dimanche 26 février 2012

Premier dimanche du carême

Premier dimanche du carême :

À chaque premier dimanche du carême, l’Église nous invite à méditer les tentations de Jésus au désert. Cette année, nous lisons saint Marc magnifique dans sa brièveté :

« Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. » (Mc 1, 12-13)

Jésus venait d’être baptisé : Jésus a commencé sa mission publique par la réception du baptême des mains de son cousin Jean (le Baptiste). Nous aussi avons commencé notre mission en recevant le baptême. Le baptême est au centre des quarante jours du carême. Dans les cathédrales du monde entier, les catéchumènes (les adultes qui se préparent au baptême) ont vécu aujourd’hui « l’appel décisif ». L’évêque a officiellement et solennellement appelé les catéchumènes au baptême qu’ils recevront lors de la vigile pascale. Le baptême, la vie divine, est le grand cadeau de Pâques. La vie divine, la vie trinitaire nous a été redonnée grâce à la mort et la résurrection de Jésus.

Durant quarante jours, les baptisés se prépareront à renouveler leurs promesses baptismales : à renoncer à Satan et à professer leur foi en Dieu et en l’Église. Le lien avec l’évangile d’aujourd’hui est donc évident. Quarante jours pour se préparer à renouveler de telles promesses, c’est vraiment court. Lorsque deux personnes s’aiment, elles se font souvent des promesses. Les époux, le jour de leur mariage, se promettent de s’aimer toute leur vie, se promettent fidélité. Dans quarante jours, nous promettront à Dieu de vivre comme ses enfants bien-aimés. Ce n’est pas peu que de faire des promesses à Dieu. C’est extraordinaire que de vouloir et pouvoir promettre des choses à Dieu. Comme c’est grand ! Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à faire ces promesses avec sincérité et vérité.

Aussitôt l’Esprit le pousse au désert : L’Esprit pousse Jésus au désert. Nous avons tous vécu l’expérience un jour d’être poussé par quelqu’un. Lorsqu’on nous pousse, nous ne sommes plus, en quelque sorte, maîtres de nous-mêmes, nous sommes comme forcés de bouger et parfois même de perdre pied. Il y a quelque chose d’irrésistible dans le verbe « pousser ». Demandons à l’Esprit Saint de nous pousser en carême. Nous ne choisissons pas la date d’entrée en carême; parfois nous trouvons que le carême commence un peu tôt. Oui, demandons à l’Esprit de nous pousser en carême. Il y a de cela quelques années, je fus émerveillé de constater que Jésus a commencé sa vie publique non pas en allant prêcher la bonne nouvelle ou en allant prouver la bonté de Dieu par des miracles, mais bien plutôt en allant se cacher de nouveau pendant quarante jours « dans le désert ». Quel enseignement extraordinaire! La vie chrétienne, la vie des baptisés est essentiellement un combat, une lutte. Une lutte sur nous-mêmes. Le plus grand de tous les combats se joue au-dedans de nous. Il se joue au-dedans de nous, dans notre cœur, mais sous l’influence de quelqu’un d’extérieur.

Et dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan : Il y a vraiment quelque chose de pénitentiel dans le verbe « rester » utilisé par l’évangéliste Marc. Dans le désert il resta quarante jours. J’imagine que Jésus a eu souvent la tentation de sortir du désert. Le désert est un lieu terrible. J’ai toujours désiré pour ma part, faire l’expérience du désert. J’aimerais beaucoup un jour aller au désert, mais non pas seul et surtout pas durant quarante jours. La chaleur, le vent, le sable, le peu de nourriture, le peu d’eau, sont autant d’éléments qui ne m’attireraient pas à vivre un long séjour au désert. De plus, Jésus savait très bien qu’en allant au désert, Il allait à la rencontre de quelqu’un et de quelqu’un encore plus terrible que le désert lui-même : le prince des ténèbres, le père du mensonge; celui que la bible appelle le Satan, l’adversaire. On pourrait dire l’adversaire avec un grand « A ». Satan n’est pas très à la mode en cette ère postmoderne. Pour plusieurs de nos contemporains, Satan n’est qu’une vue de l’esprit, un être imaginaire sorti tout droit du côté obscur de l’être humain mais non pas indépendant de lui et extérieur à lui. Voilà l’erreur; voilà la grand victoire moderne de Satan : faire croire à l’être humain du vingt et unième siècle qu’il n’existe pas, qu’il est une fable et une vue de l’esprit.

Et pourtant, le Mauvais (c'est ainsi que le qualifie le Catéchisme de l'Église catholique) (1) est présent du début à la fin de la Parole de Dieu; de la Genèse à l’Apocalypse. La parole de l’homme peut bien nier Satan; mais la Parole de Dieu en affirme haut et fort l’existence. Saint Mathieu va même jusqu’à nous dire que Jésus fut emmené au désert par l’Esprit « pour être tenté par le diable » (Mt 4,1). Je suis tellement heureux de savoir que Jésus a fait l’expérience de la tentation. À chacun ses tentations. Il m’est facile d’imaginer que les tentations qu’a vécues Jésus ont dû être  à la hauteur de sa stature, c’est-à-dire énormes. À la fin de l’épisode des tentations au désert, saint Luc nous dit que le diable s’éloigna de Jésus « jusqu’au moment favorable » (Lc 4,13). Nous savons que ce moment favorable, c’est le début de la Passion de Jésus, dans le jardin des oliviers. C’est là que Jésus connaîtra la plus grande de toutes ses tentations et qu’Il mènera à nouveau le grand combat de la prière; combat qu’Il vaincra justement par la prière. Quel autre exemple extraordinaire Jésus ne nous a-t-il pas donné en cette nuit sainte !

