mardi 18 juillet 2017

La souffrance au sein de la Trinité

La souffrance au sein de la Trinité
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Peinture de Jean-Georges Cornelius (1880 - 1963)
Jésus sur la croix

Note: J’aime cette peinture de Cornelius car elle laisse suggérer que Dieu le Père souffrait en même temps que son Fils quand celui-ci était sur la croix. Il est beau de voir le bras gauche de Jésus et le bras gauche du Père, attachés ensemble. 

Post scriptum, écrit le 21 juillet 2017: Je suis allé visiter hier à son domicile, un paroissien qui est malade. Son épouse en a profité pour me partager une de ses préoccupations existentielles:

« J’aimerais connaître votre opinion sur ceci. Quand je participe à des funérailles, j’entends souvent dire que le défunt ou la défunte est désormais dans la paix, que ses souffrances sont finies. Si tel est le cas, alors je ne pense pas que les gens qui sont au ciel savent ce qui se passe sur la terre. Je ne pense plus qu’ils soient unis à nous autant qu’on le dit. Je pense qu’il y a un fossé en quelque sorte entre eux et nous. Car s’ils voyaient ce qui se passe ici-bas, ils seraient souvent très préoccupés et même tristes et inquiets; ils ne pourraient pas être parfaitement heureux et en paix. »

Je n’en revenais pas que cette dame me parle ainsi, deux jours seulement après que j’aie écrit le blogue que vous lirez ci-dessous. Cela montre que la question que pose le présent blogue n’est pas seulement une question spéculative ou théorique, mais vraiment existentielle, qui peut avoir des incidences dans notre vie. Imaginons que cette dame en vienne à croire résolument à ce qu’elle m’a dit; il en résulterait qu’elle cesserait de croire en grande partie au pouvoir d’intercession des saints et des saintes. Et, au pire, je ne vois pas trop comment elle pourrait même prier Dieu. Car Dieu aussi se trouve de l’autre côté de l’énorme fossé qui nous séparerait et qui ferait en sorte qu’on ignorerait ce qui se passe de part et d’autre.

Les questions philosophiques et théologiques, quoi qu'elles puissent parfois sembler planer dans les airs, guident vraiment nos vies et les influencent grandement.    


Dans mon blogue du 23 juin dernier, je vous disais qu’il y a un problème avec lequel je me bats depuis des années:

« Si Dieu et les saints et saintes qui sont au ciel, sont parfaitement heureux, comment ce que nous vivons ici-bas peut-il les attrister, les inquiéter ou même les blesser? J'aborderai ce problème dans un futur blogue, sans avoir la prétention toutefois de le résoudre. » (1)

J’ai abordé cette question dans quelques blogues, dont celui du 15 février 2013, intitulé: « Peut-on causer de la peine à Dieu? » (2) 

Il ne s’agit pas de savoir si Dieu a déjà souffert. Car la réponse à cette question est pour moi évidente: oui Dieu a souffert pour nous en Jésus Christ son Fils, pour nous sauver. Mais le Père et l’Esprit Saint souffraient-ils quand Jésus souffrait sur terre? Et en ce moment, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint souffre-t-il (je pense que le verbe au singulier est de mise ici) de voir ses enfants souffrir sur notre belle planète?

Pourquoi ces interrogations ont-elles surgi en moi ces jours-ci? C’est en raison d’un livre de madame Odile Haumonté dont je viens tout juste de terminer la lecture. Il s’agit du livre intitulé: Élisabeth de la Trinité et sa sœur Guite. Dans ce livre, il est question d’une trinité humaine, d’un trio de personnes: Marie Rolland Catez et ses deux filles Élisabeth et Marguerite, surnommée Guite. Ces trois personnes occupent une grande place dans le livre car Marie la mère, a toujours été opposée au fait que sa fille aînée Sabeth (diminutif d’Élisabeth) désire entrer au Carmel. Cette opposition ferme et durable a été un grand motif de souffrance dans la famille, et en particulier pour les deux sœurs qui s’aimaient tellement. Mais un jour la mère a cédé, quoique à grand-peine. Voici comment l’auteure décrit la veille du départ de Sabeth pour le Carmel :

