mardi 22 janvier 2019

Début des JMJ au Panama

Début des JMJ au Panama
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Aujourd’hui commencent les JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse) au Panama. C’est un événement d’Église EXTRAORDINAIRE. Nous devons tenir présents à notre esprit, à notre cœur et à notre prière, les milliers de jeunes réunis dans la joie d'être chrétiens. Oui, ce sont des jours de grande joie pour l'Église du Christ. Prions tous les jours au moins jusqu'à dimanche prochain pour tous les jeunes du monde entier car il s'agit des Journées MONDIALES de la Jeunesse. Mais prions spécialement pour ceux et celles qui sont en ce moment au Panama. Ils ont donné de leur temps, de leur argent et peut-être même plus encore pour aller rencontrer Jésus, Marie et le pape François. Que Dieu les récompense au centuple.   

Le Québec est représenté par 225 jeunes, et le Canada par 1300 jeunes. Quel cadeau pour l’Église! Ces JMJ sont mises sous le signe et la protection de Marie, la Mère de Dieu (1). Le thème de ces  JMJ est: "Voici la servante du Seigneur, que tout m'advienne selon ta parole" (Lc 1, 38). Dimanche dernier, alors que la plupart des participants aux JMJ étaient arrivés au Panama, l’Église nous présentait à la messe l’évangile relatant le premier miracle de Jésus à Cana de Galilée. Ce miracle, Jésus l’a fait à cause de la prière de Marie. Marie a compris son rôle de médiatrice ce jour-là. Voici ce que dit le saint pape Jean-Paul II dans sa lettre encyclique sur la Vierge Marie

« Le texte de l'Évangile de Jean qui nous présente Marie aux noces de Cana est particulièrement éloquent. Marie y paraît comme la Mère de Jésus au commencement de sa vie publique: « Il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples » (Jn 2, 1-2). On pourrait déduire du texte que Jésus et ses disciples furent invités avec Marie, en quelque sorte à cause de la présence de cette dernière à la fête: le Fils semble invité à cause de la Mère. On sait la suite des événements découlant de cette invitation, le « commencement des signes » accomplis par Jésus -l'eau changée en vin-, ce qui fait dire à l'évangéliste: Jésus « manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2, 11).

Marie est présente à Cana de Galilée en tant que Mère de Jésus et il est significatif qu'elle contribue au « commencement des signes » qui révèlent la puissance messianique de son Fils. …

Par la description de l'événement de Cana, se dessine ce qui se manifeste concrètement comme la maternité nouvelle selon l'esprit et non selon la chair, c'est-à-dire la sollicitude de Marie pour les hommes, le fait qu'elle va au-devant de toute la gamme de leurs besoins et de leurs nécessités. …

A Cana de Galilée, seul un aspect concret de la pauvreté humaine est montré, apparemment minime et de peu d'importance («Ils n'ont pas de vin») . Mais cela a une valeur symbolique: aller au-devant des besoins de l'homme veut dire, en même temps, les introduire dans le rayonnement de la mission messianique et de la puissance salvifique du Christ. Il y a donc une médiation: Marie se situe entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations, de leur pauvreté et de leurs souffrances. Elle se place «au milieu», c'est-à-dire qu'elle agit en médiatrice non pas de l'extérieur, mais à sa place de mère, consciente, comme telle, de pouvoir montrer au Fils les besoins des hommes -ou plutôt d'en «avoir le droit». Sa médiation a donc un caractère d'intercession: Marie «intercède» pour les hommes. Non seulement cela: en tant que Mère, elle désire aussi que se manifeste la puissance messianique de son Fils, c'est-à-dire sa puissance salvifique destinée à secourir le malheur des hommes, à libérer l'homme du mal qui pèse sur sa vie sous différentes formes et dans des mesures diverses.  …

A Cana, grâce à l'intercession de Marie et à l'obéissance des serviteurs, Jésus inaugure «son heure». A Cana, Marie apparaît comme quelqu'un qui croit en Jésus: sa foi en provoque le premier « signe » et contribue à susciter la foi des disciples. …

Nous pouvons dire ainsi que dans cette page de l'Évangile de Jean nous trouvons comme une première manifestation de la vérité sur la sollicitude maternelle de Marie. …

Du texte johannique il ressort qu'il s'agit d'une médiation maternelle. Comme l'affirme le Concile, Marie «est devenue pour nous, dans l'ordre de la grâce, notre Mère» » (Jean Paul II, Redemptoris Mater, numéros 21 et 22) (2)

Nul doute que Marie intercède puissamment pour tous les jeunes du monde en ce moment, et spécialement pour ceux et celles qui sont réunis en son nom et au nom de son Fils au Panama.   

