mercredi 12 décembre 2012

Heureux les coeurs purs

Heureux les cœurs purs

 


Notre Seigneur Jésus Christ, dans l’évangile de Matthieu, commence sa prédication en proclamant les béatitudes; les huit béatitudes. De nos jours, nous ne sommes plus portés à apprendre par cœur des passages de la Bible, comme cela se faisait assez régulièrement par le passé. Or, s’il existe des versets de la Bible, et en particulier du Nouveau Testament, que les chrétiens devraient savoir par cœur, ce sont bien ceux que l’on retrouve au début du chapitre cinq de l’évangile de Matthieu. J’aime beaucoup me rappeler les béatitudes et l’ordre dans lequel elles ont été proclamées. Et parmi tous les textes bibliques que je proclame en Église, ce sont les béatitudes que je suis le plus fier de proclamer. Lorsque je proclame au moment de l’évangile, dans une assemblée, « Heureux les pauvres de cœur,  heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, etc », je suis tellement impressionné ! Les béatitudes sont un pur chef d’œuvre. Mais, comme toute parole de Jésus, elles sont revêtues de mystère et donc pleines de sens à l’infini. On ne finira jamais de comprendre les béatitudes. Que veut dire, par exemple : « Heureux les cœurs purs »?  

 

Selon moi, la personne qui a un cœur pur, est celle qui voit Dieu en toutes choses. Il est d'ailleurs intéressant de constater que la récompense attachée au fait d'avoir un coeur pur est précisément de " voir Dieu ": "Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu" (Mt 5,8). Le saint dans l’histoire de l’Église qui semble avoir le mieux compris et pratiqué ce qu’est un cœur pur, est François d’Assise: frère François. Pour lui, tout rayonnait de la beauté de Dieu car il voyait toute chose en Dieu. C’est pour cela qu’il louait Dieu pour notre frère soleil, notre sœur la lune, notre sœur la pluie, notre frère le feu, etc. Selon moi, l'homme ou la femme au coeur pur voit Dieu en toutes choses et toute chose en Dieu. " Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu en toute chose ". 

 

Mais laissons frère François nous dire lui-même ce qu’est un cœur pur : 

 

Dialogue de saint François avec frère Léon

 

- Sais-tu, frère ce qu’est la pureté du cœur?

 

- C’est de ne pas avoir de faute à se reprocher, répondit Léon sans hésiter.

 

- Alors je comprends ta tristesse, dit François. Car on a toujours quelque chose à se reprocher. 

- Oui, dit Léon, et c’est précisément cela qui me fait désespérer d’arriver un jour à la pureté du cœur 

- Ah ! Frère Léon, crois-moi, repartit François, ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu’Il est, Lui, toute sainteté. Rends-lui grâce à cause de lui-même. C’est cela même, petit frère, avoir le cœur pur. Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait et de se découvrir pécheur est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l’immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le cœur pur est celui qui ne cesse d’adorer le Seigneur vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l’éternelle innocence et à l’éternelle joie de Dieu. Un tel cœur est à la fois comblé et dépouillé. Il lui suffit que Dieu soit Dieu. En cela même il trouve toute sa paix, tout son plaisir. Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté.

 

- Dieu cependant réclame notre effort et notre fidélité, fit observer Léon.

 

- Oui, sans doute, répondit François. Mais la sainteté n’est pas un accomplissement de soi, ni une plénitude que l’on se donne. Elle est d’abord un vide que l’on se découvre et que l’on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure où l’on s’ouvre à sa plénitude.

 

Ce texte magnifique est extrait de l'ouvrage "Sagesse d'un pauvre", d’Éloi LECLERC, o.f.m. La première édition parut dans les années 50. Nous sommes rendus à la 21e édition d'un texte qui reste toujours aussi riche et porteur d'une fraîcheur toute évangélique.

 

Pour quiconque désire connaître saint François d’Assise, je conseille aussi fortement le livre de Julien Green intitulé: Frère François. Ce livre est malheureusement épuisé en librairie mais il est assez facile de se le procurer en faisant affaire « en ligne », via internet et en ayant recours à une carte de crédit.

 

Je viens de regarder sur internet et j’ai vu qu’aux éditions du Seuil, on présente ce livre à un prix ridiculement bas: 8 euros. Quel beau cadeau de Noël vous pourriez vous faire !

 

Frère François (2050) - Julien Green | Seuil

www.seuil.com/livre-9782020914383.htm - France

Consultez la fiche du livre Frère François , écrit par Julien Green

 

  


 

 

 



lundi 10 décembre 2012

Décès de madame Georgette Blaquière

Décès de madame Georgette Blaquière

  

J’ai appris hier, grâce à l’internet, la mort de madame Georgette Blaquière. Triste nouvelle? Oui et non. Triste nouvelle parce que l’Église catholique vient de perdre une de ses plus illustres représentantes; joyeuse nouvelle car madame Blaquière vient de retrouver non seulement l’époux qu’elle a perdu il y a plus de trente ans, mais surtout l’Époux de l’humanité entière : Jésus Christ, Notre Seigneur. Ces jours-ci, en pleine période de l’Avent, nous parlons de Jean le Baptiste qui était, selon les dires des évangiles : l’ami de l’Époux. Or madame Georgette Blaquière était elle aussi, vraiment, l’amie de l’Époux. Je parle souvent de madame Blaquière, en particulier à mes paroissiens. Depuis quelque temps, lorsque je parlais d’elle, je commençais ainsi : « Je ne sais pas si cette grande dame, cette grand-maman, est encore vivante. J’aimerais bien le savoir ». Or j’ai appris hier que cette noble dame est décédée le 19 novembre dernier, à l’âge respectable de 91 ans. Pour les personnes parmi vous qui ne connaissent pas, ou connaissent peu cette femme extraordinaire, j’ai la joie d’écrire le présent texte sur mon blogue.  

