jeudi 27 février 2014

Vive la philosophie

Vive la philosophie ! Première partie

Ceux et celles qui lisent ce blogue depuis ses débuts, savent pas mal de choses sur moi. Ils savent que j’ai été étudiant en philosophie à l’Université Laval, dans la ville de Québec. Ils savent aussi que c’est lors de ces études que j’ai rencontré deux de mes meilleurs amis : Michel Fauteux et Michel Fontaine. Les deux Michel ont enseigné la philosophie au CEGEP de Ste-Foy durant environ vingt-cinq ans. La philosophie, lorsqu’elle est bien faite, nous apprend à penser, et à bien penser. Elle nous aide à débusquer les erreurs et, surtout, à chercher et à trouver la vérité. Car, quoiqu’on puisse dire sur tous les tons en ce XXI ème siècle, que « tout est relatif » et qu’il n’existe qu’une vérité « personnelle », « ma vérité », tout philosophe digne de ce nom, sait et enseigne que la vérité universelle existe. Les deux Michel ont poussé l’audace dans les années 1980, d’offrir un cours de philosophie sur « l’existence de Dieu ». Au grand dam de certains de leurs confrères du département de philosophie. Or il est tout à fait exact de dire que la question de l’existence de Dieu, relève de la philosophie.

Il y a deux jours, un des journalistes montréalais les plus connus, les plus respectés et adulés par le milieu journalistique, M. Pierre Foglia, a émis son opinion sur le projet de loi 52, qui a pour but de « légaliser l’euthanasie ». Non seulement M. Foglia est en faveur du projet de loi, mais il juge même qu'il ne va pas encore assez loin. Voici ce qu’il a écrit :

« Parenthèse: personnellement, je trouve qu'on n'est pas allé assez loin. Ainsi, je voudrais bien qu'on m'aide à mourir même si je ne souffre pas. Quand je ne me souviendrai plus de mon nom ni de celui de mes enfants, quand je ne saurai plus quel jour on est, en quelle année, si c'est l'été ou l'hiver, qu'il faudra me faire manger à la petite cuillère, que je passerai mes journées devant la télévision sans être conscient que je la regarde, quand il faudra me mettre un bavoir, des couches, quand je serai rendu là parce que je n'aurai pas eu le bonheur de mourir en six mois d'un cancer du côlon ou du pancréas, j'aimerais bien qu'on m'aide à mourir. Et j'aimerais bien signer le papier tout de suite. »  (Pierre Foglia, La Presse, Cherchez l’erreur, le 24 février 2014)

