vendredi 8 novembre 2013

La fameuse " charte "

La  fameuse « charte »

Voici le mot que je viens d'écrire à mes paroissiens et qui paraîtra dans dix jours, dans le semainier paroissial.

Chers paroissiens,

Nous vivons des événements très importants dans notre société en ce moment et les prises de position du gouvernement actuel au Québec, menacent de façon drastique ce que l’Église catholique appelle « la liberté religieuse ». Il est de plus en plus clair que certains québécois se sentent menacés par la montée de l’islam. Il est aussi clair qu’une grande partie de la communauté musulmane au Québec, se sent menacée par le projet de loi qui fait les manchettes ces jours-ci. Mais je tiens à ce que mes paroissiens sachent que Guy Simard, omv, pasteur catholique ici à la Pointe-aux-Trembles, se sent aussi menacé par ce projet de loi. Je me sens menacé dans mes valeurs profondes, dans ce en quoi je crois de tout mon cœur : ma foi en Jésus Christ, Notre Seigneur.

Il y a de cela quelques semaines, j’ai parlé fortement contre la « Charte » durant mon homélie dominicale, à l’église Saint-Enfant-Jésus. Certaines personnes sont sorties durant mon homélie et certaines autres personnes (nombreuses, d’après ce que m’a fait savoir le bureau de notre députée et ministre Mme Nicole Léger) se sont plaintes de mes propos au bureau de circonscription de notre députée à l’assemblée nationale. Il y a de mes paroissiens qui, manifestement, croient que je ne dois pas parler de ces choses à l’église. Ils ont tout à fait le droit de penser cela. Mais je veux qu’ils sachent que j’ai parfaitement le droit de parler haut et fort contre la Charte. Je suis prêtre catholique et, en plus, curé de paroisse. J’ai la charge d’âmes et je me dois de transmettre à mes paroissiens la pensée de l’Église en particulier sur ce qu’Elle entend par la « liberté religieuse ». Un chrétien a tout à fait le droit de montrer en public de façon visible et évidente, sa foi religieuse. En faisant cela, il ne veut pas convertir les gens à sa cause, mais montrer que lui (ou elle) croit en Dieu et en tel Dieu. Cela est tout à fait normal et c’est loin d’être un crime. Vous me direz que personne ne juge que cela soit un crime. Mais un projet de loi aussi contraignant et oppressif que celui qui vient d’être déposé en chambre ces jours-ci, laisse presque sous-entendre qu’il s’agit d’un crime, que cela ne se fait pas en « société ». Vous avez peut-être remarqué le crucifix que je porte au cou de façon visible lors de mes jours de congé, pour montrer que je suis croyant. Je n’aurais pas le droit de porter un tel crucifix au travail, si je travaillais pour l’État. Le projet de loi va jusque là.

Nous sommes en droit de nous demander ce qu’il y a derrière cette volonté de légiférer de l’État. La majorité des intervenants dans le débat, ces jours-ci, disent clairement que jusqu’à maintenant, cela ne posait aucun problème que des employés de l’État affichent clairement leur croyance. Et c’est un fait. Si c’est un fait, il y a une raison pour laquelle certains membres du gouvernement tiennent tant à légiférer. Je soupçonne, pour ma part, que le gouvernement souhaite une société athée. Je pense personnellement, en me basant sur des déclarations entendues ici et là ces jours-ci par des personnalités très fortes au Québec, que c’est l’athéisme grandissant et militant (on peut militer de façon camouflée), qui pousse le gouvernement à légiférer en la matière. On veut lancer clairement le message suivant : toutes les religions sont une menace à la paix dans le monde et à la paix civile, car toutes les religions asservissent l’être humain, en particulier la femme. On veut une société sans Dieu et on légifère en ce sens. Plusieurs croiront que j’exagère. Mais c’est mon opinion; et comme curé de paroisse, je me dois de l’émettre. 