Madame Blaquière était une femme exceptionnelle. Mariée, devenue veuve à l’âge de soixante ans, mère de trois enfants, grand-mère et arrière grand-mère, elle a toujours eu le souci de témoigner de sa foi et de s’engager en Église. Une fois devenue veuve, Mgr Louis Simonneaux, évêque de Versailles, lui confia le mandat de prêcher des retraites pour prêtres. Une de ces retraites existe en livre sous le titre : Prêtre pour l’amour de Jésus et de l’Évangile. Dans son livre intitulé La grâce d’être femme, madame Blaquière insiste sur le rôle prophétique que doit jouer la femme dans le monde. Ce rôle de prophète, qui consiste à porter la Parole de Dieu aux gens de notre temps, par la parole et par l’exemple, madame Blaquière l’a exercé à merveille. À tel point que le pape Jean-Paul II a désiré un jour rencontrer cette grande dame. Le Père Daniel-Ange, dans un article de journal écrit à l’occasion du décès de madame Blaquière, raconte cette anecdote savoureuse:

« Dring ! Dring ! Dring !

« Allô ? Je suis le Nonce à Paris. Je vous transmets l’invitation du Saint-Père à venir déjeuner avec lui Jeudi prochain »

Georgette de lui raccrocher au nez : « On ne se moque pas d’une vieille dame comme moi ! » (Du Georgette tout craché !)

Dix minutes plus tard : « Je vous assure, vraiment, je suis le Nonce…. C’est très sérieux. Jean-Paul II veut vous voir sans tarder. »

De fait, une des amies les plus intimes de Jean- Paul II, Charlotte de Habitch – « Tante Charlotte » pour les familiers – Hollandaise mariée à un Polonais, siégeant longtemps avec l’archevêque de Cracovie (qui deviendra Jean-Paul II) au Conseil pontifical pour les laïcs, lui avait donné à lire : La grâce d’être femme, ainsi que L’Évangile de Marie, ces deux best-sellers de l’époque. Ces deux purs chefs-d’œuvre et d’écriture et de profondeur.

 Le Pape, mijotant déjà sa grande encyclique « Mulieris dignitatem », a d’abord tenu à vivre de longs partages avec elle. Plusieurs passages de ce brillant texte pontifical s’en inspire manifestement (cela mériterait une étude approfondie : avis pour une thèse de Doctorat).

Et dans sa délicatesse et son humilité, Jean-Paul II a voulu qu’au jour de la parution officielle du document, L’Osservatore Romano consacre une page entière à celle qui l’avait ainsi inspirée. »

Pour ma part, j’ai lu La grâce d’être femme et L’Évangile de Marie et des passages de d’autres de ses livres. J’ai utilisé plus d’une fois la magnifique vidéo intitulée « L’amour humain selon le cœur de Dieu » pour préparer des couples au mariage. « En l’honneur de madame Blaquière, je veux aujourd’hui vous partager l’événement de sa vie qui m’a le plus marqué. C’est madame Blaquière qui relate ce que je vais vous dire sur des cassettes audio sur la Vierge Marie. Ces cassettes audio me furent données il y a de cela une vingtaine d’années. Il s’agit en quelque sorte de la version audio du livre de madame Blaquière, intitulé: L’Évangile de Marie. L’idée maîtresse qui sera mentionnée ici, se trouve aussi de façon succincte dans son livre intitulé « L’Évangile de Marie », alors que madame Blaquière commente les premiers mots de l’archange Gabriel à Marie. Mais les détails de l’événement que je vais relater ne se trouvent, selon moi, que sur les cassettes audio dont je viens de parler. Si quelqu’un parmi vous savait où je pourrais me procurer à nouveau ces cassettes audio de madame Blaquière, je lui serais très reconnaissant de m’indiquer l’endroit. Car le témoignage que livre cette grande dame française sur la cassette, est, selon moi, d’une importance extraordinaire.

Au début du mouvement charismatique, madame Blaquière avait été invitée par une amie à participer à un congrès charismatique en France. Madame Blaquière a d’abord refusé l’invitation car elle avait entendu parler du mouvement charismatique, de ce « parler en langues », etc, et elle n’était pas du tout intéressée à connaître ce mouvement. Or, devant l’insistance de cette amie, elle accepta l’invitation. Une fois dans le stade où avait lieu le congrès charismatique les gens se sont mis à chanter en langues. Georgette Blaquière fut à la fois étonnée et éblouie par la beauté de ce chant. C’est alors que la personne à côté d’elle, une pure étrangère, s’est mise elle aussi à chanter en langues. Et elle s’est mise à chanter en grec. Madame Blaquière a été professeur de grec. La dame à ses côtés s’est mise à chanter les deux premiers mots de l’archange Gabriel à Marie: « Kairé kékaritoména ». Sans le savoir, la pauvre dame a fait une erreur de grec car le mot en grec n’est pas « kékaritoména » mais plutôt: « kékaritoménê ». Cette erreur de grec n’allait pas passer inaperçue dans les oreilles de Geogette Blaquière. Dans un premier temps, le professeur de grec s’est offusqué de cette erreur. Ensuite, madame Blaquière s’est mise à réfléchir sur le sens du mot « kékaritoménê » et, alors qu’elle réfléchissait à ce mot, Dieu lui a fait une grâce insigne pour sa vie personnelle. Le mot « kékaritoménê » est un verbe en grec, à un temps qu’on appelle « l’aoriste ». Ce temps n’existe pas en français pour les verbes. L’aoriste est utilisé en grec pour désigner une action qui a commencé dans le passé, qui continue dans le présent, et qui ne finira jamais, qui se perpétuera dans le futur. L’ange Gabriel disait donc à Marie: « Réjouis-toi (« kairé ») toi qui as reçu toute la faveur de Dieu, toi qui la reçois en ce moment et toi à qui elle ne sera jamais enlevée » (« kékaritoménê »). C’est pourquoi j’aime le chant: « Réjouis-toi, Marie, toute aimée de Dieu » car une fois que l’on comprend ce qu’est l’aoriste, on interprète les mots de ce chant dans le sens suivant: l’amour de Dieu pour Marie a toujours existé et existera toujours. Et, ce qui est merveilleux, c’est qu’il en est ainsi aussi pour nous : nous avons toujours été aimés de Dieu, et nous le serons toujours.  