Personnellement, je regrette que M. Foglia tarde tant à prendre sa retraite. Il y a des gens qui semblent avoir tellement de difficulté à décrocher. D’un autre côté, il est probablement bon que l’on concède de la place dans la sphère publique à des gens comme lui, car cela leur donne une raison de vivre.  
Un des deux Michel, Michel Fontaine, m’a envoyé dernièrement un texte qu’il a écrit récemment sur un sujet très actuel : l’euthanasie. Dans un premier temps, j’ai éprouvé un grand désir de mettre ce texte sur mon blogue. Puis, j’ai laissé passer un peu de temps. Or le paragraphe de Pierre Foglia, que je viens de citer, m’a convaincu de vous partager l’écrit de Michel. Si Pierre Foglia tombait par hasard sur les quelques lignes que j’écris en ce moment, il ne serait guère surpris de ce qu’il lirait. Il se contenterait de dire une fois de plus que ce n’est que des « histoires de vieux cathos » (M. Foglia, dans l’article cité ci-dessus, dit que le projet de loi 52 répond au souhait de la population québécoise, « sauf de quelques vieux cathos »).
Voici donc le texte de Michel Fontaine :
« Il est de plus en plus difficile aujourd’hui de discuter, de poser et de répondre publiquement aux questions philosophiques. Pourquoi? Qu’y a-t-il de changé? Ce qu’il y a de changé c’est que nous n’habitons plus le même univers de pensée. Nous ne nous rejoignons plus. C’est la tour de Babel. Pour discuter il faut se rencontrer quelque part, il faut un terrain commun assez riche pour semer une question et faire pousser une solution. Pour entrer en discussion, pour chercher la vérité avec quelqu’un, il faut se rencontrer sur un même terrain. Comment danser ensemble si nous nous retrouvons pas sur la même piste? Y a-t-il un terrain commun sur lequel je pourrais te rencontrer pour engager une véritable discussion philosophique, une discussion où il serait possible de départager avec toi le vrai du faux sur des questions philosophiques? Or, aujourd’hui, un terrain commun suffisant c’est justement ce qui manque.
Peut-on discuter efficacement de l’euthanasie, par exemple, avec un athée? Le terrain est-il assez vaste pour rendre justice à cette question?
Si tu es athée comment puis-je discuter efficacement de l’euthanasie avec toi? Le sol n’est-il pas trop pauvre pour faire pousser une solution digne de l’homme? Si je pars de l’athéisme j’aboutis avec toi à l’euthanasie, je peux en convenir.
Comment puis-je me convaincre moi-même et les autres que l’euthanasie est toujours illégitime si je soutiens la vision du monde suivante: « Puisque la vie est un avatar hasardeux de la matière et l’homme le produit étonnant d’autres mutations, d’autres hasards; puisqu’il n’a été ni conçu, ni voulu, ni pensé, et que, du reste, il n’y a pas de finalité, son apparition et son histoire ne sauraient avoir aucun sens: aucune signification. (...) D’avoir été « jeté » sur terre n’a et ne peut avoir, aucune espèce de sens. » [Yves Florenne, Vercors et le sens de lhistoire,  Le monde diplomatique, sept. 1978, p. 20.]
« Si avoir été jeté sur terre n’a et ne peut avoir aucune espèce de sens » on voit encore moins quel sens il y aurait à souffrir pour rien.
« Travaillant pour le néant, tous nous ressemblons plus ou moins à ces insectes qui, mus par l’instinct stupide, s’obstinent à déposer leur ponte dans des nids éventrés. » [Jean Rostand, Pensées dun biologiste, Éditions Stock, 1954, p. 138]
Si tout ce que nous faisons s’écoule en pure perte et est inutile pourquoi aurions-nous du remords pour le mal que nous faisons pour nous faire plaisir et rendre notre vie plus supportable? Si la vie ne vaut rien quel tort le mal que nous faisons peut-il lui faire? Comment nuire à ce qui ne vaut rien? Si la vie ne vaut rien, le pire que le mal puisse lui faire c’est de la détruire et cela sera un bien s’il est vrai qu’elle est inutile et nous fait travailler en pure perte. Si la vie n’aboutit nulle part et qu’il n’y a plus rien qui nous y retienne pourquoi continuer à nous échiner pour rien?
Lucrèce, auteur de référence de l’athéisme, faisait la promotion du suicide et de l’euthanasie.
« Si tu as pu jouir à ton gré de ta vie passée, (...) pourquoi tel un convive rassasié, ne point te retirer de la vie; pourquoi, pauvre sot, ne point prendre de bonne grâce un repos que rien ne troublera ? Si au contraire tout ce dont tu as joui s’est écoulé en pure perte, si la vie t’est à charge, pourquoi vouloir l’allonger d’un temps qui doit à son tour aboutir à une triste fin, et se dissiper tout entier sans profit ? Ne vaut-il pas mieux mettre un terme à tes jours et à tes souffrances? Car imaginer désormais quelque invention nouvelle pour te plaire, je ne le puis : les choses vont toujours de même. Si ton corps n’est plus décrépit par les années, si tes membres ne tombent pas d’épuisement, il te faut néanmoins toujours t’attendre aux mêmes choses, même si la durée de ta vie devait triompher de toutes les générations, et bien plus encore si tu ne devais jamais mourir.”  
Et au vieillard qui se plaint de l’engourdissement de la vieillesse et de la brièveté de la vie et au forçat de la vie qui ne trouve aucune joie à exister, Lucrèce, qui était athée, adressait ces mots au nom de la Nature: « “Essuie ces larmes, bélître (c’est-à-dire homme de rien, minus), et fais taire ces plaintes. Toutes les joies de la vie, tu les as épuisées avant d’en venir à cette décrépitude. Mais à désirer toujours ce que tu n’as pas, à mépriser les biens présents, ta vie s’est écoulée incomplète et sans joie, et soudain tu as vu la mort debout à ton chevet, avant de pouvoir t’en aller le cœur content et rassasié de tout. Mais maintenant quitte tous ces biens qui ne sont plus de ton âge, et, sans regret, allons, cède la place à d’autres : il le faut.”
Juste à mon sens serait ce plaidoyer, justes seraient ces blâmes et ces reproches. »
 [Lucrèce, De la Nature, Trad. Alfred Ernout, Paris, Société d’Édition «Les Belles Lettres»]
