lundi 30 septembre 2013

" Une rose effeuillée " (poésie de Thérèse de l'Enfant-Jésus)

« Une rose effeuillée »
   

Comme vous le savez, si vous me lisez depuis que j’ai commencé à écrire ce blogue, Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face (tel est en effet le nom complet de cette chère sainte) est ma sainte préférée. Cette carmélite, décédée à vingt-quatre ans, est une des saintes les plus connues et les plus populaires. Pour les personnes parmi vous qui ne la connaîtraient pas ou très peu, je vous invite à lire les citations de Thérèse que j’ai mises sur mon blogue, en date du premier octobre 2011. Pour cela, vous n’avez qu’à cliquer sur les mots suivants: Thérèse, chère Thérèse.

Thérèse, dans son couvent, a composé de nombreuses poésies. La grande majorité d’entre elles étaient des « commandes spéciales ». Pour l’anniversaire d’une de ses sœurs religieuses, ou pour une fête particulière, on demandait à Thérèse de composer des poésies. L’âme de Thérèse se révèle beaucoup dans ses poèmes. Ces poésies étaient faites pour être chantées. Thérèse choisissait une chanson populaire de son temps, conservait la mélodie et y mettait les paroles de ses poèmes. Je me suis déjà procuré un CD des poésies de Thérèse, chantées par des carmélites d'aujourd'hui sur les airs que la sainte avait choisis. Pour dire le vrai, quelques unes de ces mélodies ne sont pas très attrayantes pour l’oreille d'une personne de notre époque. Je préfère de beaucoup écouter les poésies de Thérèse, telles que mises en musique et chantées par un Père carme nommé Patrick Lemoine. Ces mélodies sont très simples et belles. À tel point, qu’elles m’ont convaincu d’apprendre par moi-même le piano, dans le but de chanter Thérèse. Ces jours-ci, je passe donc un peu de temps à apprendre les poésies de ma sainte préférée et à les jouer au piano, sur les airs composés par un moine de notre temps. Qui sait si un jour vous ne verrez pas une affiche publicitaire sur la rue, ayant pour titre: « Guy Simard chante Thérèse » ?

Un des CD des poésies de Thérèse mises en musique par Patrick Lemoine, comporte de magnifiques commentaires de Mgr Guy Gaucher (évêque auxiliaire de Bayeux-Lisieux, de 1987 à 2005, qui résidait à Lisieux). Aujourd’hui, je désire vous faire connaître une de mes poésies préférées de Thérèse, intitulée : « Une rose effeuillée ». Voici le commentaire, presque mots pour mots, de Mgr Gaucher (tel qu'on le retrouve sur le CD intitulé: Les poésies de Thérèse de Lisieux, Commentaires Guy Gaucher, Musique et Chant Patrick Lemoine), sur cette poésie :

" La poésie 51, intitulée « Une rose effeuillée », date du 19 mai 1897. C’est une sorte de défi qui est envoyé à Thérèse. Quelques poésies de Thérèse avaient été envoyées à différents carmels, dont le Carmel de Paris, sur la rue de Messine. Mère Henriette, qui habitait ce carmel dit un jour : « Il paraît qu’il y a à Lisieux, une petite carmélite qui fait de jolies poésies, mais j’aimerais voir un petit peu par moi-même. » Il semble qu’elle ait demandé à Thérèse, une poésie sur le thème de la rose effeuillée ; mais de cela, nous ne sommes pas sûrs. Toujours est-il qu’elle reçoit un poème intitulé « Une rose effeuillée ». Thérèse a écrit ce poème en mai 1897. À cette époque, elle a abandonné la vie conventuelle, en ce sens qu’elle ne va plus prier au chœur, ne se rend plus au réfectoire et ne travaille plus. Elle se tient soit dans sa cellule, ou dans le jardin, et elle va bientôt cracher le sang.

Thérèse se rend compte que la rose effeuillée, c’est elle. Elle donne sa vie à Dieu comme une rose qui s’effeuille ; et elle se donne pour n’être plus, pour disparaître. Mère Henriette reçoit le poème et dit : « C’est très bien, mais le poème est incomplet, inachevé ; il manque un couplet. Une fois que la rose s’est défaite, une fois rendue au ciel, Dieu la ramasse, la refait, la recompose pour en faire une rose magnifique qui brille éternellement. » Thérèse lui répond : « Que la bonne Mère fasse ce couplet comme elle l’entend. Pour moi, je ne suis pas du tout inspirée pour le faire. Mon désir, c’est d’être effeuillée à jamais, pour faire plaisir au bon Dieu, un point c’est tout. » On ne lui faisait pas faire ce qu’on voulait.

C’est une des poésies les plus fortes de Thérèse. « Se donner pour n’être plus », c’est ce que fait concrètement Thérèse dans sa maladie. Elle mourra inconnue, le 30 septembre 1897, à 19h 20. Après sa mort, elle connaîtra un rayonnement universel."  (paroles de Mgr Guy Gaucher, reproduites à partir de l'audition du CD mentionné ci-dessus)

En ce 30 septembre 2013, jour anniversaire de la mort de celle qu’on appelle communément « la petite Thérèse », il me fait plaisir de mettre ce poème sous vos yeux. L’Église, pour honorer les saints et les saintes, choisit normalement de les fêter (dans le calendrier liturgique) le jour de leur mort. Car puisque ces témoins de la foi ont vécu la charité parfaite, nous sommes en droit de penser qu’ils sont entrés au ciel le jour même où ils ont quitté cette terre. L’Église universelle fête Thérèse de l’Enfant-Jésus le 1er octobre, car la date du 30 septembre n’était plus disponible dans le calendrier liturgique, lorsque Thérèse fut canonisée. Depuis des siècles, l’Église fête saint Jérôme le 30 septembre, date de la mort de cet autre géant du christianisme (Jérôme est décédé le 30 septembre 420, à Bethléem). 

Veuillez noter que dans cette poésie, Thérèse s'adresse à l'Enfant Jésus, ce qui est très rare. Le dernier couplet, à caractère un peu prophétique, annonce la Passion. On retrouve encore ici la symbolique du nom complet de la sainte: sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

« Une Rose effeuillée »

Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère
Quitter ses bras
Essayer en tremblant sur notre triste terre
Tes premiers pas
Devant toi je voudrais effeuiller une rose
En sa fraîcheur
Pour que ton petit pied bien doucement repose
Sur une fleur !...

Cette rose effeuillée, c'est la fidèle image
Divin Enfant
Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage
A chaque instant.
Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose
Aime à briller
Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose :
« C'est m'effeuiller !... »

La rose en son éclat peut embellir la fête
Aimable Enfant,
Mais la rose effeuillée, simplement on la jette
Au gré du vent.
Une rose effeuillée sans recherche se donne
Pour n'être plus.
Comme elle avec bonheur à toi je m'abandonne
Petit Jésus.

L'on marche sans regret sur des feuilles de rose
Et ses débris
Sont un simple ornement que sans art on dispose
je l'ai compris.
Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie
Mon avenir
Aux regard des mortels rose à jamais flétrie
Je dois mourir !...

Pour toi, je dois mourir, Enfant, Beauté Suprême
Quel heureux sort !
Je veux en m 'effeuillant te prouver que je t'aime
O mon Trésor !...
Sous tes pas enfantins, je veux avec mystère
Vivre ici-bas
Et je voudrais encor adoucir au Calvaire
Tes derniers pas !...

(51ème poésie de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face)





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