C’est alors que Dieu a fait une immense faveur à madame Blaquière. Cette chère Georgette ne développe pas plus que cela sur la cassette audio, mais elle laisse très clairement entendre qu’elle se sentait mal depuis un certain temps parce qu’elle croyait que Dieu lui avait retiré un de ses dons. On devine que madame Blaquière avait été infidèle, en quelque sorte, à un don reçu et qu’elle croyait que Dieu le lui avait retiré. Or ce jour-là, dans un stade de France, Georgette Blaquière a compris dans ses tripes, dans sa chair et dans toute sa personne, ce que saint Paul nous dit dans sa lettre aux Romains: « Les dons de Dieu sont sans repentance » (Rom 11, 29). Depuis ce temps, madame Blaquière crie haut et fort cette vérité: quand Dieu donne, il ne reprend pas ses dons. Si nous sommes infidèles, Dieu nous redonnera son don d’une autre manière, mais Il ne nous l’enlèvera pas. Cette vérité peut avoir de multiples applications dans nos vies. Je vous laisse le soin de faire ces applications par vous-mêmes et de vous émerveiller de cette grande vérité: « les dons de Dieu sont sans repentance ». Une des choses qui m’impressionnent le plus dans cette histoire, c’est que Dieu se soit servi d’une erreur humaine, d’une erreur de grec, pour faire comprendre de l’intérieur, à une de ses enfants, ces mots merveilleux de saint Paul. Comment ne pas y voir le signe que même nos erreurs peuvent nous être utiles et que saint Paul a eu aussi raison de dire que « tout (absolument tout) concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28). Madame Blaquière, à la fin du chant en langues, a demandé à sa voisine si elle connaissait le grec. La dame à côté d’elle, lui a répondu : « Pas du tout ».

Voici un extrait du livre de Mme Blaquière intitulé: L'Évangile de Marie : 

« Kékaritoménê" devrait pouvoir se traduire par " toi à qui une plénitude de grâce a été donnée, qui s'épanouit en toi aujourd'hui et qui ne te sera jamais enlevée ". Au travers de ce mot, recevons le message que les dons de Dieu sont sans retour. Notre vie spirituelle est bloquée souvent parce que nous disons: Dieu m'avait donné telle grâce, je n'y ai pas répondu et Dieu a certainement repris. Dieu m'avait donné par exemple, une vocation au sacerdoce ou une vocation religieuse quand j'avais vingt ans; je n'ai pas accepté cet appel ou je n'ai pas pu y durer, et aujourd'hui je me dis plus ou moins consciemment: " Je n'ai pas été fidèle et Dieu m'a repris sa grâce. Je serai pour toujours un raté sprirituel ". Cela vaut autant pour le mariage. Au coeur de nos pauvres échecs humains, Dieu garde l'alliance et reste fidèle car " Il ne peut se renier lui-même " (2 Ti 2,13). Oui, Dieu ne reprend jamais ses dons. Jamais ! Dieu simplement, poursuit sa quête d'amour, quels que soient nos chemins. Ce qu'Il nous a donné alors, Il continue de nous le proposer aujourd'hui par un autre chemin. Quant au chemin, Il a une imagination extraordinaire, faisons-Lui confiance ! ... »    (Georgette Blaquière, L'Évangile de Marie, éditions du Lion de Juda, 1986, pp. 23-24)


Voici les livres écrits par Georgette Blaquière : L'Évangile de Marie; Oser vivre l'amour; Ouvriers du désir de Dieu; Femmes, selon le coeur de Dieu; Jésus-Christ, un Dieu scandaleux; La grâce d'être femme; Prêtre pour l’amour de Jésus et de l’Évangile; Une culture de Pentecôte: libres propos sur le renouveau charismatique.

    

vendredi 7 décembre 2012

Célébrer l'Immaculée

Célébrer l’Immaculée

 

Aujourd’hui, à la tombée du jour, commencera la solennité de l’Immaculée Conception. Comment célébrer cette fête? Quoi faire pour honorer notre sainte Mère? J’ai une réponse à cette question. Je viens tout juste de recevoir une magnifique vidéo où l’on voit l’actrice française Madeleine Renaud réciter par cœur et avec beaucoup d’émotion le poème de l’écrivain français Paul Claudel intitulé : La Vierge à midi. C’est tellement touchant d’entendre madame Renaud réciter ce poème! On dirait qu’elle voit notre tendre Mère du ciel, alors qu’elle récite cette poésie.

 

Paul Claudel, athée convaincu et frère cadet de la célèbre sculptrice Camille Claudel, fut converti à la foi catholique en la nuit de Noël 1886. Voici comment il raconte lui-même cet heureux événement :

 

« Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que, dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettan­tisme supérieur, je trouverais un excitant ap­proprié et la matière de quelques exercices décadents. C'est dans ces dispositions que, cou­doyé et bousculé par la foule, j'assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand-messe. Puis, n'ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blan­ches et les élèves du pe­tit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J'étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l'entrée du chœur, à droite du côté de la sacristie. Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie.

            En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence, de l'éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. 

