samedi 18 juin 2011

Le désir le plus profond

Le désir le plus profond

Iceberg
La partie immergée des icebergs,
image du « désir le plus profond »

J’ai finalement le temps d’écrire un premier texte pour mon blogue. La première chose qu’il faut trouver au moment de partir un blogue, c’est son nom. Quel nom vais-je lui donner? Cette question a été très facilement résolue dans mon cas. Sans aucune hésitation, j'ai donné à mon blogue le nom suivant : Dieu ma joie. J’ai choisi ce nom en raison d’une expérience spirituelle que j’ai vécue le 31 janvier 1994. Cette expérience spirituelle avait été préparée par une gestation de neuf mois, le temps d’une grossesse quoi. Vers le mois d’avril 1993, alors que j’étais prêtre dans le diocèse de Nicolet, une journée de formation était donnée sur les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Saint Ignace de Loyola est le fondateur de la Compagnie de Jésus, qui est une communauté religieuse mieux connue sous le nom de  « Jésuites ». Saint Ignace a écrit un petit livre intitulé : Les Exercices spirituels. Ce livre comporte une démarche spirituelle que l’on peut vivre de différentes façons. Une de ces façons consiste à se retirer de la vie normale durant un mois environ pour vivre cette expérience spirituelle qui consiste en quatre étapes, communément  appelées : les quatre semaines. Chaque semaine (qui ne correspond pas nécessairement à sept jours) poursuit un but spécifique. Au terme de la deuxième semaine, le « retraitant » ou « l’exercitant » est appelé à vivre ce que saint Ignace appelle l’élection. J’expliquerai un peu la signification de ce mot dans un instant.
J’ai donc participé au printemps 1993 à une journée de formation sur les Exercices spirituels. Lors de cette journée, Sœur Gertrude Dumouchel, religieuse des Sœurs de l’Assomption de Nicolet, qui a été pendant plusieurs années la supérieure générale de sa Congrégation, est venue nous parler durant environ vingt minutes de « l’élection » dans les exercices spirituels de saint Ignace. Ces vingt minutes ont été pour moi une véritable révélation. J’ai trouvé ces vingt minutes tout à fait extraordinaires et interpellantes. Sœur Dumouchel nous a fait comprendre que le moment de l’élection dans les Exercices spirituels, avait pour but de nous aider à découvrir le « désir le plus profond » qui est inscrit au fond de notre cœur. Sœur Dumouchel nous a dit que ce sont des Pères Jésuites Belges qui ont trouvé et adopté cette expression : le désir le plus profond. Selon eux et selon Sœur Dumouchel, chaque être humain a un désir au fond de son cœur qui l’emporte sur tous ses autres désirs. Chaque être humain a un désir fondamental. Sœur Dumouchel a alors cité cette prière d’ouverture que nous disons parfois à la messe : « Dieu, qui peux mettre au cœur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets; pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies. Par Jésus Christ, notre Seigneur. »
J’ai été tellement touché et bouleversé par l’enseignement de Sœur Dumouchel ce jour-là, que je n’avais qu’un seul désir pour le moment : celui de m’entretenir quelques instants avec cette religieuse. C’est ce que j’ai fait durant la pause de cette journée de formation. Sœur Dumouchel et moi sommes allés prendre une marche à l’extérieur. J’ai dit à cette Sœur à quel point j’avais été touché par ce qu’elle nous avait dit sur l’élection. Je lui ai dit à quel point je trouvais cela inspirant et vrai. Car je savais d’emblée que cela était vrai, même si je n’en avais pas encore fait l’expérience. Et puisque à cette époque, j’étais plutôt de nature pessimiste, je me suis dit et j’ai dit à la religieuse que je craignais de ne jamais découvrir mon désir le plus profond. Autant je trouvais dynamisant le fait qu’un tel désir puisse nous habiter, autant je croyais que jamais je ne parviendrais à connaître le mien. C’est alors que Sœur Dumouchel m’a dit cette phrase admirable : « Il est bon de savoir que l’on reçoit cette révélation comme un don, comme un cadeau. Le fait de connaître un jour notre désir le plus profond, n’est pas tellement le fruit de notre labeur et de notre recherche; nous le recevons souvent comme un grand cadeau, comme une grâce. » Cette religieuse ne croyait peut-être pas si bien dire. C’est exactement ce qui s’est passé dans mon cas, comme je le montrerai tout à l’heure. Au terme de notre entretien, j’ai dit à Sœur Dumouchel : « Peut-être que j’aurai l’occasion de découvrir mon désir le plus profond l’an prochain car je prendrai une année sabbatique. J’irai vivre une année au Centre de spiritualité Manrèse, à Québec, où l’on donne de la formation sur les Exercices spirituels de saint Ignace. Durant cette année, nous aurons même l’occasion de vivre le mois ignatien (les Exercices spirituels en retraite fermée durant un mois). » Tel fut le court entretien que j’ai eu avec Sœur Dumouchel ce jour-là.
