homélie à la Maison Sainte Marthe, a repris la distinction entre « pécheurs et corrompus ». Cette fois, il nous a fait mieux comprendre ce qu’il entend par « pécheurs ». Dans l’évangile du jour, le Seigneur disait : « Si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet une faute contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : « Je me repens, tu lui pardonneras. » (Lc 17, 3-4). Le pape a commenté ainsi ce passage de l’évangile :  

« Quand je lis ce passage je vois toujours un portrait de Jésus. Nous l’avons entendu tant de fois : lui ne se lasse jamais de pardonner. Et il nous conseille de faire la même chose. Le pécheur qui demande pardon, bien qu’étant réellement repenti, tombe encore et il tombe à plusieurs reprises dans le péché. Il se repent, mais il ne peut sortir de cela : il est faible. C’est la faiblesse du péché originel. Il y a de la bonne volonté, mais il y a également la faiblesse et  le Seigneur pardonne. Là où il y a tromperie l’Esprit de Dieu est absent. Telle est la différence entre pécheur et corrompu. Celui qui mène une double vie est un corrompu. Celui qui pèche, en revanche, voudrait ne pas pécher, mais il est faible ou il se trouve dans une condition à laquelle il ne peut trouver de solution, mais il va voir le Seigneur et lui demande pardon. Celui-là, le Seigneur l’aime, l’accompagne, Il est avec lui. Et nous, nous devons dire, nous tous qui sommes ici : « pécheurs oui, corrompus, non ». Les corrompus ne savent pas ce qu’est l’humilité. Jésus les comparaient aux sépulcres recouverts de peinture : beaux dehors, mais dedans, emplis d’os pourris. Un chrétien qui se vante d’être chrétien mais ne mène pas une vie de chrétien est un corrompu. Nous connaissons tous quelqu’un qui est dans cette situation et nous savons tous quel mal font à l’Église les chrétiens corrompus, les prêtres corrompus. Que de mal ils font à l’Église! Ils ne vivent pas dans l’esprit de l’Évangile, mais dans l’esprit de la mondanité. Une pourriture recouverte de peinture: telle est la vie du corrompu. Et ceux-là, Jésus ne les appelait pas pécheurs. Il les appelait « hypocrites». Jésus pardonne toujours, il ne se lasse pas de pardonner. L’unique condition qu’il demande est que l’on ne veuille pas mener cette double vie. Demandons aujourd’hui au Seigneur d’échapper à toute tromperie, de nous reconnaître pécheurs. Pécheurs oui, corrompus non. » (Tiré de L’Osservatore Romano du 14 novembre 2013 : Pécheurs oui, corrompus, non, messe du 11 novembre 2013 - Pape ... )


mercredi 27 novembre 2013

Pourquoi je me sens " menacé " par la charte

Pourquoi je me sens « menacé » par la charte

Bonjour à vous !

Le 8 novembre dernier, j’écrivais un texte sur mon blogue, intitulé : « La fameuse « charte ». La phrase qui, selon moi, a fait le plus impression sur les gens, est celle où je disais que je me sens « menacé » par cette charte. On m’a demandé pourquoi je me sens menacé par cette charte. Puisque la question m’a été posée, cela veut dire que je n’ai probablement pas été assez clair sur ce point. Or, c’est vraiment le point principal , le point le plus important de mon texte. Il vaut donc la peine que je m’explique un peu mieux sur la question. Voici deux extraits de mon texte du 8 novembre, qui jettent un peu de lumière sur ma pensée.   

Premier paragraphe : Mais je tiens à ce que mes paroissiens sachent que Guy Simard, omv, pasteur catholique ici à la Pointe-aux-Trembles, se sent aussi menacé par ce projet de loi. Je me sens menacé dans mes valeurs profondes, dans ce en quoi je crois de tout mon cœur : ma foi en Jésus Christ, Notre Seigneur.