Guy Simard, omv, curé.
  


jeudi 7 novembre 2013

Heureux anniversaire

Heureux anniversaire

Demain, 8 novembre, je célébrerai un heureux anniversaire. Cela fera un an que mon testament spirituel aura été mis sur YouTube, grâce à mon bon ami et paroissien Mathieu Binette. Ce testament spirituel porte sur un sujet unique : le regard que Jésus, Notre Seigneur, posa sur l’apôtre Pierre, aussitôt après que celui-ci ait renié son Maître. Cette scène évangélique est celle qui m’émeut le plus et sur laquelle je veux fonder le reste de mes jours. Si vous et moi réussissions à comprendre ne serait-ce que d’une infime manière, tout l’amour, toute la compassion et la confiance qu’il y avait dans ce regard de Jésus, nous vivrions heureux sur terre à chaque instant et heureux infiniment pour l’éternité.

Ce qui nous rend le plus malheureux sur terre, c’est le péché. Comme le dit si bien l’auteur de la Lettre aux Hébreux : « Débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit, et d’abord du péché, qui nous entrave si bien » (Heb 12, 1)  Le péché consiste, en quelque sorte, à perdre Dieu de vue; à perdre Jésus de vue : « Quiconque demeure en Lui, ne pèche pas. Quiconque pèche, ne l’a pas vu ni connu. » (1 Jn 3, 6)  Si nous vivions constamment sous le regard de Dieu, nous ne pécherions jamais, nous ne nous égarerions jamais. Un peu comme le même saint Pierre qui, tant qu’il regardait Jésus dans les yeux, était capable de marcher sur les eaux. Mais dès que Pierre a détourné son regard de Jésus, pour regarder aux alentours, la peur s’est emparée de lui et il s’est mis à s’enfoncer dans les eaux. Mais la main secourable de Jésus a une fois de plus sauvé l’apôtre.

Grâce à la magie de l’électronique, je puis savoir qu’en un an, mon testament spirituel a été visionné 728 fois. Je remercie le Seigneur d’avoir attiré des centaines de personnes à visionner mon testament spirituel. Comme je voudrais que tous les enfants de Dieu puissent méditer sur le regard de Jésus! Le regard que pose Jésus sur nous, voilà ce qui nous sauve, voilà ce qui nous donne de l'espérance et du dynamisme. Essayons de vivre le plus possible sous ce regard. Si vous avez déjà vu la vidéo de mon testament spirituel, ne vous gênez pas pour la regarder à nouveau. Un de mes meilleurs amis m'a dit un jour que l'on devrait regarder cette vidéo à chaque semaine. J'ai trouvé très beau que mon ami me dise une telle chose. Nous avons la fâcheuse habitude, lorsque nous avons vu une fois une chose qui nous a fait du bien, de penser qu'il faille passer à autre chose. Nous ne pensons pas à " presser le citron " pour en extraire tout le jus. Saint Ignace de Loyola nous dit que ce qui nous fait grandir dans la vie spirituelle, ce n'est pas de voir beaucoup de choses, mais de "goûter les choses intérieurement", comme le faisait si bien Marie de Nazareth, la Mère de Dieu et notre Mère (Lc 2, 51b).

Pour voir ou revoir mon testament spirituel, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous, intitulé Les Yeux de l'Amour. Dans la même ligne, je vous encourage aussi à écouter le magnifique chant de Noël Colombier, intitulé: "Le regard de Jésus", ainsi que le chant intitulé: "N'aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ", composé par Georges Lefebvre (un chant qui évoque sans la nommer l'expérience de l'apôtre Pierre et invite à ne pas avoir peur de se laisser regarder par le Christ, Dieu de tendresse et de miséricorde).
  1. Les Yeux de l'Amour - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=C4hTSQkji7o
    8 nov. 2012 - Ajouté par Guy Simard
    Ce que vous allez voir, est la chose la plus importante que je laisserai en ce monde. De tout ce que j'aurai fait ...


