dimanche 17 mars 2019

La Transfiguration: moteur de vie chrétienne

La Transfiguration: moteur de vie chrétienne
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Carl Heinrich Bloch, La Transfiguration

Notre Mère l’Église nous présente à chaque année l’évangile de la Transfiguration lors du deuxième dimanche du Carême. Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de ce mystère dans la vie de Jésus et dans la vie de tout chrétien. Je considère le mystère de la Transfiguration de Jésus comme le moteur de la vie chrétienne. C’est la contemplation de ce mystère qui devrait nous pousser à agir, qui devrait toujours nous stimuler à l’action. La gloire future qui nous est promise devrait toujours être devant nos yeux, pour nous aider à traverser nos épreuves et nos souffrances.

Le chrétien est celui qui a les yeux dans le ciel et les pieds sur terre. Mais il est très important de respecter cet ordre: il faut avoir les yeux dans le ciel pour pouvoir bien vivre sur terre. Pour nous qui vivons après la mort et la résurrection de Jésus, le mystère pascal est en quelque sorte inversé. C’est la résurrection que nous devrions d'abord expérimenter, avant même la croix et la souffrance. C’est ce que saint Paul nous invite à vivre lorsqu’il déclare: « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion » (Ph 3, 10). Il s’agit donc d’éprouver la puissance de la résurrection de Jésus avant de communier à ses souffrances.

C’est un peu le même message que saint Paul nous livre dans sa Lettre aux Colossiens: « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut: c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 1-2). C’est exactement cela que je veux dire quand je dis que le chrétien doit avoir les yeux dans le ciel pour pouvoir agir chrétiennement sur la terre.

Nous avons eu de beaux exemples de cela dans le film que nous avons regardé vendredi soir dernier à la paroisse. Nous avons visionné, dans notre salle-cinéma, le merveilleux film d'Andrew Wyatt: Paul, apôtre du Christ. Luc, le compagnon de Paul dans ses voyages se trouve en prison avec des dizaines de chrétiens. Il leur annonce que le lendemain matin, ils vont être jetés dans le cirque de Néron, en pâture aux fauves. Mais Luc leur dit que leurs souffrances ne dureront que quelques instants et qu’ensuite ils connaîtront une gloire qui ne finira jamais et qu’ils ne peuvent même pas imaginer. Donc Paul les invite à avoir les yeux dans le ciel, pour mieux vivre sur la terre.

Une de mes scènes préférées a lieu vers la fin du film, le jour qui précède la décapitation de Paul. Paul se promène dans le jardin en compagnie de Mauritius, le préfet romain qui a la charge de le garder prisonnier:

"Paul incline la tête. Est-ce que l'Esprit était en train de travailler cet homme? Peut-être. Tentant sa chance, Paul va s'asseoir tout près du préfet et lui pose cette question: 

" Avez-vous déjà navigué ? "

Mauritius répond un oui à peine perceptible. 


Paul: " Bien. Imaginez que vous regardez la vaste mer. Vous tendez le bras vers la mer et avec votre main, vous prenez une poignée d'eau. Mais presque immédiatement, l'eau commence à couler entre vos doigts et au bout d'un court moment, votre main est vide."


Mauritius: " Bien sûr, l'eau est comme la vie."


Paul: "En effet. De notre naissance à notre mort, la vie glisse continuellement entre nos mains. Avant qu'on y pense, nos vies seront terminées, emportant avec elles tout ce que nous avons aimé en ce monde. Mais le royaume que je cherche et pour lequel je vis, est comme la vaste mer. Les hommes font tout pour se procurer la poignée d'eau qui glisse entre leurs doigts, mais ceux qui suivent Yeshoua le Christ, vivent pour l'étendue sans fin de la mer. "
(1)

Paul essaie ainsi de faire comprendre à Mauritius, que nous, ce qui nous intéresse, c’est la gloire à venir, la gloire qui nous est promise; c’est pour cela que nous travaillons, que nous agissons. C’est le mystère de la Transfiguration qui guide notre vie.

