dimanche 30 mars 2014

Valoriser le sacrement de la réconciliation

Valoriser le sacrement de la réconciliation :

Suite aux invitations répétées de notre cher pape François, de tout faire pour valoriser le sacrement de la réconciliation (voir à ce sujet, le blogue  précédent), j’ai jugé bon de proposer à nouveau à votre méditation, un extrait du texte  que j’ai mis sur mon blogue, le 22 juin 2011, et qui avait pour titre: « Le prêtre et les sacrements ».

Du sacrement de pénitence au sacrement de la réconciliation :

Le sacrement de la réconciliation est un peu l’enfant pauvre parmi les sacrements, ou encore l’enfant mal-aimé. C’est très triste de voir les gens déserter si facilement le recours à ce sacrement. Je vais donc m’attarder plus longuement sur ce sacrement, d’autant plus que notre fondateur, le Père Bruno Lantéri a dit que l’Oblat de la Vierge Marie devrait mourir, idéalement, dans le confessionnal ou en prêchant.  

Parlons d’abord de la façon de nommer ce sacrement. Il est beau de voir que l’Église a changé le nom de ce sacrement : il est passé de « sacrement de la pénitence à sacrement de la réconciliation ». Les mots sacrements de pénitence faisaient allusion à un seul joueur : le pénitent. C’est le pénitent qui doit faire pénitence, et non pas Dieu. On était consciemment ou inconsciemment invité à mettre l’accent sur nous, l’attention sur nous. Grossière erreur ! Dans le sacrement de la réconciliation, l’accent doit être mis sur Dieu. D'où le changement de nom. Quand je dis « réconciliation », je vois tout de suite qu’il y a deux protagonistes. Et quiconque connaît bien la Bible, sait très bien que le beau rôle et le grand rôle dans le sacrement de la réconciliation, est joué par Dieu. En ce sens, les phrases suivantes de saint Paul sont très belles :

« Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. » (2 Cor 5, 18-21)

Ce texte de saint Paul est sûrement un des textes les plus importants en ce qui a trait au sacrement de la réconciliation. En d'autres mots, saint Paul nous dit : « Laissez-vous faire. Vous n’avez rien à faire pour vous réconcilier avec Dieu que de vous laisser-faire. Laissez-vous réconcilier avec Dieu. C’est Lui qui fait tout. » On a bien de la misère en Église à accepter cela. On veut toujours faire quelque chose pour mériter notre salut. Si on fait rien, on se sent coupable. C’est la grande distinction qu’on essaie de faire ces derniers temps entre « perfection » et « sainteté ». La perfection, c’est au bout d’un long cheminement et après bien des efforts. La sainteté, c’est tout de suite et maintenant. Est-ce que cela a pris du temps à Zachée pour être sanctifié ? Est-ce que cela a pris du temps au bon larron pour devenir un saint ? Est-ce que cela a pris du temps à Marie-Madeleine pour devenir une des plus grande saintes de l’Église? Et pourquoi, à nous, cela prendrait-il du temps? Le plus bel exemple de cela, ce sont les baptêmes d’adultes. Quand un adulte ou une adulte est baptisé(e), elle devient sainte immédiatement. Cela ne veut pas dire que la vie chrétienne n'implique aucun effort. Mais cela veut dire que pour être sanctifié, je n’ai qu’à me présenter devant Dieu avec humilité et repentir. C'est ce que Jésus nous a enseigné, à la fin de la parabole du pharisien et du publicain, en Luc 18, 9-14.   

