vendredi 12 juin 2015

Disciples-missionnaires

Disciples-missionnaires


Paul et Barnabé à Lystre, par Jacob Jordaens

La parole qui, selon moi, caractérise le mieux ce qu’est un chrétien, est le mot « disciple ». Hier, alors que nous célébrions la mémoire de saint Barnabé, la première lecture de la messe nous disait ceci : « C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens » (Ac 11, 26). Je trouve cette phrase de la Bible vraiment extraordinaire. Nous sommes tellement habitués de nous qualifier de chrétiens; c’est d’ailleurs ma plus grande fierté que de dire que je suis chrétien. Mais nous semblons oublier que les toutes premières personnes qui ont cru à Jésus notre Seigneur, et à qui se sont mises à le prendre comme modèle de vie, se qualifiaient de « disciples ». « C’est à Antioche que les disciples furent appelés chrétiens ». Hier, durant l’eucharistie célébrée en paroisse, j’ai vécu une joie qui m’a surpris. À l’homélie, j’ai dit à mes paroissiens que nous vivions un grand jour et que selon moi, saint Barnabé sera un patron important dans notre processus de revitalisation de la paroisse. Je me suis surpris à dire ces mots. Quand nous disons certaines paroles sans les avoir pensé ou cogité auparavant, surtout si nous les prononçons durant une homélie, nous pouvons légitimement penser qu’elles sont inspirées de Dieu, qu’elles ont été « soufflées » par l’Esprit Saint.

Le texte de l’Écriture proclamé hier en la fête de saint Barnabé, est tiré du chapitre 11 des Actes des Apôtres. Nous sommes au tout début de l’activité missionnaire de l’Église. Le diacre Étienne vient d’être assassiné. Le premier martyre de l’Église, a donné sa vie pour le Christ. C’est alors que commence la première persécution des disciples. Les croyants en Jésus quittent Jérusalem et se rendent dans d’autres contrées. Voici ce que dit le chapitre 11 des Actes des Apôtres:

« Les frères dispersés par la tourmente qui se produisit lors de l’affaire d’Étienne allèrent jusqu’en Phénicie, puis à Chypre et Antioche, sans annoncer la Parole à personne d’autre qu’aux Juifs. Parmi eux, il y en avait qui étaient originaires de Chypre et de Cyrène, et qui, en arrivant à Antioche, s’adressaient aussi aux gens de langue grecque pour leur annoncer la Bonne Nouvelle: Jésus est le Seigneur. La main du Seigneur était avec eux : un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur. La nouvelle parvint aux oreilles de l’Église de Jérusalem, et l’on envoya Barnabé jusqu’à Antioche. À son arrivée, voyant la grâce de Dieu à l’œuvre, il fut dans la joie. Il les exhortait tous à rester d’un cœur ferme attachés au Seigneur. C’était en effet un homme de bien, rempli d’Esprit Saint et de foi. Une foule considérable s’attacha au Seigneur. Barnabé partit alors à Tarse chercher Saul. L’ayant trouvé, il l’amena à Antioche. Pendant toute une année, ils participèrent aux assemblées de l’Église, ils instruisirent une foule considérable. Et c’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de « chrétiens ». (Actes 11, 19-26)

Barnabé est donc en quelque sorte, le premier missionnaire. Suite à la persécution, des croyants arrivent dans d’autres pays et se mettent à annoncer Jésus aux Juifs qu’ils trouvaient dans ces pays. Arrivés à Antioche, certains osèrent annoncer Jésus à des non-juifs, à des païens. Ces croyants sont certainement de bons disciples de Jésus qui témoignent de leur foi. Mais le « missionnaire », à proprement parler, est quelqu’un qui est « envoyé ». Le missionnaire est un envoyé. Les Apôtres ont envoyé Barnabé de Jérusalem à Antioche, précisément pour aller constater et diriger cette nouvelle forme d’évangélisation qui consistait à annoncer Jésus Christ à des non-juifs. Antioche est l’endroit où Jésus le juif, est annoncé à des non-juifs, à des païens. Et c’est là que les croyants ont reçu pour la première fois le nom de « chrétiens ». Personnellement, j’en conclus que le chrétien est celui qui ose annoncer Jésus à des personnes de culture et de religion différente de la sienne.

Barnabé est non seulement à mes yeux le premier missionnaire, mais il est celui qui est responsable du rayonnement extraordinaire qu’a eu saint Paul. Les disciples de Jérusalem étaient très méfiants vis-à-vis Saul (Paul); on connaissait sa vie de persécuteur des chrétiens. C’est Barnabé qui conduisit Saul aux apôtres et qui fit en sorte que ces derniers ont eu confiance en celui qui deviendra l’apôtre des nations:

« Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. » (Actes 9, 26-28)

Barnabé n’est pas vraiment le nom du premier missionnaire. Le nom du premier missionnaire, est: Joseph. :

« Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres, ce qui se traduit : « homme du réconfort ». Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres. » (Actes 4, 36-37)

Ce sont les Apôtres qui ont donné à Joseph le nom de Barnabé. Cela est aussi très intéressant. Les Apôtres ont vu en Barnabé un homme qui avait une grande force intérieure, un homme qui aussi avait probablement vécu des épreuves, puisqu’ils l’ont nommé « l’homme du réconfort », l’homme de la consolation.

Un changement de nom indique aussi un passage. Saul est devenu Paul après sa conversion. Et nous, les chrétiens, nous sommes devenus en 2013, des disciples-missionnaires. Le pape François a inventé un nouveau mot pour décrire les chrétiens du XXIème siècle. Ce nouveau mot, nous le trouvons dans l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile, au numéro 120:

« En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie: « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20 ). Et nous, qu’attendons-nous ? (Pape François, La joie de l’Évangile, no. 120).

Il y a trente-deux ans, j’étais ordonné prêtre à Rome, par le pape Jean-Paul II. J’ai été ordonné prêtre le 12 juin 1983. Je ne me considère pas encore comme un chrétien, même si j’en ai le titre. Je me considère encore moins comme un « disciple-missionnaire ». Mais je désire de tout mon cœur le devenir. Je compte sur vous, en cette journée importante pour  moi, pour que vous m’obteniez de Dieu cette grâce. Merci à l’avance.




  

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