Sur une haute montagne

Les évangélistes nous disent que Jésus, pour faire vivre le mystère de la Transfiguration à ses trois amis apôtres, les a conduits volontairement sur une « haute montagne ». C’est saint Marc, le disciple de Pierre, qui insiste pour nous dire que la montagne était haute. Je ne peux plus désormais imaginer Jésus faisant expérimenter la Transfiguration sur une plaine en Galilée. Il fallait emmener ses amis haut, très haut. La prière eucharistique à la messe, commence par ces mots : « Élevons notre cœur ». Et le moment de l’élévation est un des moments principaux de la messe. J’aime beaucoup, personnellement, élever très haut l’hostie consacrée après la consécration à la messe. Jésus a dit : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Mère Teresa de Calcutta, quand elle commente cette phrase de Jésus, dit que nous aussi, si nous voulons attirer des gens à Jésus, nous devons nous « élever de terre », nous devons considérer les choses de ce monde comme étant d’une valeur tellement moindre que les choses du ciel. C’est cela aussi « avoir les yeux dans le ciel ».

Pier Giorgio Frassati

Ceux et celles qui me connaissent bien, savent que mon saint préféré est le Bienheureux Pier Giorgio Frassati. Je sais qu’il y a une contradiction dans la phrase précédente, que Pier Giorgio n'est pas encore saint; mais je suis sûr que Pier Giorgio sera canonisé un jour. Pier Giorgio était un très bon alpiniste. Il aimait escalader les sommets les plus élevé du Piémont, sa terre natale. À part ses moments d’intimité avec Jésus Eucharistie, c’est au sommet des montagnes que Pier Giorgio se sentait le plus libre et le plus près de Dieu. Comme il aimait être en contemplation sur les hautes montagnes! Un mois avant sa mort, Pier Giorgio escaladait une montagne. Une photo a été prise ce jour-là. Pier Giorgio a écrit sur la photo les mots qui sont devenus en quelque sorte son testament spirituel: " Verso l'alto ". 


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Je pense que le mystère de la Transfiguration est le mystère qui caractérise le mieux Pier Giorgio. Le fait que Pier Giorgio était constamment uni à son Seigneur et Maître Jésus Christ, faisait qu’il était en quelque sorte transfiguré, illuminé. Pier Giorgio dégageait vraiment la lumière du Christ. 

Je termine ce blogue en citant le refrain du merveilleux chant que mon ami Richard Vidal a composé en l’honneur de Pier Giorgio :

" Toujours plus haut, vers la montagne éternelle, 
Toujours plus haut, les yeux levés vers le ciel, 
Il a vêtu d'amour, des gens dans le besoin, 
Il a laissé sa joie, tomber sur les chemins."    
                                                                 (Richard Vidal, chant: “Toujours plus haut”)

« Seigneur Jésus, transfigure-moi ». Voilà une belle prière à faire quand nous recevons l’eucharistie.


(1) Paul, Apostle of Christ: The Novelization of the Major Motion Picture

https://books.google.ca/books?isbn=1493416200





samedi 16 mars 2019

2ème dimanche du Carême: LA TRANSFIGURATION

 2ème dimanche du Carême: 
La TRANSFIGURATION

« Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. » (Mt 17, 2)

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Beato Angelico, La Transfiguration

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Cette photo a été prise par le photographe Alfredo Lo Brutto en ce mois de mars 2019 au-dessus de la Méditérannée, à Agropoli, en Italie. Monsieur Lo Brutto semble être un photographe connu en Italie. Il a expliqué à la télévision italienne comment il a pu prendre cette photo. Il me paraît évident que cette photo ne peut pas être un trucage. Je ne pense pas que monsieur Lo Brutto serait prêt à mettre en jeu sa crédibilité de photographe en truquant une photo.  



vendredi 15 mars 2019

" Si votre justice ne surpasse pas ... " (Jésus)

« Si votre justice ne surpasse pas … » (Jésus)

Dans l’évangile de la messe d’aujourd’hui, nous entendons Jésus nous dire ceci : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