« Nietzsche (…) dans le Crépuscule des idoles, improvise une “morale pour les médecins”, voici ce qu’on peut y lire : “Le malade est un parasite de la société. Arrivé à un certain état, il est indécent de vivre plus longtemps. L’obstination à végéter lâchement, esclave des médecins et des pratiques médicales après que l’on a perdu le sens de la vie, le droit à la vie (c’est Nietzsche lui-même qui souligne), devrait entraîner de la part de la société un profond mépris. Les médecins, de leur côté, seraient chargés d’être les intermédiaires de ce mépris — ils ne feraient plus d’ordonnances, mais apporteraient chaque jour à leurs malades une nouvelle dose de dégoût…” » [Nietzsche cité in Luc Ferry, Qu’est-ce qu’une vie réussie ?, Paris, Grasset, 2002, p. 141]
Parlant de l’euthanasie et du suicide, Nietzsche dit : « La sage disposition à l’égard de la mort appartient à la morale de l’avenir, qui paraît insaisissable et immorale maintenant, mais dont ce doit être un bonheur indescriptible d’apercevoir l’aurore. » [Nietzsche, Le voyageur et son ombre, Mercure de France, 1902, Trad. Henri Albert, p. 110]
Un biologiste athée du début du siècle, Le Dantec, disait :
« Petit à petit, à force de raisonner et de discuter tous les problèmes philosophiques, l’athée acquiert quelques certitudes paralysantes, qui prennent place dans son mécanisme à côté de sa conscience morale, et qui la neutralisent plus ou moins; cela détend les ressorts de la vie. (...) S’il allait vraiment jusqu’au bout des conséquences de son athéisme, il n’aurait plus aucun désir, aucun but, il ne ferait plus aucun effort! À quoi bon? Heureusement, je le répète, il n’y a pas d’athée parfait... (...) Dans une société vraiment athée, le suicide anesthésique serait évidemment en honneur; la société disparaîtrait probablement par ce moyen.
Une souffrance intolérable conduirait fatalement l’athée au suicide; un athée ne doit vivre que s’il est heureux;... je dois affirmer ici, en toute sincérité, que je ne vois aucun raisonnement capable d’arrêter l’athée parfait que le suicide tente. » [Félix Le Dantec, L’Athéisme, Paris, Ernest Flammarion, 1909 pp. 99 à 101]
On le voit il n’est pas indifférent que Dieu existe ou non pour discuter de certaines questions philosophiques.
« Celui-là n’habite point le même univers qui habite ou non le royaume de Dieu. » [Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, Gallimard, 1948, p. 28]
Mais si je pars d’une conception opposée de l’homme et de la réalité, si je pense que le monde est gouverné par une Providence sage et bonne, j’aboutis à une autre solution. Si la vie de l’homme est bonne de la naissance à la mort et que la souffrance elle-même, y compris celle des derniers moments, a un sens et un grand prix, plus encore même que le plaisir, alors j’aboutis à une autre solution. Un monde où le moindre verre d’eau que l’on donne est récompensé au centuple est un monde où la souffrance a une grande valeur. Un monde duquel on peut dire ”Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés” est un monde où la souffrance est de l’or. Si la souffrance était sans valeur pourquoi serait-il si beau et noble de la soulager et si terrible de la provoquer? Notre monde est un monde où Dieu lui-même s’est fait homme “a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort…” Pour l’humanité, on peut dire que cette souffrance du Dieu fait homme a été plus rédemptrice que les bons moments qu’il a pu vivre. Oh qu’elle a été précieuse cette souffrance du Dieu fait homme! Cette souffrance a recréé l’homme et lui a donné un avenir bienheureux. Si l’on croit qu’il y a une Providence, si nous croyons au salut de l’homme, si nous croyons que cette vie est un temps pour devenir parfait, un temps de purification, un temps où même la souffrance a son rôle à jouer et sa raison d’être et qu’elle a un prix incommensurable —ce que la souffrance du Christ nous permet de mesurer un peu— ne nous opposons-nous pas à la Providence et à son plan de salut en nous supprimant nous-mêmes ? Ne nous opposons-nous pas à la Providence quand nous quittons la partie parce que la vie n’est plus marrante, parce que la “qualité de vie” — si chères aux boomers qui ont justifié ainsi le divorce et l’avortement—, n’est plus ? Comme on quitte la foire lorsqu’il ne reste plus de billet pour s’amuser dans les différents manèges. Si la vie est bonne telle qu’elle est, avec ses souffrances et ses joies, parce qu’elle est chemin de salut, il ne nous revient pas de décider à quel moment se termine notre marche vers Dieu. Si Dieu est et si nous sommes dans la main de Dieu, nous pouvons juger de l’euthanasie autrement que ceux qui pensent “qu’avoir été jeté sur terre n’a et ne peut avoir aucune espèce de sens »
Dans une société où une conception bornée et intolérante de la neutralité de l’État nous interdit de nous référer aux conceptions religieuses du monde, même philosophiques —car il y a des conceptions philosophiques du monde qui font une place à la religion comme partie la plus haute de la vertu de justice—, le terrain pour discuter de façon libre et efficace les questions comme celle de l’euthanasie est vraiment trop pauvre et trop étroit. Pour nager le 100 mètres papillon il faut une piscine, non un bain. Si on me donne seulement le bain de l’athéisme, du scientisme… comment pourrais-je démontrer que je peux nager le 100 mètres papillon? Impossible pour quiconque de démontrer que l’euthanasie blesse la dignité de l’homme et méprise la Providence si on ne me donne que le petit bassin étroit d’une raison qui a foulé au “lavage de cerveau” d’une philosophie laïciste. On peut dire de la raison laïciste qu’elle « rétrécit la vie, comme l’eau rétrécit les tricots de laine, si bien qu’on s’y sent coincé et on ne peut plus lever les bras. »
Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire contre la culture laïciste. On peut attaquer efficacement la position laïciste sur le suicide et l’euthanasie en partant de ce qu’elle concède. Que concède au juste la position laïciste qui prévaut aujourd’hui? Elle oppose un refus catégorique de gouverner et de légiférer à partir d’un point de vue métaphysique ou religieux. À partir de cette concession, on peut argumenter de la façon suivante :