    1. Le regard de Jésus de Noel Colombier - YouTube

      www.youtube.com/watch?v=YYqSclWXB9s
      24 mars 2012 - Ajouté par Jacques Gagne
      Le regard de Jésus de Noel Colombier -  
    1. Chant "N'aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ" - YouTube

      www.youtube.com/watch?v=SjVCih5OyG8
      11 mai 2012 - Ajouté par chantliturgique
      Chant liturgique G 249 pour une animation de célébration liturgique.



mardi 5 novembre 2013

Le pape François: image du Père et disciple de Jésus

Le pape François : image du Père et disciple de Jésus

« Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas », dit Jésus (Lc 18, 16).

Le 26 octobre dernier, le pape François a célébré une messe à Saint-Pierre de Rome, en l’honneur des familles. Il s’est alors produit un évènement merveilleux. Un petit garçon d’environ six ans, s’est approché du pape, alors que ce dernier écoutait les messages que lui adressaient certains parents. Le pape a semblé accorder plus d’attention à l’enfant qui gravitait autour de lui, qu’aux messages des adultes. Selon ce que l'on sait des évangiles, je crois que Jésus aurait fait la même chose.


Le pape a même laissé l’enfant baiser sa croix pectorale, qui représente Jésus le Bon Pasteur. Les bonbons des gardes du corps du pape, n’ont pas réussi à attirer l’enfant loin de son nouvel ami vêtu de blanc. Le garçon s’est tellement senti chez lui aux côtés du pape et dans un décor aussi grandiose, qu’il s’est même permis de s’asseoir sur la chaire de Pierre. Voir la vidéo ci-dessous.  


  1. VIDEO. Un enfant enlace le pape François en pleine messe - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=j8zddGRwi60
    Le pape François célébrait une messe à la gloire de la famille, samedi 26 octobre, place Saint-Pierre au Vatican ...

samedi 2 novembre 2013

" Zachée, descends vite "

« Zachée, descends vite »

L’évangile de la messe dominicale de ce dimanche, nous présente l’épisode si attachant de Zachée, le publicain :

« Jésus traversait la ville de Jéricho.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche.
Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n'y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l'interpella : « Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. »
Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham.
En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
(Lc 19, 1-10)

Zachée monte sur un sycomore pour voir Jésus passer, parce que le collecteur d’impôt était de petite taille. Ce fut la grâce de Zachée, d’être petit. Dans un monde où la grandeur, même physique, est non seulement appréciée, mais adulée, la Bible ne cesse de faire l’éloge de la petitesse. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ma sainte préférée, était grande et de forte stature. Elle mesurait un mètre soixante-deux. Céline, la sœur de Thérèse, lui demanda un jour : « Si on vous avait fait choisir, qu’auriez-vous préféré : être grande ou petite? » Thérèse répondit : « J’aurais choisi d’être petite, pour être petite en tout ». Un jour, on demanda à Thérèse sous quel nom on devrait la prier quand elle serait au ciel. Elle répondit humblement: "Vous m'appellerez " petite Thérèse "."

À peine Zachée s’élève pour voir  passer Dieu, qu’il reçoit l’ordre de s’abaisser : « Descends vite », lui dit Jésus. On a tous tendance à croire que la sainteté est une « dure montée ». Pourtant, la Bible ne cesse de nous dire que la sainteté est une non moins « dure descente » :

« Le Fils de Dieu, 6 Lui qui, dès l’origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de l’égalité avec Dieu, 7 mais il s’est dépouillé lui-même, et il a pris la condition du serviteur. Il se rendit semblable aux hommes en tous points, et tout en lui montrait qu’il était bien un homme. 8 Il s’abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu’à subir la mort, oui, la mort sur la croix. 9 C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, 10 pour qu’au nom de Jésus tout être s’agenouille dans les cieux, sur la terre et jusque sous la terre, 11 et que chacun déclare: Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2 : 6-11)

Un jour, Céline, la sœur de Thérèse de l’Enfant-Jésus qui vivait dans le même couvent qu’elle, lui confie son inquiétude face à la possibilité de devenir sainte un jour : “ Quand je vous vois, j’ai une certaine tristesse, car je découvre tout ce qui me reste encore à acquérir.”  Thérèse lui répond: “Oh non, ne dites pas acquérir, dites plutôt “ à perdre ”. Et elle ajoute :  Quand accepterez-vous en paix l’épreuve de ne pas vous plaire à vous-même? 