Voilà une autre phrase très forte prononcée par Jésus. Nous savons que les pharisiens étaient considérés comme étant les personnes les plus moralement justes au temps de Jésus. C’était supposément les personnes les plus religieuses de leur temps. Tout le monde les regardait avec stupéfaction, émerveillement et étonnement et les jugeait presque comme des surhommes. Or Jésus a dit aux gens de son temps et il nous dit à nous aussi que si notre justice ne surpasse pas celle des pharisiens, nous n’entrerons même pas dans le royaume des cieux. Comme cette phrase a dû paraître mystérieuse aux auditeurs de Jésus, il y a deux mille ans! Les gens ont dû se dire : « Mais qui alors peut être sauvé? »

La clef de cette interrogation est assez simple pourtant. Tout dépend de l’idée que l’on se fait de la justice. Si la justice s’obtient uniquement par notre bonne conscience, nos efforts et nos actes, elle ne vaut rien auprès de Dieu. La seule justice qui sauve est la justice qui vient de Dieu. Seul Dieu peut nous justifier, c’est-à-dire nous rendre justes. Pourquoi? Parce que nous sommes tous pécheurs, qu’on le veuille ou non, qu’on s’en rende compte ou non. Les pharisiens, à force de faire tout ce que la Loi commandait et même si parfois leurs théories et leurs traditions trahissaient le sens de la Loi, se croyaient justes devant Dieu et devant les hommes. Ils étaient devenus incapables de voir que le péché les habitait foncièrement. Tout ce qu’ils « faisaient » était bien et bon à leurs yeux. Et ils jugeaient de haut les « pécheurs », c’est-à-dire toutes les autres personnes moins vertueuses qu’eux. C’est pour cela que Jésus a inventé la parabole suivante :

À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » (Lc 18, 9-14)
Comme elle est belle cette parabole de Jésus. Le pharisien avec ses années de prière et ses années de bonnes œuvres, n’est jamais parvenu à être juste devant Dieu. Le publicain, le pécheur public que tous ses frères juifs détestaient, est parvenu en un instant, avec une seule phrase, à être juste devant Dieu.

« Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles, ils seront exaucés » nous dit Jésus en Matthieu 6, 7.

Et le malfaiteur crucifié sur une croix comme Jésus et avec Jésus, deviendra juste en très peu de temps et s’entendra dire: « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Ah que l’évangile est beau, que l’évangile est GRAND !  

  

jeudi 14 mars 2019

" Sur la terre comme au ciel "

« Sur la terre comme au ciel »

Nous sommes entrés en Carême le 6 mars dernier. Le Carême est le temps le plus fort de l’année, en ce sens que c’est le temps où les chrétiens doivent s’efforcer de vivre au mieux la vie chrétienne. Car même si TOUT EST GRÂCE, TOUT EST DON DE DIEU, il n’en demeure pas moins que le fait de correspondre à la grâce divine demande souvent de notre part un certain effort. Car, comme le dit saint Paul, dans un langage proprement biblique, « les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit » (Ga 5, 17). Le Temps Pascal quant à lui, est selon moi le temps le plus beau de l’année.

Dieu est de son temps; Il est toujours de son temps puisqu'Il est hors du temps. Pour toucher le coeur de ses enfants et les disposer à vivre un fructueux Carême, Dieu se sert des médias sociaux. 

Comme la période du Carême nous invite à méditer sur le MYSTÈRE PASCAL DE MORT ET DE RÉSURRECTION, Dieu se sert gentiment des médias sociaux pour nous le rappeler. Le premier dimanche du Carême, avec l'évangile des tentations de Jésus dans le désert, nous rappelle que nous vivons en ce moment sur la terre. Le deuxième dimanche du Carême (qui aura lieu dans quatre jours), avec l'évangile de la Transfiguration de Jésus sur la montagne, nous rappelle que nous sommes appelés à partager la gloire de Jésus au ciel.   

Que la Volonté de Dieu soit faite, "sur la terre comme au ciel ". 
Sur la terre:
Une mystérieuse croix géante échouée

sur une plage en Floride  


Tiré de Aleteia. Voir la référence ci-dessous. 