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lundi 21 janvier 2019

La Transfiguration selon Sieger Köder

La Transfiguration selon Sieger Köder  
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La TRANSFIGURATION par Sieger Köder

Comme ils sont beaux les yeux des trois apôtres, fermés mais illuminés, aptes à voir l’invisible!


Oh que je l’aime cette peinture de Sieger Köder ! Je la trouve tout simplement géniale. Car le mystère de la Transfiguration a eu lieu d'abord et avant tout « pour les disciples ». Jésus savait très bien pourquoi il amenait ce jour-là Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. C’était pour les aider à surmonter le scandale de la Croix, le mystère de la Croix que Jésus avait annoncé quelques jours plus tôt: 

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » (Mc 9, 2-5) 

J'ai choisi de prendre le récit de la Transfiguration dans l'évangile selon saint Marc car Marc a été le disciple de saint Pierre et nous croyons que son évangile nous rapporte les paroles et la prédication du prince des apôtres. Marc tient donc ce récit des paroles mêmes d'un témoin oculaire de la Transfiguration

Dans la peinture, nous voyons clairement deux niveaux séparés par une ligne: le niveau du divin et le niveau de l'humain. La montagne, quoique haute, comme nous le dit saint Marc, se trouve bien sûr au niveau inférieur.  

La caractéristique essentielle de cette peinture est le fait que les trois apôtres aient les yeux fermés. Leurs yeux sont fermés mais touchés par la lumière divine, la lumière qui vient d'en haut. Comme c'est génial ! Ce n'est probablement pas conforme aux faits. Car j'imagine que Pierre, Jacques et Jean avaient à ce moment-là les YEUX GRAND OUVERTS. Mais Sieger Köder a voulu nous montrer l'effet du mystère: ce jour-là, les apôtres ont été mystérieusement habilités à contempler l'invisible, à voir les choses comme Dieu les voit. Et pour cela, l'être humain doit très souvent fermer les yeux. Car, comme le dit si bien Antoine de Saint-Exupéry, " l'essentiel est invisible pour les yeux ". 

Comme vous le savez probablement, saint Jean-Paul II, dans sa magnifique lettre apostolique sur le Rosaire, nous invite à faire du Rosaire une prière essentiellement « christocentrique », centrée sur Jésus le Christ. Pour cela, il a inventé les « mystères lumineux » qui sont des mystères de la vie publique de Jésus. Il a choisi cinq mystères de la vie publique de Notre Seigneur et il nous invite à choisir et à méditer tous les mystères de la vie publique de Jésus. À titre d’exemples, il a choisi cinq mystères. Bien sûr, il a choisi le mystère de la Transfiguration de Jésus. Il a mis ce mystère en quatrième lieu, juste avant le mystère de l’Eucharistie. Cela n’est pas anodin. Cela est sûrement voulu par l’Esprit Saint. Car lorsque nous contemplons l’hostie consacrée, nous contemplons Jésus dans la GLOIRE, Jésus transfiguré par le divin, par la RÉSURRECTION. Et la gloire qu’a Jésus au ciel, est probablement beaucoup plus grande que la gloire qui l’a entouré et transfiguré sur la montagne en Galilée.