Je ne sais pas si vous avez déjà vu le film de Mel Gibson intitulé : « The Passion of the Christ » (La Passion du Christ). Ce n’est pas un film que je recommanderais à tous; mais c’est un film assez extraordinaire. Ce film a le mérite (certains ont dit «le défaut ») de nous montrer à quel point Jésus a souffert durant sa passion. Or le film commence précisément dans le jardin des oliviers, le jardin de Gethsémani. Jésus est en prière; le silence règne dans le film et dans la salle. Soudain, nous entendons un bruit énorme et sourd. Les gens dans la salle du cinéma sursautent et se demandent ce qui se passe. Nous voyons alors le pied de Jésus qui vient d’écraser le serpent, le tentateur. Cette scène est d’un symbolisme et d’une force extraordinaires. Selon moi, quiconque l’a vue, ne peut l’oublier. Le message est clair : devant la tentation, pas de choix possible pour le chrétien : il faut agir et agir vite et fort. Jésus n’a pas louvoyé avec la tentation. Il y a fait face avec énergie et courage. Essayons, spécialement durant ce carême, d’imiter notre divin Maître. 


(1) 
" La dernière demande à notre Père est aussi portée dans la prière de Jésus: " Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du Mauvais " (Jn 17, 15).  ...   Dans cette demande, le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le " diable " (dia-bolos) est celui qui " se jette en travers " du Dessein de Dieu et de son " œuvre de salut " accomplie dans le Christ. " (Catéchisme de l'Église catholique, nos 2850 et 2851)

mardi 21 février 2012

Bon et joyeux carême !

Bon et joyeux Carême !
Le combat de Jacob avec l'ange, par Eugène Delacroix  (1)

Chers amis, dans quelques heures, nous entrerons en Carême. Je vous souhaite un saint et fructueux Carême. Le Carême est un des deux temps forts de l’année. Nous sommes donc invités à devenir plus forts dans la foi, plus constants dans l’amour. Nous commencerons le Carême par un jour d’abstinence (abstention de viande) et de jeûne. Le jeûne a toujours eu comme but de fortifier notre volonté. Si je me prive volontairement d’un plaisir légitime, je renforce ma capacité de décision. Si je me prive volontairement de nourriture dans le but de renforcer ma volonté, mon corps pourra en ressortir plus faible, mais mon âme (l’élément spirituel en moi) plus forte. Il est important d’exercer sa volonté comme nous exerçons notre corps. La philosophie nous enseigne que l’amour réside dans la volonté; autrement dit, c’est la volonté qui est à la source de l’amour. Notre société est une société qui valorise au maximum le corps; que de sacrifices les gens de notre époque ne font-ils pas pour avoir un corps splendide ou un corps musclé? Si on mettait autant d’énergies à exercer notre volonté, à augmenter notre capacité à renoncer à certaines choses pour mieux aimer, comme notre monde serait plus beau, plus accueillant ! Et comme il ferait bon y vivre !

Le mercredi des cendres, notre Mère l'Église nous fait prier ainsi:


" Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel: que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l'esprit du mal." (Prière d'ouverture à la messe, aussi appelée: " collecte ")


Et les deux invitatoires (nom donné à l'antienne que l'on prie en début de journée lors de la prière du temps présent et qui nous " invite " à la prière) suggérés par l'Église pour le temps du Carême, sont les suivants:


" Les yeux fixés sur Jésus Christ, entrons dans le combat de Dieu."


et


" Aujourd'hui, ne fermons pas notre coeur, mais écoutons la voix du Seigneur. "


La vie chrétienne est un combat, un combat sur nous-mêmes, un combat mené avec notre grand ami et Sauveur Jésus. Si on ne sait pas cela de la vie humaine, on ne sait vraiment pas grand chose de la condition humaine. Heureux ceux et celles qui savent cela !!!   Et merci à l'Église de nous le rappeler haut et fort, surtout durant le temps du Carême.

Bonne montée vers Pâques !!!



mardi 7 février 2012

Le 11 février: journée mondiale des malades

Le 11 février : journée mondiale des malades


Le 11 février, nous célébrerons le vingtième anniversaire de la journée mondiale des malades. C’est le pape Jean-Paul II qui a eu cette merveilleuse idée de dédier une journée spéciale pour les malades. La maladie touchera chacun de nous un jour ou l’autre et qui ne connaît pas dans son entourage immédiat une personne malade et même gravement malade? La maladie est malheureusement une des réalités les plus universelles qui soient. Il était donc normal qu’une journée mondiale des malades soit instituée. Et c’est une fois de plus le grand Jean-Paul II qui en a eu l’intuition et qui l’a réalisée. La date choisie par Jean-Paul II est très symbolique : le 11 février, l’Église universelle célèbre Notre-Dame de Lourdes. Le 11 février 1858, la Vierge Marie apparaissait pour la première fois à la jeune Bernadette Soubirous. Le sanctuaire de Lourdes voulu par Dieu et par Marie reçoit annuellement environ cinq millions de visiteurs, de 130 pays. Ce sont les malades qui sont particulièrement attirés par Lourdes et qui viennent y prier. On nous dit que quoique les guérisons miraculeuses s’y produisent, le plus grand des miracles est que chaque malade retourne chez lui ou chez elle avec un cœur consolé et rempli d’espérance.


Cette année, la journée mondiale des malades est enchâssée entre deux dimanches où l’on voit Jésus guérir des malades. Cela tombe bien. Dimanche dernier, la première lecture nous présentait l’admirable figure biblique qu’est Job. Le livre de Job est le livre biblique par excellence en ce qui a trait à la souffrance. Comme le dit si bien madame Marie-Noëlle Thabut dans ses commentaires des lectures du dimanche, le grand mérite du livre de Job est de bien poser la question de la souffrance et de ne pas se satisfaire des réponses faciles et creuses que les amis de Job ont essayé de lui donner. Devant la souffrance des autres, souvent la meilleure attitude est le silence. Sur son lit de mort, le cardinal Veuillot, archevêque de Paris, disait : « Nous savons faire de belles phrases sur la souffrance. Moi-même, j’en ai parlé avec chaleur. Dites aux prêtres de n’en rien dire; nous ignorons ce qu’elle est, et j’en ai pleuré. »  


