lundi 30 septembre 2013

" Une rose effeuillée " (poésie de Thérèse de l'Enfant-Jésus)

« Une rose effeuillée »
   

Comme vous le savez, si vous me lisez depuis que j’ai commencé à écrire ce blogue, Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face (tel est en effet le nom complet de cette chère sainte) est ma sainte préférée. Cette carmélite, décédée à vingt-quatre ans, est une des saintes les plus connues et les plus populaires. Pour les personnes parmi vous qui ne la connaîtraient pas ou très peu, je vous invite à lire les citations de Thérèse que j’ai mises sur mon blogue, en date du premier octobre 2011. Pour cela, vous n’avez qu’à cliquer sur les mots suivants: Thérèse, chère Thérèse.

Thérèse, dans son couvent, a composé de nombreuses poésies. La grande majorité d’entre elles étaient des « commandes spéciales ». Pour l’anniversaire d’une de ses sœurs religieuses, ou pour une fête particulière, on demandait à Thérèse de composer des poésies. L’âme de Thérèse se révèle beaucoup dans ses poèmes. Ces poésies étaient faites pour être chantées. Thérèse choisissait une chanson populaire de son temps, conservait la mélodie et y mettait les paroles de ses poèmes. Je me suis déjà procuré un CD des poésies de Thérèse, chantées par des carmélites d'aujourd'hui sur les airs que la sainte avait choisis. Pour dire le vrai, quelques unes de ces mélodies ne sont pas très attrayantes pour l’oreille d'une personne de notre époque. Je préfère de beaucoup écouter les poésies de Thérèse, telles que mises en musique et chantées par un Père carme nommé Patrick Lemoine. Ces mélodies sont très simples et belles. À tel point, qu’elles m’ont convaincu d’apprendre par moi-même le piano, dans le but de chanter Thérèse. Ces jours-ci, je passe donc un peu de temps à apprendre les poésies de ma sainte préférée et à les jouer au piano, sur les airs composés par un moine de notre temps. Qui sait si un jour vous ne verrez pas une affiche publicitaire sur la rue, ayant pour titre: « Guy Simard chante Thérèse » ?

Un des CD des poésies de Thérèse mises en musique par Patrick Lemoine, comporte de magnifiques commentaires de Mgr Guy Gaucher (évêque auxiliaire de Bayeux-Lisieux, de 1987 à 2005, qui résidait à Lisieux). Aujourd’hui, je désire vous faire connaître une de mes poésies préférées de Thérèse, intitulée : « Une rose effeuillée ». Voici le commentaire, presque mots pour mots, de Mgr Gaucher (tel qu'on le retrouve sur le CD intitulé: Les poésies de Thérèse de Lisieux, Commentaires Guy Gaucher, Musique et Chant Patrick Lemoine), sur cette poésie :

" La poésie 51, intitulée « Une rose effeuillée », date du 19 mai 1897. C’est une sorte de défi qui est envoyé à Thérèse. Quelques poésies de Thérèse avaient été envoyées à différents carmels, dont le Carmel de Paris, sur la rue de Messine. Mère Henriette, qui habitait ce carmel dit un jour : « Il paraît qu’il y a à Lisieux, une petite carmélite qui fait de jolies poésies, mais j’aimerais voir un petit peu par moi-même. » Il semble qu’elle ait demandé à Thérèse, une poésie sur le thème de la rose effeuillée ; mais de cela, nous ne sommes pas sûrs. Toujours est-il qu’elle reçoit un poème intitulé « Une rose effeuillée ». Thérèse a écrit ce poème en mai 1897. À cette époque, elle a abandonné la vie conventuelle, en ce sens qu’elle ne va plus prier au chœur, ne se rend plus au réfectoire et ne travaille plus. Elle se tient soit dans sa cellule, ou dans le jardin, et elle va bientôt cracher le sang.

Thérèse se rend compte que la rose effeuillée, c’est elle. Elle donne sa vie à Dieu comme une rose qui s’effeuille ; et elle se donne pour n’être plus, pour disparaître. Mère Henriette reçoit le poème et dit : « C’est très bien, mais le poème est incomplet, inachevé ; il manque un couplet. Une fois que la rose s’est défaite, une fois rendue au ciel, Dieu la ramasse, la refait, la recompose pour en faire une rose magnifique qui brille éternellement. » Thérèse lui répond : « Que la bonne Mère fasse ce couplet comme elle l’entend. Pour moi, je ne suis pas du tout inspirée pour le faire. Mon désir, c’est d’être effeuillée à jamais, pour faire plaisir au bon Dieu, un point c’est tout. » On ne lui faisait pas faire ce qu’on voulait.