« Le 1er août, veille du départ, est la plus horrible journée. Élisabeth redouble de tendresse envers sa mère et sa sœur. Guite s’efforce de montrer un visage heureux, au moment où sa sœur va réaliser son plus grand désir, mais elle se cache pour pleurer. Marie, elle, ne se cache pas et sa souffrance devient plus aiguë quand elle voit le chagrin marquer le visage de Guite. Petite trinité d’amour où chacune saigne de voir souffrir les deux autres ! » (3)  

Une fois Élisabeth entrée au couvent, Marie Catez met au courant du départ de sa fille un ami de la famille, le chanoine Angles, qui s’empresse d’écrire ceci à madame Catez:

« J’étais ahuri de désolation quand je me figurais la terrible agonie que vous enduriez toutes les trois, l’affreux déchirement de ces trois cœurs qui n’en formaient qu’un. » (4)  

Vous comprendrez assez facilement, je pense, pourquoi de telles phrases m’ont touché et ont fait se réveiller en moi un combat qui m’agite toujours. Ce combat consiste en l’opposition qui existe entre une vision traditionnelle de Dieu qui fait de lui un Être impassible, c’est-à-dire incapable de souffrir et une vision assez moderne de Dieu (cette vision existait depuis longtemps, mais je l’appelle moderne parce que davantage de théologiens de nos jours, prônent cette façon de voir) selon laquelle Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint souffrent en ce moment au ciel.

Il est vrai que des auteurs tels que l’abbé Pierre Descouvemont prônent simultanément les deux visions: ils croient que Dieu est à la fois impassible et compatissant: « Les chrétiens n’oublient jamais en effet que, pour respecter le mystère de Dieu, il faut affirmer simultanément que Dieu est infiniment heureux et infiniment compatissant. » (5) 


L’abbé Descouvemont base sa vision des choses sur une phrase de saint Bernard: « Impassiblis est Deus, sed non incompassibilis (Sermon 26, 5). Dieu est impassible mais non incompassible. » Le pape Benoît XVI, dans son encyclique sur l’espérance, intitulée « Spe salvi », au numéro 39, nous dit qu’il aime beaucoup cette phrase de saint Bernard: « Bernard de Clairvaux a forgé l’expression merveilleuse: Impassibilis est Deus, sed non incompassibilis, Dieu ne peut pas souffrir, mais il peut compatir. »

J’avoue pour ma part, que j’ai beaucoup de difficulté avec cette affirmation de saint Bernard. J'aime la façon dont saint Anselme pose le problème dans les premières phrases du chapitre VIII de son Proslogion:

« Mais comment êtes-vous à la fois miséricordieux (Benoît XVI dirait: compatissant) et impassible? Car si vous êtes impassible, vous n’êtes point compatissant; si vous n’êtes point compatissant, votre cœur n’éprouve point de pitié pour ceux qui souffrent; vous n'êtes donc point miséricordieux. Mais si vous n'êtes point miséricordieuxd’où nous viennent tant de consolations dans nos souffrances? » (7)   

J'aime moins cependant la façon dont saint Anselme résout la question dans ce même chapitre VIII. 

Post scriptum: Je suis heureux d’avoir écrit ce blogue aujourd’hui car je vis une espèce de libération. Je viens de répondre à deux personnes qui m’ont envoyé un commentaire et en leur répondant, il est devenu clair pour moi que la question que je pose, quoique étant importante, ne devrait pas me faire dépenser autant d’énergie. Je me sens un peu comme Job qui, après avoir cherché à comprendre sa situation, s’est incliné devant la majesté de Dieu et le mystère qui entoure son agir.  

dieumajoie.blogspot.com/2017/06/consolons-le-coeur-de-jesus.html

dieumajoie.blogspot.com/2013/02/peut-on-causer-de-la-peine-dieu.html

(3) Odile Haumonté, Élisabeth de la Trinité et sa soeur Guite, Éditions des Béatiudes, 2016, p. 58. 