Zachée, un jour, est descendu du sycomore, mais il était loin de se douter que ce jour-là, il allait vivre une descente encore beaucoup plus vertigineuse. Quelques heures plus tard, ce même jour, au contact de Jésus, Zachée a librement accepté de descendre dans les profondeurs de son cœur, dans les eaux troubles de son âme, pour y visiter des endroits qu’il s’était efforcé toute sa vie de tenir cachés aux yeux de Dieu, aux yeux des autres et à ses propres yeux. Le « standing social » auquel il était arrivé, lui permettait en quelque sorte, d’oublier assez aisément sa condition intérieure. Or ce jour-là, il descendit de son piédestal, pour connaître la liberté des enfants de Dieu.

Vous savez, je pense, que je suis religieux. J’ai donc prononcé un jour devant Dieu et devant l’Église (peuple de Dieu),  mes vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ces vœux, que nous appelons souvent les « conseils évangéliques », sont perçus par plusieurs personnes comme étant un abaissement, tout un abaissement. Or, une personne m’a un jour ouvert les yeux sur une vérité très méconnue. Tous les êtres humains sont, en quelque sorte,  appelés à vivre les conseils évangéliques. La différence entre plusieurs d’entre vous, et moi, c’est que, pour ma part, j’aurai vécu les conseils évangéliques sur une plus longue durée. Mais toute personne qui atteint l’âge de la vieillesse et qui approche de la mort, vivra les conseils évangéliques. Toute personne sera appelée à vivre chaste, pauvre et obéissante : « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. » (Jn 21, 18)

Zachée, pour voir Jésus, s’est élevé « au-dessus de la mêlée ». Cela me fait penser à un autre passage du livre intitulé Conseils et souvenirs, qui rapporte certaines conversations entre Céline et Thérèse Martin, une fois devenues carmélites. Céline raconte ceci : «Toute découragée, le cœur encore gros d’un combat qui me semblait insurmontable, je vins lui dire: «Cette fois, c’est impossible, je ne puis me mettre au-dessus!». «Cela ne m’étonne pas», me répondit-elle. «Nous sommes trop petites pour nous mettre au-dessus des difficultés, il faut que nous passions par-dessous». Elle me rappela alors un trait de notre enfance que voici: nous nous trouvions chez des voisins, à Alençon; un cheval nous barrait l’entrée du jardin. Tandis que les autres personnes cherchaient un autre accès, notre petite amie ne trouva rien de plus facile que de passer sous l’animal. Elle se glissa la première, me tendit la main; je la suivis en entraînant Thérèse et sans courber beaucoup notre petite taille, nous parvînmes au but. «Voilà ce que l’on gagne à être petit», conclut-elle. «Il n’y a point d’obstacle pour les petits, ils se faufilent partout. Les grandes âmes peuvent passer sur les affaires, tourner les difficultés, arriver par le raisonnement ou la vertu à se mettre au-dessus de tout, mais nous qui sommes toutes petites, nous devons bien nous garder d’essayer cela. Passons dessous! Passer sous les affaires, c’est ne pas les envisager de trop près, ne pas les raisonner» (la sainte s’adressait alors à ses novices, auxquelles elle conseillait de ne pas perdre leur temps à analyser inutilement les difficultés).





mardi 29 octobre 2013

La Toussaint 2013

La Toussaint 2013

Vendredi, nous fêterons la Toussaint, la solennité annuelle qui célèbre tous les saints et saintes,  tous ceux qui sont rendus au but, qui sont rendus dans la Patrie céleste.