           En essayant, comme je l'ai fait souvent, de reconstituer les minutes qui suivirent cet instant extraordinaire, je retrouve les éléments suivants qui, cependant, ne formaient qu'un seul éclair, une seule arme, dont la Providence divine se servait pour atteindre et ouvrir enfin le cœur d'un pauvre enfant désespéré : « Que les gens qui croient sont heureux ! Si c'était vrai, pourtant ? C'est vrai ! Dieu existe, Il est là. C'est quelqu'un, c'est un être aussi personnel que moi ! Il m'aime, Il m'appelle. » Les larmes et les san­glots étaient venus et le chant si tendre de l’Adeste ajoutait encore à mon émotion. »

Si vous allez un jour à Paris et que vous entrez dans la basilique Notre-Dame, rendez-vous à l’avant, du côté droit et regarder au sol : sur une des dalles, devant une statue de la Vierge Marie, vous verrez écrit :

« 25 DECEMBRE 1886 »

CONVERSION de PAVL CLAVDEL

MAGNIFICAT


Voici le poème de Claudel récité par Madeleine Renaud: Vous n'avez qu'à cliquer sur le lien pour visionner la vidéo. Cela peut prendre quelques instants avant de pouvoir visionner la vidéo. Sous le lien, j'ai reproduit le poème de Paul Claudel en son entier. J'ai reproduit le poème de Paul Claudel en son entier. J'ai remarqué certains sites internet ne reproduisent pas dans son intégralité ce magnifique poème de Paul Claudel, et omettent le passage où l’auteur dit que la Vierge Marie l'a sauvé personnellement, ainsi que la France. Je ne sais vraiment pas pourquoi ils agissent ainsi. Madame Renaud ne tombe dans cette erreur et elle prononce au contraire ce passage avec une particulière ferveur. C'est sûrement un des moments les plus touchants de la vidéo. 

Madeleine Renaud dit "La Vierge à midi" de Paul Claudel - Vidéo Ina.fr

www.ina.fr/video/I04321482
En présence de nombreux invités, dont Louis DE FUNES et Valérie MAIRESSE,Madeleine RENA

La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n'ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.
Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage.
Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.
Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,
La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,
Telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.
Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.
Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées,
Parce que vous m'avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,
Parce qu'elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,
Parce qu'à l'heure où tout craquait, c'est alors que vous êtes intervenue,
Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,
Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,
parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie, simplement parce que vous existez,
Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Paul Claudel
(extrait de "La Vierge à midi", Poèmes de Guerre, N.R.F., 1914-1915)

Je veux être marraine


Je veux être marraine

 


Comme vous le savez, je suis curé de paroisse à Montréal, au Canada. Montréal est la plus grande ville de la province de Québec au Canada. La province de Québec était, dans les années cinquante (1950) un des lieux où la catholicité était la plus présente sur la planète terre. En 2012, Montréal est une des villes du monde où la catholicité est la moins présente. Les sociologues se plaisent à dire que la province de Québec est dans le monde l’endroit où on est passé le plus drastiquement et le plus rapidement d’une catholicité à l’extrême à un déclin extrême de la catholicité. Vous comprendrez comme moi qu’être prêtre catholique dans un tel contexte pose certains problèmes.


Voici un de ces problèmes : plusieurs jeunes personnes dans la vingtaine viennent nous voir pour nous dire qu’elles veulent être marraines ou parrains. J’ai choisi comme titre le fait d’être marraine car je me rends compte que le désir d’avoir un filleul ou une filleule est beaucoup plus grand chez les femmes que chez les hommes.


Un jeune (ou une jeune) dans la vingtaine au Québec, n’a pratiquement pas reçu d’éducation religieuse catholique. Il ne connaît pratiquement rien de Jésus Christ sauf, peut-être, que Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres. Il sait encore moins ce qu’est l’Église. Et pourtant il vient demander d’être parrain ou marraine. Qu’est-ce que ce jeune ou cette jeune désire dans le fond? Il ou elle ne peut absolument pas désirer être parrain ou marraine catholique dans le sens réel du terme car les jeunes de cet âge au Québec n’ont aucune idée de ce que c’est qu’être catholique et ils en ont encore moins l’expérience. Alors que demandent-ils quand ils veulent être parrains ou marraines? Ils demandent un statut social; ils demandent une situation très privilégiée face à un enfant. C’est cela qu’ils demandent au fond. Il faut au moins avoir l’honnêteté de se le dire.


Que doit faire un pasteur au Québec dans un tel cas? Pour un jeune qui a quand même reçu les sacrements de l’initiation chrétienne, à savoir le baptême, l’eucharistie et la confirmation, ils ont droit, selon moi à un accueil minimal. Qu’est ce que je veux dire par là? Nous les accueillons facilement comme parrains ou marraines car même si leur formation chrétienne et catholique a été très minimaliste et même si on ne les voit jamais à l’Église, on les accepte quand même comme parrains ou marraines. Je ne dis pas que c’est très sage d’agir ainsi; je dis que c’est ce qui se fait ici pastoralement, de façon générale.


Mais une difficulté surgit quand le jeune ou la jeune demande à être parrain ou marraine sans avoir été, par exemple, confirmé(e). Là, selon moi, la demande doit être prise plus au sérieux. C’est une occasion, selon moi, de faire un cheminement chrétien avec ces jeunes adultes, en vue de la confirmation. Ce que je fais personnellement, c’est que j’intègre ces jeunes dans une formation qui dure du mois d’octobre au mois de mai ou juin, à raison d’une rencontre aux quinze jours. Ce n’est pas énorme, mais pour moi, c’est le minimum que l’on puisse faire. Si une jeune personne de vingt ans me demande d’être parrain ou marraine catholique, sans avoir été confirmée, j’ai un devoir, selon moi, de l’instruire sur ce qu’est vraiment un parrain ou une marraine au sens où l’entend l’Église catholique. Vous devinez probablement le problème qui se pose parfois. Les jeunes ne sont pas tous et toutes disposés à vivre cela. Ils perçoivent parfois cette démarche comme étant trop exigeante. Et certains viennent parce qu’ils sont forcés de faire cela pour atteindre leur but, leur but purement humain de devenir « parrains ou marraines ». Quand je vois que la présence d’un jeune ou d’une jeune est purement formelle et qu’il n’y a aucun engagement minimal dans la démarche, je mets fin à la formation. Alors je suis perçu comme le « grand méchant loup » et j’ai droit à des remarques telles que celles-ci : « c’est cela qu’on dit partout dans les médias : vous voulez que les gens pratiquent leur religion et les personnes qui viennent à vous, vous les refusez; vous dites que vous nous aimez et vous nous mettez dehors. Je vais aller voir ailleurs. » Et le prêtre est à nouveau le grand méchant dans tout cela.