Comme au ciel:
Insolite : la silhouette du Christ se détache
dans le ciel de la Méditerranée

Photo de Alfredo Lo Brutto.

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Facebook-Alfredo Lo Brutto
Tiré de Aleteia. Voir la référence ci-dessous.  

Cette  photo, prise par le photographe Alfredo Lo Brutto, n'est pas un trucage, comme l'affirme le photographe lui-même dans l'article suivant:
7 mars 2019 - AGROPOLI. Anche The Wam si è appassionato al caso della foto di Gesù “apparso” ad Agropoli: ecco l'intervista fatta all'autore dello scatto, ...

Références:
18 févr. 2019 - À Fort Lauderdale, Floride (États-Unis), un homme a fait une découverte étonnante : une croix en bois d'environ six mètres de long échouée ...

6 mars 2019 - Insolite : la silhouette du Christ se détache dans le ciel de la Méditerranée. Facebook Alfredo Lo Brutto. Le Christ apparaît dans le ciel ...



lundi 11 mars 2019

Pier Giorgio Frassati et le pape François

Pier Giorgio Frassati et le pape François
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Le pape François recueilli devant la tombe du Bienheureux Pier Giorgio Frassati, 
en la cathédrale de Turin. 

Le Bienheureux Pier Giorgio Frassati et le pape François ont la même spiritualité, la même façon de voir la vie chrétienne et de la vivre. Les lignes qui suivent, le démontreront.

Lors de son voyage apostolique en Lituanie, Lettonie et Estonie, en septembre dernier, le pape François est allé au Sanctuaire de la Mère de Dieu d’Aglona, en Lettonie. Durant l’homélie qu’il a prononcée en ce lieu béni, le 24 septembre dermier, le pape a commenté la présence de la Vierge Marie au pied de la Croix. Voici, ci-dessous, un extrait de cette homélie. Veuillez remarquer que c’est moi qui ai mis certains passages en caractères gras car ce sont les phrases qui m’ont immédiatement fait penser à Pier Giorgio Frassati.  

MESSE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Sanctuaire de la Mère de Dieu d'Aglona (Lettonie)

Lundi 24 septembre 2018

La première chose que l’Évangéliste fait remarquer est que Marie se tient “debout” à côté de son Fils. Ce n’est pas une manière légère de se tenir, ni fuyante et encore moins pusillanime. Elle est, avec fermeté, “clouée” au pied de la croix, exprimant par la posture de son corps que rien ni personne ne pourrait la déplacer de ce lieu. Marie se montre en premier lieu ainsi : à côté de ceux qui souffrent, de ceux que le monde entier fuit, de ceux aussi qui sont poursuivis en justice, condamnés par tous, déportés. Ils ne sont pas seulement opprimés ou exploités, mais ils sont directement “hors du système”, aux marges de la société (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium n. 53). Avec eux, il y a aussi la Mère, clouée avec eux sur cette croix de l’incompréhension et de la souffrance.

Marie nous montre aussi une manière de se tenir à côté de ces réalités ; il ne s’agit pas de faire une promenade ou une brève visite, et ce n’est pas non plus un “tourisme solidaire”. Il faut que ceux qui souffrent réellement nous sentent à leurs côtés et de leur côté, de manière ferme, stable ; tous les rejetés de la société peuvent faire l’expérience de cette Mère délicatement proche, parce que les plaies ouvertes de son Fils Jésus demeurent en celui qui souffre. Elle l’a appris au pied de la croix. Nous aussi, nous sommes appelés à “toucher” la souffrance des autres. Allons à la rencontre de notre peuple pour le consoler et l’accompagner ; n’ayons pas peur d’expérimenter la force de la tendresse et de nous impliquer et de nous compliquer la vie pour les autres (cf. ibid n. 270). Et comme Marie, restons fermes et debout : avec le cœur tourné vers Dieu et courageux, relevant celui qui est tombé, réconfortant la personne humble, aidant à mettre fin à n’importe quelle situation d’oppression qui les fait vivre comme des crucifiés.

