mardi 18 juillet 2017

La souffrance au sein de la Trinité

La souffrance au sein de la Trinité
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Peinture de Jean-Georges Cornelius (1880 - 1963)
Jésus sur la croix

Note: J’aime cette peinture de Cornelius car elle laisse suggérer que Dieu le Père souffrait en même temps que son Fils quand celui-ci était sur la croix. Il est beau de voir le bras gauche de Jésus et le bras gauche du Père, attachés ensemble. 

Post scriptum, écrit le 21 juillet 2017: Je suis allé visiter hier à son domicile, un paroissien qui est malade. Son épouse en a profité pour me partager une de ses préoccupations existentielles:

« J’aimerais connaître votre opinion sur ceci. Quand je participe à des funérailles, j’entends souvent dire que le défunt ou la défunte est désormais dans la paix, que ses souffrances sont finies. Si tel est le cas, alors je ne pense pas que les gens qui sont au ciel savent ce qui se passe sur la terre. Je ne pense plus qu’ils soient unis à nous autant qu’on le dit. Je pense qu’il y a un fossé en quelque sorte entre eux et nous. Car s’ils voyaient ce qui se passe ici-bas, ils seraient souvent très préoccupés et même tristes et inquiets; ils ne pourraient pas être parfaitement heureux et en paix. »

Je n’en revenais pas que cette dame me parle ainsi, deux jours seulement après que j’aie écrit le blogue que vous lirez ci-dessous. Cela montre que la question que pose le présent blogue n’est pas seulement une question spéculative ou théorique, mais vraiment existentielle, qui peut avoir des incidences dans notre vie. Imaginons que cette dame en vienne à croire résolument à ce qu’elle m’a dit; il en résulterait qu’elle cesserait de croire en grande partie au pouvoir d’intercession des saints et des saintes. Et, au pire, je ne vois pas trop comment elle pourrait même prier Dieu. Car Dieu aussi se trouve de l’autre côté de l’énorme fossé qui nous séparerait et qui ferait en sorte qu’on ignorerait ce qui se passe de part et d’autre.

Les questions philosophiques et théologiques, quoi qu'elles puissent parfois sembler planer dans les airs, guident vraiment nos vies et les influencent grandement.    


Dans mon blogue du 23 juin dernier, je vous disais qu’il y a un problème avec lequel je me bats depuis des années:

« Si Dieu et les saints et saintes qui sont au ciel, sont parfaitement heureux, comment ce que nous vivons ici-bas peut-il les attrister, les inquiéter ou même les blesser? J'aborderai ce problème dans un futur blogue, sans avoir la prétention toutefois de le résoudre. » (1)

J’ai abordé cette question dans quelques blogues, dont celui du 15 février 2013, intitulé: « Peut-on causer de la peine à Dieu? » (2) 

Il ne s’agit pas de savoir si Dieu a déjà souffert. Car la réponse à cette question est pour moi évidente: oui Dieu a souffert pour nous en Jésus Christ son Fils, pour nous sauver. Mais le Père et l’Esprit Saint souffraient-ils quand Jésus souffrait sur terre? Et en ce moment, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint souffre-t-il (je pense que le verbe au singulier est de mise ici) de voir ses enfants souffrir sur notre belle planète?

Pourquoi ces interrogations ont-elles surgi en moi ces jours-ci? C’est en raison d’un livre de madame Odile Haumonté dont je viens tout juste de terminer la lecture. Il s’agit du livre intitulé: Élisabeth de la Trinité et sa sœur Guite. Dans ce livre, il est question d’une trinité humaine, d’un trio de personnes: Marie Rolland Catez et ses deux filles Élisabeth et Marguerite, surnommée Guite. Ces trois personnes occupent une grande place dans le livre car Marie la mère, a toujours été opposée au fait que sa fille aînée Sabeth (diminutif d’Élisabeth) désire entrer au Carmel. Cette opposition ferme et durable a été un grand motif de souffrance dans la famille, et en particulier pour les deux sœurs qui s’aimaient tellement. Mais un jour la mère a cédé, quoique à grand-peine. Voici comment l’auteure décrit la veille du départ de Sabeth pour le Carmel :

« Le 1er août, veille du départ, est la plus horrible journée. Élisabeth redouble de tendresse envers sa mère et sa sœur. Guite s’efforce de montrer un visage heureux, au moment où sa sœur va réaliser son plus grand désir, mais elle se cache pour pleurer. Marie, elle, ne se cache pas et sa souffrance devient plus aiguë quand elle voit le chagrin marquer le visage de Guite. Petite trinité d’amour où chacune saigne de voir souffrir les deux autres ! » (3)  

Une fois Élisabeth entrée au couvent, Marie Catez met au courant du départ de sa fille un ami de la famille, le chanoine Angles, qui s’empresse d’écrire ceci à madame Catez:

« J’étais ahuri de désolation quand je me figurais la terrible agonie que vous enduriez toutes les trois, l’affreux déchirement de ces trois cœurs qui n’en formaient qu’un. » (4)  

Vous comprendrez assez facilement, je pense, pourquoi de telles phrases m’ont touché et ont fait se réveiller en moi un combat qui m’agite toujours. Ce combat consiste en l’opposition qui existe entre une vision traditionnelle de Dieu qui fait de lui un Être impassible, c’est-à-dire incapable de souffrir et une vision assez moderne de Dieu (cette vision existait depuis longtemps, mais je l’appelle moderne parce que davantage de théologiens de nos jours, prônent cette façon de voir) selon laquelle Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint souffrent en ce moment au ciel.