Dans sa lettre sur le Rosaire, en parlant du mystère de la Transfiguration, le pape Jean-Paul II emploie des mots très forts, qui m’ont toujours impressionné. Voici ce qu’il dit :

CHAPITRE I

CONTEMPLER LE CHRIST AVEC MARIE

  Un visage resplendissant comme le soleil

« Et il fut transfiguré devant eux: son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 2). L'épisode évangélique de la transfiguration du Christ, dans lequel les trois Apôtres Pierre, Jacques et Jean apparaissent comme ravis par la beauté du Rédempteur, peut être considéré comme icône de la contemplation chrétienne. Fixer les yeux sur le visage du Christ, en reconnaître le mystère dans le chemin ordinaire et douloureux de son humanité, jusqu'à en percevoir la splendeur divine définitivement manifestée dans le Ressuscité glorifié à la droite du Père, tel est le devoir de tout disciple du Christ; c'est donc aussi notre devoir. En contemplant ce visage, nous nous préparons à accueillir le mystère de la vie trinitaire, pour faire l'expérience toujours nouvelle de l'amour du Père et pour jouir de la joie de l'Esprit Saint. Se réalise ainsi pour nous la parole de saint Paul: « Nous reflétons tous la gloire du Seigneur, et nous sommes transfigurés en son image, avec une gloire de plus en plus grande, par l'action du Seigneur qui est Esprit » (2 Co 3, 18). (Rosarium Virginis Mariae, no. 9)

« La Transfiguration est le mystère de lumière par excellence. Selon la tradition, elle survint sur le Mont Thabor. La gloire de la divinité resplendit sur le visage du Christ, tandis que, aux Apôtres en extase, le Père le donne à reconnaître pour qu'ils “l'écoutent” (cf. Lc 9,35 par) et qu'ils se préparent à vivre avec Lui le moment douloureux de la Passion, afin de parvenir avec Lui à la joie de la Résurrection et à une vie transfigurée par l'Esprit Saint » (Rosarium Virginis Mariae, no. 21)

Toute le lettre du pape est une invitation à contempler le « visage du Christ ». Il serait intéressant de compter le nombre de fois que reviennent les mots « visage du Christ » dans cette lettre apostolique. Par exemple, en plus des mentions de ces mots dans les paragraphes cités précédemment :

« Pour être introduit dans la contemplation du visage du Christ, il faut écouter, dans l'Esprit, la voix du Père, car « nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père » (Mt 11, 27). … Le Rosaire est l'un des parcours traditionnels de la prière chrétienne qui s'attache à la contemplation du visage du Christ. » (Rosarium Virginis Mariae, no. 18)   



dimanche 20 janvier 2019

Les noces de Cana: premier miracle de Jésus

Les noces de Cana: premier miracle de Jésus

En ce deuxième dimanche du temps ordinaire de l’année C, l’évangile qui est proclamé à la messe nous raconte le premier miracle opéré par Jésus, à Cana, en Galilée.

Le miracle fait par Jésus aux noces de Cana, est pour moi un miracle atypique. À mes yeux, il y a trois miracles atypiques dans les évangiles. Je veux dire par là que ces miracles ne semblaient pas commandés par une raison grave. On a beau dire que si le vin vient à manquer dans une noce, et surtout au temps de Jésus, cela était grave car la fête serait alors beaucoup moins appréciée par les convives; cela ne me convainc pas tellement. Les gens invités à la noce étaient sûrement des personnes qui aimaient beaucoup les nouveaux mariés; par conséquent, je ne pense pas qu'ils se seraient grandement offusqués du manque de vin. Ce sont plutôt les époux qui, selon moi, auraient été mal à l'aise. Il n'en demeure pas moins que changer de l'eau en vin n'est pas en soi aussi important que de guérir un aveugle de naissance, ou un lépreux, ou une personne paralysée. Si ce n'est pas la nécessité ou la gravité de la situation qui a poussé Jésus à faire un miracle ce jour-là, pourquoi a-t-il décidé d'opérer son premier miracle à des noces à Cana en Galilée?  

Il faut donc chercher ailleurs la raison du miracle, du premier miracle de Jésus. La liturgie d’aujourd’hui à la messe, nous met sur la piste de la véritable raison de ce miracle. Jésus a voulu que ce miracle soit le signe des épousailles de Dieu avec son peuple. Cette explication, je l’ai entendue plusieurs fois, mais jusqu’à maintenant elle m’avait toujours agacée. Ce n’est qu’aujourd’hui que je l’apprécie et que je la trouve merveilleuse. Heureux sommes-nous de pouvoir changer d’idée ou de point de vue. Heureux sommes-nous de pouvoir progresser dans notre compréhension des divines Écritures.  