Vous dites que l’euthanasie met un terme aux souffrances insupportables, incurables et inutiles, plus particulièrement les souffrances morales, puisque, aujourd’hui, les souffrances physiques peuvent être efficacement soulagées. Comment pouvez-vous être sûrs que la mort par homicide voulu par la victime (car le suicide et l’euthanasie sont des homicides) met un terme aux souffrances? Êtes-vous à même de démontrer cela à partir de votre point de vue laïciste? La mort par euthanasie met un terme aux souffrances de cette vie c’est vrai. Comment savez-vous, comment pouvez-vous affirmer que notre vie se termine à la mort? Comment pouvez-vous dire que la mort est une fin absolue de la souffrance? Que peut dire là-dessus un laïcisme qui fait table rase de tout argumentaire à connotation religieuse? Serait-ce parce que vous croyez que notre vie se termine, purement et simplement, à la mort? Ou serait-ce parce que vous pensez que la vie qui succède à cette vie est nécessairement une vie bienheureuse? Ce serait alors recourir à un argumentaire religieux que vous interdisez. Poursuivons. Comment savez-vous que la décision de se tuer soi-même ou d’exiger d’un autre qu’il vous tue ne générera pas une souffrance plus grande encore dans une autre vie que celle que voulez tant supprimer? Et si vous pensez que la mort est la destruction absolue de cette vie, comment savez-vous que « cette vie mortelle, la mort immortelle la détruit », selon le mot de Lucrèce? Pouvez-vous vraiment le savoir? Comment prouvez-vous cela? Affirmer que la mort est une fin absolue, et donc une fin absolue de la souffrance, c’est entrer avec ses gros sabots dans un espace religieux et métaphysique. Aucun doute là-dessus. Comment un laïcisme étriqué, une raison citoyenne qui ne veut pas se fonder sur une religion ou une métaphysique (cela l’accréditerait, l’officialiserait, réduisant à néant la neutralité laïciste) peut-il se permettre de recourir au discours religieux alors qu’il l’interdit expressément à tout le monde? S’il s’accorde ce qu’il interdit à tous les autres il est incohérent, malhonnête et tyrannique.
Un médecin allumé s’est attaqué à l’argumentaire euthanasiste en démasquant la croyance “religieuse ou  métaphysique” qui la conditionne en contravention avec la position laïciste et sa conception tordue de la neutralité de l’État.
« Il n’existe par définition aucune donnée probante indiquant que mettre fin aux jours d’un patient mettra fin à ses souffrances. Pour affirmer cela, il faut invoquer la croyance selon laquelle la vie s’arrête après la mort. Cette croyance, très répandue aujourd’hui, est respectable, mais ce n’est que cela : une croyance. » [Dominique Garrel, Médecin et professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université de Montréal, La Presse, 19 septembre 2013]
À quoi croit celui qui pense que mettre fin aux jours d’un patient c’est mettre fin à ses souffrances? Il croit en général que rien de nous, une fois mort, ne peut subsister pour souffrir encore. Et s’il croit qu’il y a une autre vie, il croit que le fait de mettre fin à ses jours pour mettre fin à ses souffrances ne peut lui être reproché et être pour lui source de souffrances. Autrement, il hésiterait à recommander l’euthanasie à qui que ce soit.
Si on peut prouver que la mort n’est pas une fin absolue, pensons aux argumentations philosophiques sur l’immortalité de l’âme, pensons également au fait bien attesté de la résurrection du Christ, il est impossible, en revanche, de prouver que la mort est la fin de toute vie. La métamorphose de la chenille en papillon ne prouve-t-elle pas à sa façon qu’une vie meilleure et plus belle peut succéder à une vie plus grossière?
Pouvons-nous disposer de nous-mêmes? Nous sommes-nous donnés à nous-mêmes? Nous appartenons-nous? Notre corps nous appartient-il, comme le croient certaines femmes qui invoquent ce principe pour disposer du corps d’un autre, c’est-à-dire celui de l’enfant qu’elles portent. Cela aussi est une croyance. D’où peut bien venir cette croyance que nous n’appartenons à personne d’autre qu’à nous-mêmes? D’où nous vient cette prétendue souveraineté sur nous-mêmes, sur notre vie et sur notre mort? Comme si nous n’avions de compte à rendre à personne. C’est l’athéisme, qui est présupposé ici. C’est clair.
Quand le cadre pour décider de la légitimité du suicide et de l’euthanasie et des autres questions du même genre exclut les arguments tirés des conceptions religieuses du monde et de l’homme, comment dans un tel cadre pourrions-nous répondre à ces questions morales fondamentales?
Légitimer le suicide et l’euthanasie c’est affirmer la souveraineté de l’homme sur lui-même, sur sa vie et sa mort… Comment le laïciste va-t-il prouver cela? En disant, qu’il n’y a rien au-dessus de l’homme? En disant avec Feuerbach? : « (…) “C’est l’essence de l’homme qui est l’être suprême… Le tournant de l’histoire sera le moment où l’homme prendra conscience que le seul Dieu de l’homme est l’homme même. Homo homini Deus.[1] “L’être absolu, le Dieu de l’homme, c’est l’être même de l’homme”. »[2] C’est bien sûr une croyance possible et elle peut, en effet, légitimer, si elle est vraie, l’euthanasie. Mais la question est de savoir si le laïciste qui ne veut pas recourir au discours religieux peut affirmer avec Feuerbach que « le seul Dieu de l’homme est l’homme » et instituer par là même une religion de l’homme.
Une conception de la neutralité de l’État qui exige que l’on résolve des questions aussi fondamentales que l’avortement, le suicide assisté et l’euthanasie, sans recourir à des arguments religieux ou métaphysiques pour ne cautionner aucune religion ou métaphysique, ce qui irait contre le principe de neutralité, une telle exigence est folle et impraticable. Il n’est pas possible de trancher pour ou contre le suicide assisté ou l’euthanasie sans puiser à des sources religieuses ou métaphysiques. Celui qui croit s’en passer s’abuse lui-même. Il est trop superficiel pour s’en rendre compte. Ce qui est le cas, je crois, d’un grand nombre.

