Pèlerinage sur les pas de Jeanne Le Ber
3 octobre 2026
Ce pèlerinage d’une journée le 3 octobre prochain est une occasion privilégiée de marcher dans les pas de Jeanne Le Ber et de Marguerite Bourgeoys. De la maison natale de Jeanne jusqu’à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, nous découvrirons les lieux où elle priait et l’influence profonde que Marguerite a eue sur sa vie.
À noter : ce pèlerinage s'adresse aux 18-35 ans.
AU PROGRAMME
10h30 à 12h00 : circuit pédestre dans le Vieux-Montréal en collaboration avec les Recluses Missionnaires : « Suivons Jeanne sur les pas de Marguerite » (pèlerinage)
Vers 12h00 : repas dans la voûte et moment d'échanges. Veuillez apporter votre lunch froid.
12h45 à 13h14 : visite guidée de la chapelle
13h15 : temps de prière devant le tombeau de Marguerite suivi de celui de Jeanne ainsi qu'un moment de partage en petits groupes.
14h00 : visite libre du musée et du belvédère
RENSEIGNEMENTS
Si vous avez des questions ou vous souhaitez obtenir plus d'informations, contactez Giulia Levrini par e-mail : bon-secours@sitehmb.org ou par téléphone 514-282-8670 poste 245.
J'encourage tous les jeunes de 18 à 35 ans à participer à ce pèlerinage sur les pas d'une des personnalités les plus marquantes de notre histoire. Jeanne Le Ber (1662 -1714) a eu comme parrain Paul Chomedey de Maisonneuve (fondateur de Montréal) et Jeanne Mance (cofondatrice de Montréal). Jeanne Le Ber est souvent considérée comme étant "l'ange de Ville-Marie (Montréal)", et pour cause car des documents historiques m'ont persuadé que Jeanne a sauvé Ville-Marie d'une attaque des Britanniques qui aurait pu être fatale pour la colonie. Voici comment :
« Lors de l’été 1709, les Montréalais apprennent à la fois la présence de l’armée du général anglais Nicholson au bord du lac Champlain et l’arrivée imminente d’une expédition navale par l’estuaire du Saint-Lauent. La population entière s’inquiète. Notamment les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame qui craignent, comme tous, de voir l’ennemi s’emparer de leur ferme et de leurs récoltes.
Une sœur alerte Jeanne qui ne s’émeut pas et assure « que la Sainte Vierge aurait soin de ce pays, qu’elle ne permettrait pas que ses ennemis y vinssent (car elle) est gardienne de cette ville. Nous ne devons rien craindre. » La sœur insiste. Jeanne rédige alors une prière sur une image de la Vierge :
« Reine des anges, notre Souveraine et notre très chère mère, vos filles de la Congrégation confient à vos soins la garde de leurs métairies. Elles espèrent de votre bonté que vous ne souffrirez pas que vos ennemis touchent au partage de celles qui sont sous votre protection et qui mettent toute leur confiance en Vous Seule. »
Les sœurs clouent l’image et sa prière sur la porte de leur grange de la Pointe-Saint-Charles. Une partie des habitants de Montréal et des alentours s’empresse alors de faire apporter à Jeanne une image « afin qu’elle leur fit le plaisir d’écrire dessus quelque prière de sa main ». Manifestement, on la considère comme une sainte à miracles. Ce qui lui déplaît profondément. Elle refuse de se prêter au manège. Les voisins volent l’image des sœurs, recopient la prière et chacun l’affiche sur sa propre porte. Jeanne en est quitte pour en refaire une autre à l’intention de la Congrégation de Notre-Dame.
« À la fin de l’hiver 1711, les Britanniques mobilisent leurs énergies terrestres et maritimes en un nouvel effort pour se rendre maîtres du Canada par les armes. L’amiral Walker rassemble une flotte de quatre-vingt-huit vaisseaux et douze mille hommes. Le général Nicholson commande presque trois mille soldats et sept cents Iroquois. Averti – d’en « bas » - au printemps par les colons d’Acadie et – d’en « haut » - par les Amérindiens alliés, Vaudreuil, le gouverneur général de Nouvelle-France se met en état de résister, bien qu’il ne dispose que d’à peine cinq mille hommes. Il fortifie Québec.
À Montréal, Ramezay donne des ordres à tous les habitants des alentours. Qu’ils se tiennent sur leurs gardes, prêts à partir pour aller au-devant des ennemis, à pied, à travers bois, dès qu’on les saurait en marche vers la ville. Des « découvreurs » sont envoyés du côté de l’estuaire. On attend le siège de Québec pour la mi-juillet. Le mouvement des militaires est continuel dans toute la vallée laurentienne pendant quatre mois.
Au début août, on apprend que Walker a fait escale à Boston le 25 juin précédent. Le 30 juillet, il a quitté ce port pour se diriger vers Québec.
Pendant toutes ces alarmes, les prières sont généralisées à travers la Nouvelle-France, autant dans les paroisses que dans les communautés religieuses. On jeûne, on se donne la discipline en commun, on invoque la Sainte Vierge, saint Joseph et les anges. On récite des neuvaines, on assiste à des messes. Hommes et femmes n’hésitent pas à suivre les processions pieds nus et corde au cou. Pour éviter « le danger d’être sous la domination des Anglais », on prononce des vœux héroïques. Des femmes de Montréal promettent de ne pas danser pendant un an.