Un mot sur l’élection : le mot élection nous est familier surtout à cause de la politique. Il nous arrive à tous les quatre ans environ, d’élire nos représentants politiques. Le mot élection fait alors allusion à notre rôle à nous, en tant que citoyens. C’est nous qui élisons des gens, qui choisissons nos représentants politiques. Le mot élection est alors synonyme de « choix ». Mais dans le domaine spirituel, il en va tout autrement : l’élection part de Dieu; c’est Dieu qui nous choisit, comme le dit si bien Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; c’est Moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16). C’est aussi ce que nous rappelle saint Paul au début de sa lettre aux Éphésiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux! C’est en Lui qu’Il nous a choisis dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, dans l’amour. » (Ephésiens 1, 3-4) Voilà une vérité qu’il nous est bon de méditer : Dieu nous aime, Dieu nous connaît avant même qu’Il ait créé le monde. Nous sommes dans le cœur de Dieu de toute éternité. De toute éternité Dieu m’aime, Dieu m’a choisi, Dieu m’a élu.
En m’aimant, en me choisissant, en faisant de moi l’objet de son élection, Dieu m’a aussi donné un nom connu de Lui seul. Nos parents nous ont donné un nom à notre naissance; mais Dieu nous a nommés bien avant cela. Dieu m’a nommé de toute éternité. Dieu a prononcé le nom par lequel Il me connaît et me différencie de tous les autres êtres humains. Nous avons une indication de cela dans les évangiles lorsque Jésus dit à Simon que désormais il ne s’appellera plus Simon mais Pierre. L’homme Simon est de toute éternité aux yeux de Dieu l’apôtre Pierre qui sera le roc inébranlable sur lequel se fondera notre foi au Christ. Dans la Bible, Dieu nous dit souvent qu’Il nous connaît par notre nom : « Je t’ai appelé par ton nom. » (1) Le Bon Pasteur connaît ses brebis une à une et les appelle chacune par son nom (Jn 10, 3). Au ciel, Il nous donnera un nom nouveau connu de Lui seul (2).  Ce nom nouveau n’est pas si nouveau car il habite le cœur de Dieu de toute éternité. Et c’est ce nom que l’on appelle « la vocation personnelle du croyant » ou encore « l’élection fondamentale », ou selon certains Père Jésuites belges : « le désir le plus profond ». Or il nous est possible, de notre vivant, de découvrir ce nom. C’est ce qui m’est arrivé le 31 janvier 1994, neuf mois après avoir entendu Soeur Dumouchel parler de l'élection ignatienne. 
Après ma première rencontre avec Sœur Gertrude Dumouchel, je n’avais qu’une seule aspiration : connaître et découvrir « mon désir le plus profond ». Je me souviens d’être allé rencontrer Sœur Dumouchel pour lui faire part de mes intuitions et de mes découvertes en ce sens. Je lui ai fait part du fait que je croyais que mon désir le plus profond pourrait être décrit ainsi : « Perdre du temps pour Dieu. » Je suis une personne qui aime beaucoup prier et je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps lorsque je prie. Or tout l’évangile nous enseigne que « qui perd, gagne ». Je me souviens encore du visage de Sœur Dumouchel lorsque je lui ai fait part de ma « découverte ». Elle a accueilli cette découverte avec bienveillance mais elle ne semblait pas convaincue que j’avais trouvé. Elle me dit que le « désir le plus profond » devait être exprimé de façon positive, pour qu'il puisse susciter l'enthousiasme. Je compris alors que la façon dont j’avais exprimé mon désir le plus profond était un peu négative et ne pouvait pas susciter beaucoup d'enthousiasme. « Perdre du temps pour Dieu » est une bien belle chose; mais on ne saurait faire de cela le centre de sa vie. Toutefois, Sœur Dumouchel me dit que cette formulation que j’avais trouvée, pouvait probablement me mettre sur la piste de mon « désir le plus profond ».  
