mardi 22 mai 2012

Le Saint Esprit

Le Saint Esprit


Chers amis,
Nous approchons de la clôture du Temps Pascal; dans quelques jours, ce sera la Solennité de la Pentecôte et le temps pascal 2012 sera terminé. Je n’avais pas l’intention d’écrire sur mon blogue un texte sur le Saint Esprit car il n’est jamais facile de parler de cette troisième Personne de la sainte Trinité. Mais c’est grâce à une lectrice de mon blogue que je le fais. Aurore (dont j’ignore pour l’instant le nom de famille) a réagi aujourd’hui sur mon blogue et c’est grâce à elle que j’écris le présent article. Peut-être bien que l’Esprit Saint veut me dire quelque chose à travers Aurore. Vous savez, chers amis, un blogue par définition est un instrument « interactif ». Or je m’approche de la clôture de la première année d’existence de ce blogue. Je l’ai créé le 12 juin 2011, jour où je me rappelle mon ordination sacerdotale à Rome par le pape Jean-Paul II, le 12 juin 1983. Je vois clairement que ce blogue est lié à mon être sacerdotal. C’est en tant que prêtre de l’Église catholique que j’ai fondé ce blogue et que je vous écris assez régulièrement.   
Or, jusqu’à maintenant, très peu de gens se sont prévalus de la possibilité d’interagir directement sur mon blogue. Il est vrai qu’il n’est pas évident de savoir comment faire. D'après ce que je comprends, il faut d'abord s'inscrire comme membre de mon blogue. Ensuite, la procédure est assez simple. Si, après avoir lu un de mes textes, vous désirez exprimer un commentaire, vous n’avez qu’à demeurer au bas du texte que vous venez de lire et à cliquer sur les mots : 0 commentaires (si un chiffre apparaît avant le mot "commentaires", cela veut dire que quelqu'un a déjà fait un commentaire) Un carré s’ouvrira et vous pourrez écrire ce que vous désirez partager. Quand vous avez terminé d’écrire, vous cliquer sur le mot : Publier et votre écrit apparaîtra sur le blogue.
Peut-être bien que l’Esprit Saint, à la veille de la Pentecôte et après un an d’existence comme blogueur, désire que je passe à une nouvelle étape : celle d’une majeure interaction avec mes lecteurs et lectrices. L’avenir le dira.
Si vous allez au bas du texte précédent, celui sur L’Ascension du Seigneur Jésus, vous verrez qu’on mentionne le fait qu’il y a deux commentaires de publiés sur ce texte. De fait, il s’agit du message d’Aurore et de ma réponse à ce message. Voici une partie de la réponse que j’ai faite à Aurore :
Chère Aurore-Colette,