Compréhension du sacrement :

Pour comprendre le sacrement de la réconciliation, il faut retourner au soir de son institution. Jésus est mort à cause de nos péchés et pour nos péchés le Vendredi Saint, et il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures. Or, le premier geste que Jésus a posé, au soir de la Résurrection, c’est de donner le pouvoir aux Apôtres de pardonner les péchés. Cela est assez extraordinaire, n’est-ce pas? C’est la première chose que Jésus a faite. Voici ce qui est dit dans l’évangile selon saint Jean :

« C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : «La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » (Jn 20, 19-23)

Ce qui frappe, en premier lieu lorsque nous écoutons ce passage de saint Jean et que nous pensons au sacrement de la réconciliation, ce sont les paroles de l’institution de ce sacrement : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis … » Or je pense, personnellement, qu’il y a beaucoup plus dans ce texte, en rapport avec le sacrement du pardon. Jésus nous indique aussi le plus grand bienfait que nous recevons de ce sacrement et la façon dont nous le recevons. Ce que je vous dis là, ce sont des intuitions que je viens tout juste d’avoir en préparant cet enseignement. Je n’avais jamais pensé à cela auparavant. Cela prouve qu’on a toujours des choses à apprendre et que l’enseignement est un excellent moyen d’apprentissage.

Les premières paroles du ressuscité sont très importantes : « La Paix soit avec vous ! » Elles sont si importantes que Jésus les répète tout de suite après. La paix, c’est le grand fruit que nous recevons, selon moi, dans le sacrement de la réconciliation : la paix avec Dieu, la paix en Dieu, la paix de Dieu. La paix, c’est aussi le dernier mot que le prêtre dit avant de pardonner les péchés au nom de Jésus. Avant de donner l’absolution proprement dite, le prêtre fait cette prière : « Que Dieu notre Père, vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, Il a réconcilié le monde avec Lui et Il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. Par le ministère de l’Église, qu’Il vous donne le pardon et la paix ». La paix, c’est le grand fruit du sacrement du pardon, selon moi. Dieu nous donne son pardon pour que nous goûtions sa paix, pour que nous soyons en paix. Mais de quelle paix s’agit-il ? Une fois de plus, c'est Jean l'évangéliste qui nous fournit la réponse à cette question. Jésus nous dit, en saint Jean: « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27) Jésus nous donne la paix, mais pas comme le monde la donne. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut certainement dire que Jésus peut nous donner une paix que personne d’autre ne peut nous donner. Cela est très intéressant si on l’applique au sacrement de la réconciliation. Lorsque nous péchons, tout notre être est affecté : notre corps, notre âme et notre esprit. Nous sommes habitués de parler de l’être humain comme étant un composé d’âme et de corps. Et cela est vrai. Mais l’être humain est aussi « esprit ». C’est ce que saint Paul essaie de nous faire comprendre dans sa première lettre aux Thessaloniciens :

« Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Th 5,23)

La distinction entre âme et esprit n’est pas facile à comprendre. Mais je pense que vous arriverez, comme moi, à saisir quelque chose de cela « intuitivement ». Ce que je vais dire dans un instant, est perçu par nous surtout grâce à l’intuition, et non pas tant par le raisonnement. Après avoir entendu mon interprétation, vous vous direz probablement : « Oui, je crois que le Père Guy a raison », mais vous serez pratiquement incapables d’expliquer la raison pour laquelle vous êtes d'accord avec moi. 

Le mot « âme » vient du mot grec « psuché » employé dans le Nouveau Testament et du mot hébreu : « nephesch ». Donc âme = psuché, d’où vient le mot « psychologique ». Il est vrai que le péché affecte en nous tout notre être psychologique. Le mot « esprit » vient du mot grec « pneuma » et du mot hébreu « ruah » qui veulent dire « souffle ». Quand on parle de l’esprit dans la Bible, on fait donc clairement référence au souffle divin que Dieu a mis en nous, à ce qui en nous est divinisé. On fait clairement référence à Dieu en nous. Or le péché se joue surtout là. On a appris tout jeune que le péché est une offense faite à Dieu. Mais il aurait été bon qu’on nous dise que le péché est une « offense faite à Dieu en nous». Et cette offense-là, cette souillure-là, seulement Dieu peut l’enlever. Il y a des gens qui nous confient avoir commis une grave trahison envers une personne. Elles disent que la personne trahie leur a pardonné. Mais elles ne sont pas encore en paix. Parfois elles ont suivi une thérapie pour guérir des séquelles psychologiques dues à leurs erreurs ou à leurs péchés; mais elles n’ont toujours pas la paix. Cela ne me surprend pas car cette paix- là, seul Dieu peut la donner. Il y a une partie de notre être, que la Bible appelle l’esprit, que seul Dieu peut voir, toucher et guérir. Et c’est là que se trouve la paix dont parle Jésus; c’est là que se joue la paix dont parle notre bien-aimé Sauveur.