Marie est appelé par Jésus à accueillir le disciple aimé comme son fils. Le texte nous dit qu’ils étaient ensemble, mais Jésus s’aperçoit que cela ne suffit pas, qu’ils ne se sont pas accueillis l’un l’autre. Parce qu’on peut rester à côté de très nombreuses personnes, on peut aussi partager la même habitation, le quartier ou le travail ; on peut partager la foi, contempler et jouir des mêmes mystères, mais ne pas accueillir, ne pas accepter l’autre avec amour. Combien de conjoints pourraient raconter l’histoire de leur manière d’être proches mais pas ensemble ; combien de jeunes sentent avec souffrance cette distance par rapport aux adultes ; combien de personnes âgées se sentent assistées froidement mais pas soignées ni accueillies avec amour.

Pier Giorgio n’était vraiment pas ce que le pape appelle un « touriste solidaire ». Les mots du pape François que vous avez lus ci-dessus, me touchent et m’interpellent. Je suis curé de paroisse et je me considère malheureusement comme un touriste solidaire. Aller voir une malade une fois ou deux par année suffit à me donner bonne conscience. Tel n’était pas le cas de Pier Giorgio. Il savait où trouver les familles les plus pauvres et il les visitait régulièrement, apportant des cadeaux aux enfants de ces familles, pour leur plus grande joie.

Pier Giorgio est décédé le 4 juillet 1925, après six jours d’une terrible agonie. Ce n’est que le vendredi 3 juillet, la veille de sa mort, que le diagnostic de sa maladie est finalement prononcé :

« Ce vendredi, le diagnostic est prononcé : « paralysie flasque des membre inférieurs, abolition de réflexes, parésie du bras gauche. Impossibilité de s’asseoir sur le lit par suite de l’affaiblissement de la musculature du tronc. Respiration irrégulière due à un commencement de parésie du diaphragme. » … Seul son bras droit remue, pour faire l’unique geste qui fut son geste préféré, le plus beau de ses gestes : le signe de la croix. » (1) 

Et ce jour-là, en la veille de sa mort dans de grandes souffrances, Pier Giorgio s’inquiète d’une personne pauvre et malade à laquelle il apportait les médicaments dont elle avait besoin :

« C’est vendredi, le beau jour de la mort de Jésus. Pier Giorgio avec effort demande Luciana (NDLR : la sœur de Pier Giorgio) auprès de lui et lui demande, à elle, d’aller chercher son portefeuille dans sa veste. Sur son bureau, les feuilles des cours à réviser, son missel ouvert à la messe du dimanche suivant. De son portefeuille, il tire un reçu du mont de piété. Avec effort, il demande à Luciana d’aller à son bureau prendre une boîte d’ampoules à injecter, une carte, un stylo. Et il trace lui-même quelques mots à l’attention d’un membre des Conférences Saint-Vincent-de-Paul pour qu’il s’occupe à sa place des ampoules et qu’il renouvèle l’ordonnance à ses frais. Sa dernière action sera de ne pas oublier, en ce vendredi, jour de ses visites, ce qui était nécessaire à une personne pauvre, souffrante, et qui comptait sur lui. » (2)

Pier Giorgio et le pape François se ressemblent sur plusieurs points : leur amour des pauvres, leur solidarité et leur fidélité envers les plus pauvres, leur simplicité, leur joie de vivre et leur large sourire. Il me tarde de voir Pier Giorgio élevé sur les autels et proclamé saint. Il me semble qu’il serait tellement normal que ce soit notre pape actuel qui canonise notre cher jeune Bienheureux. Je confie cette intention à la Vierge Marie, Notre-Dame-des-Douleurs, Notre-Dame de la Compassion, la compagne fidèle et joyeuse de Pier Giorgio sur les routes qui le menait vers les laissés-pour-compte, les mal-aimés et tous les nécessiteux. Mais pour cela le temps presse car qui sait combien de temps encore notre cher pape François sera à à tête de l'Église ?


(1) Anne-Sophie Rondeau, Pier Giorgio Frassati, l’homme des huit béatitudes, Office d’Édition Impression Librairie (O.E.I.L.), Paris, 2004, p. 197.