Merci pour ce message plein d'espérance. Je suis toujours surpris de voir la façon dont l'Esprit Saint fait comprendre aux gens les mots que j'écris. De fait, grâce à vous, je mettrai sur mon blogue, dès aujourd'hui, le magnifique commentaire de saint Cyrille de Jérusalem que nous lisions hier dans le bréviaire. Aujourd'hui, dans l'Église, nous fêtons sainte Rita de Cascia, une sainte extraordinaire qui nous est très chère à nous, les Oblats de la Vierge Marie. On appelle cette sainte, la sainte des cas désespérés ou des cas impossibles. Je prie cette sainte de vous manifester dès aujourd'hui sa tendresse et la puissance de son intercession auprès du Seigneur et de notre tendre Mère, la Vierge Marie, alors que vous allez passer un examen médical important.
Affectueusement, Guy, omv
Comme je l’ai dit à Aurore, je suis toujours surpris de voir comment l’Esprit Saint agit dans les cœurs et fait comprendre aux gens ce que Lui veut qu’ils comprennent. Voilà le mystère propre à l’Esprit Saint : il se sert de nous comme il veut, pour aller où Il veut. Et nous, nous ne savons pas où l’Esprit Saint veut aller, comme l’a si bien dit Jésus : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. » (Jn 3, 8) Mais nous faisons notre petite part pour lui permettre d’agir. C’est tout ce que nous pouvons faire.
J’ai toujours envié les personnes qui ont une grande dévotion à l’Esprit Saint. Car trop souvent, la troisième personne de la Trinité est le grand oublié parmi les Personnes divines. On comprend assez aisément toutefois pourquoi il en est ainsi. Tout le monde sait ce qu’est un père; tout le monde sait ce qu’est un fils; mais très peu de gens savent ce qu’est un esprit. Un esprit est par définition insaisissable, invisible, non palpable. Or ce qui est insaisissable et non palpable n’intéresse normalement pas beaucoup de gens.
Pour la première fois de ma vie, ce matin, je me suis surpris à comparer le Saint Esprit à un caméléon. Le caméléon a cette capacité de s’adapter à son environnement jusqu’à en devenir presque invisible. C’est exactement ce que fait l’Esprit Saint : il est partout présent mais s’adapte si bien à son environnement, qu’il est invisible.
Tous les symboles que la Parole de Dieu emploie pour parler du Saint Esprit, mettent en lumière son caractère insaisissable : l’eau, le vent, le feu. Qui peur saisir l’eau, le vent, le feu ???  Essayez de conserver un peu d’eau dans vos mains jointes; elle vous échappera. Elle trouvera le moyen de disparaître.
J’ai dit à Aurore que grâce à elle, je mettrais sur mon blogue le magnifique commentaire de saint Cyrille de Jérusalem que nous lisions hier dans le bréviaire. Saint Cyrille est un évêque et docteur de l’Église du quatrième siècle (315 – 386). Voici le texte que nous avions hier dans le bréviaire :
Catéchèse de saint Cyrille de Jérusalem sur le Saint Esprit :
"L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. C'est une eau toute nouvelle, vivante, et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une "eau" ? C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu'en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. [...] Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.
L'Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté.    Bien que l'Esprit soit simple, c'est lui, sur l'ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus. …  Son entrée en nous se fait avec douceur, on l'accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d'un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l'esprit : chez celui qui le reçoit, tout d'abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres.
(Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-25)