Un de mes paroissiens est venu me voir dernièrement et m’a appris qu’il avait deux livres de chevet : la Bible et Les Fables de La Fontaine. J’ai trouvé cela intéressant. La Bible nous présente l’idéal à suivre dans nos comportements moraux et les fables de La Fontaine nous présentent de façon imagée les qualités et les défauts inhérents à nos comportements humains. À ce qu’on raconte, monsieur de La Fontaine n’a pas mené une vie très vertueuse. C’est dommage, car ses fables nous offrent de très belles pistes pouvant nous conduire à la vertu.

Je ne sais pas pourquoi je pense déjà à la solennité de tous les saints, communément appelée « La Toussaint ». Cette fête n’aura pourtant lieu que dans trois jours (1) . Et, comme pour me préparer à la fête du premier novembre, j’ai à l’esprit, depuis ce matin, la fable hyper connue de La Fontaine, intitulée : Le lièvre et la tortue.   

Le Lièvre et la Tortue

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Quel lien peut-on faire entre cette fable de La Fontaine et la fête de la Toussaint ? Pour répondre à cette question, je n’ai qu’à me poser une autre question : « Quelle est la réalité ou la vérité qui me touche le plus dans la fête de la Toussaint » ? À cette question, la réponse qui me vient immédiatement à l’esprit, est celle-ci : « Tous ces bienheureux ont atteint leur but ; ils ont atteint le but pour lequel ils étaient créés ». J’ai été jeter un coup d’œil sur le texte que j’ai écrit il y a deux ans sur mon blogue (le 1er novembre 2011) et j’ai constaté que les premières lignes étaient les suivantes : « Aujourd’hui l’Église est en fête; nous célébrons la Toussaint. Nous célébrons tous les saints et toutes les saintes; ceux et celles qui ont atteint le but. Comme ils sont chanceux d’avoir atteint le but pour lequel ils ont été créés : voir Dieu face à face et aimer comme Lui leurs frères et sœurs. »

Pour retracer cette citation, j’ai été consulter mon blogue et j’ai eu la grande joie de constater que le texte le plus lu sur mon blogue aujourd’hui, est précisément ce texte du 1er novembre 2011. Cela veut dire que la fête de la Toussaint revêt une importance particulière pour les croyants. Comme il est beau qu’il en soit ainsi !

Mais revenons au lien qu’il y a entre la fable du lièvre et de la tortue et la solennité de la Toussaint. Le lièvre a perdu la course, a perdu le pari, parce qu’il a oublié le but. Il connaissait très bien le but, mais il jugeait qu’il avait amplement le temps de l’atteindre. Oubliant le but, ou le perdant de vue, il s’est mis à jouir du temps qui lui était donné, pour se divertir, se reposer et « jouir de la vie ». Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Voilà une belle image de l’être humain de tous les temps, et particulièrement de l’homme et de la femme modernes. Pas si modernes que cela, à vrai dire, car « le pain et les jeux » ont toujours exercé un grand attrait sur les gens.

La fable de La Fontaine nous présente une course. C’est en quelque sorte une course contre la montre. Or la vie est exactement cela : une course, et une course contre la montre. Parfois le temps semble passer si lentement, que nous croyons que nous avons tout notre temps pour penser à la mort et à l’au-delà. Et soudain, on se réveille et on s’aperçoit qu’on a soixante-deux ans (comme moi en ce moment). Un de nos acteurs québécois disait récemment à la télévision, qu’il trouvait la vie très courte : « À peine commençons-nous à comprendre la vie, à avoir un peu d’expérience concernant les choses de la vie, qu’il est presque temps de quitter ce monde », disait-il. Quand réaliserons-nous que la vie humaine est une course, une course contre la montre ? Et que peu importe si parfois la vie nous semble longue, elle est en fait, très courte. Saint Paul avait très bien compris cela, et il n’a pas hésité une minute à comparer la vie à une course. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’en français,  le mot « course » est très semblable au mot « court ». Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul nous dit :

« Certes, je ne suis pas encore au but, je ne suis pas encore devenu parfait, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j'ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, je ne pense pas avoir déjà saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus. »  (Ph 3, 12 –14)

Gardons les yeux sur le but; gardons les yeux sur Jésus.
JOYEUSE SOLENNITÉ DE TOUS LES SAINTS !!!!