« L’esprit (avec petit « e »), c’est ce que Thérèse d’Avila appelle « la fine pointe de l’âme ». C’est le lieu le plus profond de notre être, le sanctuaire caché là où Dieu se tient et nous souffle « viens vers le Bien, viens vers Moi, évite le mal, fais ce qui est bien », etc. Vatican II l’appelle simplement la conscience. La Bible parle du coeur de l'homme : son centre le plus profond .» (Ephata Forum catholique, Corps âme et esprit, 29 avril 2007)

Le sentiment qui doit nous animer : la confiance 

Le grand sentiment qui doit nous animer lorsque nous nous approchons du sacrement de la réconciliation, c’est la confiance. Autrefois, on disait que c’était la contrition. Je n'ai rien contre cela. Mais, personnellement, je préfère dire que c’est la confiance qui doit être le sentiment dominant chez la personne qui s'approche du sacrement de la réconciliation . Tout est dans la confiance; tout est une question de confiance. Surtout dans ce sacrement. Ma sainte préférée, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, lorsqu’elle est allée se confesser pour la première fois de sa vie, était tellement heureuse, tellement joyeuse. Comme je l’envie! Comme j'aimerais avoir les mêmes dispositions! Cette sainte a dit un jour : « C’est par la confiance, et seulement par la confiance, qu’on parvient à l’amour. » Vous avez tous entendu parler, j’imagine, de Sœur Faustine, la première Sainte canonisée de l’an 2000. Cette religieuse polonaise qui a eu des révélations du Sacré Cœur. Jésus lui est apparu et lui a demandé de faire faire une image selon le modèle qu’Il lui a montré. Il lui a aussi demandé d’écrire au bas de l’image, les mots suivants : « Jésus, j’ai confiance en Toi! ». Quelle belle phrase ! Et si on regarde bien cette représentation de Jésus, on dirait qu’Il est en train de donner le sacrement de la réconciliation; Il semble exécuter le geste de la main que le prêtre fait lorsqu’il absout les péchés.

 
«  Jésus, j’ai confiance en Toi ! »


Jésus a dit à Sœur Faustine :

" Ma fille, quand tu t'approches de la Sainte Confession, de cette source de ma Miséricorde, le Sang et l'Eau qui sont sortis de mon Coeur se déversent sur ton âme et l'ennoblissent. Chaque fois que tu te confesses, plonge-toi tout entière dans ma Miséricorde avec grande confiance, pour que je puisse répandre en ton âme toutes les largesses de ma grâce. Quand tu vas te confesser, sache que c'est moi-même qui t'attends dans le confessionnal. Je ne fais que me cacher derrière le prêtre, mais c'est moi seul qui agis dans l'âme. Ici, la misère de l'âme rencontre le Dieu de Miséricorde. Dis aux âmes qu'à cette source de Miséricorde elles ne puisent qu'avec le vase de la confiance. Lorsque leur confiance est grande, il n'y a pas de borne à mes largesses. Les torrents de ma grâce inondent les âmes humbles. Les orgueilleux seront toujours dans la misère et la pauvreté car ma grâce se détourne d'eux pour aller vers les âmes humbles. " (Petit Journal, § 1602)