samedi 19 mai 2012

L'Ascension du Seigneur Jésus

L’Ascension du Seigneur Jésus

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Ici à Montréal, nous fêtons en fin de semaine l’Ascension du Seigneur Jésus au ciel. Certains pays, dont l’Italie et la France ont déjà célébré cette solennité qui a lieu quarante jours après la résurrection de Jésus. La présente solennité est très importante pour Jésus et pour nous. Dieu se fait homme en Jésus; Il vit parmi nous et Il meurt pour nous. Son corps ressuscite grâce à sa divinité mais pour aller où ?? Je sais bien que cette question n’est pas très bien formulée car le ciel n’est pas un lieu mais un état. Mais la réponse à la question « pour aller où » est : dans la gloire de Dieu. Quand nous disons la « gloire de Dieu », nous avons peine à imaginer ce que c’est. Comme c’est triste de ne pas être capable d’intuitionner à sa juste valeur ce à quoi nous sommes tous appelés ! Jésus, sur le mont Thabor, a fait entrevoir à trois de ses amis et apôtres quelque chose de la gloire qu’il avait comme Fils avant la création du monde et qu’il aura pour toujours une fois ressuscité des morts et assis à la droite du Père. Et les apôtres auraient voulu rester pour toujours sur cette montagne sainte et n’en redescendre jamais. Mais il a fallu qu’ils redescendent de la montagne; et il a fallu que Jésus descende encore plus bas : jusqu’à la mort ignominieuse de la crucifixion, et jusqu’aux enfers pour en libérer l’être humain, esclave de la mort et du péché.
Demandons aujourd’hui pardon à Dieu de désirer si peu la gloire qu’Il nous promet, la gloire qui nous attend. Saint Paul nous dit que déjà nous sommes ressuscités avec le Christ, que déjà nous sommes assis avec Lui dans les cieux : « avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ep 2, 6) J’avoue avoir pas mal de misère à comprendre cela. Je comprends que déjà, par le baptême, je suis ressuscité avec le Christ et que par le sacrement de l’eucharistie, le sang de Jésus ressuscité coule dans mes veines. Cela je le comprends. Mais je suis loin d’être dans la gloire du ciel. Cependant, je sais et je crois que j’y suis destiné. J’y suis en espérance (c’est sûrement ce que saint Paul veut nous faire comprendre); et cela me réjouit, cela m’éblouit. Croire que mon corps, le corps de Guy Simard, sera un jour dans la gloire du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, même si j’ignore presque tout ce que cela implique et signifie, me réjouit grandement.
La solennité de l’Ascension de Jésus, c’est par excellence la solennité de la glorification du corps. C’est la solennité de la glorification du corps de Jésus et c’est la solennité, en espérance, de la glorification de mon corps et de votre corps, chers amis. Et cela, il faudrait que tout le monde l’entende; tout le monde a le droit de savoir cela. Et c’est à nous, chrétiens que revient le devoir de l’annoncer.
Le Seigneur fait bien les choses. Alors que nous nous préparions à fêter l’Ascension du Seigneur ici à Montréal, nous recevions de la belle visite : M. Christopher West était de passage chez nous. Christopher West est un des plus grands spécialistes mondiaux de la « théologie du corps » mise en lumière par notre vénéré et défunt pape Jean-Paul II. Quiconque n’est pas chrétien risque de sursauter devant l’expression : « théologie du corps ». Mais notre foi chrétienne ne cesse de nous dire de différentes façons que notre corps a rapport avec Dieu; que notre corps est « divinisé » depuis la venue de Jésus sur terre. Christopher West a fait une analogie historique très surprenante et très frappante : au début des années 1950, deux personnes ont voulu mettre en évidence la beauté et la bonté du corps humain mais avec des résultats diamétralement opposés. En 1953, Hugh Hefner sortait le magazine « Playboy » et au début des années 1950, un prêtre polonais du nom de Karol Wojtyla mettait au monde une nouvelle branche (en quelque sorte) de la théologie : la « théologie du corps ».
M. West a d’abord mis en lumière le fait qu’avant les années 1950, aux États-Unis et au Canada, le corps humain n’avait pas bonne presse. L’âme était perçue comme étant l’élément « bon » de la personne humaine et le corps comme étant l’élément « mauvais » que nous devions presque ignorer et mettre de côté. Cette façon de présenter les choses est un peu caricaturale mais elle recèle aussi beaucoup de vérité. La société de l’époque était très marquée par le jansénisme et le puritanisme. Hugh Hefner arrive et dit aux gens que le corps est quelque chose de beau et de grand. En cela, il dit vrai et il répond à un besoin de vérité de l’être humain. Mais il poussera ce principe dans une très mauvaise direction, une direction mortelle. Comme le disait si bien M. West, l’être humain qui n’aurait que deux choix possibles : soit mourir de faim, soit se nourrir de « malbouffe », choisirait certainement de se nourrir de « malbouffe ». Mais à la longue, cette nourriture malsaine le conduirait inévitablement à la mort, comme l’a si bien montré le documentaire intitulé : Super Size Me dans lequel un homme a fait l’expérience de se nourrir chez McDonald’s  matin, midi et soir pendant un mois et qui au bout d’un mois était pratiquement à l’article de la mort. La voie mise de l’avant par Hugh Hefner conduit elle aussi à la mort même si elle semble, à prime abord, répondre à un besoin.
Heureusement qu’au même moment, dans une autre partie du globe, l’Esprit Saint guidait un jeune prêtre sur le chemin qui conduit à une appréciation juste et raisonnable de la beauté et de la bonté du corps humain. Remercions Dieu de nous avoir donné le pape Jean-Paul II et de l’avoir instruit sur la véritable nature et dignité du corps humain. Que la solennité de l’Ascension du Seigneur 2012, nous fasse faire un pas de plus dans l’appréciation de l’immense dignité du corps humain, ce corps appelé à partager la gloire de notre Dieu Père, Fils et Esprit Saint.    Bonne fin de temps pascal !      

lundi 14 mai 2012

Felix culpa ! Heureuse faute !