Il est vrai que des auteurs tels que l’abbé Pierre Descouvemont prônent simultanément les deux visions: ils croient que Dieu est à la fois impassible et compatissant: « Les chrétiens n’oublient jamais en effet que, pour respecter le mystère de Dieu, il faut affirmer simultanément que Dieu est infiniment heureux et infiniment compatissant. » (5) 


L’abbé Descouvemont base sa vision des choses sur une phrase de saint Bernard: « Impassiblis est Deus, sed non incompassibilis (Sermon 26, 5). Dieu est impassible mais non incompassible. » Le pape Benoît XVI, dans son encyclique sur l’espérance, intitulée « Spe salvi », au numéro 39, nous dit qu’il aime beaucoup cette phrase de saint Bernard: « Bernard de Clairvaux a forgé l’expression merveilleuse: Impassibilis est Deus, sed non incompassibilis, Dieu ne peut pas souffrir, mais il peut compatir. »

J’avoue pour ma part, que j’ai beaucoup de difficulté avec cette affirmation de saint Bernard. J'aime la façon dont saint Anselme pose le problème dans les premières phrases du chapitre VIII de son Proslogion:

« Mais comment êtes-vous à la fois miséricordieux (Benoît XVI dirait: compatissant) et impassible? Car si vous êtes impassible, vous n’êtes point compatissant; si vous n’êtes point compatissant, votre cœur n’éprouve point de pitié pour ceux qui souffrent; vous n'êtes donc point miséricordieux. Mais si vous n'êtes point miséricordieuxd’où nous viennent tant de consolations dans nos souffrances? » (7)   

J'aime moins cependant la façon dont saint Anselme résout la question dans ce même chapitre VIII. 

Post scriptum: Je suis heureux d’avoir écrit ce blogue aujourd’hui car je vis une espèce de libération. Je viens de répondre à deux personnes qui m’ont envoyé un commentaire et en leur répondant, il est devenu clair pour moi que la question que je pose, quoique étant importante, ne devrait pas me faire dépenser autant d’énergie. Je me sens un peu comme Job qui, après avoir cherché à comprendre sa situation, s’est incliné devant la majesté de Dieu et le mystère qui entoure son agir.  

dieumajoie.blogspot.com/2017/06/consolons-le-coeur-de-jesus.html

dieumajoie.blogspot.com/2013/02/peut-on-causer-de-la-peine-dieu.html

(3) Odile Haumonté, Élisabeth de la Trinité et sa soeur Guite, Éditions des Béatiudes, 2016, p. 58. 

(4) Ibid, p. 66. 

www.totus-tuus.fr/article-31244927.html

(6) Pierre Descouvemont, Dieu souffre-t-il ?, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2008, pp. 176 -177. 

(7) Saint Anselme - Proslogion, prologue sur l'existence de dieu
mecaniqueuniverselle.net/textes-philosophiques/saint-Anselme-1.php Voir le chapitre VIII




 

2 commentaires:

  1. J'espère que vous ne me trouverez pas prétentieuse de commenter la question que vous soulevez dans votre blogue. Je ne tenterai pas de m'inspirer ni des théologiens ni des philosophes pour appuyer mon commentaire (de toute façon je ne les ai pas suffisamment lus) mais je me baserai uniquement sur mon raisonnement personnel. Si Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance, donc tout ce qui est bon ou bien chez l'humain viens de Dieu. L'être humain ne peut avoir ni qualité ni attribut que Dieu n'a pas sinon il lui serait supérieur.
    Comme tous les êtres humains j'ai connu des épreuves dans ma vie, des bouleversements, j'ai perdu des êtres chers mais si je regarde en arrière je m'en suis assez bien tiré. Mais je l'avoue, aujourd'hui ce qui me fait le plus souffrir, c'est quand je vois mes enfants, ou des proches, des étranger même qui traversent des épreuves ou qui subissent des mauvais coups de la vie, ça me bouleverse et cela m'atteint d'avantage que si cela m'arrivait personnellement. Et si c'était pareil pour Dieu?

    Je pourrais difficilement croire en un Dieu impassible devant la souffrance.

    Thérèse Lespérance

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    1. Chère madame, moi non plus, je ne suis pas un théologien. Avoir étudié en théologie ne fait pas de moi un théologien.Je pense que le bon sens a tout à fait sa place en théologie. J'admire votre bon sens. Je partage votre façon de penser. Dans mon blogue, je ne résous pas le problème qu'il pose car j'en suis bien incapable. Je ne fais que poser le problème une fois de plus. Ce mystère ne sera résolu que lorsque nous serons face à face avec Dieu. Mais il est certain que la plupart des gens se font l'idée d'un ciel où tout n'est que paix et bonheur. Et pourtant, comment du haut du ciel, peut-on être dans un bonheur total, en voyant les humains être aux prises avec
      de multiples problèmes et d'indicibles souffrances? Nous sommes vraiment très petits devant le mystère. Aimons; c'est bien tout ce que Dieu nous demande. Merci de me lire et de partager mes interrogations.

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