C’est très beau ce que Jésus dit ici. Comment cela pourrait-il ne pas être beau puisque c’est le Seigneur qui le dit. Jésus nous parle à la fois de confiance et d’humilité. Seuls les humbles peuvent avoir un cœur confiant. Les orgueilleux ignorent la confiance. Je vais vous partager une expérience que j’ai faite il y a de cela cinq ou six ans, alors que je suis allé me confesser. J’ai été à l’Oratoire Saint-Joseph, où j’allais souvent me confesser et j’ai été très mal reçu, selon moi, par le prêtre. Je suis sorti du confessionnal très fâché, avec la nette impression que le prêtre avait été très bête avec moi. Il m’avait écouté et m’avait dit une seule phrase sur un ton pas mal sec : « Mais vous avez confiance en Dieu, non ? ». Après coup, j’ai réfléchi à cela et j’ai trouvé que ce prêtre avait très bien agi. Il a probablement essayé de me réveiller un peu. Je me souviens qu’en me confessant, j’avais pris un air et un ton pas mal piteux; je me sentais petit dans me souliers et si peu fier de moi. J’ai commencé ma confession comme je le fais toujours, en lui disant que j’étais prêtre et religieux. Voyant mon état d’âme, et surtout cette façon que j’avais de m’apitoyer sur moi-même, le prêtre m’a dit : « Mais vous avez confiance en Dieu, non ? » Quelle belle phrase ! Et combien cette phrase était bien placée ! Ce jour-là, j’étais centré sur moi au lieu d’être centré sur Dieu. J’étais centré sur mes péchés au lieu d’être centré sur la miséricorde. J’avais précisément oublié d’avoir confiance en Dieu, d’avoir confiance en Jésus.

Je veux terminer ce blogue par quelques lignes que m’a écrites un de mes meilleurs amis de Québec nommé Michel. Voici ce que m’a écrit Michel:

« Le passage suivant d'un film de Pagnol m'a fait penser au sacrement de la réconciliation: Angèle, entraînée par un mauvais garçon, s’est prostituée. Saturnin, l’employé de ses parents, vient la chercher à Marseille. (C'est Fernandel qui jouait le rôle de Saturnin.)

« Écoute, ce qui t’arrive en ce moment, voilà comment je le comprends… C’est comme si on me disait : « Notre Angèle est tombée dans un trou de fumier. » Alors moi j’irais, et je te prendrais dans mes bras, et je te laverais bien. Et je te passerais des bois d’allumettes sous les ongles, et je te tremperais les cheveux dans l’eau de lavande pour qu’il ne te reste pas une paille, pas une tache, pas une ombre, rien… Je te ferais propre comme l’eau, et tu serais aussi belle qu’avant. Parce que, tu sais, l’amitié, ça rapproprie tout, tout, tout… Et si un jour, par fantaisie, tu venais me dire : « Saturnin, tu te rappelles le jour où je suis tombée dans le fumier? » moi, je te dirais « Quel fumier ? … Où ?... Quand ? … Comment ? … » Moi, je t’ai vue si petite, que je te vois propre comme tu es née. »

En allant voir sur internet, j’ai appris que cette scène est tirée du film de Marcel Pagnol, intitulé: Angèle, film français réalisé en 1934 d’après le roman de Jean Giono intitulé: Un de Baumugnes. Cela nous montre à quel point tout nous parle de Dieu, tout nous instruit sur qui est Dieu: l’art, le roman, le cinéma, la peinture, la nature, etc.










2 commentaires:

  1. Le sacrement de réconciliation, du pardon... pénitence, oui quand on était enfant... Mon Dieu.. .que cela était difficile à comprendre... et combien on sait qu'il fallait au moins y aller avec la petite école, le 1er vendredi du mois, si je me souviens bien...

    Étant enfant, j'avais tellement peur du confessionnal et de sa noirceur... on entrait ... quasiment de reculons, on ne savait guère quoi confesser, on allait même,... je dirais, à s'inventer des fautes... ou à redire toujours les mêmes petites fautes bien "vénielle" et puériles...

    Je peux dire que maintenant, j'ai vraiment compris que lorsque l'on reçoit ce sacrement, c'est tellement bien et bon, après... on se sent renaître... revivre et continuer la route... tout en tentant bien humblement d'éviter de retomber...

    Alors que, comme Il a dit... que celui qui est sans péchés... lui lance la première pierre...

    Merci père Guy de ce texte fort enrichissant...

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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