samedi 22 novembre 2014

Le Christ, Roi de l'univers

Le Christ, Roi de l’univers

Chaque année, l’Église catholique commence la dernière semaine de son année liturgique par la Solennité du Christ Roi de l’univers. Quelle belle façon de conclure l’année! Jésus est Roi. Saint Jean est l'évangéliste qui a le mieux dépeint la royauté du Christ. Et cette royauté, saint Jean l’a mise en lumière surtout durant la Passion de Jésus. La royauté de Jésus resplendit tout au long de la passion selon saint Jean. Quand Jésus est arrêté, les gardes du Temple veulent s’emparer de lui, mais ils tombent tous à terre devant la majesté de Jésus (Jn 18, 6). Jésus leur montre clairement que c’est lui le Maître de la situation, que c’est lui qui gouverne les événements du monde. On ne l’arrête pas; Il se laisse arrêter. Jésus n’a-t-il pas dit: « Ma vie, personne ne me l’enlève, mais je la donne de moi-même » (Jn 10, 18). Devant Pilate, Jésus dit clairement qu’Il est Roi, mais que sa royauté ne vient pas de ce monde (Jn 18, 36). C’est le génie de saint Jean, d’avoir su montrer que Jésus, même dans sa situation d’extrême faiblesse, est Roi. Sur la croix, au larron qui lui demande: « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume », Jésus répond qu’aujourd’hui même il sera avec Lui, dans le paradis (Lc 23, 42-43). Voilà la raison du choix de l’image que j’ai mise en haut du présent texte. J’ai mis la peinture qu’une de mes paroissiennes, madame Anne Marie Forest a réalisée à ma demande (voir: Dieu ma joie: GRAND MERCI !!!). Jésus y est représenté au début de sa passion, alors qu’Il est arrêté et qu’Il pose son regard sur Pierre, qui vient de le renier. Je trouve qu’Anne Marie a très bien su montrer au moyen de la peinture, la royauté de Jésus dans une situation de faiblesse.  

Que fait un roi? La tâche principale d’un roi, est de gouverner. J’aime beaucoup le passage de la Bible qui nous présente le jeune Salomon, fils du roi David, qui accède au trône, à un très jeune âge. Le seul cadeau que Salomon demande à Dieu de lui accorder, c’est un cœur sage qui puisse discerner le bien et le mal, et qui lui permettra de gouverner le peuple de Dieu.

Jésus, nous l’avons vu, a gouverné sa vie. Même si les événements de la vie de Notre Seigneur font en sorte que parfois nous avons l’impression que Jésus est victime du destin ou de la malice des hommes, il n'en n'est pas ainsi. La vérité est que Jésus est toujours le maître de la situation. Jésus va droit son chemin; personne ne le fait dévier de sa route, de la voie tracée par son Père.

Le baptême a fait de nous aussi des rois. Je me suis longtemps posé la question suivante: en quoi sommes-nous rois; ou encore, comment sommes-nous rois? Je pense qu’une des meilleures façons de montrer comment nous sommes rois, est précisément celle-ci: tout comme Jésus, nous sommes rois car nous sommes appelés à gouverner notre vie selon la volonté de notre Père des cieux, et non pas selon l’air du temps, l’opinion de la majorité ou les pressions que des personnes peuvent exercer sur nous.

Deux personnalités nous ont fourni, par leur vie, un bel exemple de royauté et de loyauté : Nelson Mandela et saint Thomas More. J’ai déjà donné l’exemple de Nelson Mandela sur mon blogue intitulé « Nous sommes prêtres, prophètes et rois ». Voici comment j’expliquais dans ce texte, le fait que nous soyons rois:

« Par le baptême, nous sommes rois. Il n’est pas facile, à première vue, de comprendre en quoi consiste cette royauté. Un passage de l’évangile qui a été proclamé en Église dimanche dernier peut nous conduire à une réponse:

« Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas. Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. » (Mc 9, 43-48)  

En quoi ce passage où Jésus n’y va pas de main morte, peut-il nous faire comprendre en quel sens nous sommes rois? Un roi est quelqu’un qui gouverne. Un chrétien doit être capable de gouverner sa vie et non pas se laisser gouverner par ses passions, par son égoïsme et ses conditionnements de toute sorte. C’est cela, à mes yeux, être roi par le baptême. Si quelqu’un me tend une « enveloppe brune », un pot-de-vin, pour m’acheter ou m’influencer et que je suis tenté de tendre la main pour accepter le cadeau empoisonné, que Jésus me redise: « Coupe ta main; il vaut mieux pour toi entrer manchot dans le royaume de Dieu, que d’aller avec tes deux mains dans la géhenne ». Si j’ai les yeux sur l’épouse d’un de mes confrères de travail ou si je suis tenté de regarder de la pornographie, que Jésus me dise: « Arrache ton œil; il vaut mieux pour toi entrer borgne dans le royaume des cieux, que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne ». C’est cela pour moi être roi, c’est cela régner sur ma vie. Et cette façon de régner sur sa vie est le seul moyen d’être libre, est la seule façon de conquérir la liberté que Jésus est venu nous apporter et qu’Il nous a méritée par sa mort et sa résurrection: « Si le Fils vous libère, vous serez réellement libres »(Jn 8, 36).