(4) Ibid, p. 66. 

www.totus-tuus.fr/article-31244927.html

(6) Pierre Descouvemont, Dieu souffre-t-il ?, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2008, pp. 176 -177. 

(7) Saint Anselme - Proslogion, prologue sur l'existence de dieu
mecaniqueuniverselle.net/textes-philosophiques/saint-Anselme-1.php Voir le chapitre VIII




 

lundi 17 juillet 2017

Le talent, c'est le talent !

Le talent, c’est le talent !
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Décidément, je dois être en mode pré-vacance car je viens de mettre deux blogues de suite sur des performances artistiques. Hier, deux de mes confrères qui eux sont en vacance, ont regardé à la télévision le film Soleil de minuit (White Nights). Passant par hasard devant le téléviseur, je me suis arrêté quelques instants devant l’écran, juste le temps de voir la scène que vous pourrez visionner dans un instant.

Le film raconte l’histoire d’un danseur de ballet soviétique qui a déserté son pays. Lors d’un voyage en avion au dessus de la Russie, l’avion éprouve des difficultés techniques et doit se poser en sol soviétique. Cauchemar pour le danseur.

Dans la vidéo ci-jointe, le danseur à court d’argent accepte un pari. Son ami lui demande de faire 11 pirouettes sur lui-même. Le danseur commence par répondre que c'est impossible car ce n'est pas du patinage sur glace. Mais puisqu'on lui offre un rouble (unité monétaire russe) par pirouette, il accepte le défi. Il enlève son veston, se met en position et demande: "Est-ce que tu peux compter?" L'autre lui répond: "Ne t'inquiète pas; tourne seulement!"

J’avoue que je me suis demandé pour un moment comment l’acteur-danseur pourrait bien exécuter une telle prouesse. Et pourtant … 
   

"White Nights" - 11 pirouettes - YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=02EvsGal-Wc

16 avr. 2009 - Ajouté par FunnyDancerAnn
This film still is taking the very special place in my heart. Excellent dance on the masterly level and amazing ...

Si cela vous intéresse de savoir comment une telle prouesse est possible, voici une vidéo qui nous montre ce que Baryshnikov a dû faire: 

11pirouettes-Slo-mo analysis of Baryshnikov in White Nights - YouTube

https://www.youtube.com/watch?v=UZ2tD4PLcOM

6 mai 2014 - Ajouté par Dancesanity
Nathan Prevost walks us through Baryshnikov's brilliant pirouettes in the filmWhite Nights for DanceSanity ...



samedi 15 juillet 2017

Un peu d'humour avec Andy Serkis

Un peu d’humour avec Andy Serkis
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Andy Serkis

Un blogue intitulé Dieu ma joie, se doit de mettre de temps en temps un peu d’humour dans la vie des gens. John Wykes, un de mes confrères OMV des États-Unis, est diplômé dans le domaine des mass-média et de la cinématographie. C’est lui qui m’a fait connaître l’acteur Andy Serkis. Plusieurs d’entre vous ont déjà entendu la voix de Serkis, sans savoir qu’il s’agissait de lui. Cet acteur au talent vraiment unique, est responsable presque à lui seul, de l’incroyable succès des trilogies suivantes: Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux) et du "remake" de Planet of the Apes (La planète des singes). C’est Andy Sirkis qui joue le rôle de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux, et de Caesar dans le remake de La planète des singes

Voici l'acteur, jouant sans "makeup", le rôle de Gollum:  

Lus par la voix officielle de Gollum, Andy Serkis, les tweets de Donald ...

www.huffingtonpost.fr/.../lus-par-la-voix-officielle-de-gollum-andy...
Il y a 3 jours
INSOLITE - Le nom de l'acteur britannique Andy Serkis ne vous dit peut-être pas grand-chose mais vous avez ...






mercredi 12 juillet 2017

Comment toucher les coeurs ?