(1) Peut-être est-ce ma chère maman, Carmen, qui m'inspire de vous écrire ces lignes dès aujourd'hui. Ma mère est décédée il y a huit ans aujourd'hui, le 29 octobre 2005, presque à l'heure qu'il est en ce moment au Canada, alors que je vous écris ces lignes. Je pense sincèrement que c'est ma mère qui est responsable du fait qu'en ce jour, je sois aussi "attiré vers le haut ". D'ailleurs, les funérailles de ma chère maman ont eu lieu le jour de la Toussaint 2005. Encore un peu de patience, chère mère, et bientôt nous nous retrouverons et nous nous réjouirons ensemble d'avoir atteint le but pour lequel nous avons été créés par amour.  

dimanche 27 octobre 2013

Le pharisien et le publicain

Le pharisien et le publicain

" Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être des justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier; l'un était pharisien, l'autre publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : « Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme les autres hommes, voleurs, malhonnêtes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ». Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel; mais il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » « Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre. Quiconque en effet s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. » " (Lc 18, 9-14)

Décidemment, nous sommes gâtés par les temps qui courent. Nous entendons aujourd’hui en Église, en ce trentième dimanche du temps ordinaire, une des plus belles pages des évangiles : la parabole du pharisien et du publicain. En ce temps-ci de l’année, nous lisons l’évangile de saint Luc, lors des célébrations dominicales. Saint Luc a cette particularité intéressante : lorsqu’il nous rapporte une parabole de Jésus, il nous donne souvent la raison pour laquelle Jésus a inventé cette parabole. Dimanche dernier, dès le début de l’évangile, saint Luc nous disait que Jésus a inventé une parabole pour nous montrer qu’il faut toujours prier, sans nous décourager. Et nous avons eu droit à la parabole du juge inique et de la veuve. Aujourd’hui, l’évangile commence ainsi : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres ». Lorsque, au début du chapitre 15 de son évangile, saint Luc nous rapporte les trois merveilleuses paraboles de la miséricorde, il nous dit : « Tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre. Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : « Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux. » Il leur dit alors cette parabole. » (Lc 15, 1-3). Et Luc poursuit non seulement avec la parabole de la brebis perdue, mais aussi avec la parabole de la femme qui perd une pièce de monnaie et finalement, avec la parabole la plus belle de toutes : la parabole du Père miséricordieux, communément appelée la parabole de l’enfant prodigue, qui commence ainsi : « Un homme avait deux fils », dont l’un était manifestement pécheur, et l’autre, manifestement pharisien. Ces trois paraboles, Jésus nous les donne en rafale. C’est un peu comme si, lorsqu’Il se met à parler du plus beau des attributs divins, c’est-à-dire la Miséricorde, Jésus est incapable de s’arrêter. Il nous donne, non pas une seule parabole, mais bien trois. Saint Luc aurait mieux fait de nous dire, au verset trois du chapitre quinze de son évangile : « Il leur dit alors ces paraboles ».

Aujourd’hui, nous voyons une fois de plus que le thème du pécheur et du pharisien est très cher à Jésus. Nous sommes au chapitre 18 de l’évangile, et Jésus reprend le thème qu’il avait abondamment développé au chapitre 15. La parabole d’aujourd’hui nous présente deux hommes qui montent au Temple pour prier : l’un est si sûr de lui et si convaincu de sa justice; l’autre, est si peu sûr de lui, si peu fier de lui-même, mais confiant en la Miséricorde divine. L’évangile affirme que lorsque ces deux hommes retournèrent chez eux, c’est le pécheur qui était « justifié », qui était devenu juste.