Dernier paragraphe : Nous sommes en droit de nous demander ce qu’il y a derrière cette volonté de légiférer de l’État. La majorité des intervenants dans le débat, ces jours-ci, disent clairement que jusqu’à maintenant, cela ne posait aucun problème que des employés de l’État affichent clairement leur croyance. Et c’est un fait. Si c’est un fait, il y a une raison pour laquelle certains membres du gouvernement tiennent tant à légiférer. Je soupçonne, pour ma part, que le gouvernement souhaite une société athée. Je pense personnellement, en me basant sur des déclarations entendues ici et là ces jours-ci par des personnalités très fortes au Québec, que c’est l’athéisme grandissant et militant (on peut militer de façon camouflée), qui pousse le gouvernement à légiférer en la matière. On veut lancer clairement le message suivant : toutes les religions sont une menace à la paix dans le monde et à la paix civile, car toutes les religions asservissent l’être humain, en particulier la femme. On veut une société sans Dieu et on légifère en ce sens. Plusieurs croiront que j’exagère. Mais c’est mon opinion; et comme curé de paroisse, je me dois de l’émettre. 

Autrement dit : c’est le non-dit de la charte qui me préoccupe. C’est ce qu’elle ne veut pas dire, mais que je soupçonne comme étant vrai. Puisque certains employés de l’État, en ce moment, portent des signes religieux évidents, et que cela ne pose aucun problème, il faut que le gouvernement ait quelque chose derrière la tête pour légiférer de façon aussi contraignante. Et pour moi, il est clair que certains membres du gouvernement ne veulent rien savoir de la religion, de toutes les religions. Pour eux, la religion est un obstacle à la vie harmonieuse en société; et ils veulent éliminer de la société, tout ce qui fait référence à la religion. Ils veulent une société sans Dieu. Ils pensent comme Mme Janette Bertrand et Mme Lise Payette, qui affirment que toutes les religions sont mauvaises.

Pour cela, ils font une loi qui éliminera le plus possible le fait que l’on voit des gens qui manifestement croient en Dieu. Ils jouent le même jeu que les États totalitaires de l’ancienne Union Soviétique : la religion est à bannir de la société. Or je suis croyant, je crois en Dieu. Face à cette volonté d’éliminer la religion de la société civile, je me sens menacé. Je vois que je suis un obstacle pour eux, un obstacle qu’ils veulent affaiblir et, éventuellement, éliminer. N’est-il pas normal que je me sente menacé? Ceci étant dit, je sais bien que le combat contre la liberté religieuse ne va pas aussi loin, chez nous, que dans les États totalitaires de l'ancien bloc de l'est. Mais il n'en demeure pas moins qu'à mes yeux, le combat contre la liberté religieuse est bel et bien entamé ici au Québec, par la sortie de ce nouveau projet de loi. La liberté religieuse a toujours impliqué le droit de manifester librement et publiquement sa foi. Vouloir limiter ce droit par des contraintes exagérées, c'est lutter contre la liberté religieuse. 

Personnellement, je préfère cent fois mieux un musulman qui croit en Dieu, qui prie Dieu à chaque jour pour avoir des lumières d’en haut pour gouverner sa vie, que des gens qui ne croient pas en Dieu et qui veulent mener le monde selon leurs propres critères et leur propre jugement. « Ta Parole, Seigneur, est la lumière de mes pas, la  lampe de ma route » (Ps 118, 105 ). « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes. »  (Ps 126, 1)



dimanche 24 novembre 2013

Le Christ Jésus, Roi de l'univers

Le Christ Jésus, Roi de l’univers

Chers amis,

Nous vivons aujourd’hui un jour extraordinaire dans l’Église universelle. Non seulement nous vivons une des solennités les plus belles et les plus grandioses de l’année liturgique, la « solennité du Christ Roi de l’univers », mais nous vivons aussi la clôture de l’année de la foi promulguée par le pape Benoît XVI, en octobre 2012. Ici à Montréal, la présente solennité a revêtu un caractère encore plus sacré, si cela se peut. Notre archevêque, Mgr Christian Lépine, a consacré hier soir, en la vigile de la fête, le diocèse de Montréal au Sacré-Cœur de Jésus, par la médiation du Cœur Immaculé de Marie. Ce fut un réel moment de grâce et de joie. Je crois que ce fut la plus belle cérémonie (ou célébration) que j’aie vécue à date dans notre cathédrale. Tout était beau, simple et grandiose : le chant, les gestes, et surtout les prières. Je ne serais pas surpris d’apprendre que les prières adressées à la Vierge Marie et la prière de consécration au Cœur de Jésus aient été composées par notre archevêque lui-même.