Felix culpa !  Heureuse faute !


Il existe, dans la tradition de l’Église des petits chefs-d’œuvre de composition. Et au sein de ces compositions, il arrive que des mots nous sautent aux yeux, nous bouleversent et nous scandalisent, tout au moins à première vue. La raison en est, je pense, que les artistes ou les poètes ont souvent une imagination si grande et une intuition si profonde qu’ils arrivent presque à pénétrer les secrets de Dieu. Il existe une loi dans l’Église qui s’exprime ainsi : « Lex orandi, lex credendi » : littéralement, cela veut dire que la loi de la prière est la loi de la foi. Autrement dit, ce que des gens ont exprimé dans les prières de l’Église, dans les chants, les hymnes ou les oraisons de la messe, est devenu peu à peu dogme de foi, vérités à croire.
L’expression la plus téméraire, originale, et à première vue scandaleuse qui soit, se trouve, selon moi, dans le chant le plus solennel de l’année : l’Exultet. L’Exultet est le chant pascal par excellence, celui que toute l’Église chante pour annoncer la résurrection du Christ lors de la veillée pascale. Au beau milieu de ce chant, alors qu’il est question du premier péché des hommes, le péché d’Adam, retentissent les deux mots suivants : « Felix culpa » : « Heureuse faute ». Nous sommes en droit de nous demander qui a bien pu associer ces deux mots et surtout les mettre dans un chant aussi solennel que l’Exultet. Et comment l’Église a-t-elle pu accepter et cautionner une telle chose ? La raison en est assez simple : au-delà d’une contradiction apparente et au-delà de nos scrupules intellectuels ou théologiques, ces deux mots expriment une vérité tellement profonde, qu’elle ne peut que nous bouleverser, nous éclairer et nous pacifier. Ces deux mots font partie de la phrase suivante de l’Exultet : « Ô heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! »
Le Père Raniero Cantalamessa (pour connaître qui est ce prêtre, veuillez lire l’article précédent sur mon blogue, article intitulé : « Pourquoi fallait-il que Jésus meure pour nous ? ») a une page merveilleuse sur ces deux mots : « Felix culpa ». Voici ce qu’il en dit :
« Quel esprit a pu concevoir le cri : Ô felix culpa » ? Quelle autorité se cache derrière celui-ci ? Non la simple autorité d’un obscur compositeur (l’Exultet  fut écrit, semble-t-il, en Gaule au cours du Vème siècle), mais l’autorité d’un docteur de l’Église. Cette théologie audacieuse s’inspire en effet, presque à la lettre, de saint Ambroise. Celui-ci, parlant de la faute d’Adam, s’était exclamé : « Heureuse ruine qui fut rebâtie plus solide! », et encore : « Ma faute est devenue pour moi le prix de la rédemption …  Plus profitable me fut la faute que l’innocence. » Mais à son tour, saint Ambroise s’appuie sur l’autorité encore plus grande de l’Écriture, qui assure que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Rom 5, 20). Certes, l’« Ô felix culpa ! » dit quelque chose de plus. C’est un cri d’espérance et d’optimisme qui ne trouve sa justification dans aucun texte de l’Écriture pris isolément, mais dans son ensemble, dans la conviction que la puissance de Dieu est telle qu’elle sait tirer le bien de tout, « même du mal » comme le disait saint Augustin.
La beauté extraordinaire de ce cri réside dans l’enthousiasme qu’il laisse transparaître pour la personne du Christ, « un tel Rédempteur » ! À un univers sans faute et sans Christ, on préfère ouvertement un univers avec la faute, mais avec le Christ. (C’est moi, Guy Simard, qui ai mis ces mots en caractères gras, car c’est selon moi la phrase la plus belle de tout le texte que je cite présentement). Et qui pourrait donner tort à celui qui a osé affirmer ceci ? Une célèbre mystique médiévale, reprenant cette ligne optimiste de l’Exultet , a écrit ces paroles qu’elle dit avoir entendues de Dieu lui-même : « Le péché est inévitable, mais tout sera bien et tout sera bien et toute sorte de chose sera bien. » (Julienne de Norwich, Révélations, ch. 27). (Raniero Cantalamessa, Le Mystère pascal, éditions Salvator, pp. 117-118)