C’est une des poésies les plus fortes de Thérèse. « Se donner pour n’être plus », c’est ce que fait concrètement Thérèse dans sa maladie. Elle mourra inconnue, le 30 septembre 1897, à 19h 20. Après sa mort, elle connaîtra un rayonnement universel."  (paroles de Mgr Guy Gaucher, reproduites à partir de l'audition du CD mentionné ci-dessus)

En ce 30 septembre 2013, jour anniversaire de la mort de celle qu’on appelle communément « la petite Thérèse », il me fait plaisir de mettre ce poème sous vos yeux. L’Église, pour honorer les saints et les saintes, choisit normalement de les fêter (dans le calendrier liturgique) le jour de leur mort. Car puisque ces témoins de la foi ont vécu la charité parfaite, nous sommes en droit de penser qu’ils sont entrés au ciel le jour même où ils ont quitté cette terre. L’Église universelle fête Thérèse de l’Enfant-Jésus le 1er octobre, car la date du 30 septembre n’était plus disponible dans le calendrier liturgique, lorsque Thérèse fut canonisée. Depuis des siècles, l’Église fête saint Jérôme le 30 septembre, date de la mort de cet autre géant du christianisme (Jérôme est décédé le 30 septembre 420, à Bethléem). 

Veuillez noter que dans cette poésie, Thérèse s'adresse à l'Enfant Jésus, ce qui est très rare. Le dernier couplet, à caractère un peu prophétique, annonce la Passion. On retrouve encore ici la symbolique du nom complet de la sainte: sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

« Une Rose effeuillée »

Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère
Quitter ses bras
Essayer en tremblant sur notre triste terre
Tes premiers pas
Devant toi je voudrais effeuiller une rose
En sa fraîcheur
Pour que ton petit pied bien doucement repose
Sur une fleur !...

Cette rose effeuillée, c'est la fidèle image
Divin Enfant
Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage
A chaque instant.
Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose
Aime à briller
Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose :
« C'est m'effeuiller !... »

La rose en son éclat peut embellir la fête
Aimable Enfant,
Mais la rose effeuillée, simplement on la jette
Au gré du vent.
Une rose effeuillée sans recherche se donne
Pour n'être plus.
Comme elle avec bonheur à toi je m'abandonne
Petit Jésus.

L'on marche sans regret sur des feuilles de rose
Et ses débris
Sont un simple ornement que sans art on dispose
je l'ai compris.
Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie
Mon avenir
Aux regard des mortels rose à jamais flétrie
Je dois mourir !...

Pour toi, je dois mourir, Enfant, Beauté Suprême
Quel heureux sort !
Je veux en m 'effeuillant te prouver que je t'aime
O mon Trésor !...
Sous tes pas enfantins, je veux avec mystère
Vivre ici-bas
Et je voudrais encor adoucir au Calvaire
Tes derniers pas !...

(51ème poésie de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face)





dimanche 29 septembre 2013

Lazare et le mauvais riche

Lazare et le mauvais riche

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous raconte une autre parabole de son cru et donne une fois de plus une extraordinaire démonstration de son talent de conteur. Quiconque entend une seule fois cette parabole, s'en souviendra probablement toute sa vie. Un jour Jésus disait :

Évangile selon Luc - Chapitre 16


19 Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. 

20 Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert de plaies, 

21 et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; mais c'était plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. 

22 Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. 

23 Dans le séjour des morts, il leva les yeux; et, tandis qu'il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. 

24 Il s'écria: Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et me rafraîchisse la langue; car je souffre cruellement dans cette flamme. 

25 Abraham répondit: Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. 

26 D'ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire. 

27 Le riche dit: Je te prie donc, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père; car j'ai cinq frères. 
28 C'est pour qu'il leur atteste ces choses, afin qu'ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments. 
29 Abraham répondit: Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent. 
30 Et il dit: Non, père Abraham, mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils se repentiront. 
31 Et Abraham lui dit: S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu'un des morts ressusciterait.

Jésus, dans cet évangile, nous dit clairement que notre vie ici-bas, conditionne notre vie éternelle future. Comme la vie est précieuse et riche de sens! Et il y a un risque : le risque de vivre un grand retournement des choses. La vie de quelqu’un ici bas risque d’être à l’opposé de ce que cette personne vivra dans l’au-delà.

Dans les premiers siècles de l’Église, alors que tous ne savaient pas lire, on évangélisait beaucoup par les images. Au Moyen-Âge (et aussi de nos jours), les cathédrales, les basiliques et les églises, étaient des lieux extraordinaires d’évangélisation. Les gens n’avaient qu’à se recueillir devant les peintures, les mosaïques et les vitraux des églises, pour être évangélisés. Si vous allez, par exemple, à la basilique Sainte-Anne de Beaupré, près de Québec, et que vous dirigez votre regard vers le plafond de la basilique, vous pourrez contempler toute la vie de la Sainte Vierge, ainsi que plusieurs scènes de la Bible et des évangiles. En paroisse, à la messe de 11 heures, nous utilisons beaucoup l’instrument visuel nommé : power point. À l’homélie, ce matin, à l’aide de cet instrument, je montrerai les images et dessins ci-dessous.




