dimanche 22 janvier 2012

Convertissez-vous !

Convertissez-vous !


La Parole de Dieu d’aujourd’hui, en ce troisième dimanche du temps ordinaire se résume en ces deux mots: « Convertissez-vous ». En saint Marc, Jésus commence sa prédication par ces mots: « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15). La conversion se vit à plusieurs niveaux; un de ces niveaux, c’est notre esprit : on doit convertir nos idées. C’est cela que Jésus demande ici en premier : changez d’idée sur Dieu ; croyez que je suis la Bonne Nouvelle, croyez qu’en moi, le Royaume de Dieu s’est approché, s’est fait proche. Changer d’idée, ce n’est pas facile, et ce, à tous les âges de la vie. Un jour un homme se promène sur la rue et voit quelqu’un venir vers lui. Il lui dit: « Salut Jean-Paul, tu as bien changé! Tu mesurais six pieds deux pouces et maintenant tu ne fais même pas cinq pieds six pouces! Tu avais les yeux noirs et maintenant tu as les yeux bleus! Jean-Paul, tu as bien changé! »  L’autre lui dit: « Je ne m’appelle pas Jean-Paul, mais Louis. » Le premier répond: « Non, tu n’as pas changé de nom aussi! » Cette petite histoire humoristique montre à quel point certaines personnes tiennent à leurs idées et à quel point il est parfois difficile voire impossible de les faire changer d’idées.

Un autre niveau de la conversion est celui du cœur. Par cœur, j’entends ici la vie morale, la rectitude dans le domaine de l’agir ; agir correctement, agir bien. Il est souvent très difficile d’admettre qu’on agit mal ; et il est très difficile, une fois que l’on admet agir mal, de se corriger, de s’amender. Et si un jour on élimine Dieu de notre vie, le grand danger, c’est d’en venir à penser réellement que nous ne faisons rien de mal. D’ailleurs les mots que j’ai mis comme titre à ce texte, les mots « convertissez-vous », ce n’est pas moi qui vous les dit, c’est Dieu dans sa Parole d’aujourd’hui. Mais si je n’entends jamais Dieu me dire: « convertis-toi », j’en viendrai un jour à croire que je n’ai pas besoin de conversion. Quand j’ai décidé de devenir prêtre, j’ai quitté le Québec pour entrer dans une communauté religieuse qui n’existait pas ici au Canada. Je me suis expatrié durant neuf ans. J’ai donc perdu de vue mes amis et connaissances. De retour au Québec, je rencontre un type que je connaissais un peu pour avoir fait du sport avec lui. Il voit que je suis prêtre. Il en est tout étonné et une des premières phrases qu’il me dit est celle-ci: « Moi, je ne fais rien de mal » J’ai été vraiment étonné de cette phrase-là. Pourquoi m’a-t-il dit cela? C’est vraiment étonnant. Je ne l’avais pourtant pas interrogé sur sa conduite. Faut croire que la seule vue d’un prêtre nous amène à poser un regard même furtif sur notre conduite. Vous savez quoi ; je crois que cet homme était tout à fait sincère quand il disait « moi, je ne fais rien de mal ». Mais je crois aussi qu’il était tout à fait dans l’erreur en disant cela. Je suis sûr que cet homme aurait des choses à changer s’il laissait Dieu entrer dans sa vie et l’éclairer. Quelqu’un a dit un jour: « nous vivons dans un drôle de monde où les pécheurs se reconnaissent saints et les saints se reconnaissent pécheurs ». Voilà une belle façon de dire les choses. Si vous êtes dans votre appartement et que les rideaux sont fermés, si vous êtes dans les ténèbres, vous ne verrez pas la poussière et la saleté. Mais laissez entrer la lumière et vous verrez ce qui ne va pas. Saint Jean ne cesse de dire que le péché, c’est les ténèbres et que vivre en Dieu, c’est la lumière.