Lorsque j’étais à Rome, au moment de faire mes études en théologie pour devenir prêtre, notre professeur de morale nous a dit un jour : « Voulez-vous savoir à quel point vous êtes saints? Demandez-vous à quel point vous vous reconnaissez pécheurs. Plus vous vous reconnaîtrez pécheurs, plus vous serez saints ! » Il y a beaucoup de vrai dans ces phrases. Je suis convaincu que tous les saints étaient très nettement et profondément conscients d’être des pécheurs, de pauvres pécheurs. On nous dit que certains « se confessaient » (allaient au sacrement de la réconciliation) à chaque jour. La première fois que j’ai entendu cela, je me suis dit en moi-même (comme le pharisien de la parabole) : « Ces gens étaient de purs scrupuleux ». Mais j’ai changé d’opinion. Plus une personne se rapproche de la sainteté, plus elle se reconnaît pécheresse. Les saints voyaient immédiatement leurs fautes, à peine commises, peu importe leur degré de gravité. La comparaison suivante peut être utile pour comprendre cela : gardez les rideaux fermés chez vous, durant deux à trois semaines, et vous risquerez de ne pas voir la poussière qui s’accumule. Mais dès que vous ouvrirez les rideaux, et que vous laisserez entrer le soleil, la poussière vous sera manifeste. De même en est-il pour nos âmes. Gardez votre âme dans les ténèbres et vous ne verrez peut-être pas que vous êtes dans le péché. Mais laissez entrer la lumière de la Parole de Dieu dans votre vie, et vous vous reconnaîtrez pécheurs, et idéalement, grands pécheurs. J’aime beaucoup la phrase suivante : « Petit pécheur, petit Sauveur; grand pécheur, grand Sauveur ! ». De qui avez-vous besoin, chers amis ? D’un petit Sauveur, ou d’un grand Sauveur?

Notre cher pape François est un exemple en ce sens. Comme vous, j’imagine, j’aime beaucoup notre nouveau pape. De tout ce que j’ai lu et entendu de notre pape François, voici les phrases qui m’ont, à date, le plus impressionné : en août dernier, un des confrères Jésuites du pape l’a interviewé et lui a demandé de se définir comme personne. Le Père Antonio Spadaro, sj, lui demanda : « Qui est Jorge Mario Bergoglio? Le pape François a répondu : « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste … Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste … Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur.  …  Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard ». Je sais que j’ai déjà cité ces paroles du pape, sur mon blogue, en date du 21 septembre dernier, mais jamais je ne me lasserai de lire ces mots et de les mettre sous vos yeux. Ces paroles du pape, comme il le dit lui-même, ne sont pas une figure de style, une façon de bien parler et surtout de bien paraître; ce sont les mots qui, aux dires du pape, le définissent le mieux, le décrivent le mieux. Quelle grâce d’avoir un pape qui se reconnaît si aisément pécheur !!!  Mais pécheur aimé de Dieu, infiniment aimé de Jésus. Le pape aime se laisser regarder par Jésus, dans sa pauvreté. Comme Marie de Nazareth d’ailleurs, qui dit, au début de son Magnificat : « Il a jeté les yeux sur la petitesse de sa servante, désormais tous les âges me proclameront bienheureuse » (Lc  1, 48)  Oui, comme le dit Jésus à la fin de l’évangile d’aujourd’hui : « Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse, sera élevé ».

Le pape Jean-Paul II a dit un jour : « Le sens du péché se perd, parce que le sens de Dieu se perd ». Ce cher pape a tout à fait raison. Enlevons Dieu et il n’y a plus de péché. Car le péché est essentiellement une offense faite à Dieu. Voilà peut-être la raison principale pour laquelle tant de personnes aujourd’hui semblent si fières d’être athées. Alors que le pharisien de la Bible, est un croyant, le pharisien des temps modernes est souvent athée. L’athée peut être pharisien s’il considère qu’il ne fait rien de mal dans sa vie. Un derniers mot sur le pharisaïsme : le pharisien a la fâcheuse habitude de regarder les autres et d’aimer à se comparer aux autres. C’est un des traits du pharisaïsme qui est mis en évidence dans l’évangile d’aujourd’hui. Alors que le publicain a les yeux sur lui-même et ne se laisse pas distraire par des comparaisons futiles avec son prochain, le pharisien se plaît à regarder les autres de haut, et à les juger. Méfions-nous des personnes qui ne cessent de penser et de dire du mal des autres. Jésus n’a-t-il pas dit : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! » (Mt 7, 3)