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J’aime beaucoup désormais, pour contempler une scène évangélique, aller sur Google, écrire le nom du passage des évangiles que je désire contempler et cliquer en haut sur le mot « images ». Je peux alors contempler des dessins et peintures qui aident ma méditation. Dans les œuvres d’art reproduites dans ce message, on voit le grand « retournement » dont parle l’évangile de ce dimanche. Le pauvre dont personne ne s’occupait ou se préoccupait durant cette vie, est servi par les anges et par notre père dans la foi, Abraham, qui sert à boire à Lazare, reposant sur son sein. 

Jean Paul Sartre, dans sa pièce de théâtre intitulée « Huit clos », affirme que « l’enfer, c’est les autres ». Je crois que l’on doive plutôt dire que l’enfer, c’est le « moi »; le « moi » qui ne pense qu’à lui, qui n’aime et ne sert que lui-même. J’imagine que plusieurs d’entre vous connaissent la petite histoire suivante : un homme, de son vivant sur la terre, reçoit la permission de Dieu d’aller visiter l’enfer et le ciel. Il décide de commencer par aller visiter l’enfer. Il est tout surpris de voir de grandes tables remplis de mets succulents. C’est l’heure du dîner et les damnés viennent se mettre à table. C’est alors que le visiteur comprend à quoi servent les immenses baguettes mises à côté de chaque plat. Ce sont les baguettes dont doivent se servir les damnés pour manger. Mais les damnés sont d’une maigreur extrême due à la malnutrition. La raison en est que les baguettes sont si énormes qu’il est impossible pour les damnés de porter les aliments à leur bouche. Le visiteur se rend au ciel. Il arrive avant l’heure du repas et constate le même menu , la même opulence dans les aliments, qu’il avait vus en enfer. Et, en plus, il remarque que les mêmes longues baguettes se trouvent à côté de chaque plat. Cela ne manque pas de l’étonner. Arrivent les élus qui prennent place à table. Après la prière d’usage, avant le repas, chacun prend ses baguettes et fait manger la personne en face de lui, de l’autre côté de la table. Chacune mange à satiété.


Il y a deux jours, nous fêtions en Église, saint Vincent de Paul, un des modèles les plus extraordinaires de la charité chrétienne. Dans l’office des lectures du bréviaire, nous lisions une page écrite par Vincent de Paul aux Sœurs de la Congrégation religieuse qu’il avait fondée : les Filles de la Charité.  Voici des extraits de cette page :

« Ô Dieu ! qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus Christ en a faite ! Mais, si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l’esprit mondain, ils paraîtront méprisables. Dieu aime les pauvres, et par conséquent il aime ceux qui aiment les pauvres car lorsqu’on aime bien quelqu’un, on a de l’affection pour ses amis et pour ses serviteurs. Or  la petite Compagnie de la Mission (fondée par le saint) tâche de s’appliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-aimés de Dieu; et aussi nous avons sujet d’espérer que, pour l’amour d’eux, Dieu nous aimera. …   Allons donc, et employons-nous avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services. »  (Bréviaire, 27 septembre)

Les derniers mots de cette citation peuvent sembler très forts, trop forts même !  Pourtant ils sont très vrais. Un maître est, entre autres choses, un guide. Or ce sont les pauvres qui nous guideront au ciel. Jésus l’a dit clairement dans le chapitre 25 de saint Matthieu : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger; j’avais soif et vous m’avez donné à boire,  …   Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu …? Et le Roi leur répondra : « Vraiment je vous le dit, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »  (Matthieu 25, 34 – 40)

Plusieurs d’entre vous, je pense, connaissent le fait suivant qui s’est passé dans la vie de saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars. À peine nommé curé à Ars, le jeune prêtre se rend à pied dans ce village, sans trop savoir où il était situé. Approchant d’Ars, il voir un jeune garçon et il lui dit : « Mon garçon, montre-moi le chemin d’Ars, et je te montrerai le chemin du ciel » À Ars, à l’entrée du village, il y a une très belle sculpture qui représente cet événement. On voir le saint curé, l’index pointé vers le ciel, qui se courbe en direction du garçon. En un sens, on aurait pu aussi mettre trois personnages dans cette sculpture : le saint curé, le jeune garçon et un pauvre mendiant. Le saint curé aurait pu pointer son doigt vers le pauvre et dire au garçon : « Montre-moi le chemin d’Ars, et je te montrerai le chemin du ciel ».



