mardi 18 août 2026

Jean-Paul II : appel à la sainteté et prière

 Jean-Paul II : appel à la sainteté et prière 


L'ère des saints n'est pas révolue, loin de là. Dans moins de trois semaines, nous célébrerons le premier anniversaire de la canonisation des deux jeunes saints que sont Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati. Mais plusieurs d'entre nous ont connu d'autres saints. Nombreux sont les Québécois et Québécoises qui ont vu de leurs yeux saint Jean-Paul II lorsqu'il est venu pour sa visite pastorale au Canada en 1984. Saint Jean-Paul II continue par ses écrits à creuser en nous le désir de la sainteté et l'excellent moyen pour y parvenir qu'est la prière. Voici ci-dessous quelques paragraphes de la Lettre apostolique qu'il a écrite au terme du grand jubilé de l'an 2000, intitulée : "Au début du nouveau millénaire" ("Nuovo Millennio Ineunte")

La sainteté

Et tout d'abord je n'hésite pas à dire que la perspective dans laquelle doit se placer tout le cheminement pastoral est celle de la sainteté...  Ce don de sainteté, pour ainsi dire objective, est offert à chaque baptisé... Mais le don se traduit à son tour en une tâche, qui doit gouverner toute l'existence chrétienne: « La volonté de Dieu, c'est que vous viviez dans la sainteté » (1 Th 4,3). C'est un engagement qui ne concerne pas seulement certains chrétiens: « Tous les fidèles du Christ, quel que soit leur état ou leur rang, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité »... Je remercie le Seigneur, qui m'a permis de béatifier et de canoniser ces dernières années de nombreux chrétiens, et parmi eux beaucoup de laïcs qui se sont sanctifiés dans les conditions les plus ordinaires de la vie. Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire: toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction. 

La prière

Pour cette pédagogie de la sainteté, il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière... Mais nous savons bien aussi que la prière ne doit pas être considérée comme évidente. Il est nécessaire d'apprendre à prier, recevant pour ainsi dire toujours de nouveau cet art des lèvres mêmes du divin Maître, comme les premiers disciples: « Seigneur, apprends-nous à prier! » (Lc 11,1). Dans la prière se développe ce dialogue avec le Christ qui fait de nous ses intimes: « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15,4). Cette réciprocité est la substance même, l'âme, de la vie chrétienne et elle est la condition de toute vie pastorale authentique. Réalisée en nous par l'Esprit Saint, elle nous ouvre, par le Christ et dans le Christ, à la contemplation du visage du Père. Apprendre cette logique trinitaire de la prière chrétienne, en la vivant pleinement avant tout dans la liturgie, sommet et source de la vie ecclésiale, mais aussi dans l'expérience personnelle, tel est le secret d'un christianisme vraiment vital, qui n'a pas de motif de craindre l'avenir, parce qu'il revient continuellement aux sources et qu'il s'y régénère...

Oui, chers Frères et Sœurs, nos communautés chrétiennes doivent devenir d'authentiques « écoles » de prière, où la rencontre avec le Christ ne s'exprime pas seulement en demande d'aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu'à une vraie « folie » du cœur...

Mais on se tromperait si l'on pensait que les simples chrétiens peuvent se contenter d'une prière superficielle, qui serait incapable de remplir leur vie. Face notamment aux nombreuses épreuves que le monde d'aujourd'hui impose à la foi, ils seraient non seulement des chrétiens médiocres, mais des « chrétiens en danger ». Ils courraient en effet le risque insidieux de voir leur foi progressivement affaiblie, et ils finiraient même par céder à la fascination de « succédanés », accueillant des propositions religieuses de suppléance et se prêtant même aux formes extravagantes de la superstition.

Il faut alors que l'éducation à la prière devienne en quelque sorte un point déterminant de tout programme pastoral... 

Le primat de la grâce

Dans la programmation qui nous attend, nous engager avec davantage de confiance dans une pastorale qui donne toute sa place à la prière, personnelle et communautaire, signifie respecter un principe essentiel de la vision chrétienne de la vie: le primat de la grâce. Il y a une tentation qui depuis toujours tend un piège à tout chemin spirituel et à l'action pastorale elle-même: celle de penser que les résultats dépendent de notre capacité de faire et de programmer. Certes, Dieu nous demande une réelle collaboration à sa grâce, et il nous invite donc à investir toutes nos ressources d'intelligence et d'action dans notre service de la cause du Royaume. Mais prenons garde d'oublier que « sans le Christ nous ne pouvons rien faire » (cf. Jn 15,5).

La prière nous fait vivre justement dans cette vérité. Elle nous rappelle constamment le primat du Christ et, en rapport à lui, le primat de la vie intérieure et de la sainteté. Quand ce principe n'est pas respecté, faut-il s'étonner si les projets pastoraux vont au devant de l'échec et laissent dans le cœur un sentiment décourageant de frustration? Nous faisons alors l'expérience des disciples dans l'épisode évangélique de la pêche miraculeuse: « Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » (Lc 5,5). Tel est le moment de la foi, de la prière, du dialogue avec Dieu, qui ouvre le cœur au flot de la grâce et qui permet à la parole du Christ de passer à travers nous avec toute sa force: Duc in altum! Lors de cette pêche, il revint à Pierre de dire les mots de la foi: « Sur ton ordre, je vais jeter les filets » (ibid.). Permettez au Successeur de Pierre, au début de ce millénaire, d'inviter toute l'Église à cet acte de foi, qui s'exprime dans un engagement renouvelé de prière. (1)  

(1)https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/2001/documents/hf_jp-ii_apl_20010106_novo-millennio-ineunte.html

 

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