Cela me fait penser à un journaliste très connu ici au Québec, qui a vilipendé (engueulé) notre archevêque à la télévision d’état parce qu’on lui avait refusé le « droit » de se marier dans l’Église catholique en raison du fait que lui ou sa conjointe avait déjà été marié à l’Église catholique. Ce journaliste a dit qu’il est allé voir ailleurs et qu’il a trouvé une Église chrétienne  qui les a mariés. Encore là, c’était le même reproche qui était fait à l’Église : « Vous voulez des gens dans votre Église et vous refusez le monde ».


Or il y a ici une vision fausse de l’Église catholique d’aujourd’hui. Il fut un temps où l’Église pratiquait ce qu’on appelle le « prosélytisme »; les gens d’Église faisaient tout pour que les gens adhèrent à la foi et à la pratique de la religion catholique. Mais dans l’Église catholique du XXIème siècle, on n’agit plus ainsi. Mon but comme prêtre, n’est pas de remplir mon église. Mon but est de proposer Jésus Christ à la liberté des gens. Et Jésus est beaucoup plus exigeant qu’on ne le croie. Jésus a aussi ses exigences; et quelles exigences !!! Voici ce qu’il dit à ceux et celles qui veulent Le suivre :


« Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple ».  (Lc 14, 25-27)


Et si quelqu’un veut savoir encore mieux à quel point Jésus est exigeant, à quel point son évangile est du sel et non pas du sucre (comme le disait si bien Paul Claudel), qu’il lise le sermon sur la montagne en saint Matthieu, chapitres 5 à 7.


Mon but comme prêtre, est de présenter Jésus aux gens de mon époque; de leur présenter l’intégralité de l’évangile et la doctrine de l’Église catholique fondée par Notre Seigneur Jésus Christ. Mon but est de mettre les gens au contact de Jésus et de son Église et de leur laisser faire leur choix. Comme disait si bien Bernadette Soubirous au curé qui était très sceptique face à ses dires : « La Sainte Vierge ne m’a pas demandé de vous le faire croire, mais de vous le dire. » Et s’il existe des gens qui ne croient qu’en eux-mêmes et à leur petit moi, et qui sont prêts à faire le tour du monde pour trouver quelqu’un qui pensera comme eux et les approuvera, c’est tant pis pour eux. Dieu désire des gens qui cherchent vraiment la vérité; Dieu désire des adorateurs en esprit et en vérité (Jn 4,23).


Il faut de plus en plus qu’Église et État soient séparés; que la pensée de l’Église soit perçue comme différente de la pensée civile et courante. Il serait bon que la société civile propose des mentors aux nouveaux nés, des personnes qui seront prêtes à tout pour les rendre heureux et qui s’engageront par écrit à le faire. Si une telle chose existait on ne se tournerait pas spontanément vers l’Église catholique pour jouer un rôle signifiant auprès d’enfants qui nous sont très chers.

  

 

mercredi 5 décembre 2012

L'Immaculée Conception

L’Immaculée Conception

Dans trois jours, le 8 décembre, nous célébrerons la solennité de l’Immaculée Conception. Cette fête est vraiment grandiose. Saint Maximilien Kolbe, que le pape Jean-Paul II a qualifié de « patron du siècle dernier » (1) est peut-être le saint qui a eu la dévotion la plus grande et la plus audacieuse envers l’Immaculée Mère de Dieu. Pour le pauvre pécheur que je suis, la façon dont le Père Kolbe parle de l’Immaculée me semble quelque peu exagérée, pour ne pas dire pas mal exagérée. Mais j’attribue cette impression au fait que je suis très impuissant à me faire une idée exacte de la grandeur de la Mère de Dieu. Le Père Kolbe était certainement plus conscient que moi de la grandeur de la Vierge Marie. Si quelqu’un parmi vous ne connaissait pas le Père Kolbe, sachez simplement ceci : ce prêtre capucin a donné sa vie durant la deuxième guerre mondiale pour un compagnon prisonnier qu’il ne connaissait même pas. Il a été condamné à mourir de faim dans un « bunker » souterrain du camp de concentration d’Auschwitz. 

J’étais à Rome lorsque le Père Kolbe a été canonisé. J’étais à la place Saint-Pierre, lieu de la canonisation. Un des moments les plus touchants de la célébration fut lorsque M. Franciszek Gajowniczek, ce prisonnier dont Kolbe avait sauvé la vie, a reçu la très sainte communion des mains du pape Jean-Paul II. Kolbe a fait ses études théologiques à Rome, malgré sa réticence à aller étudier et aller vivre dans cette grande ville où les mœurs à son époque étaient assez dissolues. Mais la Vierge Marie était apparue à Kolbe alors qu’il était enfant et lui avait promis qu’il conserverait toujours sa pureté (sa chasteté) et qu’il mourrait martyr. La seule personne qui, du vivant de Maximilien Kolbe était au courant de cette apparition de la Vierge et de sa fameuse promesse, était la mère de Kolbe. Cette maman a attendu la mort de son fils pour dévoiler ces faits au grand jour.