(2) Ibid, pp. 199-200.




samedi 9 mars 2019

"Je crois en la communion des saints"

« Je crois en la communion des saints »
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          Mariette Normandin Messier                                      Louis Normandin, omv

La « communion des saints » est un dogme de l’Église catholique. C’est un des derniers items mentionnés dans le Credo ou le Symbole des Apôtres:  

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ;
qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints

à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. 
Amen. 

Les dogmes sont trop souvent perçus comme des idées abstraites, des concepts abstraits. Or les dogmes sont plutôt des réalités vivantes qui nous aident à mieux vivre. Heureuses les personnes qui nous aident à comprendre cela, à nous rendre compte de cela. Je remercie mon confrère Louis Normandin, Oblat de la Vierge Marie tout comme moi, pour nous avoir aidé aujourd’hui à comprendre cela. Nous avons célébré aujourd’hui en notre paroisse, les funérailles de madame Mariette Normandin Messier, la mère de Louis et de Sylvain, tous deux prêtres dans notre Congrégation religieuse. À l’heure des funérailles, ce matin, Louis était en Europe en train de voyager de Rome à Lisbonne au Portugal, dans un périple qui devait le conduire au Brésil où il exerce son ministère sacerdotal. L’évangile proclamé lors des funérailles était tiré de l’évangile selon saint Jean, au chapitre 11. Voici un extrait de cet évangile :

« Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » (Jn 11, 20-27).
En place et lieu de l’homélie, mon confrère, le Père Gérald Lajeunesse, omv, a lu un commentaire écrit par Louis pour la circonstance. Voici quelques extraits de ce commentaire:

Réflexions suite au décès de notre maman.

« Je suis la Résurrection et la Vie: Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25)

C'est ainsi que Jésus interroge Marthe suite aux paroles de cette dernière qui, quelque part, reproche à Jésus de ne pas avoir été là lorsque son frère est décédé. Aujourd'hui, le « Crois-tu cela ? » m'interpelle et secoue ma foi. Je célèbre des funérailles pratiquement toutes les semaines et je sais, avec la grâce de Dieu, trouver les mots de réconfort pour les fidèles que j'accompagne. Aujourd'hui, c'est moi qui dois répondre à Jésus et ce n'est pas si simple que cela lorsqu'il s'agit de sa propre mère. J'ai vraiment l'impression de perdre une partie de moi, de mon histoire, de ma raison de vivre. Et pourtant, au milieu des larmes versées, il y a en moi une espérance et une Joie, et je réponds à Jésus : « Oui, je crois que tu es la Résurrection et la Vie ! »

Certains se demanderont pourquoi je ne suis pas venu au Québec en ces jours si particuliers. Je pourrais répondre que j'ai quitté le Brésil le 26 février pour participer, à Rome, à des réunions importantes de ma famille religieuse et que ma présence, sans être absolument nécessaire, fait partie de mon devoir d'état. Mais ce n'est pas pour cela que je ne suis pas physiquement auprès de vous. Ce n'est pas non plus parce qu'il aurait fallu annuler mon billet d'avion de retour et en acheter de nouveaux et que tout cela coûte cher.  Ce n'est pas non plus parce qu'il fait froid dans mon pays et que je n'ai pas de bottes d'hiver ! À vrai dire, si je n'ai pas voyagé, c'est la faute à mon père. Je ne l'accuse pas pour l'accabler, bien au contraire, mais pour le remercier de m'avoir ouvert les yeux.