Je ne vous dirai donc pas ce que je pense de la souffrance mais je vais essayer de jeter un tant soit peu de lumière sur la façon dont Dieu voit la souffrance. Pour savoir comment Dieu voit la souffrance, il nous faut regarder Jésus, Dieu lui-même fait homme. Une très grande partie des évangiles est constituée de miracles accomplis par Jésus pour alléger la souffrance et même y mettre fin pour un certain temps. Voilà comment Dieu voit de l’intérieur la souffrance de ses enfants : il ne peut pas en quelque sorte la tolérer. Dieu souffre de voir souffrir ses enfants. Il y a un verbe que les évangiles ne cessent d’employer pour décrire la façon dont Jésus se sentait devant la souffrance des gens; on nous dit que Jésus « avait pitié des gens ». Cette traduction n’est vraiment pas très bonne. Il faudrait trouver un moyen de mieux rendre le sentiment que Jésus éprouvait devant la souffrance de ses frères et sœurs humains. Voici comment s’exprime un jeune bibliste de Montréal, M. Sébatien Doane :  


« Pitié : Hébreu : rahamim ; Grec : splanchna ou éléos. La pitié est un sentiment qui rend sensible aux souffrances. Pour traduire ce concept abstrait, l’hébreu biblique va prendre le mot « rahamim » qui veut dire littéralement : le sein maternel, l’utérus ou les entrailles. On en comprend que la pitié dans la Bible est comme le lien viscéral entre une mère et l’enfant en elle. Cette image de l’amour plein de tendresse d’une mère pour son fils traduit par pitié est utilisée à plusieurs endroits dans la Bible pour décrire le regard de Dieu sur son peuple. Malheureusement avec l’usure, aujourd’hui, les mots pitié, compassion ou miséricorde en français décrivent mal toute l’émotion et l’intimité du mot « rahamim » hébreu.  Dans le Nouveau Testament, c’est «splanchna» qu’on traduit par pitié. Littéralement, ce mot veut dire « entrailles ». En grec on dit qu’on a des entrailles pour quelqu’un pour exprimer l’idée d’être ému et d’éprouver un sentiment intense de compassion. À plusieurs reprises, c’est la façon dont on décrit le regard de Jésus pour une personne malade ou une foule. « En débarquant, il vit une grande foule; il fut pris de pitié (ému aux entrailles) pour eux et guérit leurs infirmes. » (Mt 14, 14) »  (1)


Cette longue citation de Sébastien Doane nous montre à quel point il est utile de connaître le grec et l’hébreu. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a dit que si elle avait été prêtre, elle aurait étudié et connu l’hébreu et le grec pour pouvoir lire les Saintes Écritures dans leur langue originale. Cette sainte était vraiment perspicace et illuminée. Malheureusement, nous n’avons pas tous le courage de celle qu’on appelle parfois « la plus grande sainte des temps modernes ». Quoi qu’il en soit, pour exprimer la façon dont Jésus se sentait devant la souffrance, je propose de traduire les mots : « Jésus eut pitié » par « Jésus fut tout remué au-dedans de Lui ». Ce n’est pas fameux comme traduction, me direz-vous; mais c’est mieux à mes yeux tout au moins. 

Je me rends compte que le temps passe et que je ne pourrai pas tout dire sur la façon dont je vois la souffrance en Dieu. Mais je vais quand même prendre le temps de dire ceci : selon moi, la phrase la plus forte et la plus énigmatique que Jésus ait prononcée sur cette terre est celle-ci : « Élôï, Élôï lama sabachthani ? » (Mc 15, 34). Nous avons conservé cette phrase dans la langue même de Jésus : l’araméen. N’est-ce pas un signe de l’importance exceptionnelle de cette phrase? En français, nous la traduisons ainsi : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Saint Marc nous dit : « À la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri : «  Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Tous les mots ici sont importants : Jésus poussa un grand cri. Comme il a dû être impressionnant ce cri de Notre Seigneur! Je suis sûr que ceux et celles qui l’ont entendu, s’en sont souvenus toute leur vie; à commencer par Marie, sa Mère, debout au pied de la croix. Par cette phrase, Jésus intégrait et présentait au Père tous les « pourquoi » de ceux et celles qui souffrent. Tous les pourquoi restés sans réponse; tous les pourquoi qui se perdent dans la nuit, qui se perdent dans l’oubli. Dieu a voulu connaître ce que c’était que de se sentir abandonné et de crier sa souffrance. Il est beau de constater qu’en cette année 2012 au Québec, le thème de la journée mondiale des malades est le suivant : « Entends le cri de ma prière. »

Jésus qui toute sa vie avait prié son Père en l’appelant « Abba », « papa », expérimente sur la croix l’éloignement de Dieu et ne peut plus que l’appeler « Mon Dieu, mon Dieu ». Mais ce sentiment intense d’éloignement disparaîtra quelques minutes avant la mort de Jésus et notre sauveur retrouvera toute sa confiance filiale. Juste avant de rendre l’esprit, il priera ainsi : « Père (abba), entre tes mains, je remets mon esprit. » (Lc 23, 46) Il semble bien que saint Luc a voulu montrer que Jésus avant de mourir a retrouvé toute sa confiance envers son Père puisque lui aussi parle de « cri » : « Jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. »

Je remercie tous ceux et celles qui consacrent du temps à visiter les malades et à être pour eux un signe efficace de la bonté et de la bienveillance de Dieu notre Père envers tous ceux qui souffrent.



samedi 28 janvier 2012

Péchés et conversion de David

Péchés et conversion de David
Hier et aujourd’hui (vendredi et samedi), l’Église nous propose comme premières lectures à la messe, le récit des péchés de David et de sa conversion. Ce récit est un des plus impressionnants de toute la Bible. C’est le cardinal Carlo Maria Martini, alors qu’il était archevêque de Milan, qui m’a fait découvrir la beauté ce ces textes. Le cardinal Martini a souvent parlé des péchés de David et de sa conversion lors de ses retraites et dans ses livres. Voici les réflexions que je vous propose sur ces textes, réflexions influencées bien sûres par la méditation du cardinal Martini.