Pour nous inviter à la conversion, l’Église nous propose aujourd’hui un extrait du livre de Jonas. Dieu dit à Jonas: « Lève-toi, va à Ninive la grande ville païenne et proclame le message que je te donne pour elle : …   Encore quarante jours et Ninive sera détruite. »  Le livre de Jonas est un livre très court ; quatre chapitres seulement : deux pages et demie dans votre Bible. Il vaut la peine d’aller lire ce livre et de le méditer. La Bible doit être considérée comme une bibliothèque comportant une multitude de livres et une multitude de rayons. Il y a les livres dits historiques, les livres prophétiques, les livres sapientiaux. Le livre de Jonas est considéré comme un livre prophétique. Cela peut semer la confusion car il faut savoir que Jonas, contrairement aux prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, etc, n’a jamais existé. En fait, le livre de Jonas s’apparente davantage aux livres sapientiels. On sait que c’est un conte, une histoire inventée. Jonas dans la baleine, cela n’a jamais existé. Le livre de Jonas est un vibrant appel à la conversion. Dieu envoie Jonas dans la ville païenne pour réveiller les gens de leur torpeur. Et le message est clair: « si vous ne changez pas de vie, la ville sera détruite ». On devine que les comportements moraux de plusieurs habitants de Ninive étaient contraires à la loi divine. Mais il fallait quelqu’un pour les réveiller de leur torpeur. Cette menace venant d’un Dieu bon peut nous surprendre aujourd’hui et nous scandaliser. Or lorsqu’on lit le livre de Jonas, on se rend compte que ce qui scandalisait le prophète Jonas, ce n’était pas la menace que Dieu faisait peser sur les habitants de Ninive mais plutôt la bonté de Dieu. Jonas a commencé par fuir la volonté de Dieu. Ayant reçu la mission de Dieu, il a pris un bateau dans la direction opposée à Ninive. Vers la fin du livre, Jonas dit ceci: « Ah ! Yahvé, n’est-ce point là ce que je disais lorsque j’étais encore dans mon pays ? C’est pourquoi je m’étais d’abord enfui à Tarsis; je savais en effet que tu es un Dieu de pitié et de tendresse, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal. » (Jon 4, 2) Jonas savait très bien que Dieu ne mettrait pas sa menace à exécution ; c’est pour cela qu’il n’a pas voulu, dans un premier temps aller à Ninive.

L’appel à la conversion doit s’entendre à la lumière de d’autres paroles de Jésus telles que celles-ci: « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10, 10)  « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17).

Remercions Dieu de tout faire pour nous réveiller, pour nous convertir. Il est bon, lorsqu’on parle de conversion, de regarder les endroits où cet appel est le mieux entendu. Cela peut nous encourager. Personnellement, je considère qu’un des endroits où l’appel à la conversion est le mieux entendu, c’est au sein du mouvement des alcooliques anonymes. Vous savez comme moi, j’imagine, à quel point il est difficile de faire admettre à un ou une alcoolique qu’il ou elle est malade. Comme cela prend du temps à un alcoolique d’admettre son problème, sa maladie! Si un alcoolique admet sa maladie et désire s’en sortir, souvent il se dirige (ou on le dirige) vers les AA. Or une des étapes cruciales du cheminement des AA, est d’admettre que la personne alcoolique ne pourra pas s’en sortir seule, sans l’aide d’une force supérieure à elle, force qui de fait se nomme Dieu. Les AA sont alors invités à mettre leur confiance et leur espérance en ce Dieu tel qu’ils le conçoivent. Et cela fonctionne ; en se remettant librement à Dieu, ils reçoivent la force d’en haut et parviennent à vivre sobres. Voilà qui est très intéressant : dans le domaine de la conversion, le grand rôle est toujours joué par Dieu. C’est Dieu qui convertit les cœurs. Il s’agit pour nous de demander instamment à Dieu de nous convertir. Cela restera toutefois toujours un combat, une lutte. Et une lutte de tous les jours. Comme il fait bon entendre une personne dire qu’elle n’a pas bu une goutte d’alcool depuis dix ans, quinze ans, vingt ans! Or cela s’est fait au jour le jour, un jour à la fois. Et vous, cher ami, cher amie, quel est votre combat ? Je suis convaincu que la plupart des êtres humains ont un combat à mener durant leur vie sur cette terre; qu’ils ont une difficulté à vivre sur le plan de l’agir moral; que cette difficulté leur est propre et tout à fait particulière; que ce combat se vivra à chaque jour jusqu’à leur mort; et que seulement Dieu pourra les mettre sur le chemin de la lumière. « Ma grâce te suffit » (2 Cor 12, 9) a dit Jésus à saint Paul qui lui demandait d’enlever le problème principal dans sa vie de chrétien. Remercions Dieu pour ses appels à la conversion; pour ses appels à la vie.


 






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