Les mois ont passé sans que je ne cherche vraiment à connaître mon désir le plus profond. J’avais mis mon espoir dans l’année sabbatique qui allait commencer en septembre. En septembre 1993, je me suis donc rendu à Québec pour une année de formation sur les Exercices spirituels de saint Ignace, au Centre de Spiritualité Manrèse. Le premier semestre fut très intéressant. Les vacances de Noël sont arrivées. Nous savions qu’au retour des vacances du temps des fêtes, nous allions vivre le mois ignatien, c’est-à-dire une retraite fermée en silence et dans la prière pour vivre l’expérience décrite par saint Ignace dans ses Exercices spirituels. La retraite commença à la mi-janvier. Le moment prévu pour la découverte de notre « élection » était prévu pour la fin du mois de janvier. Les deux derniers jours du mois de janvier ont été consacrés à cette fin. Depuis des mois, je ne me tracassais plus la tête pour connaître mon « nom divin ». J’avais abandonné cela dans les mains du Seigneur. Or, le 31 janvier 1994, j’ai reçu ce « nom » comme un grand cadeau, sans aucun effort et dans l’émerveillement. Ce matin là, alors que j’étais encore au lit mais tout à fait réveillé, j’ai éprouvé une grande joie en pensant précisément à la joie. J’ai d’abord pensé à la première parole que l’ange Gabriel a adressée à la Vierge Marie le jour de l’Annonciation : « Kairé ». Ce mot grec se traduit souvent par « Réjouis-toi ». Il me semblait que l’archange Gabriel m’adressait la même parole : « Réjouis-toi, Guy. » Toujours dans mon lit me sont venues aussi à l’esprit les paroles de saint Paul dans sa lettre aux Philippiens : « Réjouissez-vous dans le Seigneur. Laissez-moi vous le redire : « Réjouissez-vous. » (Philippiens 4,4). Ce matin-là, je me suis vraiment réveillé dans la joie, sous la mouvance de la joie. En revenant de déjeuner, mes yeux se sont posés sur la grande image du calendrier que j’avais dans ma chambre. Nous étions rendus au dernier jour du mois et je n’avais encore jamais porté attention à cette image. Or l’image représentait l’archange Gabriel au moment de l’Annonciation, tel que peint par Fra Angelico. Sur l’image, on ne voyait que l’Archange Gabriel. En voyant la reproduction de cette peinture, j’ai eu la nette impression que l’archange Gabriel me redisait à moi les mots qu’il a dits un jour à Marie : « Kairé ; Réjouis-toi ! ». Comme il était étrange que je vive cette expérience ce jour-là. Le lendemain, la page du calendrier serait tournée. Ce 31 janvier 1994 fut donc vécu sous le signe de la joie. Il me semblait de plus en plus évident que mon nom venant de Dieu avait rapport à la joie.
Durant la retraite, nous vivions l’eucharistie tous les jours à 16 heures. Ce jour-là, je me souviens d’avoir dit à Dieu : « Seigneur, il me semble bien que je viens de découvrir quelle est mon élection fondamentale, mon désir le plus profond. Mais j’aimerais avoir une dernière confirmation de ce fait. Si jamais les lectures de la messe ont manifestement rapport avec la joie, je serai convaincu de mon intuition et de mon don ». Au moment de me préparer à la messe, je prends mon Prions en Église (ce petit livret fait à chaque mois par les Éditions Novalis pour nous partager la Parole de Dieu de chaque jour à la messe). Je commence par regarder l’évangile du jour. Or cet évangile n’avait absolument aucun rapport avec la joie. J’ai alors réalisé que les responsables du Prions en Église avaient décidé ce jour-là de mettre les lectures du saint du jour : saint Jean Bosco. Normalement lors des mémoires des saints, l’Église préfère opter pour la lecture continue de la Parole de Dieu qu’on lit en Église à ce moment-là. Nous ne devrions pas prendre les lectures propres du saint du jour. Or les dirigeants du  Prions en Église avaient fait l’autre choix : ils avaient décidé ce jour-là, de mettre les lectures propres à saint Jean Bosco. Voyant que l’évangile n’avait aucun lien avec la joie, je me suis exclamé : « Merde ! le Prions en Église n’a pas opté pour la lecture continue de la Parole de Dieu. »  Je suis alors retourné à la page précédente pour voir quelle était la première lecture de ce jour. Mes yeux sont alors tombés sur les premiers mots de la première lecture choisie pour la fête de saint Jean Bosco : « Réjouissez-vous dans le Seigneur. Laissez-moi vous le redire : réjouissez-vous. » (Phil 4, 4). Je n’en revenais tout simplement pas. Comme