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[1]- L’homme est le Dieu de l’homme.


[2]Feuerbach cité dans Henri de Lubac, Le drame de l’humanisme athée, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998, pp. 25 à 27]

dimanche 23 février 2014

" Si vous ne saluez que vos frères ... "

« Si vous ne saluez que vos frères … »

Depuis trois semaines, aux messes dominicales, nous entendons Jésus proclamer pour nous aujourd’hui, en 2014, le « sermon sur la montagne ». Il s’agit de la Loi nouvelle telle que vue et commentée par notre bien-aimé Sauveur. Les phrases que nous retrouvons en Mathieu chapitres 5, 6 et 7, sont parfois incisives, tranchantes et bouleversantes. Ce fut le cas dimanche dernier, et c’est le cas aujourd’hui, alors que Jésus nous invite à aimer nos ennemis. Il s’agit là, du sommet de l’évangile, du sommet du témoignage chrétien, du sommet du « sermon sur la montagne ».

Je désire ce matin, me pencher plus particulièrement sur une des phrases de l’évangile d’aujourd’hui : « Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? » (Mt 5, 47). Désormais, quand j’entends cette phrase de Jésus, me vient à l’esprit une expérience que j’ai vécue un certain lundi, il y a environ deux ans. Je sais que c’était un lundi car j’étais dans un endroit que je ne fréquente que le jour de mon congé hebdomadaire, qui est le lundi. J’étais dans un magasin appelé « Première Moisson », à Laval, où je venais d’acheter un pain. J’attendais en ligne, pour payer mon dû. Devant moi, se trouvait la cliente qui était sur le point de régler ses comptes. Dès que l’employée du magasin s’est tournée vers la cliente, cette dernière lui fit le plus beau des sourires et lui demanda comment elle allait. L’employée du magasin lui a répondu gentiment qu’elle se portait bien. La cliente était une dame dans la quarantaine, grande et très jolie. J’ai été tellement impressionné par son attitude, que j’ai été la voir à l’extérieur du magasin, pour lui dire à quel point toute son attitude m’avait grandement impressionné : sa bonté, son sourire, sa courtoisie. Je lui ai aussi dit que j’étais prêtre, car cela ne se voyait pas du tout. En ma journée de congé, je troque la chemise à collet romain, pour une chemise « normale ». Le seul signe qui peut indiquer que je suis chrétien, est le crucifix que je porte fièrement à mon cou et qui resplendit sur ma poitrine. La dame a semblé très heureuse des commentaires élogieux que j’ai émis à son égard, et elle est disparue de ma vue. Ce jour-là, je me suis surpris à vouloir être comme cette femme : à avoir la même attitude qu’elle. Je ne sais pas si cette femme était chrétienne, mais je sais que son attitude et son comportement étaient on ne peut plus chrétiens. Tout chrétien, toute chrétienne, devrait agir ainsi, si ce n’est tous les jours, au moins régulièrement. Or il est très difficile, selon moi, d’agir ainsi. Très souvent, nous sommes loin d’avoir la générosité de cette dame. Car il faut être très généreux et aimant pour sortir aussi facilement de soi et de ses problèmes, pour aller joyeusement à la rencontre de l’autre.

Et pourtant, tout l’Évangile est là. Qu’est-ce que Jésus nous invite à dire quand nous entrons dans la maison de gens inconnus. Il nous demande de prononcer les paroles suivantes : « Paix à cette maison ». Nous sommes invités à imaginer la physionomie du disciple de Jésus qui prononce ces quatre petits mots. Il est clair que de tels mots ne peuvent pas être prononcés avec un air maussade au visage. Il est certain que cette paix proclamée et souhaitée, doit sortir d’un cœur joyeux, pacifié et aimant.

Toute la pastorale de Jésus, est une pastorale de l’initiative. Il ne faut pas attendre que l’autre vienne à nous ou nous parle en premier. Il faut prendre l’initiative. Jésus dit à Mathieu, assis à son bureau de publicain : « Suis-moi »; à la Samaritaine, il prit les devants et dit : « Donne-moi à boire »; à Zachée, il dit : « Descends vite; aujourd’hui je dois demeurer chez toi ». Dans l’évangile de dimanche dernier, Jésus est allé jusqu’à nous dire que si nous sommes conscients que quelqu’un a quelque chose contre nous (et même si nous, nous n’avons rien contre cette personne), nous devrions laisser là notre offrande, devant l’autel, à l’église, et aller nous réconcilier avec cette personne. Si cela n’est pas prendre l’initiative, qu’est-ce que c’est?