La première lecture de la messe d'aujourd'hui, tirée du livre d’Isaïe, nous met sur la piste de l’explication que l’on doit donner au miracle à Cana. Dieu nous dit par la bouche du prophète: 
  
« Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. On ne te dira plus : « Délaissée ! » À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! » Toi, tu seras appelée « Ma Préférence », cette terre se nommera « L’Épousée ». Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Épousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. » (Is 62, 3-5)
Voilà la véritable raison du miracle à Cana de Galilée. Par son premier miracle, Jésus a voulu montrer la raison véritable de sa venue sur terre, de sa venue parmi nous. Il a voulu montrer à quel point Dieu aime l'humanité puisqu'il veut s'unir à l'humanité comme s'unissent les époux et même plus que cela. Pour montrer l'union intime qu'Il veut établir entre nous et Lui, Dieu n'a pas trouver de moyen plus grand que d'utiliser l'analogie du mariage, où l'époux et l'épouse ne font qu'un, ne sont qu'une seule chair. Quand Dieu nous habite, nous faisons vraiment UN avec LUI; et surtout quand nous Le recevons dans l'Eucharistie
Merci Jésus d'avoir voulu nous signifier cela par ton premier miracle. 
Je désire reprendre ici les mots de saint Léon le Grand, que nous lisons à chaque année le jour de Noël dans la deuxième lecture de l'office des lectures: 
SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND POUR NOËL
« Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous ! Il n’est pas permis d’être triste, lorsqu’on célèbre l’anniversaire de la vie. Celui-ci détruit la crainte d’avoir à mourir, il nous donne la joie de l’éternité promise.
Personne n’est tenu à l’écart de cette allégresse, car le même motif de joie est commun à tous. Notre Seigneur, chargé de détruire le péché et la mort, n’ayant trouvé personne qui en fût affranchi, est venu en affranchir tous les hommes. Que le saint exulte, car il approche du triomphe. Que le pécheur se réjouisse, car il est invité au pardon. Que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie.

En effet, le Fils de Dieu, à la plénitude des temps fixée dans la profondeur impénétrable du plan divin, a épousé la nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur. 
» 


samedi 19 janvier 2019

L'esprit scientifique, obstacle à la foi ?

L’esprit scientifique, obstacle à la foi ?

Nous vivons dans un monde très spécial; il faut le reconnaître. À toute époque de l’histoire, il a été difficile à certains êtres humains de croire en Dieu, et spécialement en un Dieu qui est bon et qui aime infiniment ses enfants. Le mystère du mal est probablement le plus grand obstacle à la foi. Mais de nos jours, des obstacles supplémentaires se sont ajoutés sur le chemin qui mène à la foi. Un de ces obstacles semble être les immenses progrès dans les domaines de la science. La science aujourd’hui explique tant de choses, qu’on en vient presque à penser qu’elle expliquera tout un jour. Pour plusieurs, la science semble avoir remplacé Dieu. Mais ceci est une illusion, bien sûr, car les grandes personnalités scientifiques se rendent compte que plus elles creusent le mystère de la création, plus les interrogations et les questions surgissent et plus elles découvrent leur ignorance. En fait, le problème ne concerne pas tant les grands scientifiques, mais les gens qui ont seulement un peu de notions scientifiques et qui à cause de cela jugent la religion de haut et pensent pouvoir s’en passer. D’où la pertinence de cette phrase de l’homme de science Louis Pasteur : « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup de science y ramène ».  

Une amie m’a fait connaître des paroles très intéressantes du pape Paul VI. Je ne connaissais pas ces paroles. Il semble que ces paroles n’ont été conservées que dans la mémoire de son bon ami le philosophe Jean Guitton. Connaissant un peu la rigueur de la pensée de monsieur Guitton, je suis persuadé que ce qu’il écrit dans ses livres est vrai; il n’oserait certainement pas mettre dans la bouche d’un pape des paroles qui ne reflètent pas la réalité. Voici ce que raconte Jean Guitton :  