 Comment toucher les cœurs?
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« L’Église ne grandit pas par le prosélytisme. Elle grandit par attraction. » (Benoît XVI)

Nous prenons de plus en plus conscience que notre monde va à la dérive. De plus en plus de gens disent ne pas croire en un Dieu personnel. Les gens d’Église s’évertuent à trouver des moyens de toucher les gens, de leur donner le goût de Dieu. Nous multiplions les journées de formation, les documents et les rencontres d’équipes pastorales, pour trouver comment rejoindre les gens. Le problème principal, selon moi, est que nous mettons beaucoup trop d’espoir dans le « faire » et pas assez d’insistance sur l’ « être ». Pourtant nous savons tous que c’est la qualité intérieure d’une personne qui touche les gens, qui remue les gens. Seul un cœur épris de Dieu, amoureux de Dieu, assoiffé de Dieu, pourra avoir une chance de communiquer cette soif à une personne qui ne l’a pas. En ce sens, la page suivante écrite par le Père Jacques Loew, est très pertinente:  

Comment faire boire un âne qui n’a pas soif ?
Et comment, toute révérence gardée,
donner la soif et le goût de Dieu aux hommes d’aujourd’hui ?

Des coups de bâton ?
Mais l’âne est plus têtu que nos bâtons…
Lui faire avaler du sel ?
Pire encore et qui relève presque des tortures psychiatriques.
Comment donc faire boire cet âne en respectant sa liberté ?

Une seule réponse : trouver un autre âne qui a soif…
et qui boira longuement,
avec joie et volupté,
au côté de son congénère.
Non pas pour donner le bon exemple,
mais parce qu’il a fondamentalement soif,
vraiment,
simplement soif,
perpétuellement soif.

Un jour, peut-être,
son frère, pris d’envie,
se demandera s’il ne ferait pas bien de plonger, lui aussi,
son museau dans le baquet d’eau fraîche.
Des hommes ayant soif de Dieu sont plus efficaces
que tant d’âneries racontées sur lui.

(Tiré de: Jacques Loew et Jacques Faizant, Paraboles et Fariboles, Fayard, 1978)

Le pape François, s’adressant aux catéchistes le 27 septembre 2013, en pleine année de la foi, a clairement indiqué quel passage biblique il nous faut méditer et appliquer dans notre vie, si nous voulons toucher les cœurs. Ce passage biblique, nous le connaissons tous, je pense, mais très peu de personnes osent en tirer une conséquence pratique pour leur vie. Le pape François, lui, ose au moins nous indiquer une conséquence pratique. Aurons-nous l’amour nécessaire pour mettre en pratique ce qu’il nous suggère? Je l’espère.
Le texte biblique qui résout en quelque sorte la question que pose le présent blogue, est le suivant: « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5)
Mais écoutons notre pape:

Chers catéchistes, bonsoir !