Dieu nous a donné un pape qui ne cesse de nous inviter à sortir de nous-mêmes et de notre petit confort, pour oser aller à la rencontre de l’autre. Quel défi extraordinaire, quel dérangement dans nos petites habitudes et dans nos grandes commodités ! Saurons-nous faire de même ? Voilà la grande question.    

samedi 22 février 2014

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix

En ce 22 février 2014, fête de la « chaire de saint Pierre », Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, est devenu cardinal. Dans la vidéo reproduite ci-dessous, vous pourrez entendre l’homélie que le pape François a prononcée lors de la célébration d’aujourd’hui, et, à la dixième minute et quatrième seconde, vous verrez Mgr Lacroix gravir les marches du sanctuaire de la Basilique St-Pierre, pour recevoir des mains du pape François, l'anneau cardinalice. À cinquante-six ans, Mgr Lacroix devient le troisième plus jeune cardinal au monde. 

« Je suis très très heureux, surtout heureux de pouvoir servir de proche avec le pape François qui est un exemple extraordinaire pour moi», a précisé le nouveau cardinal, une heure après la fin de la cérémonie.
Comme le veut la tradition, Gérald Cyprien Lacroix sera associé à une paroisse de Rome. Il s'agit de la paroisse San Giuseppe (Saint-Joseph) all'Aurelio.
«Saint-Joseph, le grand patron du Canada, a dit le cardinal Lacroix en expliquant ce que le pape lui a chuchoté à l'oreille au moment de sa nomination. Il m'a dit que Saint-Joseph était un grand homme, un grand serviteur du seigneur Jésus et "qu'il vous soutienne dans votre mission". Ça m'a beaucoup touché.» fr.canoe.ca/infos/.../2014/.../20140222-082020.html )
Remercions le Seigneur pour cette grâce insigne, faite à un de nos compatriotes. 



  

jeudi 20 février 2014

Jésus et la Samaritaine

Jésus et la Samaritaine
   Jésus et la samaritaine       (  Jn 4, 5-42 )

« Comme il fallait qu’il passât par la Samarie, Jésus arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : “ Donne-moi à boire ”. Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme samaritaine lui dit : “ Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? ” Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. Jésus lui répondit : “ Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ”. “ Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ? Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? ” Jésus lui répondit : “ Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ”. La femme lui dit : “Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici”. “ Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici ”. La femme répondit : “ Je n’ai point de mari”. Jésus lui dit : “Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai ”. “ Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem ”. “ Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ”. La femme lui dit : “ Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses ”. Jésus lui dit : “ Je le suis, moi qui te parle ”. Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : “ Que demandes-tu ? ” ou : “ De quoi parles-tu avec elle ? ” Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens : “ Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? » (Évangile selon Jean, chapitre 4, versets 4 à 29)

Cet épisode de la vie de Jésus, tel que raconté par l’évangéliste Jean, est un des plus beaux récits évangéliques. Il a été commenté de différentes façons. Dans le livre que lis présentement et dont j’ai fait allusion il y a de cela quelques jours, l’auteur fait un très beau commentaire de cette page d’évangile; un commentaire simple et profond. J’ai cru bon vous le partager:

« Donne-moi à boire », dit Jésus à la Samaritaine (Jn 4). Cette femme est comme morte socialement; tant sa réputation de femme légère est installée dans tous les esprits, c’est à l’heure la plus chaude du jour, pour n’y rencontrer personne, qu’elle vient au puits de Jacob pour y puiser de l’eau.

Jésus va braver plusieurs interdits : « Quand ses disciples arrivèrent, ils s’étonnèrent que Jésus parlât à une femme. » Qui plus est, elle fait partie du peuple samaritain considéré comme hérétique par les juifs – on ne parle pas à ces gens-là. Jésus, non seulement va la faire exister par la parole qu’il lui adresse en lui disant « Donne-moi à boire », mais surtout il lui dit avoir besoin d’elle  …

Maintes fois j’ai constaté que nous ressuscitons les gens quand nous leur disons avoir besoin d’eux : un vieillard qui se voit totalement inutile, un handicapé qui ressent douloureusement le poids qu’il représente …  Pour cette femme samaritaine, le chemin vers la vie commence pas là; le long dialogue avec Jésus la fera ensuite aller d’étape en étape, jusqu’à l’ultime : « La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville e parla aux gens … »  Elle n’a plus honte d’elle-même et du regard qu’on porte sur elle; Jésus lui a donné le droit d’exister et la confiance pour cela.

Dans ma vie personnelle, surtout dans les longues années de nuit, l’attente des gens à mon égard (J’ai besoin de toi), leurs regards positifs ou reconnaissants, leurs merci, m’ont souvent ramené à la vie alors que mon visage était sombre; à l’instar des disciples d’Emmaüs avant que Jésus ne les rejoigne. »

…  je comprenais que ces frères et sœurs en humanité avaient pour moi été médiateurs; à travers eux, je voulais le croire, le Christ était venu à moi. »  (Éric Venot-Eiffel, J’ai tant douté de toi, Paris, Médiaspaul, 2012, pp.102-103)


Dans son livre, l’abbé Venot-Eiffel présente Jésus comme « puissance de vie ». Partout où Jésus passe, il sème la vie, il fait naître ou croître la vie. Jésus a partie liée avec la vie. N’a-t-il pas dit : « Je suis venu pour que les gens aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10) . Comme l’a si bien écrit un jour l’abbé Denis Veilleux : « Partout où Jésus passe, Il change quelque chose » (Denis Veilleux, Marie au soir du Jeudi-Saint. Si vous n'avez jamais entendu ce texte de l'abbé Veilleux, je vous encourage à cliquer sur le lien ci-dessous). 