vendredi 27 septembre 2013

La grande noirceur

La grande noirceur


Si vous habitez le Québec, vous avez certainement entendu parler de la « grande noirceur ». On décrit souvent ainsi la période historique qui a précédé la non moins célèbre « révolution tranquille ». La  « révolution tranquille » que le Québec a vécu surtout à partir du début des années 60 (1960), est considérée par plusieurs de nos concitoyens, comme étant la période la plus libératrice du XX ème siècle, en terre québécoise. En ce XXI ème siècle que nous vivons présentement, il est plus facile de poser un regard critique sur l’évolution de la société québécoise. Un des plus grands philosophes qu’ait connu le Québec, se nomme : Charles de Koninck (1906 – 1965). À Québec, pour honorer sa mémoire, on a donné son nom au pavillon des sciences humaines de l’Université Laval. Charles de Koninck a essayé, à sa manière, d’éclairer les esprits au début des années soixante, sur le grand bien qu’est la liberté religieuse. Mais, faute d’avoir suivi son enseignement et ses recommandations, nous nous retrouvons dans une société qui se prétend libre, mais qui ignore la grande noirceur dans laquelle elle vit. Il y a quelque chose de pathétique à voir certaines personnes louanger inconditionnellement les fruits de la révolution tranquille et dénigrer ce qui a précédé. Jésus a dit un jour : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas! » (Mt 7, 3)

J’ai composé cette longue introduction dans le but de vous faire connaître le message ci-dessous que je viens de recevoir d’un de mes meilleurs amis de la ville de Québec : Michel Fontaine. Michel a été durant environ trente ans, professeur de philosophie au CEGEP (Collège d’Enseignement Général Et Professionnel) de Ste-Foy, à Québec.

 Bonjour Guy

À propos de liberté religieuse Charles de Koninck, en 1962, traçait une route que la CEQ  (Centrale de l’Enseignement du Québec) et le PQ (Parti Québécois) n'ont pas voulu suivre.

Je pense que dans le contexte actuel, ces textes parlent beaucoup. On a beaucoup régressé en 50 ans au Québec en matière de liberté religieuse. La grande noirceur c'est aujourd'hui qu'on la trouve. Il y avait beaucoup plus de lumières il y a 50 ans. Voici quelques textes de Charles de Koninck :

« C’est aux parents qu’incombe le devoir, fondé dans le droit naturel, d’élever leurs enfants. Les parents ont le devoir d’élever leurs enfants dans la croyance qui leur paraît être la vérité.
Si les parents sont agnostiques, s’ils pensent que les enseignements religieux donnés dans les écoles sont nuisibles à l’idéal qu’ils conçoivent pour leurs enfants, s’ils croient sincèrement que dans une école confessionnelle où l’on enseigne des disciplines neutres, leurs enfants seront exposés à des influences qu’ils jugent contraires au bien de leurs enfants, il me semble qu’ils n’ont pas simplement le droit mais le devoir de faire tout ce qu’ils peuvent dans les limites de la loi, pour obtenir à leurs enfants, aux frais de la société civile, l’institution d’une école non confessionnelle. La liberté de religion implique la liberté de n’adhérer à aucune religion donnée. C’est un droit que doivent protéger à leur façon toutes les religions si elles veulent garder les leurs. Voilà la question de principe.
(...) C’est la société chrétienne qui restera pour moi l’idéal. Cependant, cette société ne mériterait pas son nom si elle voulait de force imposer les croyances de la majorité à tous ses membres. Ce serait nier la gratuité de la foi, la gratuité de la grâce. La société chrétienne doit respecter le droit naturel même de ceux qui ne croient pas au droit naturel.
Qu’on me permette d’exprimer l’espoir que les agnostiques nous montrent à nous qui tenons fermement à nos écoles confessionnelles le respect que nous leur devons. » [Charles de Koninck, Le Devoir, 2 avril 1962]

« La liberté religieuse est méconnue par les États qui ne reconnaissent et n’appuient que les écoles où la religion est ignorée. Dans un État véritablement politique (par opposition à despotique) je ne dois pas être agnostique pour reconnaître les droits des agnostiques, et l’état qui fait de même n’épouse point du coup l’agnosticisme. Par contre, l’État cesserait d’être politique et deviendrait despotique s’il n’appuyait que les écoles confessionnelles.
C’était bien dans ce sens — la sauvegarde de la liberté religieuse — que j’ai affirmé, selon le texte publié par Le Devoir du 2 avril 1962 que “si les parents sont agnostiques, s’ils pensent que les enseignements religieux donnés dans les écoles sont nuisibles à l’idéal qu’ils conçoivent pour leurs enfants, s’ils croient sincèrement que dans une école confessionnelle ou l’on enseigne des disciplines neutres, leurs enfants seront exposés à des influences qu’ils jugent contraires au bien de leurs enfants, il me semble qu’ils n’ont pas simplement le droit mais le devoir de faire tout ce qu’ils peuvent dans les limites de la loi, pour obtenir à leurs enfants, aux frais de la société civile, l’institution d’une école non confessionnelle.”
C’est pour la même raison que nous préférons, nous, chrétiens, que nos enfants ne soient pas obligés de fréquenter des écoles non confessionnelles, surtout aux niveaux primaire et secondaire. » [Charles de Koninck, Tout homme est mon prochain, chap. VI, p. 71]