De fait, la Vierge a protégé le jeune adulte étudiant à Rome. Lorsque Maximilien Kolbe fut ordonné prêtre, il décida de célébrer sa première messe à l’endroit où l’Immaculée Mère de Dieu est tout spécialement vénérée à Rome : en l’église Sant’Andrea delle Fratte. La Vierge Marie est apparue dans cette église. Pour connaître l’histoire de cette apparition, veuillez  lire ce que j’ai écrit l’an dernier pour la fête de l’Immaculée. Je vous donnerai dans un instant un raccourci pour trouver ce texte. J’ai vécu neuf ans à Rome; j’y ai aussi fait mes études en théologie. Lorsque mon supérieur général m’a demandé de retourner au Canada pour exercer mon ministère presbytéral, je suis allé célébrer ma dernière messe romaine à l’église Sant’Andrea delle Fratte, en l’honneur de l’Immaculée.

Je vous encourage à lire ou relire le texte que j’ai écrit l’an dernier en l’honneur de l’Immaculée Conception. Après la date de parution de ce texte, j’ai fait des changements et des additions. Je crois qu’il vaut la peine de lire ou relire ce texte. Pour cela, vous n’avez qu’à cliquer sur les mots suivants:  L'Immaculée
  


(1) Pour ceux et celles que cela intéresse, voici une partie de l’homélie que le pape Jean-Paul II a prononcée dans le camp de concentration où est mort le Père Kolbe et dans laquelle il qualifie ce prêtre de « patron de notre siècle difficile (le XXème siècle) »

MESSE AU CAMP DE CONCENTRATION DI BRZEZINKA (BIRKENAU)
HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
Brzezinka
Jeudi 7 juin 1979

 1. « Voici quelle est la victoire qui a vaincu le monde : c’est notre foi. » (1 Jn 5, 4.) Ces paroles de la lettre de saint Jean me viennent à l’esprit et me pénètrent le cœur lorsque je me trouve ici, en cet endroit où a été remportée une victoire particulière de la foi. De la foi qui fait naître l’amour de Dieu et du prochain, l’unique amour, l’amour suprême qui est prêt a à donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13 ; cf. 10, 11). Une victoire, donc, de l’amour que la foi a vivifié jusqu’au sommet du témoignage ultime et définitif.

Cette victoire de la foi et de l’amour, un homme l’a remportée en ce lieu ; son nom est Maximilien Marie ; son nom de famille : Kolbe ; sa profession (telle qu’il l’indiquait lui-même dans les registres du camp de concentration) : prêtre catholique ; sa vocation : fils de saint François ; sa naissance : fils de gens simples, laborieux et pieux, tisserands aux environs de Lodz ; par la grâce de Dieu et le jugement de l’Église : bienheureux.

La victoire de la foi et de l’amour, cet homme l’a remportée en ce lieu qui fut construit pour la négation de la foi (de la foi en Dieu et de la foi en l’homme) et pour fouler aux pieds radicalement non seulement l’amour mais tous les signes de la dignité humaine, de l’humanité. Un lieu qui fut construit sur la haine et sur le mépris de l’homme au nom d’une idéologie folle. Un lieu qui fut construit sur la cruauté. À ce lieu conduit une porte, qui existe encore aujourd’hui, et sur laquelle est placée une inscription : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre), qui rend un son sardonique, parce que son contenu était radicalement contredit par tout ce qui se passait à l’intérieur.

Dans ce lieu du terrible massacre où trouvèrent la mort quatre millions d’hommes de diverses nations, le P. Maximilien, en s’offrant volontairement lui-même à la mort, pour un frère, dans le bunker de la faim remporta une victoire spirituelle semblable à celle du Christ lui-même. Ce frère vit encore aujourd’hui sur la terre polonaise. Il est parmi nous.

Sur le lieu où la dignité de l’homme avait été foulée aux pieds d’une manière aussi horrible voici la victoire remportée grâce à la foi et à l’amour !

Quelqu’un peut-il encore s’étonner que le Pape né et élevé sur cette terre, le Pape qui est arrivé sur le siège de saint Pierre de ce diocèse sur le territoire duquel se trouve le camp d’Auschwitz ait commencé sa première encyclique par les mots Redemptor hominis, et qu’il l’ait consacrée dans son ensemble à la cause de l’homme, à la dignité de l’homme, aux menaces contre lui et enfin à ses droits inaliénables qui peuvent être si facilement foulés aux pieds et anéantis par ses semblables ? Suffit-il donc de revêtir l’homme d’un uniforme différent, de l’armer de tous les moyens de la violence, suffit-il donc de lui imposer une idéologie dans laquelle les droits de l’homme sont soumis aux exigences du système, complètement soumis, au point de ne plus exister en fait ?…

2. Je viens ici aujourd’hui en pèlerin. On sait que je suis venu ici bien des fois… Tant de fois ! Et bien des fois je suis descendu dans la pièce où Maximilien Kolbe est mort, et je me suis arrêté devant le mur de l’extermination, et je suis passé entre les ruines des fours crématoires de Brzezinka. Je ne pouvais pas ne pas venir ici comme Pape.

Je viens donc en ce sanctuaire particulier dans lequel est né — si je puis dire — le patron de notre siècle difficile, tout comme saint Stanislas, patron des Polonais, naquit sous l’épée il y a neuf siècles à Rupella.

Je viens pour prier avec vous tous qui êtes venus ici aujourd’hui — et avec toute la Pologne — et avec toute l’Europe. Le Christ veut que moi, devenu successeur de Pierre, je rende témoignage devant le monde de ce qui constitue la grandeur de l’homme de notre temps et sa misère. En quoi consiste sa défaite et sa victoire.
C’est pourquoi je viens m’agenouiller sur ce Golgotha du monde contemporain, sur ces tombes, en grande partie sans nom, comme la grande tombe du soldat inconnu. Je m’agenouille devant toutes les pierres qui se succèdent et sur lesquelles la commémoration des victimes d’Auschwitz est gravée dans les langues suivantes : en polonais, anglais, bulgare, tzigane, tchèque, danois, français, grec, hébreu yiddish, espagnol, flamand, serbo-croate, allemand, norvégien, russe, roumain, hongrois, italien.