Les textes liturgiques de ces deux derniers jours sont tirés du deuxième livre de Samuel, au chapitre 11. Mais pour en comprendre toute la portée, il faudrait avoir lu aussi le premier livre de Samuel. Les deux livres de Samuel nous racontent la vie de David et nous montrent à quel point cet homme était admirable. Ce n’est pas pour rien que Dieu fait savoir au prophète Samuel qu’Il a trouvé un remplaçant au roi Saül en la personne de David : « un homme selon Son cœur (selon le cœur de Dieu). Voici comment le Seigneur  parle de David en saint Luc, dans Les Actes des Apôtres : « J'ai trouvé David, fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés. » (Actes, 13, 22)

Le premier livre de Samuel et une bonne partie du deuxième livre de Samuel nous montrent à quel point David était un homme juste. C’est pour cette raison qu’il sera tellement déconcertant de voir le roi David commettre deux péchés très graves aux yeux de Dieu : l’adultère et le meurtre prémédité. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la raison pour laquelle Dieu a voulu mettre ces faits dans les Saintes Écritures, c’est pour nous avertir que tout être humain est pécheur et donc susceptible de commettre les pires abominations, si les circonstances se présentent.

Voyons un peu comment David est tombé dans le piège, dans le panneau comme on dit ici au Québec. D’ailleurs, un des titres que le cardinal Martini donne à un chapitre sur les péchés de David est précisément celui-ci : le piège. Le chapitre 11 du deuxième Livre de Samuel commence ainsi : « Au retour de l'année, au temps où les rois se mettent en campagne, David envoya Joab et avec lui sa garde et tout Israël : … Cependant David restait à Jérusalem. ». Première erreur : David aurait dû aller lui-même faire la guerre; il était en pleine forme et Dieu lui faisait vaincre tous ses ennemis. Pourquoi a-t-il laissé aller Joab à sa place? Lorsqu’on manque à son devoir d’état, on risque de se mettre dans le pétrin.

Le texte biblique continue : « Il arriva que, vers le soir, David, s’étant levé de sa couche et se promenant sur la terrasse du palais, aperçut, de la terrasse, une femme qui se baignait. Cette femme était très belle. David fit prendre des informations sur cette femme, et on répondit : « Mais c’est Bethsabée, fille d’Éliam et femme d’Urie le Hittite! » Alors David envoya des émissaires et la fit chercher. Elle vint chez lui et il coucha avec elle. » Deuxième erreur : le grand roi David, sûr de lui-même et convaincu de sa vertu a dû se dire : « Une personne équilibrée comme moi et vertueuse comme je le suis peut certainement se permettre un regard ou même quelques regards sur cette femme qui prend son bain ». Ce faisant, tout l’homme pécheur en lui s’est mis en branle. Il s’est mis à désirer cette femme et puisqu’il a tous les pouvoirs (ou croit avoir tous les pouvoirs), il fait venir cette femme au palais et couche avec elle. Voilà l’adultère pure et simple car on lui a très bien dit que cette femme est l’épouse d’un autre. Tout a commencé par ce qu’on peut appeler une « curiosité malsaine des yeux »; quelque chose d’assez anodin en soi. Mais Jésus ne nous a-t-il pas avertis : « Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup, et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup. » (Lc 16, 10).

Quelques jours plus tard, Bethsabée fait savoir à David qu’elle est enceinte. Ah, là les choses se corsent. Cela n’était pas prévu. On sait bien que certains gestes peuvent entraîner certaines conséquences mais dans le feu de l’action et de la passion, on n’oublie facilement cette vérité. C’est alors que le grand David deviendra vraiment ignoble. Il ne faut surtout pas que les gens apprennent l’origine de cet enfant. Il faut tout cacher au peuple. David est de plus en plus envahi par les ténèbres. Saint Jean l’évangéliste ne cesse de nous dire que le péché, c’est les ténèbres. Peu de passages de la Bible le montrent aussi clairement que celui-ci. Alors David, pour se déprendre de tout cela, pour sauver son honneur et sa réputation, ira jusqu’au meurtre; et au meurtre très bien calculé. Je vous invite à aller lire le passage dans votre Bible car je dois ici couper au plus court. David demande à Joab de lui renvoyer Urie. Ce dernier arrive à Jérusalem et malgré toutes les tentatives faites par David pour qu’Urie aille coucher chez lui et puisse penser un jour qu’il est le père de l’enfant, Urie couche aux portes du palais. Alors David écrit une lettre à Joab lui demandant de mettre Urie à l’endroit le plus dangereux de la bataille et de retirer les troupes pour être certain qu’Urie meure. Le saint roi David remet la lettre à Urie sans que ce dernier ne puisse se douter qu’il portera son arrêt de mort au commandant Joab. Ce dernier exécute les ordres et Urie est tué. On vient apprendre à David que son ami et fidèle sujet Urie est mort. David feint la tristesse et prend Bethsabée pour épouse. Si on avait dit à David quelques jours plus tôt, qu’il commettrait l’adultère et le meurtre prémédité, il ne l’aurait jamais cru. Le cardinal Martini nous dit que David a fait l'expérience de la fragilité humaine. Le cardinal Martini établit aussi un lien entre les péchés de David et les phrases suivantes de Jésus:  

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »(Mc 7, 15b. 21-23)

Lorsque j'ai lu les commentaires du cardinal Martini sur les péchés de David, j’ai réalisé de façon tout à fait dramatique et inattendue que je possédais dans mon cœur les douze péchés qu’énumère Jésus dans l’évangile d'aujourd'hui. Avant de lire le commentaire du cardinal Martini, j’avais naïvement pensé que je possédais en moi deux ou trois des péchés énumérés par Jésus; et je me sentais somme toute assez bon. Mais une fois éclairé par les réflexions du cardinal, il ne faisait aucun doute dans mon esprit que je possédais ces douze péchés dans mon cœur. Évidemment, je ne veux pas dire que j’ai commis à date ces douze péchés. Je n’ai heureusement pas encore commis de meurtre. Mais je suis sûr de posséder en moi la racine de tous ces péchés et si, par malheur, des circonstances favorables (ou plutôt défavorables) se pointaient à l’horizon dans ma vie, je pourrais, hélas, tomber dans le panneau, dans le piège, tout comme David, le roi vertueux par excellence. Si David a pu commettre l’adultère et le meurtre prémédité, Guy Simard peut malheureusement en faire tout autant. Je considère les douze péchés cités aujourd’hui par Jésus comme étant de petits volcans tapis au fond de mon cœur et qui pourraient à tout moment faire éruption. Car ce que Jésus décrit aujourd’hui, c’est le cœur humain, le cœur de chaque personne humaine, et donc, le cœur de Guy Simard. Il est aussi intéressant de noter que David a tout fait pour que ses péchés soient inconnus des hommes, et la terre entière connaît désormais ses péchés; même Guy Simard les connaît. Jésus n’a-t-il pas dit : « Rien, en effet, n'est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. » (Lc 12, 2)  