« J’ai bel et bien qualifié de tyrannique un régime qui n’admettrait et n’appuierait que des écoles non confessionnelles. Car justement ce régime dénierait la priorité du droit des parents — croyants, cette fois-ci — en matière d’éducation. Si, par ailleurs, nous voulions imposer les croyances de la majorité à tous les membres de la cité, nous serions coupables du même despotisme. Voilà ce qu’entraîne inéluctablement la liberté religieuse. Choisir cette attitude (qui consisterait à vouloir imposer les croyances de la majorité – ces mots sont ajoutés par moi, Guy Simard, pour faciliter la compréhension du texte) et méconnaître que l’esprit moderne nous a mis en face de ce bien positif (qu’est la « liberté religieuse »), équivaudrait au propos bien connu : “Quand nous sommes en minorité, nous réclamons pour nous la liberté au nom de vos principes ; quand nous sommes en majorité, nous vous la refusons au nom des nôtres.” » [Charles de Koninck, Tout homme est mon prochain, chap. VI, p. 77-78]

Michel


jeudi 26 septembre 2013

La Charte, deuxième partie

La Charte, deuxième partie

« Oh boy, oh boy! » (expression anglophone employée au Québec pour exprimer l’étonnement). Il est bien vrai que ce débat sur la Charte des valeurs québécoises provoque des remous dans la population. Ce débat a provoqué de vives réactions en moi et, je dois maintenant l’admettre, à cause de moi, en d’autres personnes. J’ai exprimé en chaire, dimanche dernier, ma vision des choses concernant un aspect de la Charte (la section intitulée : « Neutralité religieuse »), et cela a provoqué des remous chez mes paroissiens et dans la société ici à Pointe-aux-Trembles. Deux personnes sont sorties de l’église durant mon homélie, visiblement fâchées par mes propos. Une de ces deux personnes, un homme, est sortie de l’allée centrale de l’église, ce qui ne pouvait pas échapper à mon regard. Mais une autre dame est sortie par l’avant, sur le côté, sans que le sache. Je l’ai su parce que cette dame est venue me voir au bureau en début de semaine pour m’exprimer son indignation. J’ai trouvé cette dame assez exceptionnelle. D’abord, elle a eu la décence de venir se plaindre directement à moi. Elle m’a dit : « J’étais tellement fâchée que si je n’étais  pas venue vous voir, je ne serais peut-être pas retournée dans mon église paroissiale. » Nous avons dialogué, et elle est sortie du bureau le sourire aux lèvres. Nous ne sommes pas d’accord sur certains points, mais nous nous respectons. Voilà un bel exercice de démocratie. Hier, en fin de journée, je recevais un appel du bureau de circonscription de notre députée et ministre provinciale, Mme Nicole Léger, me faisant savoir que des personnes avaient téléphoné chez eux pour se plaindre des propos que j’avais tenus à l’église dimanche dernier et pour vérifier si ces plaintes étaient fondées ou non. J’avoue que si ce sont de mes paroissiens qui ont agi ainsi, je ne considère pas que leur réaction soit aussi honorable que celle de la dame dont je viens de parler.

Ces événements me montrent l’utilité des blogues sur internet. Quelle belle façon d’exercer la démocratie! Un blogue n’est pas une thèse de doctorat; c’est un moyen de prise de parole pour exprimer nos idées, et aussi nos états d’âme. Il est certain que si je présentais certains de mes textes aux grands « quotidiens » de nos cités, je n’aurais pratiquement aucune chance d’être publié. Le blogue me permet de dire ce que pense et ce que je ressens. Il me permet aussi, parfois, de dire tout haut ce que plusieurs personnes pensent tout bas.

Si les hommes et les femmes politiques se permettent de débattre publiquement de questions religieuses, il ne faudrait pas s’étonner que des religieux se permettent de débattre de choses politiques. Et comme pasteur, j’ai une responsabilité vis-à-vis mes fidèles. Je me dois de leur exposer ma façon très concrète de voir les choses. Je n’ai aucun pouvoir sur la pensée et les convictions de mes paroissiens, mais j’ai le devoir de les éclairer sur certaines questions d’ordre moral et religieux. Dimanche dernier, je n’ai qu’affirmé en chaire ce que l’Église a toujours soutenu : la religion ne relève pas seulement du privé, mais aussi du public. La société en général, veut depuis des années reléguer la croyance religieuse au niveau de la vie privée. Cela est une erreur du point de vue religieux et comme pasteur, je me dois de le dire. C’est mon devoir d’enseigner la religion. Or la religion, toute religion, a un caractère à la fois privé et public. Si une personne désire témoigner en public de sa foi, dans le respect des autres, elle devrait pouvoir le faire. Pour une personne qui adhère à une religion, cette adhérence est ce qu’il y a de plus sacré et de plus précieux dans sa vie. Cela, il faut le savoir; et non seulement le savoir, mais aussi le respecter.