Alors que le prédicateur pontifical, le Père Cantalamessa, ne semble avoir eu aucun scrupule   à citer la phrase ci-dessus de Julienne de Norwich, j’ai hésité pour ma part à vous la partager. Je craignais que cette phrase soit presque perçue comme un certain encouragement à pécher. Mais je me suis ravisé car une telle crainte est tout à fait dans la ligne des émotions que les mots « felix culpa » sont susceptibles de faire surgir en nous.
Il y a deux ans, une bonne amie à moi a reçu une grâce assez extraordinaire en entendant chanter les mots « felix culpa » lors de la veillée pascale. Ces mots ont retenti à ses oreilles et ont fait vibrer son cœur tourmenté par des fautes passées. Ces mots si étonnants et pleins de vérité ont été la lumière qui a dissipé les ténèbres provoquées par les faux remords et les illusions perdues. Ces mots pleins de vérité nous mettent en face de la vérité de notre être : nous sommes tous des pécheurs aimés et appelés au pardon de nos fautes. Saint Jean ne dit-il pas dans sa lettre : « Si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout. » (1 Jn 3, 20)

jeudi 10 mai 2012

Pourquoi fallait-il que Jésus meure pour nous ?

Pourquoi fallait-il que Jésus meure pour nous ?


Chers amis,
Enfin je puis vous adresser quelques mots, en ce Temps pascal, le temps le plus beau de l’année pour nous les chrétiens. Le temps de Pâques, j’aime l’appeler « le temps de l’Esprit ». Dès le lendemain de Pâques, notre cœur est tourné vers la Pentecôte qui clôturera le temps pascal. L’Église est toujours tournée vers l’avant, vers le futur, dans la conviction que « le plus beau est à venir ». Dès le premier jour après Pâques, nous lisons le livre des Actes des Apôtres, ce livre qui, dans la Bible suit immédiatement les quatre évangiles. Nous appelons souvent ce livre : « L’évangile de l’Esprit-Saint ». Les quatre évangiles nous parlent de ce que Jésus a dit et fait. Le livre des Actes des Apôtres nous raconte ce que l’Esprit Saint, le grand don promis par Jésus et son Père, a fait par les « actes des Apôtres » et dit par leur bouche. D’ailleurs, le lundi de Pâques, nous lisons comme première lecture à la messe, le discours que Pierre a prononcé dans les rues de Jérusalem le jour même de la Pentecôte (Actes 2, 14.22b-32)
En ce temps de Pâques, je prends le petit déjeuner avec le Père Raniero Cantalamessa, capucin. Je veux dire par là que je prends mon déjeuner en me nourrissant de ce qu’il pense et de ce qu’il a dit ou écrit. Je suis en train de lire son livre intitulé : Le Mystère Pascal. Le Père Raniero Cantalamessa est le prédicateur pontifical depuis 1981. C’est vraiment extraordinaire que ce Père exerce toujours cette fonction. Le prédicateur pontifical est chargé de donner des ressourcements, des journées de retraite et des prédications aux membres de la Curie romaine et, en particulier, au pape. Le titre de « prédicateur pontifical » indique d’ailleurs par lui-même que cet homme est chargé de prêcher au « souverain  pontife ». Ce n’est pas rien que d’avoir pour mission de ressourcer le pape, de le convertir, en quelque sorte. Le Père Cantalamessa a témoigné un jour du fait suivant : lorsqu’il arrivait au  pape Jean-Paul II de manquer une des prédications du Père Cantalamessa durant l’Avent ou le Carême à cause des nombreux voyages que le pape faisait à l’étranger, il s’excusait auprès du Père Cantalamessa d’avoir été absent et d’avoir manqué son enseignement. Quelle délicatesse et quelle humilité, n’est-ce pas ? Je suis toujours impressionné, le jour du Vendredi Saint, lors de l’office de la Passion du Seigneur, en la basilique Saint-Pierre de Rome, de voir le pape assis en train d’écouter prêcher le Père Cantalamessa, tout comme les autres personnes dans la basilique. En effet, c’est le Père Cantalamessa qui a comme rôle à chaque année, de faire l’homélie du Vendredi Saint en la basilique St-Pierre de Rome, en présence du pape.