Je n’ai jamais vu notre archevêque aussi joyeux, et cela m’a grandement réjoui. J’imagine qu’il n’a pas la tâche facile depuis que le Seigneur l’a nommé à son poste de pasteur de l’Église de Montréal. À la fin de la célébration, Il a remercié notre Sauveur Jésus Christ, et il a invité les gens à manifester leur joie par une bonne main d’applaudissements. Nous étions tous debout, et les applaudissements ont duré très longtemps. Nous avions devant nous notre archevêque qui ne cessait d’applaudir, et les gens ne voulaient surtout pas arrêter d’applaudir avant lui. Après de longues minutes d’applaudissements, Mgr Lépine a dit : « Nous pourrions continuer comme ça toute la nuit », manifestant ainsi l’immense joie qui l’habitait à ce moment précis. Je me serais cru au Centre Bell, qui est situé à deux pas de la cathédrale. Le Centre Bell est l’endroit où joue notre club de hockey ici à Montréal (les « Canadiens de Montréal ») et qui fait salle comble à chaque partie. D'ailleurs, hier soir, étant samedi, en me rendant à la cathédrale, j’ai été pris dans le trafic et le bouchon de circulation dus aux partisans des Canadiens. J’ai été heureux hier soir, de faire en quelque sorte concurrence à ce que nos journalistes sportifs nomment parfois notre « messe nationale », en faisant allusion aux matchs de hockey des « Canadiens ». Au Centre Bell, il arrive parfois qu’une personnalité sportive soit applaudie pendant plusieurs minutes. Mais hier, à la véritable messe, celle instituée par Jésus lui-même, c’est Jésus Christ, notre Sauveur et le Roi de l’univers, qui a été applaudi chaleureusement par les croyants qui venaient conclure l'année de la foi. Et la foi était manifestement au rendez-vous. Notre archevêque nous a confié que depuis qu’il était devenu archevêque de Montréal, il était habité par ce désir de consacrer le diocèse au Cœur de Jésus, par le Cœur Immaculé de Marie, et qu’il a attendu le moment qui lui semblait le plus propice pour poser ce geste. Hier fut « le temps favorable et le jour du salut », selon l’expression consacrée par saint Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens (2 Co 6, 2). Au terme de la célébration, notre archevêque nous a dit que ce geste de consécration à peine posé, avait déjà porté beaucoup de fruits spirituels pour le diocèse. J’en suis aussi personnellement convaincu.   

Ce matin, en me réveillant, j’ai fait une prière au Christ Roi de l’univers. Il y a un seul jour dans l’année où je fais cette prière, que j’ai apprise quand j’avais une vingtaine d’années. Et ce jour, c'est aujourd’hui. Cependant, je la dis normalement plusieurs fois durant la journée. La voici, pour ceux et celles qui ne la connaîtraient pas :

" Ô Christ Jésus, je vous reconnais pour Roi universel. Tout ce qui a été fait, a été créé pour Vous. Exercez sur moi tous vos droits. Je renouvelle mes promesses du baptême, en renonçant à Satan, à ses séductions et à ses œuvres, et je promets de vivre en bon chrétien. Et tout particulièrement, je m’engage à faire triompher, selon mes moyens, les droits de Dieu et de votre Église. Divin Cœur de Jésus, je vous offre mes pauvres actions, pour obtenir que tous les cœurs reconnaissent votre royauté sacrée et que, ainsi, le règne de votre paix s’établisse, dans l’univers entier.  Amen. "


Et, de fait, hier soir, en la cathédrale de Montréal, tous les participants, cierges allumés en main, ont renouvelé leurs promesses du baptême, en renonçant au mal et en proclamant leur foi en Dieu et en l’Église.

À chaque année, en cette solennité du Christ Roi de l'univers, me vient aussi à l’esprit le magnifique écrit du poète indien Rabindranath Tagore, intitulé: Le Roi et le mendiant. Je vous invite à lire ce poème, et ce que j'en dis, sur mon blogue, en date du 20 novembre 2011. Pour y avoir accès plus rapidement, veuillez cliquer sur le lien suivant: 

Dieu ma joie: Solennité de Jésus Christ, Roi de l'univers :