Mais le plus beau dans tout cela, c’est la conversion de David. David est dans les ténèbres; qui le sortira des ténèbres? C’est la Parole de Dieu qui le sortira des ténèbres. C’est toujours la Parole de Dieu qui nous sortira des ténèbres. Cette parole lui viendra du prophète Nathan. Dieu dit à son prophète: « Va dire à David que je sais tout ce qu’il a fait ». Comme il est parfois difficile et dangereux d’être prophète! Nathan a dû se demander comment il dirait cela à David. Or Nathan était très brillant; il a inventé une petite histoire (2 Sam 12) où un riche possédait du petit et gros bétail en abondance. Son voisin était pauvre et ne possédait qu’une petite brebis; mais il aimait tellement cette brebis qu’elle couchait dans son lit et mangeait à sa table. Arrive un voyageur chez le riche et ce dernier décide de faire tuer la brebis de son voisin pour la servir en nourriture au visiteur. David entre alors dans une grande colère et s’exclame : « Cet homme mérite la mort. » Nathan regarde David et lui dit: « Cet homme, c’est toi. » Alors les yeux de David s’ouvrent; et son cœur aussi. Et David dit cette phrase admirable : « J’ai péché contre le Seigneur. » Il ne dit pas : « J’ai péché contre Urie » ou encore: « J’ai péché contre Bethsabée. ». Il dit: « J’ai péché contre le Seigneur. ». Voilà l’essence même du péché : une offense faite au Seigneur, à Quelqu’un qui nous aime tellement.

Hier et aujourd’hui, la liturgie nous présente comme psaume, le psaume 50, psaume communément appelé: le Miserere. . Ce n’est pas pour rien que ce psaume est proclamé aujourd’hui. Ce psaume semble sorti tout droit du cœur et des lèvres de David, après son péché. Voici quelques passages de ce psaume:

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
 Mais tu veux au fond de moi la vérité ;
dans le secret tu m'apprends la sagesse.


Purifie-moi avec l'hysope, et je serais pur ;
lave-moi et je serais blanc, plus que la neige.

Créé en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Rends-moi la joie d'être sauvé ;
que l'esprit généreux me soutienne.

Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur,
et ma langue acclamera ta justice.

Si j'offre un sacrifice tu n'en veux pas,
tu n'acceptes pas d'holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

Si toi qui me lis en ce moment, tu prends conscience de ton état de pécheur, et si par pur bonheur et par pure grâce, tu crois en Jésus notre Sauveur et notre Dieu, je t’invite à entrer dans ton cœur et à remercier Dieu le Père de t'avoir donné la foi en son Fils bien-aimé Jésus Christ, le divin médecin. Lui seul peut guérir en profondeur le cœur malade de l’être humain.
Chacun de nous peut pécher et pécher gravement. Mais si cela ne nous arrive pas, c’est que Dieu aura été encore plus Miséricordieux envers nous. Il nous aura alors en quelque sorte « sauvé davantage ». C’est ma sainte préférée qui m’a fait comprendre cela:

« Je reconnais que sans Lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Ste Madeleine, et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais : « Celui, à qui l’on remet moins, aime moins », mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à Ste Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber. Ah ! Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… 

Ah ! Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. - Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, (…). Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire. Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui… Mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père. (…) J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! Que je voudrais faire mentir cette parole !… » (Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, A 38-39)


P.S.  Je viens tout juste d'apprendre la mort du cardinal Carlo Maria Martini. Il est décédé vendredi dernier, le 31 août 2012. Prions pour le repos de son âme.  La devise épiscopale de ce cher cardinal était la suivante: " Pro veritate adversa diligere ", que je traduirais littéralement de la façon suivante: "Pour la vérité, aimer l'adversité". N'est-ce pas une belle devise pour un évêque ?   
 



dimanche 22 janvier 2012

Convertissez-vous !

Convertissez-vous !


La Parole de Dieu d’aujourd’hui, en ce troisième dimanche du temps ordinaire se résume en ces deux mots: « Convertissez-vous ». En saint Marc, Jésus commence sa prédication par ces mots: « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15). La conversion se vit à plusieurs niveaux; un de ces niveaux, c’est notre esprit : on doit convertir nos idées. C’est cela que Jésus demande ici en premier : changez d’idée sur Dieu ; croyez que je suis la Bonne Nouvelle, croyez qu’en moi, le Royaume de Dieu s’est approché, s’est fait proche. Changer d’idée, ce n’est pas facile, et ce, à tous les âges de la vie. Un jour un homme se promène sur la rue et voit quelqu’un venir vers lui. Il lui dit: « Salut Jean-Paul, tu as bien changé! Tu mesurais six pieds deux pouces et maintenant tu ne fais même pas cinq pieds six pouces! Tu avais les yeux noirs et maintenant tu as les yeux bleus! Jean-Paul, tu as bien changé! »  L’autre lui dit: « Je ne m’appelle pas Jean-Paul, mais Louis. » Le premier répond: « Non, tu n’as pas changé de nom aussi! » Cette petite histoire humoristique montre à quel point certaines personnes tiennent à leurs idées et à quel point il est parfois difficile voire impossible de les faire changer d’idées.

