vendredi 8 février 2013

Le 8 février: sainte Joséphine Bakhita

Le 8 février: sainte Joséphine Bakhita 

Aujourd’hui, l’Église célèbre la mémoire d’une sainte admirable et très peu connue : Joséphine Bakhita. C’est une des saintes du jubilé de l’an 2000. Elle a été canonisée par le pape Jean-Paul II le 1er octobre 2000.
La première fois que j’ai entendu parler de cette sainte, c’était par le pape Benoît XVI, dans son encyclique sur l’espérance, intitulée : Spe salvi. Les documents importants écrits par le pape, tels que les encycliques, tirent leur nom des tout premiers mots du texte. Dans le cas présent, l’encyclique commence ainsi : « Spe salvi facti sumus », qui est une phrase de la lettre de saint Paul aux Romains : « Dans l’espérance, nous avons été sauvés » (Rom 8, 24).
Au numéro 3 de l’encyclique, le pape nous parle assez longuement de la sainte que nous célébrons aujourd’hui. Lorsque j’ai lu cette encyclique du pape, c’est le passage suivant qui m’a le plus impressionné :

« Maintenant se pose la question suivante: en quoi consiste cette espérance qui, comme espérance, est « rédemption »? En fait: le cœur même de la réponse est donné dans le passage de la Lettre aux Éphésiens cité précédemment: avant leur rencontre avec le Christ, les Éphésiens étaient sans espérance, parce qu'ils étaient « sans Dieu dans le monde ». Parvenir à la connaissance de Dieu, le vrai Dieu, cela signifie recevoir l'espérance. Pour nous qui vivons depuis toujours avec le concept chrétien de Dieu et qui nous y sommes habitués, la possession de l'espérance, qui provient de la rencontre réelle avec ce Dieu, n'est presque plus perceptible. L'exemple d'une sainte de notre temps peut en quelque manière nous aider à comprendre ce que signifie rencontrer ce Dieu, pour la première fois et réellement. Je pense à l'Africaine Joséphine Bakhita, canonisée par le Pape Jean-Paul II. Elle était née vers 1869 – elle ne savait pas elle-même la date exacte – dans le Darfour, au Soudan. À l'âge de neuf ans, elle fut enlevée par des trafiquants d'esclaves, battue jusqu'au sang et vendue cinq fois sur des marchés soudanais. En dernier lieu, comme esclave, elle se retrouva au service de la mère et de la femme d'un général, et elle fut chaque jour battue jusqu'au sang; il en résulta qu'elle en garda pour toute sa vie 144 cicatrices. Enfin, en 1882, elle fut vendue à un marchand italien pour le consul italien Callisto Legnani qui, face à l'avancée des mahdistes, revint en Italie. Là, après avoir été jusqu'à ce moment la propriété de « maîtres » aussi terribles, Bakhita connut un « Maître » totalement différent – dans le dialecte vénitien, qu'elle avait alors appris, elle appelait « Paron » le Dieu vivant, le Dieu de Jésus Christ.

Jusqu'alors, elle n'avait connu que des maîtres qui la méprisaient et qui la maltraitaient, ou qui, dans le meilleur des cas, la considéraient comme une esclave utile. Cependant, à présent, elle entendait dire qu'il existait un « Paron » au-dessus de tous les maîtres, le Seigneur des seigneurs, et que ce Seigneur était bon, la bonté en personne. Elle apprit que ce Seigneur la connaissait, elle aussi, qu'il l'avait créée, elle aussi – plus encore qu'il l'aimait. Elle aussi était aimée, et précisément par le « Paron » suprême, face auquel tous les autres maîtres ne sont, eux-mêmes, que de misérables serviteurs. Elle était connue et aimée, et elle était attendue. Plus encore, ce Maître avait lui-même personnellement dû affronter le destin d'être battu et maintenant il l'attendait « à la droite de Dieu le Père ». Désormais, elle avait une « espérance » – non seulement la petite espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance: je suis définitivement aimée et quel que soit ce qui m'arrive, je suis attendue par cet Amour. Et ainsi ma vie est bonne. Par la connaissance de cette espérance, elle était « rachetée », elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. Elle comprenait ce que Paul entendait lorsqu'il rappelait aux Éphésiens qu'avant ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde – sans espérance parce que sans Dieu. Aussi, lorsqu'on voulut la renvoyer au Soudan, Bakhita refusa-t-elle; elle n'était pas disposée à être de nouveau séparée de son « Paron ». Le 9 janvier 1890, elle fut baptisée et confirmée, et elle fit sa première communion des mains du Patriarche de Venise. Le 8 décembre 1896, à Vérone, elle prononça ses vœux dans la Congrégation des Sœurs canossiennes et, dès lors – en plus de ses travaux à la sacristie et à la porterie du couvent –, elle chercha surtout dans ses différents voyages en Italie à appeler à la mission: la libération qu'elle avait obtenue à travers la rencontre avec le Dieu de Jésus Christ, elle se sentait le devoir de l'étendre, elle devait la donner aussi aux autres, au plus grand nombre de personnes possible. L'espérance, qui était née pour elle et qui l'avait « rachetée », elle ne pouvait pas la garder pour elle; cette espérance devait rejoindre beaucoup de personnes, elle devait rejoindre tout le monde. » (Benoît XVI, Spe salvi, no.3)