 " En 1975, cher abbé Binon, apprenant que les laïcs peuvent parler dans une église, par une sorte de sainte paresse vous m'avez fait une demande étrange: vous m'avez demandé de "prêcher" à votre place, dans la petite église de Saint-Sylvain, la retraite de première communion. J'avais refusé d'abord. Mais, ayant pris conseil auprès du pape Paul VI, il me fit un devoir de vous obéir.
     Dès la première leçon, l'orage éclata. Je fus précipité dans le drame de ce siècle.
     J'avais raconté aux enfants le miracle de la multiplication des pains. Alors, un des garçons eut l'audace de se lever, et il me dit: "L'instituteur nous a appris que la science rejette ce que vous nous racontez".
     Silence dans la vielle église moyenâgeuse.
     Cher abbé Binon, vous avez alors pris la parole à ma place et vous avez dit à l'enfant: "Lucien, est-ce que tu veux faire la première communion?" Et Lucien répondit: "Oui, monsieur le curé." Et vous avez dit: "Alors, il faut que tu croies."
     Et moi je pensais que, dans la petite église de Saint-Sylvain, le drame de la Raison et de la Foi venait de se jouer, une fois de plus.
     ......................................................................................................................................................
     Le mois suivant, je vis le pape Paul VI. Il me demanda comment s'était passée "la retraite de première communion" qu'il m'avait ordonnée.
     Une ombre de souffrance passa sur son visage; il me dit en substance ceci:
     "Le drame du monde actuel était présent dans votre tout petit pays. Et moi qui suis, quioque indigne, le pasteur responsable de l'immense troupeau, je ne cesse d'y penser avec souffrance."
     "Lorsque j'étais archevêque de Milan, on m'avait présenté dans un village l'enfant qui était premier en catéchisme. "C'est bien, lui ai-je dit, mais il faut aussi que tu sois premier en calcul." Car le problème de l'apostolat dans le siècle à venir est exprimé par ce devoir que nous aurons d'unir la culture scientifique à la culture religieuse."
     Il faudra réévangéliser. Et ce sera plus difficile qu'au temps des apôtres. Car les apôtres (et saint Paul dont j'ai choisi le nom) apportaient une nouvelle, une Bonne Nouvelle. Désormais, on nous dira: "Votre nouvelle, par la Science, par la Critique, nous l'avons réfutée."

    J'écris ces souvenirs après la mort de Paul VI, sous le pontificat de Jean-Paul II, qui prêche un nouveau départ, une nouvelle "évangélisation". (1) 

J’aime beaucoup ces phrases de Paul VI :

« Il faudra réévangéliser. Et ce sera plus difficile qu'au temps des apôtres. Car les apôtres (et saint Paul dont j'ai choisi le nom) apportaient une nouvelle, une Bonne Nouvelle. Désormais, on nous dira: "Votre nouvelle, par la Science, par la Critique, nous l'avons réfutée. »

Je remercie le Seigneur de m’avoir fait connaître le professeur John Lennox, cet éminent mathématicien. C’est cet homme de science, qui, en seulement quelques mots, m’a démontré qu’il n’y a aucune contradiction entre la science et la religion. La preuve en est, nous dit John Lennox, que de très grandes personnalités scientifiques étaient ou sont croyantes. S’il y avait vraiment contradiction entre la science et la religion, entre la science et la foi, on ne pourrait jamais retrouver dans une même personne humaine, et la science et la foi. Il est même prouvé que la majorité des hommes de science célèbres et mondialement connus, croyaient ou croient en Dieu. (2)


(1) Jean Guitton, Lettres ouvertes, Édition Payot &Rivages, Paris, p. 88.



 

mercredi 16 janvier 2019

Le ministère de l'écoute

Le ministère de l’écoute
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"Dans la capacité d’écoute se trouve la racine de la paix." (Pape François)


De l’évangile selon saint Luc chapitre 10, versets 38-42

Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10, 38-42)

Le mot “ ministère ” tel que je l’entends ici, vient du mot grec « DIAKONIA » qui veut dire: « service de ceux qui répondent aux besoins des autres ». Dans le texte ci-dessus, le mot grec pour décrire " les multiples occupations du service " faites par Marthe pour accueillir Jésus, est le mot: DIAKONIA. Le but du présent blogue est de montrer que le " ministère de l'écoute " est un des plus grands services que l'on puisse rendre à notre prochain. 
  