Un autre niveau de la conversion est celui du cœur. Par cœur, j’entends ici la vie morale, la rectitude dans le domaine de l’agir ; agir correctement, agir bien. Il est souvent très difficile d’admettre qu’on agit mal ; et il est très difficile, une fois que l’on admet agir mal, de se corriger, de s’amender. Et si un jour on élimine Dieu de notre vie, le grand danger, c’est d’en venir à penser réellement que nous ne faisons rien de mal. D’ailleurs les mots que j’ai mis comme titre à ce texte, les mots « convertissez-vous », ce n’est pas moi qui vous les dit, c’est Dieu dans sa Parole d’aujourd’hui. Mais si je n’entends jamais Dieu me dire: « convertis-toi », j’en viendrai un jour à croire que je n’ai pas besoin de conversion. Quand j’ai décidé de devenir prêtre, j’ai quitté le Québec pour entrer dans une communauté religieuse qui n’existait pas ici au Canada. Je me suis expatrié durant neuf ans. J’ai donc perdu de vue mes amis et connaissances. De retour au Québec, je rencontre un type que je connaissais un peu pour avoir fait du sport avec lui. Il voit que je suis prêtre. Il en est tout étonné et une des premières phrases qu’il me dit est celle-ci: « Moi, je ne fais rien de mal » J’ai été vraiment étonné de cette phrase-là. Pourquoi m’a-t-il dit cela? C’est vraiment étonnant. Je ne l’avais pourtant pas interrogé sur sa conduite. Faut croire que la seule vue d’un prêtre nous amène à poser un regard même furtif sur notre conduite. Vous savez quoi ; je crois que cet homme était tout à fait sincère quand il disait « moi, je ne fais rien de mal ». Mais je crois aussi qu’il était tout à fait dans l’erreur en disant cela. Je suis sûr que cet homme aurait des choses à changer s’il laissait Dieu entrer dans sa vie et l’éclairer. Quelqu’un a dit un jour: « nous vivons dans un drôle de monde où les pécheurs se reconnaissent saints et les saints se reconnaissent pécheurs ». Voilà une belle façon de dire les choses. Si vous êtes dans votre appartement et que les rideaux sont fermés, si vous êtes dans les ténèbres, vous ne verrez pas la poussière et la saleté. Mais laissez entrer la lumière et vous verrez ce qui ne va pas. Saint Jean ne cesse de dire que le péché, c’est les ténèbres et que vivre en Dieu, c’est la lumière.

Pour nous inviter à la conversion, l’Église nous propose aujourd’hui un extrait du livre de Jonas. Dieu dit à Jonas: « Lève-toi, va à Ninive la grande ville païenne et proclame le message que je te donne pour elle : …   Encore quarante jours et Ninive sera détruite. »  Le livre de Jonas est un livre très court ; quatre chapitres seulement : deux pages et demie dans votre Bible. Il vaut la peine d’aller lire ce livre et de le méditer. La Bible doit être considérée comme une bibliothèque comportant une multitude de livres et une multitude de rayons. Il y a les livres dits historiques, les livres prophétiques, les livres sapientiaux. Le livre de Jonas est considéré comme un livre prophétique. Cela peut semer la confusion car il faut savoir que Jonas, contrairement aux prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, etc, n’a jamais existé. En fait, le livre de Jonas s’apparente davantage aux livres sapientiels. On sait que c’est un conte, une histoire inventée. Jonas dans la baleine, cela n’a jamais existé. Le livre de Jonas est un vibrant appel à la conversion. Dieu envoie Jonas dans la ville païenne pour réveiller les gens de leur torpeur. Et le message est clair: « si vous ne changez pas de vie, la ville sera détruite ». On devine que les comportements moraux de plusieurs habitants de Ninive étaient contraires à la loi divine. Mais il fallait quelqu’un pour les réveiller de leur torpeur. Cette menace venant d’un Dieu bon peut nous surprendre aujourd’hui et nous scandaliser. Or lorsqu’on lit le livre de Jonas, on se rend compte que ce qui scandalisait le prophète Jonas, ce n’était pas la menace que Dieu faisait peser sur les habitants de Ninive mais plutôt la bonté de Dieu. Jonas a commencé par fuir la volonté de Dieu. Ayant reçu la mission de Dieu, il a pris un bateau dans la direction opposée à Ninive. Vers la fin du livre, Jonas dit ceci: « Ah ! Yahvé, n’est-ce point là ce que je disais lorsque j’étais encore dans mon pays ? C’est pourquoi je m’étais d’abord enfui à Tarsis; je savais en effet que tu es un Dieu de pitié et de tendresse, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal. » (Jon 4, 2) Jonas savait très bien que Dieu ne mettrait pas sa menace à exécution ; c’est pour cela qu’il n’a pas voulu, dans un premier temps aller à Ninive.

L’appel à la conversion doit s’entendre à la lumière de d’autres paroles de Jésus telles que celles-ci: « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10, 10)  « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17).

Remercions Dieu de tout faire pour nous réveiller, pour nous convertir. Il est bon, lorsqu’on parle de conversion, de regarder les endroits où cet appel est le mieux entendu. Cela peut nous encourager. Personnellement, je considère qu’un des endroits où l’appel à la conversion est le mieux entendu, c’est au sein du mouvement des alcooliques anonymes. Vous savez comme moi, j’imagine, à quel point il est difficile de faire admettre à un ou une alcoolique qu’il ou elle est malade. Comme cela prend du temps à un alcoolique d’admettre son problème, sa maladie! Si un alcoolique admet sa maladie et désire s’en sortir, souvent il se dirige (ou on le dirige) vers les AA. Or une des étapes cruciales du cheminement des AA, est d’admettre que la personne alcoolique ne pourra pas s’en sortir seule, sans l’aide d’une force supérieure à elle, force qui de fait se nomme Dieu. Les AA sont alors invités à mettre leur confiance et leur espérance en ce Dieu tel qu’ils le conçoivent. Et cela fonctionne ; en se remettant librement à Dieu, ils reçoivent la force d’en haut et parviennent à vivre sobres. Voilà qui est très intéressant : dans le domaine de la conversion, le grand rôle est toujours joué par Dieu. C’est Dieu qui convertit les cœurs. Il s’agit pour nous de demander instamment à Dieu de nous convertir. Cela restera toutefois toujours un combat, une lutte. Et une lutte de tous les jours. Comme il fait bon entendre une personne dire qu’elle n’a pas bu une goutte d’alcool depuis dix ans, quinze ans, vingt ans! Or cela s’est fait au jour le jour, un jour à la fois. Et vous, cher ami, cher amie, quel est votre combat ? Je suis convaincu que la plupart des êtres humains ont un combat à mener durant leur vie sur cette terre; qu’ils ont une difficulté à vivre sur le plan de l’agir moral; que cette difficulté leur est propre et tout à fait particulière; que ce combat se vivra à chaque jour jusqu’à leur mort; et que seulement Dieu pourra les mettre sur le chemin de la lumière. « Ma grâce te suffit » (2 Cor 12, 9) a dit Jésus à saint Paul qui lui demandait d’enlever le problème principal dans sa vie de chrétien. Remercions Dieu pour ses appels à la conversion; pour ses appels à la vie.