Il me plaît qu’il y ait, durant l’Année de la foi, cette rencontre pour vous : la catéchèse est un pilier pour l’éducation de la foi, et nous voulons de bons catéchistes ! Merci de ce service à l’Église et dans l’Église. Même si parfois ça peut être difficile, si on travaille beaucoup, si on s’engage et qu’on ne voit pas les résultats voulus, éduquer dans la foi c’est beau ! C’est peut-être le meilleur héritage que nous pouvons donner : la foi ! Éduquer dans la foi pour qu’elle grandisse. Aider les enfants, les jeunes, les adultes à connaître et à aimer toujours plus le Seigneur est une des plus belles aventures éducatives, on construit l’Église ! “Être” catéchiste ! Non pas travailler comme catéchistes : cela ne va pas ! Je travaille comme catéchiste parce que j’aime enseigner… Mais si tu n’es pas catéchiste cela ne va pas ! Tu ne seras pas fécond, tu ne seras pas fécond ! Catéchiste c’est une vocation : “être catéchiste”, c’est cela la vocation, non travailler comme catéchiste. Attention, je n’ai pas dit “faire” le catéchiste, mais “l’être”, parce que cela engage la vie. On conduit à la rencontre avec Jésus par les paroles et par la vie, par le témoignage. Rappelez-vous ce que Benoît XVI nous a dit : « L’Église ne grandit pas par le prosélytisme. Elle grandit par attraction ». Et ce qui attire, c’est le témoignage. Être catéchiste signifie donner le témoignage de la foi ; être cohérent dans sa vie. Et ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile ! Nous aidons, nous conduisons à la rencontre avec Jésus par les paroles et par la vie, par le témoignage. J’aime rappeler ce que saint François d’Assise disait à ses frères : « Prêchez toujours l’Évangile, et, si c’est nécessaire aussi par les paroles ». Les paroles viennent… mais d’abord le témoignage : que les gens voient l’Évangile dans notre vie, qu’ils puissent lire l’Évangile. Et “être” catéchiste demande de l’amour, un amour toujours plus fort pour le Christ, un amour pour son peuple saint. Et cet amour ne s’achète pas dans les commerces, il ne s’achète pas non plus ici à Rome. Cet amour vient du Christ ! C’est un cadeau du Christ ! C’est un cadeau du Christ ! Et s’il vient du Christ, il part du Christ et nous devons repartir du Christ, de cet amour que Lui nous donne.

Que signifie ce repartir du Christ pour un catéchiste, pour vous, pour moi aussi, parce que moi aussi je suis catéchiste ? Qu’est-ce-que cela signifie ?

Je parlerai de trois choses : un, deux, trois comme faisaient les vieux jésuites… un, deux et trois !

1. Avant tout, repartir du Christ signifie avoir une familiarité avec Lui, avoir cette familiarité avec Jésus : à la dernière Cène, Jésus le recommande instamment aux disciples, quand il était en passe de vivre le plus grand don d’amour, le sacrifice de la Croix. Jésus utilise l’image de la vigne et des sarments et dit : demeurez dans mon amour, demeurez attachés à moi, comme le sarment est attaché à la vigne. Si nous sommes unis à Lui, nous pouvons porter du fruit, et c’est cela la familiarité avec le Christ. Demeurer en Jésus ! C’est demeurer attachés à Lui, à l’intérieur de Lui, avec Lui, parlant avec Lui : demeurer en Jésus.

Pour un disciple, la première chose est de rester avec le Maître, l’écouter, apprendre de Lui. Et cela vaut toujours, c’est un cheminement qui dure toute la vie ! Je me rappelle tant de fois dans le diocèse, dans le diocèse que j’avais auparavant, d’avoir vu à la fin des cours du séminaire catéchétique, les catéchistes qui sortaient en disant : " J’ai le titre de catéchiste ! " Cela ne va pas, tu n’as rien, tu as fait un petit bout de chemin. Qui t’aidera ? Cela vaut toujours ! Ce n’est pas un titre, c’est une attitude : rester avec Lui ; et durant toute la vie ! C’est rester en présence du Seigneur, se laisser regarder par Lui. Je vous demande : comment êtes-vous en présence du Seigneur ? Quand tu vas près du Seigneur, que tu regardes le Tabernacle, que faites-vous ? Sans paroles… Mais je dis, je dis, je pense, je médite, j’écoute… Très bien ! Mais te laisses-tu regarder par le Seigneur ? Nous laisser regarder par le Seigneur. Lui nous regarde et cela, c’est une manière de prier. Te laisses-tu regarder par le Seigneur ? Mais comment fait-on? Regarde le tabernacle et laisse-toi regarder… c’est simple ! C’est un peu ennuyeux, je m’endors… Endors-toi, endors-toi ! Lui te regarderas lui-même, Lui te regarderas lui-même. Mais sois sûr que Lui te regarde ! Et cela est beaucoup plus important que le titre de catéchiste : cela fait partie de l’être catéchiste. Cela réchauffe le cœur, garde allumé le feu de l’amitié avec le Seigneur, te fait sentir que Lui te regarde vraiment, qu’il est proche de toi et qu’il t’aime. 