  1. Marie au soir du Jeudi Saint - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=XMs3MA-jtTA


    14 nov. 2012 - Ajouté par portafideitv
    Monologue illustrant l'état d'âme de Marie le soir du Jeudi saint. Production: l'Institut Apostolique ...



lundi 17 février 2014

Évangéliser par la beauté

Évangéliser par la beauté

Dostoïevski dans son roman  L’Idiot,  fait dire à son héros, le prince  Mychkine : « La beauté sauvera le monde ». Gabriel’s Oboe ( "oboe" signifie " hautbois ") est ma musique instrumentale préférée. Elle a été composée par Ennio Morricone, pour le magnifique film « The Mission » (1),. Lorsque j’ai proposé à mon bon ami Mathieu Binette de mettre mon testament spirituel, intitulé Les Yeux de l’Amour (2), en vidéo sur internet, je lui ai demandé d’intégrer à la vidéo, ma pièce musicale instrumentale préférée. Mathieu a eu la merveilleuse inspiration de mettre Gabriel’s Oboe au début et à la fin de la vidéo.

Quelle ne fut pas ma surprise, il y a de cela quelques mois, de voir un jeune ouvrier coréen de vingt-et-un ans, nommé Choi Sung-Bong, interpréter une chanson sur mon air favori. Jamais je n’aurais imaginé que quelqu’un puisse mettre des paroles sur la mélodie de Gabriel’s Oboe. Choi Sung-Bong a ému aux larmes les jurés et le public de l’émission de télévision Korea’s Got Talent (3). Ce jeune ouvrier a d’abord ému les juges de l’émission, en racontant un peu sa vie. Voici ce qu’on en dit, sur un site internet :

« Sur la vidéo …  on découvre dans un premier temps un jeune homme timide expliquer son histoire, pas franchement marrante. Placé dans un orphelinat à 3 ans, il s'enfuit à 5 ans, ayant subi de mauvais traitements. Il vit ensuite pendant dix ans dans la rue en vendant des chewing-gums et en dormant dans la rue ou dans des toilettes publiques. Privé d'école et de collège, il s'inscrit finalement dans une école d'art à 16 ans. Il rêve de devenir chanteur après avoir entendu un interprète dans une boîte de nuit. Puis il se lance, après avoir précisé qu'il n'était pas un très bon chanteur ! » (Tiré du site internet suivant : Buzz : Voici le Susan Boyle coréen! (VIDEO) - news télé)

Je suis franchement impressionné qu’un jeune homme d'une vingtaine d'années, ait choisi cette chanson pour participer au concours télévisé Korea’s Got Talent. Cela dit beaucoup, selon moi, sur la maturité humaine et spirituelle de ce jeune homme.

Grâce à Choi Sung-Bong, j’ai su comment il se fait que des paroles ont été mises sur la musique d’Ennio Morricone. J’ai fait une courte recherche sur internet, et j’ai découvert que c’est la grande chanteuse Sarah Brightman qui a obtenu la permission d’Ennio Morricone, de mettre des paroles sur la mélodie de « Gabriel’s Oboe ». La chanson a pour titre : « Nella Fantasia », que l’on peut traduire par : « En imagination » (4).. Voici ce que la fameuse chanteuse a dit à ce sujet :

« Cette chanson était à l’origine, une pièce instrumentale composée par Ennio Morricone pour le film The Mission. Il y a environ trois ans (calculons maintenant huit ans environ), j’ai écrit à monsieur Morricone pour lui demander s’il m’accorderait la permission de convertir cette pièce musicale en chanson. Il refusa catégoriquement. Alors, à tous les deux mois, je lui envoyais une autre lettre pour le supplier de m’accorder cette faveur, jusqu'au moment où, à ce qu'il semble, il fut exaspéré et accepta. Je suis vraiment heureuse qu’il ait consenti, car je pense que cela fait une très belle chanson. »

Voici le texte en italien, de la chanson: " Nella Fantasia " :

Nella fantasia io vedo un mondo giusto,
Li tutti vivono in pace e in onestá.
Io sogno d'anime che sono sempre libere,
Come le nuvole che volano,
Pien' d'umanità in fondo all'anima.

Nella fantasia io vedo un mondo chiaro,
Li anche la notte é meno oscura.
Io sogno d'anime che sono sempre libere,
Come le nuvole che volano.

Nella fantasia esiste un vento caldo,
Che soffia sulle cittá, come amico.
Io sogno d'anime che sono sempre libere,
Come le nuvole che volano,
Pien' d'umanitá in fondo all'anima.



Et voici ma traduction ce cette chanson: 


En imagination, je vois un monde juste,

où tous vivent en paix et de façon honnête. 
Je rêve d'âmes qui sont libres à jamais, 
comme les nuages qui volent,
remplies d'humanité au fond de l'âme. 

En imagination, je vois un monde clair,

où la nuit aussi est moins obscure. 
Je rêve d'âmes qui sont libres à jamais, 
comme les nuages qui volent.

En imagination, existe un vent chaud, 

qui souffle sur les villes, comme un ami.
Je rêve d'âmes qui sont libres à jamais, 
comme les nuages qui volent, 
remplies d'humanité au fond de l'âme. 