dimanche 15 janvier 2012

Mon amie Catherine

Chers amis, aujourd’hui, je désire vous présenter une de mes paroissiennes : Catherine, âgée d’une dizaine d’années. Je dis : « vous la présenter »; mais je devrais plutôt dire « vous la faire connaître ». Une fois que vous aurez lu ce qui suit, je vous invite à faire une petite prière pour elle, afin que le Seigneur l’attire de plus en plus à Lui.


Montréal, le 15 janvier 2012.


Chère Catherine,

J’espère que tu vas bien. Je veux t’abord te dire que je t’aime beaucoup et que c’est toujours une grande joie de te voir à chaque dimanche (du moins quand je suis là).

J’aime toutes tes questions. Certaines d’entre elles sont plus difficiles que les autres et j’ai bien conscience de ne pas toujours répondre de façon satisfaisante. Mais dans le domaine de la religion et de Dieu, on ne fera toujours que patauger, c’est-à-dire : balbutier.

La question que tu m’as posée dimanche dernier est peut-être la plus belle question qu’on puisse poser à quelqu’un qui croit en Dieu. Je ne me souviens pas des mots exacts que tu as employés, mais tu me disais à peu près ceci : « Vous avez parlé l’autre jour du fait qu’on peut rencontrer Dieu. J’avoue que je n’ai pas bien compris ce que vous vouliez dire. »

Voilà la question la plus importante qui soit pour quelqu’un qui croit en Dieu : comment peut-on le rencontrer? Il me semble que la Parole de Dieu de ce dimanche tombe pile pour te donner un début de réponse. J’avais déjà commencé à te répondre l’autre jour après la messe mais je continue aujourd’hui par lettre; d’autant plus que je ne te verrai pas aujourd’hui. C’est le Père Sylvain qui présidera l’eucharistie.

La première lecture nous présente le jeune Samuel qui rencontre pour la première fois le Seigneur. Durant la nuit, Dieu l’a appelé trois fois par son nom pour lui parler. La voix de Dieu était tellement claire que Samuel pensait que c’était le prêtre Éli qui l’appelait de sa chambre. Après la deuxième fois, la Bible nous dit cette phrase merveilleuse : « Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. »

Il y a plusieurs façons de connaître le Seigneur et Dieu a plusieurs façons de se révéler à nous. Chère Catherine, tu connais déjà le Seigneur. Grâce à tes parents, à tes catéchètes et aussi un peu grâce à moi, tu connais le Seigneur. Et Dieu se révèle déjà à toi. Comment expliques-tu le fait que tu viennes me voir après chaque eucharistie pour me poser une ou deux questions? Ces questions, qui penses-tu les a mises dans ton cœur et dans ton esprit ? Pour moi, c’est évident, très évident que c’est Dieu qui te parle, à sa façon et qui te dit : « Va voir le Père Guy; j’ai hâte de voir ce qu’il te répondra. » Évidemment, je blague un peu en disant cela, mais pas trop. Et Dieu doit sourire en entendant tes profondes questions et mes pauvres réponses.

Donc, déjà, à ton jeune âge, Dieu te parle, te façonne, t’instruit et te guide vers Lui. Je remercie Dieu pour tout ce qu’Il fait déjà pour toi. Tu sais, tu es très très chanceuse d’être déjà aussi près du Seigneur et d’être déjà une de ses bonnes amies.

Mais d’un autre côté, je suis sûr qu’à certains moments de ta vie, Dieu se fera encore plus près de toi, comme il le fait aujourd’hui dans sa Parole, pour le jeune Samuel. Tu entendras (pas nécessairement avec tes oreilles, mais surtout avec ton cœur) sa douce et claire voix te parler. Je suis sûr de cela. Mais cela n’arrivera probablement pas très souvent. Dans la vie de Mère Teresa, que tu connais sûrement un peu, il y a eu un moment où Dieu lui a parlé très clairement dans son cœur. Agnès (c’est le nom de baptême de Mère Teresa) était alors déjà dans une communauté religieuse. Un jour qu’elle était en train, Dieu lui a parlé très distinctement et lui a demandé de quitter sa communauté religieuse pour aller vivre avec les pauvres et les aider. Et Agnès s’est toujours souvenue de la date de ce grand jour; c’était durant la nuit du 10 septembre 1946. Aujourd’hui, dans l’évangile, saint Jean nous raconte sa première rencontre avec le Seigneur et il nous dit qu’il était environ seize heures (quatre heures de l’après-midi) quand il a rencontré Jésus pour la première fois. Par conséquent, il existe de ces rencontres avec Dieu qu’on n’oubliera jamais. C’est de ce genre de rencontre que je parlais le jour où mes paroles ont résonné à tes oreilles et ont interrogé ton cœur.