Et je m’arrête en particulier avec vous, chers participants à cette rencontre, devant la pierre qui porte l’inscription en langue hébraïque. Cette inscription rappelle le souvenir du peuple dont les fils et les filles étaient destinés à l’extermination totale. Ce peuple tire son origine d’Abraham, qui est le Père de notre foi (cf. Rm 4, 12), comme l’a dit Paul de Tarse. Ce peuple, qui a reçu de Dieu ce commandement : « Tu ne tueras pas », a éprouvé en lui-même à un degré spécial ce que signifie tuer. Devant cette pierre, il n’est permis à personne de passer avec indifférence.

J’ai choisi de m’arrêter aussi devant une autre pierre, celle en langue russe. Je n’ajoute aucun commentaire. Nous savons la part qu’a eue cette nation dans la dernière et terrible guerre pour la liberté des peuples. Devant cette pierre, on ne peut passer indifférent.

Enfin la dernière pierre : celle en langue polonaise. Six millions de Polonais ont perdu la vie au cours de la seconde guerre mondiale : le cinquième de la nation. Encore une étape des luttes séculaires de cette nation, de ma nation pour ses droits fondamentaux parmi les peuples d’Europe. Encore un cri puissant pour le droit d’avoir sa propre place sur la carte de l’Europe. Encore un compte douloureux avec la conscience de l’humanité.

J’ai choisi trois pierres, mais il aurait fallu s’arrêter sur chacune d’elles, et c’est ce que nous ferons.


dimanche 2 décembre 2012

Qu'est-ce que la sainteté?

Qu’est-ce que la sainteté ?

 

Chers amis, vous posez-vous parfois cette question: qu'est-ce que la sainteté? J’espère que oui car pour tout baptisé, c’est le but : « Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint ! » (Lévitique, 19,2). Une fois baptisés, nous n’avons plus le choix : nous devons devenir des saints. Nous ne paraîtrons devant Dieu qu’une fois « saints et immaculés », purifiés de toute scorie. C’est ce que dit de façon admirable le début de la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Dieu nous a élus (choisis) en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour. » (Eph 1,4) D’ici là, comme le dit le cantique de Zacharie que l’on prie en Église à chaque jour aux Laudes, nous devons « servir Dieu dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours » (Lc 1,75).

 

À la question qu’est-ce que la sainteté, nous pouvons donner plusieurs réponses. La réponse que je désire donner aujourd’hui est celle-ci : la sainteté est un feu. Il est intéressant de constater que dans l’histoire du salut, une des premières fois où Dieu s’est révélé, il s’est révélé au moyen d’un feu. Une des plus importantes révélations du Dieu vivant dans la Bible, est celle faite à Moïse. Or Dieu a révélé sa Personne et sa sainteté à Moïse au moyen d’un feu. Moïse vit un buisson ardent dont la flamme ne se consumait pas. Quelle belle image de Dieu, n’est-ce pas ? Un feu ardent qui ne se consume pas; qui ne cesse pas de brûler, qui ne cessera jamais de brûler. Et Dieu dit à Moïse de ne pas s’approcher trop vite du feu ardent, d’enlever ses sandales car le lieu que ses pieds sont en train de fouler est « saint » (Exode, 3,5). Le pape Jean-Paul II, lors de ses voyages apostoliques, nous a fait comprendre que depuis que Jésus est venu parmi nous, depuis l’incarnation de Dieu, toute terre est sainte; c’est pourquoi lors de ses descentes d’avion en tout pays qu’il visitait, le pape s’agenouillait pour baiser le sol, ce sol trois fois saint car Dieu y habite; Dieu y vit.

 

Une des phrases les plus fortes et les plus bouleversantes que Jésus ait prononcées, selon moi, est celle-ci : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. » (Lc 12,49)  La sainteté en Jésus était ce feu qui l’habitait et qui réchauffait toute personne de bonne volonté qui s’approchait de Lui; c’était aussi ce feu qui le poussait de village en village pour annoncer la Bonne Nouvelle. Saint Paul nous dit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens: « La charité nous pousse » (2 Cor 5,14). La charité, c’est l’amour et l’amour, c’est le feu et le feu c’est l’Esprit-Saint. Le même saint Paul nous dit que « l’amour a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rom 5,5)

 

Ce feu que Jésus avait tant hâte d’allumer, il ne pouvait être donné que par l’acte divin par excellence : la mort et la résurrection de notre Dieu en Jésus Christ. Une fois la Pâque de Jésus vécue, cet amour, cet immense amour divin pouvait alors être répandu en nos cœurs. C’est ce qui arriva le jour de la Pentecôte, au moyen de langues de feu. Toutes les personnes réunies dans le cénacle ce jour-là, furent remplies de l’Esprit Saint. Saint Luc ne nous dit pas seulement que les disciples ont reçu l’Esprit Saint, mais qu’ils en ont été remplis. Chers amis, ne demandons rien de moins que d’être remplis de l’Esprit Saint. Qu’est-ce qui arrivera si nous en sommes remplis. Il arrivera ce que la Sainte Vierge dit de Jésus dans la vidéo mise sur mon blogue lors de mon dernier message : « Partout où Il passe, il change quelque chose. » (Marie au soir du Jeudi Saint, monologue écrit par Denis Veilleux, prêtre). Cette phrase du monologue de Denis Veilleux est celle qui est restée imprégnée au fond de ma mémoire et de mon coeur, au fil des ans, après que j’aie visionné la magnifique vidéo réalisée par mon ami Jean Lortie. Qu’est ce qui arrivera si ce feu de l’Esprit nous envahit et nous habite? Il arrivera ce qui est arrivé par l’intermédiaire de notre nouvelle sainte : Katéri Tékakwitha. Le Père Cholenec, qui a si bien connu Katéri, disait d’elle :