Dans son livre intitulé Le Mystère pascal, le Père Cantalamessa explique très bien en quelques lignes, pourquoi il fallait que Jésus meure pour nous sauver. C’est ce qu’on appelle en théologie  « la théorie de la satisfaction vicariale ». Voici quelques passages de ce livre. Les mots mis entre parenthèses et en italique viennent de moi; je les ai insérés pour essayer de faciliter la compréhension de ce que dit le Père Cantalamessa; espérons que j’atteigne mon but.
« Le péché a violé les droits de Dieu. Il exige une expiation qui répare l’offense et rétablisse les droits de Dieu. Mais comme la gravité d’une offense ne se mesure pas à la personne de l’offenseur, mais à celle de l’offensé, qui dans ce cas est Dieu lui-même, il fallait donc une réparation d’une valeur infinie qu’aucun homme, évidemment, ne pouvait offrir (Dieu étant infini, l’offense qui lui est faite est infinie, du moins du côté de l’offensé). Telle était donc la situation sans issue avant la venue du Christ : d’un côté, l’homme qui devait payer la dette, mais ne le pouvait pas; de l’autre, Dieu qui pouvait payer, mais qui ne le devait pas, puisqu’il n’avait pas commis lui-même la faute. L’Incarnation a résolu de façon imprévisible cette situation. En Christ, homme et Dieu, celui qui devait payer la dette et celui qui seul pouvait la payer se sont trouvés réunis ensemble, dans la même personne.
Tout ceci est merveilleusement exprimé dans l’Exultet (L’Exultet est le chant grandiose qui inaugure la Veillée pascale, la célébration liturgique chrétienne la plus solennelle de l’année: « Il a remis pour nous au Père éternel le prix de la dette encourue par Adam; c’est lui qui répandit son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché. » Cette vision du salut vient en droite ligne du Nouveau Testament. Christ, lit-on dans celui-ci, est venu pour donner sa vie « en rançon pour une multitude » (Mt 20, 28); par son sang, nous obtenons « la rédemption et la rémission des péchés » (Ep 1, 7 ; 1 Cor 1, 30; 1 Tm 2, 6); Dieu l’a fait servir « d’instrument d’expiation » (Rm 3, 25); sur la croix, Christ a effacé la « cédule de notre dette » (Col 2, 14) » (Raniero Cantalamessa, Le Mystère pascal, éditions Salvator, p. 112)
Le danger que peut encourir la « théorie de la satisfaction vicariale », c’est de faire quasiment passer notre bon Père céleste pour un bourreau, pour quelqu’un qui demande justice à son Fils. Voici comment le Père Cantalamessa résout ce problème :
« Dans l’Exultet, ce danger est cependant éliminé à la racine, car la perspective juridique est tout de suite appuyée et corrigée par une autre qui la libère de toute connotation négative de froide justice, en la ramenant à la révélation de Dieu amour. Il est vrai en effet que le Fils a payé la dette au Père éternel, mais le Père n’est pas seulement celui qui reçoit le prix du rachat; il est aussi celui qui paie. Il est même celui qui paie le prix le plus élevé, puisqu’il donne son fils unique : « Ô merveilleuse bienveillance de ta bonté pour nous, s’exclame-t-on en s’adressant au Père. Ô inestimable tendresse de charité : pour racheter le serviteur, tu as donné ton Fils ! » (Cette magnifique phrase est tirée de l’Exultet ). Rarement la pensée chrétienne, sous toutes ses formes, a atteint cette profondeur abyssale. Rarement l’amour invincible de Dieu Père pour l’humanité a été chanté avec une plus grande émotion et une plus grande simplicité. C’est un écho de Rm 8, 32 : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous. » (Ibid, pp. 113-114)