Si, en société, on lance le message suivant à une grande partie de la population : « La société pourra vivre en harmonie de 9h à 5h du lundi au vendredi, à condition que tous soient neutres au point de vue religieux. Pas de religion, pas de signe religieux durant les heures de bureau. Oubliez ce qui est le plus important pour vous durant les heures de bureau, ou du moins, n’en témoignez pas, pour un mieux vivre en société », on se prive, selon moi, d’une grande richesse. On se prive de mieux connaître l’autre, on se prive de manifester du respect envers ce qui importe le plus pour les personnes, et on est loin de faciliter le mieux vivre ensemble en dehors des heures de bureau.

Examinons quelles sont nos peurs vis-à-vis l’autre, et demandons-nous si elles sont légitimes et rationnelles.

Voici ce que l'on retrouve dans la section de la Charte, intitulée: « neutralité religieuse »:  

Exemples de signes non ostentatoires qui seraient permis au personnel de l’État:

Une petite croix autour du cou

Exemples de signes ostentatoires qui ne seraient pas permis au personnel de l’État:

Une grosse croix autour du cou

Tiré du lien internet suivant:
Qu'en pensez-vous ?

Ceci étant dit, j’admets que le mieux vivre en société exige des balises en matière de religion. S’il est vrai, comme je l’ai entendu hier, qu’une garderie de notre quartier, ne sert plus de porc aux enfants pour des motifs religieux, alors là il y aurait dérive selon moi, et il faudrait agir pour corriger la situation.

Tout cela n’est pas simple, il est vrai, mais certains principes, selon moi, sont très clairs.    

Il est bon de jeter un coup d'oeil sur la vidéo ci-dessous dans laquelle Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal et Mgr Gérald Lacroix, archevêque de Québec, expriment leurs commentaires sur la partie de la Charte des valeurs québécoises qui porte sur les signes religieux. Une fois que vous aurez cliqué sur le lien ci-dessous, allez sur le Bulletin quotidien SEL + LUMIÈRE   Perspectives: capsule quotidienne, et cliquez sur la vidéo représentant le visage de Mgr Lacroix.

Cliquez sur le lien suivant:
  1. ECDQ.tv: Portail ECDQ www.ecdq.tv/


dimanche 22 septembre 2013

La Charte des valeurs québécoises

La Charte des valeurs québécoises

Nous vivons au Québec, de grands et importants débats de société. Il en va de notre avenir; ce n’est pas rien. En ce mois de septembre 2013, le gouvernement au pouvoir, le Parti québécois, dirigé par Mme Pauline Marois, a rendu publique la Charte des valeurs québécoises qu’il désire faire adopter un jour au parlement. C’est le ministre M. Bernard Drainville qui est le principal instigateur et défenseur de cette Charte. Un des points les plus importants de la Charte, est de ne pas permettre aux gens qui travaillent dans la fonction publique, de porter de signes religieux ostentatoires, tels le crucifix, le voile islamique, etc. Cette prise de position a soulevé et soulève, à juste titre, un tollé dans la population québécoise. Plusieurs ne comprennent pas comment un gouvernement peut vouloir ainsi contrôler la vie en société.

Dans tout ce débat, ce qui m’inquiète le plus, c’est le non-dit, ce sont les intentions secrètes. Je soupçonne qu’il y a des intentions secrètes derrière de telles prises de position et de décision. Si j’étais directeur de journal, j’irais moi-même à une conférence de presse où Mme Marois et M. Drainville seraient interrogés, et je poserais deux questions : « Mme Marois, croyez-vous en Dieu? Monsieur Drainville, croyez-vous en Dieu? » Évidemment, ces deux questions mettraient les gens dans l’embarras. Peut-être que je recevrais comme réponse : «Nous ne répondrons pas à cette question, qui relève de la vie privée ». C’est vrai que ces questions relèvent de la vie privée, mais elles ne sont pas anodines dans le débat actuel. Au contraire, ces questions ont une très grande importance. Car chaque personne gouverne avec ce qu’elle est et avec ce qu’elle croit. S’il s’avérait que Mme Marois et M. Drainville soient athées, on serait en droit de supposer qu’ils désirent une société à leur image et à leur ressemblance. Si j’étais premier ministre du Québec, je désirerais que le plus de gens possible soient croyants en Jésus Christ, notre Seigneur; mais évidemment, je ne pourrais pas me servir du pouvoir civil dont je jouirais, pour atteindre ce but.