… À Montréal, le commandant des forces armées n’est autre que Charles Lemoyne de Longueuil, l’aîné des cousins germains et le fondé de pouvoir de Jeanne. Il fait confectionner par sa cousine Marguerite Lemoyne, c.n.d., un étendard avec lequel il attendra les Anglais à la frontière. Pierre Leber peint une image de la Vierge et Jeanne y écrit une prière:
« Nos ennemis mettent leur confiance dans leurs armes, mais nous mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges, que nous invoquons. Elle est terrible, comme une armée rangée en bataille: sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis. »
Et l’on attend fébrilement. Au début de l’été 1711, un brouillard plane de longues semaines sur l’estuaire du Saint-Laurent. Rien ne se passe, sinon qu’un très fort vent de nord-est s’élève.
… à la mi-septembre 1711, Vaudreuil est averti par ses éclaireurs de l’estuaire que l’armée anglaise est à 80 lieues de Québec. L’alarme redouble. Vaudreuil envoie des hommes sur terre et sur mer. Arrivés à l’île aux Œufs, un spectacle de désolation les attend. Les rivages sont jonchés de cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants, de vaches, cochons, moutons et chiens. Les épaves de plusieurs gros navires brisés gisent entre deux eaux. Que s’est-il passé?
L’explication parviendra plus tard. Le 18 août, la flotte de Walker se trouve bel et bien à l’entrée du Saint-Laurent. Des vents violents soufflent, d’abord du nord-ouest, puis du sud-est. La brume épaisse rend la navigation presque impossible. La flotte est entraînée du côté nord de la rive jusqu’à l’île aux Œufs où, la nuit du 22 août 1711, huit navires s’échouent. Près de 900 personnes périssent noyées. Deux jours plus tard, Walker décide de retourner à Boston. Il perd encore quatre bateaux à la hauteur du Cap-Breton. Comble de malchance pour lui: le vaisseau amiral explose avec plus de quatre cents hommes à bord, à son retour à Porthmouth.
Pendant ce temps, Charles Lemoyne de Longueuil marche avec sa modeste troupe de quelques centaines d’hommes, bannière de Jeanne en tête, à la rencontre des trois mille soldats et sept cents Iroquois commandés par Nicholson … qui se sont volatilisés, car ce général anglais a décidé à nouveau de rebrousser chemin en apprenant le désastre survenu à la flotte de son compatriote.
Le plupart des colons de Nouvelle-France, comme Marie Morin, attribuent cette déroute de l’envahisseur britannique à un bienfait de la Providence, ardemment priée par tous en cette circonstance. Mais monsieur de Belmont, le premier biographe de Jeanne Leber, qui ne doute pas de la sainteté de son héroïne, qu’il connaît bien, ne prête ce bienfait qu’aux prières de Jeanne. Il estime qu’il s’agit, ni plus ni moins, du « plus grand miracle qui soit arrivé depuis le temps de Moïse et où la Sainte Vierge renouvela celui qu’elle avait fait vingt ans auparavant ». Ce qui nous reporte à peu près en octobre 1690, lorsque l’amiral Phips et son immense armée avaient subi un échec lors de sa tentative pour prendre Québec.
Il n’en reste pas moins que la discrète personnalité de Jeanne a impressionné beaucoup de monde. Son silence, sa pauvreté, sa chasteté volontaires et ses pénitences diffusent mystérieusement une confiance collective inestimable, évoquant l’image de sainte Geneviève protégeant Paris contre les Huns. » (1)
Remarques personnelles:
Je tends à penser que c'est l'interprétation des événements faite par M. de Belmont qui est la bonne. Je pense aussi que ce sont le prières et les sacrifices que Jeanne a faits durant toute sa vie de recluse, qui ont obtenu ce miracle éclatant, Un des éléments qui me font croire cela, c’est le fait que Jeanne, pour contrer les attaques de l’ennemi, a mis toute sa confiance en la Sainte Vierge Marie et a invité les colons de l’époque à faire de même. Or, si vous relisez le texte ci-dessus, vous remarquerez que la débandade de la flotte de l’amiral Walker a débuté le 22 août 1711. Or le 22 août est la fête liturgique de Marie Reine. Or dans la prière que Jeanne a composée à cette occasion, c’est le vocable de Reine qu’elle attribue à la Vierge Marie:
« Reine des anges, notre Souveraine et notre très chère mère, vos filles de la Congrégation confient à vos soins la garde de leurs métairies. Elles espèrent de votre bonté que vous ne souffrirez pas que vos ennemis touchent au partage de celles qui sont sous votre protection et qui mettent toute leur confiance en Vous Seule. »
« Nos ennemis mettent leur confiance dans leurs armes, mais nous mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges, que nous invoquons. Elle est terrible, comme une armée rangée en bataille : sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis. »
Selon moi, la vie de Jeanne, tout imprégnée d’union à Dieu, spécialement à Jésus dans le Saint-Sacrement et dédiée à la prière, au travail et à la mortification, a été le paratonnerre qui a protégé Montréal et la Nouvelle-France d'un envahisseur qui était, sur papier, beaucoup plus puissant.
(1) Françoise Deroy-Pineau, Jeanne le Ber, La Recluse au coeur des combats, Éditions Bellarmin, 2000, pp. 144-146.