dimanche 13 avril 2014

L'agonie de Jésus au jardin des oliviers

L’agonie de Jésus au jardin des oliviers 


Nous commençons la « Semaine Sainte », la plus belle de toutes les semaines de l’année liturgique. Nous entendons aujourd’hui en Église, le récit de la Passion de Jésus. Le mystère douloureux qui m’impressionne le plus, est celui de l’agonie de Jésus dans les Jardin de Gethsémani. C’est là que tout s’est joué à mes yeux. C’est là que Jésus a vécu la plus grande tentation de sa vie et qu’il l’a repoussée grâce au merveilleux « combat de la prière ». Le mot agonie vient d’ailleurs d’un mot grec signifiant « combat ». Le combat que Jésus a mené ce soir-là, c’est le combat contre le mal, le mal physique, mais surtout le mal moral. Mais l’arme qu’il a utilisé pour le combat, c’est la prière. La prière est la meilleure arme contre le mal. 

Attitude corporelle : Les évangiles nous disent que Jésus s’est éloigné de ses amis pour prier et qu’Il "tomba face contre terre" (Mt 26, 39). C’est ainsi que les prêtres du monde entier commenceront l’Office de la Passion lors du Vendredi Saint : prosternés devant Dieu, face contre terre. C’est aussi ainsi que priait Abraham, notre père dans la foi : « Abram tomba la face contre terre et Dieu lui parla  » (Gn 17, 3). Quiconque emploie cette posture corporelle, ne peut que se disposer à l’adoration, à se considérer comme une créature et à accepter la Volonté de Dieu.

Un Jésus différent : Dans le jardin des oliviers, Jésus va se montrer à ses apôtres et amis sous un visage différent, tel qu’ils ne l’ont jamais vu et tel qu’ils ne l’auraient jamais imaginé. Cette nouvelle image de Jésus, cette nouvelle façon d’être de leur bien-aimé Seigneur, sera le scandale dont ils ne pourront se remettre qu’en voyant Jésus ressuscité. Jésus qui était toujours sûr de Lui, rempli de la puissance même de Dieu, ayant réponse à tout, se montre à ses disciples, craintif, triste à en mourir, dépendant de ses amis et angoissé. Lorsqu’on dit que les apôtres dormaient ce soir-là, à la vue d’un tel spectacle, je ne puis le croire. Je pense qu’il en était pour eux comme de certains autres épisodes de la Bible : l’expression « leurs yeux étaient appesantis » signifie probablement que leurs yeux ne voulaient pas voir ce qu’ils voyaient. Il s’agissait du mécanisme de défense propre à celui qui ne veut pas voir la réalité en face, parce qu’elle est trop dure et cruelle. Du moins, c’est mon opinion. Et quand Simon-Pierre dira à trois reprises quelques heures plus tard, « Je ne connais pas cet homme », il dira un peu la vérité. Pierre ne reconnaissait plus Jésus, dans sa situation de faiblesse.

La prière : Les évangiles nous disent quelle a été la prière de Jésus ce soir-là. Sa prière a été constituée de très peu de mots, mais elle a dû durer un bon moment. La preuve en est que Jésus s’est rendu à deux reprises auprès de se disciples pour voir s’ils avaient eu le cœur de veiller une heure avec Lui. Les évangiles sont toujours un raccourci. On dit souvent en quelques mots, ce qui se produit en un long moment. Par exemple, on dira dans les évangiles de la Passion que Pilate fit flageller Jésus. Aucun détail n’est donné sur la façon dont Jésus a été flagellé, et sur la durée de la flagellation. Ainsi en est-il ici pour la prière de Jésus. On met bout à bout, l'une à la suite de l’autre, deux phrases de Jésus qui ne vont absolument pas ensemble. Dans un premier temps, Jésus demande à son Père de l’épargner de sa douloureuse Passion. Il faut le faire : Jésus savait très bien ce qu’Il venait faire en ce monde : donner sa vie pour nous, de façon douloureuse et dramatique, et le soir de l’agonie, Il va jusqu’à demander à son Père de permettre que cela n’arrive pas. Voilà un signe très grand de la force de la tentation vécue par Jésus dans le jardin des oliviers. Il est impossible que quelqu’un comme Jésus, qui prononce un tel souhait, dise immédiatement après : « Cependant, Père, non pas comme je veux, mais comme Tu veux. » Voilà ce que j’appelle un raccourci. Il est évident, dans mon esprit, que ce n’est qu’à force de prier, que Jésus a pu dire et répéter cette seconde phrase. La totale soumission de Jésus à la Volonté de son Père, fut sûrement le fruit d’une prière prolongée.

Ce que Jésus a fait ce soir-là, a été un exemple pour les apôtres qui en ont été témoins. Et pour que l’exemple ne se perde pas dans l’oubli, Jésus y a ajouté des paroles. Allant vers ses disciples, il leur dit : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. L’esprit est ardent, mais la chair est faible. » Quel enseignement extraordinaire de notre Maître et Seigneur! Les apôtres n’ont pas veillé ce soir-là; et ils n’ont pas prié: " Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! " (Mt 26, 40). Blaise Pascal, parlant de cet épisode des évangiles, a dit cette phrase admirable: " Jésus a prié les hommes et Il n'en a pas été exaucé ". Certains auteurs disent que c'est la seule prière que Jésus a adressée de son vivant à ses amis; et Il n'a pas été exaucé. N'ayant pas veillé et prié ce soir-là, les apôtres n’ont pas bénéficié de l’admirable force que Jésus a reçue au terme de sa veillée dans le jardin, grâce à sa prière confiante et filiale. N’ayant pas reçu la force qui vient de la prière, les apôtres tomberont dans la tentation et s’enfuiront lâchement dès l’arrivée du danger. Une des plus belles grâces à demander à Jésus durant la Semaine Sainte, est de mettre en pratique le conseil qu’Il nous a donné au soir de sa douloureuse agonie.

Could Ye Not Watch With Me One Hour by James Tissot
La sueur de sang : « Entré en agonie, il priait de façon plus instante, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. » (Lc 22, 43-44)

 

Voici un autre grand enseignement de notre Maître et Seigneur: lorsque tout va mal, lorsque tout va de plus en plus mal, il nous faut prier davantage ou du moins, plus intensément: " Entré en agonie, il priait de façon plus instante " (Lc 22, 43). Force est d'admettre que nous, qui nous disons disciples de Jésus, nous faisons souvent le contraire: lorsque tout va mal, nous prions de moins en moins et nous nous laissons aller. Nous préférons succomber à la tentation, plutôt que de lutter, plutôt que de mener le combat de la prière. Car lutter, combattre, c'est exigeant, c'est éprouvant. 

Il est intéressant de noter que seul l’évangéliste saint Luc, qui était médecin, nous rapporte le fait que Jésus ait sué du sang lors de son agonie. La sueur de sang est un phénomène connu en médecine sous le nom d’hématidrose ou de diapédèse. Dans les deux cas, la sueur de sang est due à un stress extrême. J’ai entendu dire qu’il arrive qu’un condamné à mort ait tellement peur, qu’il sue du sang. Aucun coup provenant de la malice des hommes, n'a encore été porté sur le corps de Jésus, et pourtant son sang commence déjà à couler pour le salut de l'humanité. 

La force d’aller jusqu’au bout : Ce soir-là, grâce à la prière, Jésus a reçu une force extraordinaire venant de son Père, et rien désormais ne l’arrêtera. Il ira jusqu’au bout de l’amour. « Levez-vous ! Allons ! Voici que celui qui me livre est tout proche. » (Mc 14, 42)






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