J’ai été heureux que les évêques du Québec entrent publiquement dans ce débat, le 19 septembre dernier, en tenant une conférence de Presse. Mgr Pierre-André Fournier, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, a dit ceci ce jour-là : « Sur le plan spirituel et religieux, les gens sont libres de croire ou de ne pas croire. Pas de religion officielle, mais pas d'athéisme officiel non plus. C'est ça la neutralité. » (c’est moi, Guy Simard, qui ai mis en caractères gras, certains mots)

M. Bernard Drainville a dit à plus d’une reprise : « La meilleure façon de protéger les religions, est que l’État n’ait pas de religion ». Je suis d’accord pour que l’État n’ait pas de religion, pour qu’il n’y ait pas de religion d’État; mais selon moi, la meilleure façon de protéger les religions, est de montrer que nous les estimons toutes et que nous donnons à chaque croyant en Dieu, le droit de manifester sa croyance en privé et en public. Qu’est-ce que ça peut bien faire, qu’une employée d’État porte un voile au travail pour manifester sa croyance religieuse?

M. Drainville a dit et répété une opinion très surprenante ces derniers temps. Il a dit ceci : « Dans les années soixante, les catholiques ont fait le grand sacrifice de ne plus porter de signe religieux ostentatoire lorsqu’ils travaillaient dans la fonction publique. Pourquoi les gens des autres religions ne feraient-ils pas un pareil sacrifice? ». M. Drainville laissait clairement sous entendre que c’était l’État à l’époque, qui demandait cela à ses employés. Or nos évêques, le 19 septembre dernier, ont remis les pendules à l’heure sur ce point. Mgr Fournier a clairement dit que c’est suite au Concile Vatican II, que certaines personnes ont décidé de ne plus porter de signes religieux ostentatoires et que ce n’est pas du tout à la demande des écoles ou du gouvernement. Il semble que les évêques aient même envoyé une note au gouvernement, pour rétablir les faits sur ce point. Je souhaiterais pour ma part, que cette note soit rendue publique, car elle a son importance.

Un dernier point, pour le moment : la maintenance ou non du crucifix à la chambre de l’assemblée nationale. M. Drainville, a dit sur les ondes, qu’il n’était pas question que le crucifix soit enlevé de la chambre de l’assemblée nationale car pour une majorité de Québécois, le crucifix est un symbole patrimonial qui leur rappel leur passé. À cela, Mgr Pierre Morissette, évêque du diocèse de Saint-Jérôme, a répondu jeudi dernier sur les ondes, que le fait de considérer le crucifix uniquement comme un objet ayant une valeur patrimoniale, est très réducteur et même offensant. Si tel était le cas, Mgr Morissette a affirmé que lui et les autres évêques du Québec, n’auraient pas d’objection à ce qu’il soit enlevé de la chambre de l’assemblée nationale. Sur ce point, je suis tout à fait d’accord avec nos évêques. Si le crucifix n’avait plus de valeur religieuse aux yeux d’une majorité de québécois, je pense qu’il vaudrait mieux l’enlever de la chambre de l’assemblée nationale.

Je désire terminer ces considérations par la Parole de Dieu que nous avons entendue aujourd’hui même, en Église, en ce vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire. Dans la deuxième lecture de la messe d’aujourd’hui, saint Paul disait ceci :

« J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux. Voilà une vraie prière, que Dieu, notre Sauveur, peut accepter, car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. » (Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée, 2, 1-4)

N’oublions jamais que l’être humain est essentiellement un être religieux. Et quant à moi, la plus grande valeur québécoise, c’est la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est ce que saint Paul affirme d’ailleurs immédiatement à la suite du texte cité ci-dessus : « En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. » (1 Tm 2, 5-6)

Il est bon de jeter un coup d'oeil sur la vidéo ci-dessous dans laquelle Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal et Mgr Gérald Lacroix, archevêque de Québec, expriment leurs commentaires sur la partie de la Charte des valeurs québécoises qui porte sur les signes religieux. Une fois que vous aurez cliqué sur le lien ci-dessous, allez sur le Bulletin quotidien SEL + LUMIÈRE   Perspectives: capsule quotidienne, et cliquez sur la vidéo représentant le visage de Mgr Lacroix.