(1) Ennio Morricone - Monaco - Gabriel's Oboe - YouTube

www.youtube.com/watch?v=jmax47l2hLU1 mars 2008 - 3 min - Ajouté par Giuseppe Alfino
Morricone dirige Morricone Live Concert in München Flauto di Pan: Ulrich Herkenhoff ... 
  1. www.youtube.com/watch?v=C4hTSQkji7o
    8 nov. 2012 - Ajouté par Guy Simard
    Ce que vous allez voir, est la chose la plus importante que je laisserai en ce monde. De tout ce que j'aurai fait ...

(4) Nella fantasia - Sarah Brightman - Concert Vaticano - YouTube  Ce concert a été donné au Vatican, dans la fameuse salle Paul VI. On peut reconnaître sur la vidéo, la magnifique sculpture en bronze du Christ ressuscité, qui se trouve dans cette salle. 
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Doute sur la bonté de Dieu

Doute sur la bonté de Dieu

Chers amis,

Je suis prêtre depuis plus de trente ans et je me surprends toujours de douter de la bonté de Dieu. Je ne suis pas fier de moi, lorsque je réalise que je doute de la bonté de Dieu, mais je dois avouer bien sincèrement que cela m’arrive parfois. Je considère comme étant une grâce les moments où je prends conscience de ce « doute fondamental ». Je l’appelle « doute fondamental », car je suis sûr qu’il est le lot de chaque personne humaine. Je suis convaincu que chaque être humain sur cette terre, a douté un  jour de la bonté de Dieu.

La dernière fois que j’ai pris conscience du fait que je doute de la bonté de Dieu, ce n’est pas plus tard que ce matin, en ce lundi 17 février 2014. Comme vous le savez peut-être, je prends mon déjeuner (le petit déjeuner européen) en lisant. Je mets une sorte de chevalet devant moi et j’y pose un livre, qui me permet de réfléchir tout en mangeant. Le livre que je lis en ce moment, s’intitule : « J’ai tant douté de toi ». Il a été écrit par un prêtre diocésain français, l’abbé Éric Venot-Eiffel. J’ai regardé une interview sur ce prêtre, sur la chaîne Ktotv, et j’ai été acheter son livre. Je reviendrai sur le témoignage de ce prêtre dans un futur assez rapproché, quand j’aurai terminé la lecture de son livre. Ce prêtre a vécu les « ténèbres de la foi » durant dix-sept ans. Grâce à lui, je réalise que cette « perte apparente de la foi », est beaucoup plus fréquente qu’on ne peut le penser. Et surtout, je réalise que cette épreuve est précisément une épreuve. Ce n’est pas un état définitif, et surtout pas un châtiment. Je reviendrai là-dessus dans un écrit futur.

Or, l’abbé Venot-Eiffel, ne parle pas seulement dans son livre, de l’épreuve qui a été « l’épreuve de sa vie ». Il aborde aussi d’autres sujets qui lui sont chers. C’est en lisant sur un de ces sujets, que je suis tombé sur les lignes qui suivent :

« Une amie, en responsabilité depuis longtemps dans les aumôneries de prison, me disait récemment combien les détenus ont une sensibilité exacerbée qui les rend, plus que d’autres, attentifs aux marques de non-authenticité chez les chrétiens qui viennent à eux. Alors, eux qui avec d’autres sont les petits du Royaume instauré par le Christ, comment les avons-nous visités?

« J’étais prisonnier, et vous êtes venus me voir » (Mt 25, 36), nous dit Jésus qui s’identifie aux petits dans cet admirable passage d’Évangile. »  (Éric Venot-Eiffel, J’ai tant douté de toi, Médiaspaul, 2012, pp. 94-95)

Jésus nous dit bel et bien cela en saint Matthieu : « J’étais prisonnier, et vous êtes venus me voir ». Je me suis alors rappelé la réflexion que j’ai eu, il n’y a pas si longtemps, devant ce passage de l’Évangile. Je me suis demandé ce que Jésus voulait bien dire par là. Et j’en suis arrivé à la conclusion que Jésus parlait ici des personnes « injustement condamnées ». D’après moi, Jésus, en s’identifiant aux prisonniers, pensaient aux prisonniers qui, comme Lui, ont été accusés faussement. Autrement dit, Jésus parlait dans ce passage, des justes, des personnes innocentes. Évidemment, je me trouve ridicule, en ce moment, d’avoir pensé cela. Il est clair pour moi, aujourd’hui, en ce 17 février 2014, que Jésus, en prononçant ces paroles, s’identifiait (et s'identifie) aux pires des mécréants. Et c’est sûrement aux pires des malfaiteurs que l’abbé Venot-Eiffel pensait, lorsqu’il les appelait « les petits du Royaume ».

Comment ne pas penser ainsi, alors que Jésus s’est invité à la table d’un mécréant public, nommé Zachée, et alors que notre maître s’assoyait à chaque jour à la table des pécheurs? Nous sommes tous pécheurs; il n’y a entre nous que des différences de degrés.

À la fin de l’évangile de Matthieu, Jésus s’identifie aux prisonniers, aux malfaiteurs. Et au début de sa vie publique, en saint Luc, Jésus nous donne son programme pastoral :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (Lc 4, 18-19)