Catherine, sais-tu ce que veut dire ton prénom? Ton prénom vient d’un mot grec qui veut dire « pur ». Je crois vraiment que tu as un cœur pur. Je demande à Dieu de te conserver ce cœur pur toute ta vie. Jésus a dit un jour : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8)

Ton ami,

Guy, omv




vendredi 13 janvier 2012

Le chapelet 101 (fin)

Le chapelet 101 (fin)
Voici quels sont les cinq mystères joyeux : premier mystère joyeux : l’Annonciation : l’archange Gabriel demande à Marie si elle désire devenir la Mère de Dieu; deuxième mystère joyeux : la Visitation : Marie rend visite à sa cousine Élisabeth; troisième mystère joyeux : la naissance de Jésus; quatrième mystère joyeux : la présentation de Jésus au Temple; cinquième mystère joyeux : le recouvrement de Jésus au Temple, à l’âge douze ans. L’idéal est de bien connaître ce que dit la Parole de Dieu sur chacun de ces mystères. La personne qui prie, pensera, méditera sur ce qui s’est passé durant ce mystère : elle verra en imagination les lieux et les personnes, entendra ce que les principaux personnages disent, verra ce qu’ils font, etc. C’est en cela que consiste « la méditation d’un mystère du rosaire ». On ne peut alors que retirer pour nous-mêmes les fruits du mystère. Les Ave Maria accompagnent notre méditation qui se vit avec Marie et sous sa maternelle influence.
Les cinq mystères douloureux sont : premier mystère douloureux : l’agonie de Jésus dans le jardin des oliviers; deuxième mystère douloureux : la flagellation de Jésus; troisième mystère douloureux : le couronnement d’épines; quatrième mystère douloureux : le portement de la croix; cinquième mystère douloureux : la mort de Jésus sur la croix. 
Les cinq mystères glorieux sont : premier mystère glorieux: la résurrection de Jésus; deuxième mystère glorieux: l’Ascension de Jésus; troisième mystère glorieux: la venue du Saint-Esprit sur Marie et les apôtres; quatrième mystère glorieux : l’Assomption de la Vierge Marie au ciel; cinquième mystère glorieux : le couronnement de Marie, Reine du ciel et de la terre. 
Le pape Jean-Paul II, dans sa lettre sur le rosaire, a eu l’idée géniale d’ajouter cinq mystères lumineux : premier mystère lumineux : le baptême de Jésus; deuxième mystère lumineux : les noces à Cana, en Galilée; troisième mystère lumineux : Jésus qui annonce partout le Royaume de Dieu; quatrième mystère lumineux : la transfiguration de Jésus sur la montagne; cinquième mystère lumineux : l’institution de l’eucharistie. En agissant ainsi, le pape Jean-Paul II nous invite à méditer en compagnie de la Vierge Marie, d’autres mystères lumineux de la vie publique de Jésus, selon notre choix. Le chapelet s’ouvre ainsi à l’infini, en quelque sorte. De plus, le pape nous invite à prier les mystères joyeux les lundis et les samedis; les mystères lumineux les jeudis; les mystères douloureux, les mardis et les vendredis; les mystères glorieux les mercredis et les dimanches (Rosarium Virginis Mariae, no. 38)
Traditionnellement, nous commençons la prière du rosaire par le signe de la croix et la récitation du Credo (le « Je crois en Dieu »). Le Credo ne figure pas matériellement sur le rosaire, mais certaines personnes disent cette prière en tenant le crucifix que l'on retrouve sur chaque chapelet. Viennent ensuite un Notre Père, trois Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Souvent ces prières initiales sont dites aux intentions du pape. Viennent ensuite les cinq dizaines de chapelet. À la fin de chaque dizaine, nous disons un Gloire au Père; il n'y a pas de grain sur le chapelet pour les Gloire au Père. J’espère que ces informations sur le chapelet ou le rosaire vous ont été utiles et vous encourageront à mettre cette prière mariale par excellence dans votre vie. Bonne prière !

 
Annexe :
Je désire terminer ces considérations sur le chapelet en citant les dernières paroles du pape Jean-Paul II dans sa lettre sur le rosaire (Rosarium Virginis Mariae) :
Le Rosaire, un trésor à redécouvrir

43. Chers frères et sœurs! Une prière aussi facile, et en même temps aussi riche, mérite vraiment d'être redécouverte par la communauté chrétienne.  

Je m'adresse à vous en particulier, chers Frères dans l'épiscopat, prêtres et diacres, et aussi à vous, agents pastoraux engagés dans divers ministères, pour que, en faisant l'expérience personnelle de la beauté du Rosaire, vous en deveniez des promoteurs actifs.

Je m'en remets aussi à vous, théologiens, afin qu'en menant une réflexion à la fois rigoureuse et sage, enracinée dans la Parole de Dieu et attentive au vécu du peuple chrétien, vous fassiez découvrir les fondements bibliques, les richesses spirituelles et la valeur pastorale de cette prière traditionnelle.

Je compte sur vous, les consacrés, hommes et femmes, appelés à un titre particulier à contempler le visage du Christ à l'école de Marie.

Je me tourne vers vous, frères et sœurs de toute condition, vers vous, familles chrétiennes, vers vous, malades et personnes âgées, vers vous les jeunes: reprenez avec confiance le chapelet entre vos mains, le redécouvrant à la lumière de l'Écriture, en harmonie avec la liturgie, dans le cadre de votre vie quotidienne.

Que mon appel ne reste pas lettre morte! Au début de la vingt-cinquième année de mon Pontificat, je remets cette Lettre apostolique entre les mains sages de la Vierge Marie, m'inclinant spirituellement devant son image dans le splendide sanctuaire qui lui a été édifié par le bienheureux Bartolo Longo, apôtre du Rosaire. Je fais volontiers miennes les paroles touchantes par lesquelles il termine la célèbre Supplique à la Reine du Saint Rosaire: « Ô Rosaire béni par Marie, douce chaîne qui nous relie à Dieu, lien d'amour qui nous unit aux Anges, tour de sagesse face aux assauts de l'enfer, havre de sécurité dans le naufrage commun, nous ne te lâcherons plus. Tu seras notre réconfort à l'heure de l'agonie. À toi, le dernier baiser de la vie qui s'éteint. Et le dernier accent sur nos lèvres sera ton nom suave, ô Reine du Rosaire de Pompéi, ô notre Mère très chère, ô refuge des pécheurs, ô souveraine Consolatrice des affligés. Sois bénie en tout lieu, aujourd'hui et toujours, sur la terre et dans le ciel ».

Du Vatican, le 16 octobre 2002, début de la vingt-cinquième année de mon Pontificat.

JEAN- PAUL II