Nelson Mandela a dit que ce qui lui a permis de garder courage et de rester libre intérieurement alors qu’il a été incarcéré pendant  vingt-sept ans, dont dix-huit ans dans une minuscule cellule, c’est le poème de William Ernest Henley intitulé: Invictus (Invaincu). La dernière strophe de ce poème dit ceci:

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Qu’on peut traduire ainsi:

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Voilà, à mes yeux, exprimé de façon poétique, ce que signifie être roi  pour un chrétien et une chrétienne. » (Dieu ma joie: Nous sommes prêtres, prophètes et rois).

Saint Thomas More est aussi un excellent modèle de royauté et de loyauté. Au seizième siècle, Thomas More refusa d’admettre que le roi Henri VIII avait le droit de quitter son épouse légitime pour épouser Anne Boleyn. Cette prétention du roi avait pour but de soustraire l’Angleterre à l’autorité de Dieu et du pape. Le refus d’acquiescer à une telle prétention, conduisit Thomas More à perdre son poste de chancelier d’Angleterre. Il vécut alors avec sa famille, dans une grande pauvreté. Persistant dans son refus, alors que la grande majorité des conseillers du roi approuvèrent son mariage avec Anne Boleyn, Thomas More fut emprisonné et décapité le 6 juillet 1535. Le pape Jean-Paul II a canonisé Thomas More le 31 octobre 2000 et il l’a proclamé patron des responsables de gouvernement. Cette reconnaissance des vertus héroïques de Thomas More, tombe à point. Dans nos sociétés occidentales, une erreur est souvent commise: plusieurs politiciens disent représenter les électeurs de leur circonscription et en raison de ce fait, se croient légitimer de voter selon le désir de  la majorité des habitants de leur circonscription. Ils font alors fi du devoir fondamental de suivre leur conscience. Un être humain ne peut en aucun cas se soustraire au devoir que lui dicte sa conscience. Si un représentant de l’État a à voter sur un projet de loi qu’il juge immoral, il doit voter non pas selon ce que pense la majorité, sous prétexte qu’il a été élu pour représenter ses électeurs, mais selon ce que lui dicte sa conscience. Le pape Jean-Paul II a insisté sur ce point, lors de l’homélie de la canonisation de Thomas More : 

« De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside « le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime » (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.   …

Cette harmonie entre le naturel et le surnaturel est l’élément qui décrit peut-être plus que tout autre la personnalité du grand homme d’État anglais : il vécut son intense vie publique avec une humilité toute simple, marquée par son humour bien connu, même aux portes de la mort. Tel est le but où le conduisit sa passion pour la vérité. On ne peut séparer l’homme de Dieu, ni la politique de la morale; telle est la lumière qui éclaira sa conscience. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, «l’homme est une créature de Dieu, et c’est pourquoi les droits de l’homme ont en Dieu leur origine, ils reposent dans le dessein de la création et ils entrent dans le plan de la rédemption. On pourrait presque dire, d’une façon audacieuse, que les droits de l’homme sont aussi les droits de Dieu» (Discours du 7 avril 1998 aux participants à la Rencontre universitaire internationale UNIV’98).


Le Concile œcuménique Vatican II, dans la constitution Gaudium et spes, remarque que, dans le monde contemporain, grandit «la conscience de l’éminente dignité qui revient à la personne humaine, du fait qu’elle l’emporte sur toute chose et que ses droits et devoirs sont universels et inviolables» (n. 26). L’histoire de saint Thomas More illustre clairement une vérité fondamentale de l’éthique politique. En effet, la défense de la liberté de l’Église contre des ingérences indues de l’État est en même temps défense, au nom de la primauté de la conscience, de la liberté de la personne par rapport au pouvoir politique. C’est là le principe fondamental de tout ordre civil, conforme à la nature de l’homme.

5 Je suis donc certain que l’élévation de l’éminente figure de saint Thomas More au rang de Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques pourvoira au bien de la société. C’est là d’ailleurs une initiative qui est en pleine syntonie avec l’esprit du grand Jubilé, qui conduit au troisième millénaire chrétien.

En conséquence, après mûre considération, accueillant volontiers les demandes qui m’ont été adressées, j’établis et je déclare Patron céleste des Responsables de gouvernement et des hommes politiques saint Thomas More, et je décide que doivent lui être attribués tous les honneurs et les privilèges liturgiques qui reviennent, selon le droit, aux Patrons de catégories de personnes.

Béni et glorifié soit Jésus Christ, Rédempteur de l’homme, hier, aujourd’hui, à jamais. »

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 31 octobre 2000, en la vingt-troisième année de mon Pontificat.
IOANNES PAULUS PP. II

La vie de saint Thomas More et de Nelson Mandela, nous apprennent cette vérité essentielle, qui est une bonne nouvelle: l’être humain incorporé au Christ par le baptême, peut, lui aussi, dans une situation d’extrême faiblesse (les deux ont été incarcérés dans des conditions pénibles), être en quelque sorte « roi de l’univers ».

Post scriptum: À chaque année, en ce jour, je médite sur le magnifique poème de Rabindranath Tagore, intitulé: Le mendiant et le roi. Si vous n’avez jamais lu ce poème, je vous encourage fortement à le lire. Je l’ai mis sur le blogue suivant (vous n’avez qu’à cliquer sur le lien qui suit pour accéder directement au texte)
  

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