Joséphine est le nom qu’elle reçut en entrant en religion. Bakhita n’est pas son nom de famille. C’est le nom que lui donnèrent ses ravisseurs:

"J'avais neuf ans, raconte Bakhita elle-même, quand un matin, très tôt, je suis allée avec une compagne me promener dans les champs, un peu à l'écart de notre habitation. Soudain, nous avons vu surgir au-delà d'une petite vallée deux étrangers… L'un d'eux m'a attrapée brusquement d'une main, tandis qu'avec l'autre il tirait un couteau de sa ceinture, qu'il a pointé contre mes épaules et d’une voix forte a dit : « Si tu cries, tu mourras. Allons! » J'étais pétrifiée par la terreur et je n'ai réussi ni à crier ni à pleurer".

Ainsi commence la description que Bakhita fera de sa vie. Le choc a été tellement fort qu'elle oubliera pour toujours son vrai nom et celui de sa famille et de son village. On sait qu'elle était originaire du Darfour, de l'ethnie Dahou et qu'elle est née en 1869. Ses ravisseurs l'ont appelé Bakhita, qui veut dire: " heureuse ". 

Elle a été conduite jusqu'aux grands marchés du nord, d'abord à El Obeid et ensuite à Khartoum. Le même itinéraire avait été parcouru par sa sœur aînée quelques années auparavant. Bakhita a été vendue et achetée quatre fois. Inutile de tenter d'échapper. Elle se souvenait de la colère des différents patrons, qui se traduisait toujours en coups de fouets. Un jour, après une altercation avec sa femme, un patron a fait fouetter Bakhita, en même temps qu'une autre esclave, par des soldats. "Ils nous ont laissées, raconte-t-elle dans sa brève biographie, baignées de sang". Le fouet lui avait même arraché la chair d’un muscle et causé une profonde plaie. La cruauté de la fille du patron n'était pas moindre. En voyant que Bakhita et d'autres esclaves n'avaient pas encore de tatouage, elle appela une femme experte qui tailla 144 signes dans son corps. Quelques années plus tard, elle dira: "Je crois que je ne suis pas morte par un miracle du Seigneur, qui me destinait à des choses meilleures ". 
(Tiré du site: saints d'Afrique : - Region-Languedoc-Roussillon-OPM) 

Joséphine Bakhita est la première sainte soudanaise. Elle disait : « Les Sœurs firent mon instruction avec beaucoup de patience et me firent connaître ce Dieu que tout enfant je sentais dans mon cœur sans savoir qui il était. Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même: qui donc est le maître de ces belles choses ? Et j'éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes hommages ». Et encore:  « Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu! ». Cette grande dame me rappelle un des textes dont la lecture m'a le plus bouleversé: la leçon du lépreux. J’ai mis ce texte sur mon blogue, en date du 17 septembre 2011. Vous pouvez le lire en cliquant sur les mots suivants: Dieu ma joie: La leçon du lépreux.

Joséphine Bakhita et ce lépreux anonyme sont des exemples pour nous qui, malheureusement, sommes portés à ne pas trop réfléchir à la grandeur du don que Dieu nous a fait d’avoir la foi et d’être ses enfants bien-aimés. La devise épiscopale de notre nouvel archevêque ici à Montréal est la phrase que Jésus a dite un jour à la Samaritaine: « Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10) La vie de Joséphine Bakhita et du lépreux de Madagascar nous invitent à apprécier notre baptême. Des témoins ont souvent vu Joséphine Bakhita embrasser les fonts baptismaux et dire : « Ici, je suis devenue fille de Dieu! »

Quelques paroles de sainte Joséphine Bakhita: 

A propos de ses bourreaux: « Si je rencontrais ces négriers qui m'ont enlevée et ceux-là qui m'ont torturée, je m'agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse. »

A propos de sa foi: « La Sainte Vierge m'a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j'étais esclave, je n'ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Je n'en suis pas morte, parce que le Bon Dieu m'avait destinée à des « choses meilleures ». Et je connus finalement ce Dieu que je sentais dans mon cœur depuis que j'étais petite sans savoir qui c’était. »

Pendant sa maladie: « Je m'en vais lentement, lentement, pas à pas vers l'éternité. Jésus est mon capitaine et moi, je suis son assistante. Je dois porter les valises. L'une contient mes dettes, l'autre, plus lourde, les mérites infinis de Jésus. Que ferai-je devant le tribunal de Dieu ? Je couvrirai mes dettes avec les mérites de Jésus et je dirai au Père Éternel : maintenant juge ce que tu vois. Au ciel j'irai avec Jésus et j'obtiendrai beaucoup de grâces. Je viendrai te visiter dans tes rêves si le « Patron » me le permet. Au paradis j'aurai du pouvoir et j’obtiendrai pour tous beaucoup de grâces. » 

Au moment de sa mort:
 « Lorsqu'une personne aime beaucoup une autre, elle désire ardemment l'approcher, donc pourquoi craindre tellement la mort ? La mort nous emmène à Dieu ». 
   
     


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