Dans une des sorties que j’ai faites, ici à Rome, lors d’une Messe, un monsieur relativement jeune s’est approché de moi et m’a dit : "Père je suis heureux de vous connaître, mais moi, je ne crois en rien ! Je n’ai pas le don de la foi ! ". Il comprenait que c’était un don. " Je n’ai pas le don de la foi ! Qu’est-ce que vous me dites ? ". " Ne te décourage pas. Lui t’aime. Laisse-toi regarder par Lui ! Rien de plus". Et cela je vous le dis à vous : laissez-vous regarder par le Seigneur ! Je comprends que pour vous ce n’est pas si simple : particulièrement pour la personne mariée et qui a des enfants, c’est difficile de trouver un long temps de calme. Mais, grâce à Dieu, il n’est pas nécessaire que tous fassent de la même manière ; dans l’Église il y a variété de vocations et variété de formes spirituelles ; ce qui est important c’est de trouver la façon convenable pour rester avec le Seigneur ; et cela est possible, c’est possible dans chaque état de vie. En ce moment, chacun peut se demander : comment je vis “ce fait de rester” avec Jésus ? C’est une question que je vous pose : "Comment est-ce que je vis ce fait de rester avec Jésus, ce fait de demeurer en Jésus ? ". Ai-je des moments durant lesquels je reste en sa présence, en silence, je me laisse regarder par Lui ? Est-ce que je laisse son feu réchauffer mon cœur ? Si dans notre cœur il n’y a pas la chaleur de Dieu, de son amour, de sa tendresse, comment pouvons-nous, nous, pauvres pécheurs, réchauffer le cœur des autres ? Pensez à cela ! (1)

« Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda: « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » (Lc 11, 1)

« Sa façon de prier (NDLR: on parle ici de Guite, mère de famille et sœur de sainte Élisabeth de la Trinité) est en elle-même un témoignage qui marque ceux qui en sont témoins:

- En la voyant à l’église, plongée dans une méditation profonde, j’étais comme attirée vers le Seigneur », raconte une amie. » (2)

Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende. 


Je vous encourage à lire au complet le texte duquel est tiré le long passage ci-dessus 
(1), ainsi que le message que le pape François a envoyé  aujourd'hui même aux personnes réunies pour le Symposium international sur la catéchèse à Buenos Aires, en Argentine. Pour avoir accès directement à ce texte, veuillez cliquer   sur le sigle suivant: [ES - IT].  Le texte sera en espagnol. Pour la traduction en français, cliquer sur l'invitation à traduire le texte, qui se trouve en haut à votre droite. Si cette invitation n'est pas visible, veuillez cliquer à droite sur votre souris et cliquer à nouveau sur les mots: traduire en français

Message du Saint-Père au Symposium international sur la catéchèse [Buenos Aires, 11-14 juillet 2017]
https://w2.vatican.va/.../papa-francesco_20130927_pellegrinaggio-catechisti.htm

(2) Odile Haumonté, Élisabeth de la Trinité et sa sœur Guite, Éditions des Béatitudes, 2016 , p. 118. 





mardi 11 juillet 2017

Israël, modèle du chrétien

Israël, modèle du chrétien
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La lutte de Jacob avec l’ange 

Je considère que la première lecture de la messe d’aujourd’hui est un des textes fondateurs de notre foi. Ce texte tiré du livre de la Genèse, nous dit des choses importantes sur notre être et notre agir chrétiens. Je vous invite, en tout premier lieu, à lire le texte:

PREMIÈRE LECTURE

« Ton nom sera Israël parce que tu as lutté avec Dieu, et tu l’as emporté » (Gn 32, 23-32)
Lecture du livre de la Genèse
Cette nuit-là, Jacob se leva,
il prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants,
et passa le gué du Yabboq.
    Il leur fit passer le torrent
et fit aussi passer ce qui lui appartenait.
    Jacob resta seul.
Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.
    L’homme, voyant qu’il ne pouvait rien contre lui,
le frappa au creux de la hanche,
et la hanche de Jacob se démit pendant ce combat.
    L’homme dit :
« Lâche-moi, car l’aurore s’est levée. »
Jacob répondit :
« Je ne te lâcherai que si tu me bénis. »
    L’homme demanda :
« Quel est ton nom ? »
Il répondit :
« Jacob. »
    Il reprit :
« Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël
(c’est-à-dire : Dieu lutte),
parce que tu as lutté avec Dieu
et avec des hommes,
et tu l’as emporté. »
    Jacob demanda :
« Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. »
Mais il répondit :
« Pourquoi me demandes-tu mon nom ? »
Et là il le bénit.
    Jacob appela ce lieu Penouël
(c’est-à-dire : Face de Dieu),
car, disait-il,
« j’ai vu Dieu face à face,
et j’ai eu la vie sauve. »
    Au lever du soleil, il passa le torrent à Penouël.
Il resta boiteux de la hanche.
            – Parole du Seigneur.
Nous ne devons jamais oublier que nous sommes judéo-chrétiens. Tout chrétien est un membre de Jésus et a donc du sang juif qui coule dans ses veines; ne l’oublions pas. Dans le texte que vous venez de lire, Dieu change le nom de Jacob; Il lui donne un nouveau nom. Dieu dit: « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire Dieu lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. » Le titre de ce blogue aurait donc tout aussi bien pu être celui-ci: « Jacob, modèle du chrétien ».

Ce combat entre Jacob et Dieu est très étrange et mystérieux. Il a surtout pour but, selon moi, de montrer que Dieu lutte et que l’homme doit lutter avec lui. La vie chrétienne est une lutte. Saint Paul à la fin de sa vie, a dit: « J’ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Je n'ai plus qu'à recevoir la couronne de la justice » (2 Tm 4, 7-8). Jacob s’appellera désormais Israël, qui signifie « Dieu lutte ».  Dieu a lutté sur cette terre contre le mal, en la personne de Jésus. Dès que le péché, le mal par excellence, est apparu dans le monde, Dieu a annoncé qu’Il lutterait contre l’instigateur du péché qu’est le démon. Dès que le premier péché est apparu, Jésus notre Sauveur a été annoncé et prédit. On retrouve cette prédiction ou cette prophétie dans le livre de la Genèse, au chapitre 3, verset 15: « Je mettrai une hostilité entre toi (Satan) et la femme (la Vierge Marie), entre ta descendance (les démons) et sa descendance (la descendance de Marie: Jésus): celle-ci (la descendance de Marie: Jésus) te meurtrira la tête, et toi (Satan) tu lui meurtriras le talon. » Ce passage de la Bible est communément appelé le Protévangile, c'est-à-dire l’évangile annoncé par avance.