Cliquez sur le lien suivant: 
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samedi 21 septembre 2013

21 septembre: Fête de saint Matthieu

21 septembre : Fête de saint Matthieu

Au Père Antonio Spadaro, s.j., qui demandait en août dernier au pape : « Qui est Jorge Mario Bergoglio? », le pape François a répondu : « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste … Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste … Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur.  …  Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard »

Maintenant que nous connaissons mieux notre cher pape François, nous savons que le 21 septembre 1953, le jeune Jorge Mario Bergoglio a été touché par la grâce en recevant le sacrement de la réconciliation d’un prêtre qu’il ne connaissait pas. Ce jour-là, le jeune Jorge a fait l’expérience de la Miséricorde infinie de Jésus envers lui et cette touche divine deviendra la pierre angulaire de toute la vie de Jorge Mario Bergoglio. La vie du futur pape a donc un lien étroit avec la fête de l’apôtre saint Matthieu, célébrée en Église, le 21 septembre de chaque année. La devise épiscopale de Jorge Bergoglio est d’ailleurs tirée du texte de saint Bède le Vénérable que nous lisons en deuxième lecture de la fête de saint Matthieu. Saint Bède nous dit que Jésus, lorsqu’il regarda Matthieu, le vit avec les yeux de quelqu’un qui est plein de miséricorde et qui choisit. Dans le bréviaire, on traduit « miserando » par « avoir pitié », ce qui n’est pas très génial.

Dans l’interview  faite par le Père Spadaro, le pape François dit ceci :

« Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur. Ma devise, Miserando atque eligendo, je l’ai toujours ressentie comme profondément vraie pour moi. Le gérondif latin miserando me semble intraduisible tant en italien qu’en espagnol. Il me plaît de le traduire avec un autre gérondif qui n’existe pas : misericordiando (en faisant miséricorde) »

Voici le texte que nous lisons aujourd'hui en Église, à l’office des lectures (voir ci-dessous). C’est dans ce texte que notre pape a puisé sa devise. .J’ai mis les mots en rouge, mais je préfère traduire comme le pape le fait : « Il le vit d’un regard faisant miséricorde et choisissant », même si ce n’est pas très « français ».

( Pour ceux et celles qui connaîtraient déjà ce texte de saint Bède le Vénérable, je vous encourage à aller un peu plus bas dans cet envoi et à cliquer sur le lien internet qui vous sera indiqué. En allant sur ce site, vous verrez la magnifique peinture que le peintre italien nommé " le Caragage " a faite pour décrire " la vocation de saint Matthieu ". Vous y trouverez aussi de très belles considérations religieuses concernant cette peinture)

Samedi, le 21 septembre 2013
« Matthieu se levât et suivit Jésus.
Jésus vit un homme assis au bureau de la douane; son nom était Matthieu. « Suis-moi », lui dit-il. Il le vit non pas tant avec les yeux du corps qu'avec le regard intérieur de sa miséricorde. Il vit le publicain, et parce qu'il le vit d'un regard qui prend pitié et qui choisit, il lui dit : «Suis-moi», c’est-à-dire imite-moi. En lui demandant de le suivre, il invitait moins à marcher derrière lui qu'à vivre comme il ; car celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher dans la voie où lui, Jésus, a marché.
Matthieu se leva et le suivit.
Rien d'étonnant que le publicain, au premier appel impérieux du Seigneur, ait abandonné sa recherche de profits terrestres et que négligeant les biens temporels, il ait adhéré à celui qu'il voyait dépourvu de toute richesse. C'est que le Seigneur qui l'appelait de l'extérieur par sa parole le touchait au plus intime de son âme en y répandant la lumière de la grâce spirituelle. Cette lumière devait faire comprendre à Matthieu que celui qui l'appelait à quitter les biens temporels sur la terre était en mesure de lui donner dans le ciel un trésor incorruptible. Comme Jésus était à table à la maison, voilà que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent s'attabler avec lui et ses disciples. La conversion d'un seul publicain ouvrit la voie de la pénitence et du pardon à beaucoup de publicains et de pécheurs. Beau présage en vérité : celui qui devait être plus tard Apôtre et docteur parmi les païens entraîne à sa suite, lors de sa conversion, tout un groupe de pécheurs sur le chemin du salut ; et ce ministère de l'Évangile qu'il allait accomplir après avoir progressé dans la vertu, il l'entreprend dès les premiers débuts de sa foi.
Essayons de comprendre plus profondément l'événement relaté ici. Matthieu n'a pas seulement offert au Seigneur un repas corporel dans sa demeure terrestre, mais il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur  par sa foi et son amour; comme en témoigne celui qui a dit: Voici que je me tiens à la porte, et je frappe : Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Nous ouvrons notre porte pour le recevoir à l'appel de sa voix lorsque nous donnons notre libre assentiment à ses avertissements intérieurs ou extérieurs et quand nous mettons à exécution ce que nous avons compris que nous devions faire. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu'il habite dans le cœur  de ses élus, par la grâce de son amour; ainsi il les nourrit sans cesse par la lumière de sa présence afin qu'ils élèvent progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme de la plus délicieuse nourriture. »  (Tiré d'une homélie de saint Bède le Vénérable sur les évangiles)
Voici la magnifique peinture du Caravage, accompagnée de commentaires inspirants que vous pourrez lire en cliquant sur le lien suivant :
L'appel de Matthieu, par le Caravage - Port Saint Nicolas wwportstnicolas.org/article3868