À vingt ans je quittais mon pays et ma famille pour l’Italie, puis la France et ensuite le Brésil, et si j'ai bien profité de mes parents durant toutes les vacances, j'ai tout de même été très absent, longtemps absent. Lorsque papa s'en est allé en septembre 2014, il est devenu très présent dans ma vie, compagnon fidèle de mes journées; mon confident qui sait tout de moi, mes joies et mes difficultés. Il est devenu une présence indispensable, mon ami tout près de Jésus, mon réconfort. Souvent, dans les moments difficiles, je lui dis: « Papa, ça c'est pour toi…, vois à cela » et il vient à mon aide. Jamais papa n'a été aussi présent dans ma vie que depuis son retour vers la source et l'origine, vers Notre Père qui est aux Cieux, et je sais qu'il en sera de même pour maman. Elle est désormais plus vivante que jamais, comme papa. C’est donc en raison du fait que maintenant je considère que papa et maman sont continuellement avec moi, que je ne sens pas la nécessité d’être présent aux funérailles de maman. C’est parce que je crois en la personne et en la parole de Jésus que je ne me déplace pas. Oui, avec Marthe, je dis haut et fort : « Jésus, oui je crois que tu es la résurrection et la vie et que quiconque croit en toi, ne mourra jamais. »

« Crois-tu cela ? »  Interroge Jésus.

J'ai entendu Denise dire combien papa avait répondu à ses prières et je sais qu'il en est de même pour Pierre, Sylvain et Jean. Grâce à papa, ma foi en la Communion des Saints que nous professons n'a fait qu'augmenter. Ceux qui cessent d'être présents à nos yeux ne nous abandonnent pas. L’amour ne passera jamais.

Si je ne suis pas là maman, c'est parce que je sais que toi tu es là, je sais que tu es toujours présente et maintenant plus que jamais, où que je sois, où que nous soyons. Je suis persuadé que tu nous prépares, comme le fait papa, des merveilles d'amour et de tendresse. Nous sommes là, avec ceux dont le visage si cher nous est désormais caché, et tout particulièrement lorsque nous rompons le pain et que nous communions au Corps du Christ qui nous réunit en son amour.

Oui Seigneur, je crois que tu es la Résurrection et la Vie, je crois en la Communion des Saints, je crois que maman qui était très diminuée depuis le décès de papa est maintenant auprès de toi Seigneur qui n'est pas venu pour juger, mais pour sauver le monde. Je crois en Dieu, Notre Père qui veut que Jésus ne perde aucun de ses petits. Je crois en l’Amour parce que Dieu est Amour et que l'amour que maman nous a toujours manifesté n'est qu'à son aurore. C'est aujourd'hui, près de papa et près de Dieu que maman saura nous dire avec encore plus de force, tout son amour.

Sylvain aime répéter, et il a bien raison, que papa disait à maman: « C'est avec mes yeux que je te dis que je t'aime ».  Ma foi en la Vie Éternelle m’autorise à Imaginer la joie que  papa a éprouvé en accueillant sa Mariette. Je contemple avec vous la rencontre de ces deux amants. Que de Joie dans le Ciel pour ces deux amoureux! Et leurs yeux pleins de lumières rencontrent en ce moment nos yeux pleins de larmes, et nos chers parents nous disent: « Nous vous aimons, nous sommes avec vous… » et ce avec une intensité inégalée.

Après le décès de papa, j'ai eu le bonheur de passer le mois de décembre 2014 avec maman. Un jour elle m'a dit qu'elle désirait mourir et je lui avais dit : « Tu veux être près du bon Dieu ? » Elle m'avait répondu: « Non, je veux revoir ton père ». Et elle avait bien raison parce que c'est justement le Bon Dieu qui leur a permis de passer soixante-et-un ans l'un auprès de l'autre et de beaucoup s'aimer. Il m'est impossible de dire ma foi en la Vie Éternelle en ce jour de gloire pour maman sans y associer papa. Les deux ne faisaient qu'un. Nous avons, Pierre, Denise, Sylvain, Jean et moi découvert le visage de la Miséricorde du Père grâce aux visages de papa et de  maman et nous avons découvert aussi le visage passionné de Jésus qui est venu nous sauver grâce aux visages de nos parents.    …

Merci Maman.

Nous t'aimerons toujours.

Et bien moi, cher Louis, je te dis MERCI d’avoir mis un visage humain sur un des dogmes de notre foi. Merci de nous avoir montré aujourd’hui comment nous pouvons vivre la « communion des saints » si nous avons la foi en Jésus ressuscité, en Jésus vainqueur de la mort.