Depuis le premier péché, la vie humaine est un combat. Si on ne sait pas cela de la vie humaine, on ignore un élément essentiel et crucial de la condition humaine. Tous les jours de notre vie, on devra lutter contre le mal qui a une complicité en nous, en notre cœur pécheur, et contre le Mal personnifié qu'est Satan. Voilà le grand drame de la vie humaine. La vie humaine n’est pas un jeu, une partie de plaisir. La vie humaine est essentiellement un combat. Heureusement que Jésus a mené ce combat en notre nom à tous et qu’Il a vaincu le Mauvais, le démon! Mais cela lui a coûté. Le Protévangile a été vécu par Jésus tous les jours de sa vie, mais spécialement au début et à la fin de sa vie publique. Après avoir reçu le baptême des mains de son cousin Jean, « Jésus fut conduit par l’Esprit au désert, pour être tenté par le diable », nous dit l’évangéliste Matthieu (Mt 4, 1). Pendant quarante jours, Jésus a prié et jeûné pour avoir la force de lutter contre Satan. Au bout de ce temps, « quand Satan eut épuisé toutes les formes de tentations, il s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé »(Lc 4,13). Les commentateurs de la Bible s’accordent pour dire que ce « moment fixé », c’est l’agonie que Jésus a vécue dans le jardin des oliviers, la veille de sa mort. Ce soir-là, Jésus a vécu la plus grande tentation de sa vie, le plus grand combat de sa vie. On appelle ce mystère « l’agonie de Jésus » car le mot « agonie » vient d’un mot grec qui signifie « combat ». Comme il fut dur le combat que Jésus a mené ce soir-là! Ce fut en un sens le combat de sa vie. Il en est sorti victorieux mais faible et blessé. Je dirais même « blessé à mort » car nous sommes en droit de croire que l’agonie fut si intense et cruelle pour Jésus, qu’elle a brisé ou usé le cœur physique de Jésus à jamais. De sorte que même si on n’avait pas crucifié Jésus, il serait mort peu de temps après son agonie. C’est du moins ce que révèle une analyse du Saint Suaire de Turin faite par un médecin. En ce sens, la blessure à la hanche infligée à Israël (Jacob) durant le combat avec l’ange ou Dieu, et qui l’a fait souffrir toute sa vie, est comme une prophétie des blessures infligées à Jésus durant son agonie.

Le combat de Jacob avec l’ange restera toujours enrobé de mystère. Ce que je viens d'écrire sur le combat comme élément essentiel de la vie chrétienne, s'applique d'abord et avant tout à la lutte contre le mal et le péché. Or le combat de Jacob est de toute évidence d'une tout autre nature. Jacob aurait combattu cette nuit-là avec Dieu. Comment peut-on lutter avec Dieu? Pour ma part, il m’arrive de lutter avec un passage de la Parole de Dieu, c'est-à-dire de me battre avec un passage des Saintes Écritures, dans le but d'en découvrir le sens. Le travail acharné et les années de réflexion pour essayer de comprendre ce que Dieu veut bien nous dire dans tel ou tel texte de la Bible, est certes comparable à un combat. Le texte de la Bible dont nous parlons en ce moment est un de ces textes inspirés qui invite au combat, qui invite à combattre les idées habituellement reçues, pour chercher à connaître la pensée de Dieu. Mais Dieu sera toujours au dessus de nous, au dessus de nos pensées à son égard. Qui aurait osé penser que l'homme puisse vaincre Dieu dans un combat corps à corps? Or c'est ce que combat de Jacob nous révèle: l'homme, dans ce cas précis, a vaincu Dieu. 

La Parole de Dieu, par sa complexité et par sa façon habituelle de contredire notre mode de penser, nous invite donc très souvent à nous battre avec elle pour en découvrir le sens caché. Or puisque la Parole de Dieu s’est faite chair, est devenue homme, il est donc exact de dire qu'il nous arrive de nous battre en quelque sorte avec Dieu. 

Il peut aussi être intéressant de constater, au risque de me faire accuser de jouer sur les mots, que l’auteur du livre de la Genèse ne dit pas que Jacob a lutté « contre » Dieu, mais qu’il a lutté « avec » Dieu et avec des hommes.

La grande leçon de ce texte, selon moi, est de nous dire de façon imagée mais de façon très percutante, que la vie humaine est un combat et que ce combat va nous marquer et nous blesser. Mais nous serons vainqueurs si nous luttons AVEC DIEU.