Dans un épisode de l’évangile une personne aveugle entend un bruit de foule et demande ce qui se passe. On lui répond que c’est Jésus qui passe sur ce chemin. L’aveugle crie à Jésus : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ». Et Jésus lui demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il me semble que ce que veut cet aveugle est évident. La personne aveugle répond : « Rabbouni, que je retrouve la vue » (Mc 10, 46-52). Jésus considérait qu'il était important que l’aveugle exprime son besoin. Et qui sait? Son besoin le plus grand aurait pu être autre chose que son besoin évident. On se met trop souvent dans la tête des autres. Si on laisse les gens nous exprimer leur besoin, on risque d’être surpris et surtout on risque moins de se tromper sur ce qui est le plus important pour eux.

Vous vous êtes sûrement posé à quelques reprises la question suivante : « Pourquoi les petits-enfants aiment-ils autant leurs grands-parents ? » À cette question, il peut y avoir de multiples réponses. Une de ces réponses est sûrement celle-ci : parce que les petits enfants vivent souvent des moments de qualité avec leurs grand-parents; et ces moments de qualité passent souvent par l’écoute. Les petits enfants, très souvent, aiment à se confier à leurs grands-parents; ils découvrent dans leur papi et mamie une écoute attentive qui ne les juge pas et qui leur fait du bien. Ils bénéficient aussi souvent de conseils de ces personnes qui les aiment et qui ont beaucoup plus d'expérience qu'eux.

Un de mes confrères Oblats de la Vierge Marie a travaillé durant des années à Boston, dans notre chapelle qui est située dans un des gratte-ciels de Boston: le « Prudential Center ». Ce confrère souffre d’une maladie qui faisait en sorte que pendant longtemps il ne pouvait pas prêcher et même confesser. Cependant, parmi les lettres qu'à la chapelle on reçoit à chaque jour, c’est à lui qu’allait, de loin, la plus grande quantité de remerciements. Pourquoi? En raison d’une simple question que mon confrère posait aux gens. Les gens qui venaient à la chapelle était souvent des inconnus. Le Père Bob (c’est son prénom) faisait connaissance avec eux et leur posait cette simple question : « Est-ce qu’il y a une intention pour laquelle vous aimeriez que je prie pour vous? ». Cette question toute simple, conduisait à de très profondes et sérieuses confidences. Les gens ont besoin de faire sortir d’eux ce qui les préoccupe, de s’exprimer, de se confier. Il est vrai que le fait d'être prêtre favorise de telles confidences. Mais si la personne sait que nous sommes croyants et qu'elle sente notre bienveillance à son égard, il est fort possible qu'elle s'ouvre à nous sur des sujets importants et délicats pour elle. Du moins, cela n'est pas impossible. Si nous avons la chance de côtoyer régulièrement une personne et de lui témoigner notre amour de diverses façons, il est très probable qu'elle nous ouvrira un jour la porte de son coeur et que nous pourrons y déposer la Bonne Nouvelle qu'est Jésus. Mais cela se fait avec le temps. Il est bon toutefois de se convaincre que le but ultime de toute rencontre, c'est de permettre à l'autre de s'ouvrir, de se révéler. 

Comment se fait-il que j’écrive ce blogue aujourd’hui ? C’est en raison d’une vidéo que je viens de visionner. Vous trouverez cette vidéo au bas du présent blogue (1). La vidéo nous présente le témoignage de monsieur René Baillargeon, âgé de 80 ans. Je vous encourage fortement à regarder cette vidéo. Les passages qui m'ont le plus marqué sont ceux où M. Baillargeon parle de l'écoute. Cet homme, très humble, nous apprend qu'il est très volubile, qu'il aime beaucoup parler. Son épouse Angéline avec qui il a eu cinq enfants, lui a dit au lendemain de leur mariage: « Toi, tu t’occuperas de la prière. Car tu es plus placoteux ». Un des derniers enseignements qu'il ait reçu de son épouse avant qu'elle ne décède, est celui-ci: 

