6 août : La Transfiguration du Seigneur
C'est fête aujourd'hui dans l'Église. Nous fêtons la Transfiguration du Seigneur. L'évangile d'aujourd'hui nous disait :
"En ce temps-là,
Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,
et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ;
son visage devint brillant comme le soleil,
et ses vêtements, blancs comme la lumière."
Pourquoi l'Église a-t-elle décidé de célébrer la Transfiguration de Jésus le 6 août ? La raison se trouve dans la Bible. Jésus a voulu clairement montrer le lien intrinsèque qu'il y a entre la Croix et la Résurrection. Un jour Jésus a annoncé à ses apôtres qu'il allait souffrir, qu'il serait tué et qu'il ressusciterait d'entre les morts. Six jours après cette terrible annonce, Jésus est transfiguré devant trois de ses apôtres. On comprend après coup que Jésus a voulu en quelque sorte encourager ses apôtres pour qu'ils comprennent un jour que la mort de leur Maître ne sera pas le dernier mot, mais que c'est la gloire qui l'attend et qui nous attend tous. C'est le message que Jésus ressuscité dépose dans le coeur de deux de ses disciples sur le chemin d'Emmaüs : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?" (Lc 24, 26). Grâce à cette révélation de Jésus, nous savons que le mystère pascal est UN : mort et résurrection sont les deux faces indissociables d'un même mystère.
À cause de cela, l'Église a mis la fête de la Transfiguration du Seigneur le 6 août, exactement 40 jours avant la fête de la Croix glorieuse, célébrée le 14 septembre. Le chiffre 40 revient souvent dans la Bible et dans la liturgie. Et il est important de noter que le 14 septembre n'est pas simplement la fête de la Croix du Seigneur, mais la fête de la CROIX GLORIEUSE. C'est pour nous dire que dans toutes nos croix il y a de la gloire depuis que Jésus a employé ce chemin.
Depuis le passage de saint Jean-Paul II sur cette terre, le mystère de la transfiguration de Jésus a été mis en lumière de façon tout à fait extraordinaire. Le pape Jean-Paul II a eu cette idée de génie d'ajouter cinq mystères à la dévotion qu'est le ROSAIRE. Aux mystères joyeux, douloureux et glorieux, il a ajouté les MYSTÈRES LUMINEUX. Comme cela est beau ! Le pape a fait cela pour montrer avec encore plus d'évidence que c'est JÉSUS qui est au centre du rosaire. Le rosaire, avant d'être une prière mariale, est une prière christologique. C'est le Christ qui est la raison de l'existence du rosaire. Voici ce qu'il nous dit dès le premier numéro de sa magnifique lettre apostolique intitulée : Rosarium Virginis Mariae :
"En effet, tout en ayant une caractéristique mariale, le Rosaire est une prière dont le centre est christologique. Dans la sobriété de ses éléments, il concentre en lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un résumé. ... Avec lui, le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l'expérience de la profondeur de son amour. Par le Rosaire, le croyant puise d'abondantes grâces, les recevant presque des mains mêmes de la Mère du Rédempteur." (Rosarium Virginae Mariae, no. 1)
Puisque le rosaire a pour but de nous faire entrer plus profondément dans la contemplation de la beauté du visage du Christ, il n'était pas normal qu'on médite les premières années de vie de Jésus et qu'après le recouvrement de Jésus au Temple à l'âge de douze ans, on le retrouve à la fin de sa vie dans le Jardin de Gethsémani en train d'agoniser pour notre salut. Comment se fait-il que toutes les pages lumineuses de l'évangile qui nous font connaître en profondeur notre divin Maître, aient été laissées pour compte. Il a donc institué cinq mystères lumineux : le baptême de Jésus, les noces de Cana, Jésus qui annonce le Royaume, la Transfiguration et l'Eucharistie. Et il nous invite même à choisir d'autres épisodes de la vie de Jésus et à les méditer en compagnie de la Vierge Marie et à travers son coeur maternel.
Et parmi les mystères lumineux, il accorde une importance tout à fait spéciale au mystère de la Transfiguration de Jésus :
"La Transfiguration est le mystère de lumière par excellence. Selon la tradition, elle survint sur le Mont Thabor. La gloire de la divinité resplendit sur le visage du Christ, tandis que, aux Apôtres en extase, le Père le donne à reconnaître pour qu'ils “l'écoutent” (cf. Lc 9,35 par) et qu'ils se préparent à vivre avec Lui le moment douloureux de la Passion, afin de parvenir avec Lui à la joie de la Résurrection et à une vie transfigurée par l'Esprit Saint. (Rosarium Virginis Mariae, no. 21).
Nous sommes en 2002. Un an plus tôt, en 2001, ce cher pape avait écrit une lettre apostolique au terme du grand Jubilé de l'an 2000, pour retracer les grâces reçues et faire des recommandations. Il avait aussi à cette occasion insister sur la nécessité de fixer nos yeux sur le visage de Christ :
UN VISAGE À CONTEMPLER
16. « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12,21). Cette demande, présentée à l'Apôtre Philippe par quelques Grecs qui s'étaient rendus en pèlerinage à Jérusalem à l'occasion de la Pâque, résonne aussi spirituellement à nos oreilles en cette Année jubilaire. Comme ces pèlerins d'il y a deux mille ans, les hommes de notre époque, parfois inconsciemment, demandent aux croyants d'aujourd'hui non seulement de « parler » du Christ, mais en un sens de le leur faire « voir ». L'Église n'a-t-elle pas reçu la mission de faire briller la lumière du Christ à chaque époque de l'histoire, d'en faire resplendir le visage également aux générations du nouveau millénaire?
Notre témoignage se trouverait toutefois appauvri d'une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d'abord nous-mêmes à contempler son visage. Le grand Jubilé nous a assurément aidés à le faire d'une manière plus profonde. Au terme du Jubilé, tandis que nous reprenons le chemin de la vie ordinaire, conservant en nous la richesse des expériences vécues en cette période toute spéciale, notre regard reste plus que jamais fixé sur le visage du Seigneur." (Mille novo ineuntes, no. 16)
C'est sûrement un beau chemin de sainteté que de contempler le visage joyeux, lumineux, souffrant et glorieux du Jésus. C'est le moyen que Jean-Paul II semble avoir emprunté pour devenir un saint et c'est le moyen que bien amicalement il nous propose.
À chaque année, j'aime à me rappeler que le pape Paul VI est mort le 6 août 1978, Je trouve cela très significatif. J'ai souvent considéré que le pape Paul VI, qui a été canonisé, était un pape martyr. Il a été grandement critiqué pour avoir tranché dans le débat qui a entouré la parution de l'encyclique Humanae Vitae. Lui qui a porté une croix très lourde, est entré au ciel le jour où on fêtait la Transfiguration du Seigneur. Croix et gloire sont une fois de plus intimement liées.