samedi 26 octobre 2013

Confirmation du dernier blogue

Confirmation du dernier blogue

Dans mon dernier blogue, je nous mettais en garde contre l’effet pervers que peuvent avoir sur nous les mauvaises nouvelles qui circulent autour de nous. Le chrétien ne doit pas se promener les yeux fermés, mais il doit toujours garder l’espérance et être un témoin d’espérance. En fin de semaine, en ce 30ème dimanche du temps ordinaire, nous entendrons la merveilleuse parabole du pharisien et du publicain.

L’abbé Christian Beaulieu, prêtre du diocèse de Québec, fait sur You Tube, un commentaire de cet évangile. L’abbé Beaulieu commente de façon originale cette parabole de Jésus. Je n’avais jamais entendu une application semblable de la fameuse parabole. À la sixième minute et trente-deuxième seconde de la vidéo que vous pouvez voir en cliquant sur le lien ci-dessous (1), Christian Beaulieu met sur les lèvres du philosophe Nietzche, les phrases suivantes : « Si vous voulez les chrétiens, que je crois en votre Dieu, chantez-moi des chants plus beaux; ayez des airs de ressuscités. » Et Christian Beaulieu de poursuivre en disant : « Ce philosophe athée nous disait donc ceci : « Ce qui empêche la religion de se répandre, ce qui empêche l’évangile d’être connu, ce ne sont pas les forums qu’il y a sur l’athéisme, ce n’est pas lorsqu’on nous dit à la radio que Dieu n’existe pas; ce n’est pas cela qui nuit au christianisme; ce n’est pas cela qui empêche l’évangile de se répandre. C’est plutôt le visage des chrétiens. Si les gens qui vivent des difficultés, des ennuis, ne sont pas capables de lire l’évangile sur notre visage, le rayonnement de la vie éternelle dans notre regard, l’au-delà dans notre façon d’être, alors, il y a vraiment quelque chose qui manque. »

Je suis en train de lire des pages merveilleuses sur le premier évêque de la Nouvelle-France, le bienheureux François de Laval (1623 – 1708). Voici les phrases de ce bienheureux évêque, que j’ai lues ce matin, en prenant mon petit déjeuner :

« L’esprit de Dieu demande un cœur paisible, recueilli et non pas un cœur inquiet et dissipé. Il faut un visage joyeux et modeste. » (Doris Lamontagne, Prier 15 jours avec François de Laval , Nouvelle Cité, 2007,  p. 107)

« Il faut se faire aimer par sa douceur, sa patience et sa charité et se gagner les esprits et les cœurs pour les gagner à Dieu; souvent une parole d’aigreur, une impatience, un visage rebutant, détruiront en un moment ce que l’on avait fait en un long temps. » (Ibid, p. 111)

« François de Laval meurt le 6 mai 1708 à l’âge de 85 ans. Ses funérailles sont célébrées à la cathédrale de Québec, le 9 mai. Charles Glandelet, vicaire général et doyen de la dite cathédrale, prononce la première oraison funèbre. Il résume ainsi la vie de François de Laval : « La réputation qu’il s’est acquise parmi vous d’un saint évêque, qui était plein de vertus et de mérites, aussi bien que de joie, d’un pasteur vigilant et zélé, qui aimait tendrement son troupeau, et d’un père affectionné, qui n’a rien omis pour donner à cette Église et à cette colonie l’être et la forme où nous voyons aujourd’hui l’un et l’autre. » (Ibid, pp 107-108)

Avouez qu’il est quand même intéressant et providentiel, que je lise aujourd’hui même, ces quelques lignes du premier évêque du Canada. Ces conseils et ces exemples, ne peuvent arriver à un meilleur moment dans ma vie.

     www.unfeusurlaterre.org/.../commentaire-du-27-octobre-2013-169e