Dieu est bon ! Pour me confirmer dans mon élection, le bon Dieu avait permis cette erreur liturgique (ou plutôt cette « divergence liturgique ») de la part du Prions en Église. À chaque année, quand arrive le 31 janvier, je regarde les lectures que le Prions en Église propose; or jamais depuis le 31 janvier 1994, à ma connaissance, il est arrivé à nouveau que le Prions choisisse les lectures propres à la fête du jour : la fête de saint Jean Bosco. Une fois de plus, j’ai eu la preuve que Dieu agit envers chacun de nous comme si nous étions seuls sur terre, ou seuls au monde, selon le titre d'un film très connu. Toute l’attention de Dieu se porte continuellement et exclusivement, en un sens, sur chacun de ses enfants. Il est vrai que Dieu prend soin de tous; mais sa façon de prendre soin de tous est de veiller sur chacun de ses enfants comme sur son fils ou sa fille unique. Oui, uniques nous le sommes aux yeux de Dieu; et, espérons-le, à nos propres yeux et aux yeux des autres !
Voilà !  Vous savez maintenant pourquoi mon blog porte le nom suivant : « Dieu ma joie. » Il est vraiment curieux que je n’aie pas découvert auparavant mon élection fondamentale. Durant plusieurs années, depuis mon ordination sacerdotale, j’ai prêché des retraites aux religieuse et religieux. Ma retraite avait un sujet unique; elle avait pour titre : « Soyez les témoins de ma joie ». Évidemment, lorsque dans le cas présent je disais « ma joie », il ne s’agissait pas de la joie de Guy Simard; j’imaginais alors que Jésus lui-même nous disait d’être les témoins de sa joie. J’imagine que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît, …  et de ce que l’on est. D’ailleurs, lorsque j’étais jeune prêtre, j’ai lu un jour la magnifique lettre du pape Paul VI sur la joie chrétienne. Cette lettre écrite en 1975, lors d’une année jubilaire, a été une véritable révélation pour moi. C’est cette lettre qui a été le premier déclencheur de la découverte de mon désir le plus profond, même si à l’époque je ne connaissais absolument rien d’une telle terminologie. Et il est très intéressant de noter que le pape Paul VI dans cette lettre, en nommant quelques uns des saints qui sont réputés pour être les saints les plus joyeux dans l’histoire de l’Église, mentionne : saint Jean Bosco.
Si ce sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture du petit lire du Père Herbert Alphonso, s.j., qui porte exclusivement sur ce thème : Tu m’as appelé par mon nom. La vocation personnelle du croyant, Éditons Saint-Paul, Paris, 1993. Le Père Alphonso a été pendant de nombreuses années le directeur du Centre ignatien à Rome. J’ai eu la chance de rencontrer ce Père à quelques reprises. C’est un homme charmant et très spirituel. Dans son livre, il témoigne du fait que la découverte de son « nom », de sa « vocation personnelle » a été un point tournant dans sa vie et a opéré en lui une transformation radicale dont il vit depuis à chaque jour. Je vous souhaite à tous de découvrir un jour votre « désir le plus profond ». Je suis toutefois persuadé que même si vous ne preniez jamais conscience de votre désir le plus profond, vous en vivez et vous en témoignez à chaque jour.
Fraternellement,
Guy, omv

(1)   « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. » (Isaïe 43, 1)
(2)   « A celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit. » (Apocalypse 2, 17)






1 commentaire:

  1. Comme je brûle de connaître mon désir le plus profond! Cela doit ressembler aussi à de la joie, une grâce. Les boudhistes appellent cela le Nirvana. Moi j'appelle ça la grâce de Dieu. L'état dans lequel nous devons être (je l'ignore) lorsqu'on a tout compris, lorsqu'on a vu Dieu,lorsqu'on réside dans sa paix. Depuis que je suis tout petit que je récite la prière de St-François d'Assise: "Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix". Pour moi, c'est la plus belle prière qui soit, après le Notre Père. C'est une prière qui reconnaît Dieu comme l'instigateur de toute chose. Mais qui déclare vouloir se mettre en action, agir pour la gloire de Dieu. Je n'ai pas fait la démarche de St-Ignace, mais je récite cette prière de puis si longtemps, depuis une époque si naïve, que je suis convaincu que c'est mon désir le plus profond. Plus j'avance dans ce commentaire, plus mon coeur bat assez fort pour me le confirmer.

    Merci!

    RépondreSupprimer