 

« Cette jeune fille, toute sauvage qu’elle était, se trouvait si pleine de Dieu, et elle goûtait tant de douceurs, dans cette possession, que tout son extérieur s’en ressentait. Il ne fallait pas être longtemps avec elle pour en être ému et pour être réchauffé de ce feu divin. » (Jacques Gauthier, Sainte Kateri Tekakwitha, Paroles de Vie, 2012, p. 50)

 

La question qui demeure est la suivante : comment être remplie de ce feu, de cet Esprit Saint? Jésus nous a clairement indiqué le moyen dans l’évangile. Jésus ressuscité a dit à ses disciples de rester ensemble et de prier afin de recevoir la « force d’en haut ». C’est donc la prière qui nous obtiendra le feu de la Pentecôte, le feu de l’Esprit Saint. Et, autant que possible la prière en commun; la prière des chrétiens réunis. Réunis où ? Dans le cénacle. Le cénacle représente pour moi toute maison; car depuis l’Incarnation, non seulement tout sol est sacré, mais toute maison est sacrée. Mais cela est vrai surtout de la Maison de Dieu : l’église.

 

L’église paroissiale est le lieu par excellence du rassemblement des chrétiens. J’ai dit à mes paroissiens que j’avais reçu une belle grâce lors du récent passage parmi nous de notre supérieur général, le supérieur général des Oblats de la Vierge Marie. Le Père Sergio nous a demandé à Sylvain (mon vicaire paroissial) et à moi, si nos églises étaient ouvertes durant la semaine. Je lui ai dit que non, sauf lors des heures des messes.   Immédiatement après cette question, une deuxième est sortie du cœur du Père Sergio : « Et avez-vous de l’adoration eucharistique durant la semaine? » Je lui répondu que nous n’avions qu’une demi-heure d’adoration eucharistique par semaine, après la messe du jeudi matin. Suite à cela, j’ai décidé d’ajouter des heures d’ouverture de l’église,  accompagnées de l’adoration eucharistique. L’église Saint-Marcel est maintenant ouverte les mercredis et vendredis après-midi de 14h à 16h30. De 14h à 16h, il y a de l’adoration eucharistique. Le vendredi soir, l’église est ouverte durant une heure : de 19h à 20h, pour permettre aux personnes qui travaillent durant le jour, de venir prier à l’église devant le Saint-Sacrement exposé.

 

Jusqu'à maintenant, ces nouvelles mesures ne produisent pas le résultat escompté. La tentation qui nous guette, c’est de diminuer ces heures d’ouverture de l’église et ces heures d’adoration, vu que cela ne semble pas répondre à un besoin. Voilà certes une tentation. Mais je ne suis pas sûr que cette solution de facilité soit la meilleure façon de gérer le problème. Je préfère opter pour une meilleure évangélisation, une meilleure formation. Je suis convaincu que notre supérieur général a été inspiré par Dieu en me posant ses deux fameuses questions. Je crois sincèrement que la meilleure façon d’être brûlé d’amour par le feu divin, est de se tenir aux pieds de Jésus-Christ hostie, aux pieds du Saint-Sacrement exposé. Mais pour cela, il faut de la foi; il faut une grande foi. Profitons de l’année de la foi pour nous convaincre de cela. Je suis sûr que la grande majorité de mes paroissiens sont convaincus que la meilleure façon d’être brulé d’amour, c’est d’être exposé devant le Soleil de justice, Notre Seigneur Jésus Christ. Je suis sûr que la grande majorité de mes paroissiens croient que de même qu’on ne peut pas se tenir devant le soleil qui brille dans les cieux, sans être brûlé physiquement, de même, il nous est impossible de nous tenir devant Jésus Eucharistie sans être brûlés par son amour, par sa sainteté. Katéri Tékakwitha a très bien compris cela; c’est pourquoi elle passait de nombreuses heures dans l’église, devant le Saint-Sacrement. Pourquoi nous qui disons croire à cela, nous ne le faisons pas? La réponse est très simple : nous n’y croyons pas assez.

 

Je vous invite à venir vous faire brûler d’amour ici dans votre église, alors que l’occasion vous est désormais offerte. Ne manquons pas cette chance. Profitons de ce nouvel Avent pour tenter de le faire et pour l’expérimenter. On s’en reparlera rendus à Noël. Faisons confiance aux bonnes inspirations. Et quand vous serez devant le Saint Sacrement, vous pourrez ne dire qu’une seule chose à Jésus : « Seigneur Jésus, brûle- moi; allume en moi le feu de ton amour ». C’est tout ce que nous avons à Lui dire, à Lui demander. C’est aussi simple que ça. Voilà, chers paroissiens et paroissiennes, ce à quoi je vous invite en ce temps de l’Avent, en plus de l’œuvre charitable que nous faisons à chaque année pour Les Maisons de l’Ancre. Rappelons-nous que la sainteté, on ne la conquiert pas à bout de bras, par nos propres forces; la sainteté, on la reçoit. Nous avons tous beaucoup de choses à faire, comme Marthe dans l’évangile. Mais n’oublions pas la réponse de notre maître et Seigneur à Marthe : « Marthe, Marthe, tu t’agites et tu t’inquiètes pour bien des choses; pourtant une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10,41-42) Or que faisait Marie? Elle était assise aux pieds de Jésus, à jouir de sa présence et à écouter sa parole. Voilà l’essentiel de l’adoration eucharistique.    

 

Voilà aussi une très belle description de l’être humain : quelqu’un qui croit qu’il a tant de choses à faire pour être heureux et pour améliorer le monde dans lequel il vit et qui oublie que l’essentiel est de se « laisser faire », de se laisser aimer par Dieu. Nous sommes faits pour l’amour et l’amour vient de Dieu. Alors, pourquoi n’allons-nous pas à Lui?