« Angéline est morte du cancer. Je l'ai accompagné jusqu'à la fin. En fin de vie, elle perdait sa parole. Et puis là, tout énervé, je lui disais: « Veux-tu de l'eau, veux-tu ceci, veux-tu cela ? » Et elle me dit: « René, ÉCOUTE, ÉCOUTE , ÉCOUTE ! ». Aïe, c'est une leçon, n'est-ce pas ? Mais je l'oublie encore. Je parle beaucoup plus que je n'écoute. Mais souvent cela me vient comme un écho: « ÉCOUTE, ÉCOUTE ! »

Il y a une vérité dont je me rends compte seulement depuis quelque temps. Chacun de nous veut une vie riche en expériences. On veut tous être riches intérieurement. Mais comment enrichit-on notre intérieur ? " EN ÉCOUTANT ". Quand je parle, je dis des choses que je sais déjà, que j'ai apprises soit de Dieu, soit des autres, soit des événements, grâce à l'écoute. Mais quand j'écoute, j'apprends des choses, j'apprends du nouveau. Par conséquent, si je veux grandir en humanité je me dois d'écouter. Le " ministère de l'écoute ", c'est d'abord à moi que cela profite. Plus j'écouterai, plus je serai riche intérieurement, plus je serai humain. 

Toute la doctrine de l'accompagnement spirituel, qu'on appelait auparavant la " direction spirituelle ", repose sur l'écoute. Quand une personne se révèle à nous, en nous parlant longuement de sa vie, elle reçoit normalement de grandes lumières pendant cette révélation d'elle-même; elle reçoit des lumières uniquement par le fait de se révéler. 

Tout chrétien doit être un être d'écoute. C'est seulement à cette condition que nous permettrons aux gens de se rapprocher de Dieu. 

Voici, en terminant, quelques commentaires du pape François sur l'évangile de Marthe et Marie

« L'hôte ne doit pas simplement être servi, nourri, soigné de toutes les façons possibles. Il faut surtout qu’il soit écouté. Rappelez-vous bien de ce mot: écouter! Car l’hôte doit être accueilli comme une personne, avec son histoire, son cœur riche de sentiments et de pensées, afin qu’il puisse se sentir vraiment en famille. Mais si tu accueilles un hôte chez toi et que tu continues à t’affairer, que tu le fais asseoir là, lui muet et toi muet, c’est comme s’il était de pierre: l’hôte de pierre. Non. L’hôte doit être écouté. … Si nous allons prier — par exemple — devant le Crucifix, et que nous parlons, parlons, parlons et puis nous nous en allons, nous n’écoutons pas Jésus! Nous ne le laissons pas parler à notre cœur. Écouter: voilà le mot-clé. N’oubliez pas! Et nous ne devons pas oublier que dans la maison de Marthe et Marie, Jésus, avant d’être Seigneur et Maître, est pèlerin et hôte. Donc, sa réponse a ce sens premier et plus immédiat : « Marthe, Marthe, pourquoi te donnes-tu tant de peine pour l’hôte jusqu’à oublier sa présence? » — L’hôte de pierre! — Pour l’accueillir, il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de choses; au contraire, une seule chose est nécessaire : l’écouter — c’est le mot: l’écouter —, faire preuve à son égard d’une attitude fraternelle, de façon qu’il se sente en famille, et non dans un refuge provisoire ». … Et je voudrais vous demander, vous poser une question, à laquelle chacun répondra dans son cœur: toi, mari, as-tu du temps pour écouter ta femme? Et toi, femme, as-tu du temps pour écouter ton mari? Vous, parents, avez-vous du temps, du temps à « perdre », pour écouter vos enfants? Ou vos grands-parents, les personnes âgées? — « Mais les grands-parents disent toujours les mêmes choses, ils sont ennuyeux... » — mais ils ont besoin d’être écoutés!  Écouter. Je vous demande d’apprendre à écouter et d’y consacrer plus de temps. Dans la capacité d’écoute se trouve la racine de la paix.

Que la Vierge Marie, Mère de l’écoute et du service attentionné, nous enseigne à être accueillants et hospitaliers envers nos frères et nos sœurs. » (Pape François, Angelus du dimanche 17 juillet 2016)


(1)
 Vivre avec le Christ - René Baillargeon - YouTube

8 janv. 2019 - Téléversé par Webtélé ECDQ
À 80 ans, René Baillargeon est à l'âge de, comme il le dit lui-même, transmettre sa joie de vivre ...