samedi 28 janvier 2012

Péchés et conversion de David

Péchés et conversion de David

Nathan et David, peinture de  Angelika Kauffmann

Hier et aujourd’hui (vendredi et samedi), l’Église nous propose comme premières lectures à la messe, le récit des péchés de David et de sa conversion. Ce récit est un des plus impressionnants de toute la Bible. C’est le cardinal Carlo Maria Martini, alors qu’il était archevêque de Milan, qui m’a fait découvrir la beauté ce ces textes. Le cardinal Martini a souvent parlé des péchés de David et de sa conversion lors de ses retraites et dans ses livres. Voici les réflexions que je vous propose sur ces textes, réflexions influencées bien sûres par la méditation du cardinal Martini.

Les textes liturgiques de ces deux derniers jours sont tirés du deuxième livre de Samuel, au chapitre 11. Mais pour en comprendre toute la portée, il faudrait avoir lu aussi le premier livre de Samuel. Les deux livres de Samuel nous racontent la vie de David et nous montrent à quel point cet homme était admirable. Ce n’est pas pour rien que Dieu fait savoir au prophète Samuel qu’Il a trouvé un remplaçant au roi Saül en la personne de David : « un homme selon Son cœur (selon le cœur de Dieu). Voici comment le Seigneur  parle de David en saint Luc, dans Les Actes des Apôtres : « J'ai trouvé David, fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés. » (Actes, 13, 22)

Le premier livre de Samuel et une bonne partie du deuxième livre de Samuel nous montrent à quel point David était un homme juste. C’est pour cette raison qu’il sera tellement déconcertant de voir le roi David commettre deux péchés très graves aux yeux de Dieu : l’adultère et le meurtre prémédité. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la raison pour laquelle Dieu a voulu mettre ces faits dans les Saintes Écritures, c’est pour nous avertir que tout être humain est pécheur et donc susceptible de commettre les pires abominations, si les circonstances se présentent.

Voyons un peu comment David est tombé dans le piège, dans le panneau comme on dit ici au Québec. D’ailleurs, un des titres que le cardinal Martini donne à un chapitre sur les péchés de David est précisément celui-ci : le piège. Le chapitre 11 du deuxième Livre de Samuel commence ainsi : « Au retour de l'année, au temps où les rois se mettent en campagne, David envoya Joab et avec lui sa garde et tout Israël : … Cependant David restait à Jérusalem. ». Première erreur : David aurait dû aller lui-même faire la guerre; il était en pleine forme et Dieu lui faisait vaincre tous ses ennemis. Pourquoi a-t-il laissé aller Joab à sa place? Lorsqu’on manque à son devoir d’état, on risque de se mettre dans le pétrin.

Le texte biblique continue : « Il arriva que, vers le soir, David, s’étant levé de sa couche et se promenant sur la terrasse du palais, aperçut, de la terrasse, une femme qui se baignait. Cette femme était très belle. David fit prendre des informations sur cette femme, et on répondit : « Mais c’est Bethsabée, fille d’Éliam et femme d’Urie le Hittite! » Alors David envoya des émissaires et la fit chercher. Elle vint chez lui et il coucha avec elle. » Deuxième erreur : le grand roi David, sûr de lui-même et convaincu de sa vertu a dû se dire : « Une personne équilibrée comme moi et vertueuse comme je le suis peut certainement se permettre un regard ou même quelques regards sur cette femme qui prend son bain ». Ce faisant, tout l’homme pécheur en lui s’est mis en branle. Il s’est mis à désirer cette femme et puisqu’il a tous les pouvoirs (ou croit avoir tous les pouvoirs), il fait venir cette femme au palais et couche avec elle. Voilà l’adultère pure et simple car on lui a très bien dit que cette femme est l’épouse d’un autre. Tout a commencé par ce qu’on peut appeler une « curiosité malsaine des yeux »; quelque chose d’assez anodin en soi. Mais Jésus ne nous a-t-il pas avertis : « Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup, et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup. » (Lc 16, 10).

Quelques jours plus tard, Bethsabée fait savoir à David qu’elle est enceinte. Ah, là les choses se corsent. Cela n’était pas prévu. On sait bien que certains gestes peuvent entraîner certaines conséquences mais dans le feu de l’action et de la passion, on n’oublie facilement cette vérité. C’est alors que le grand David deviendra vraiment ignoble. Il ne faut surtout pas que les gens apprennent l’origine de cet enfant. Il faut tout cacher au peuple. David est de plus en plus envahi par les ténèbres. Saint Jean l’évangéliste ne cesse de nous dire que le péché, c’est les ténèbres. Peu de passages de la Bible le montrent aussi clairement que celui-ci. Alors David, pour se déprendre de tout cela, pour sauver son honneur et sa réputation, ira jusqu’au meurtre; et au meurtre très bien calculé. Je vous invite à aller lire le passage dans votre Bible car je dois ici couper au plus court. David demande à Joab de lui renvoyer Urie. Ce dernier arrive à Jérusalem et malgré toutes les tentatives faites par David pour qu’Urie aille coucher chez lui et puisse penser un jour qu’il est le père de l’enfant, Urie couche aux portes du palais. Alors David écrit une lettre à Joab lui demandant de mettre Urie à l’endroit le plus dangereux de la bataille et de retirer les troupes pour être certain qu’Urie meure. Le saint roi David remet la lettre à Urie sans que ce dernier ne puisse se douter qu’il portera son arrêt de mort au commandant Joab. Ce dernier exécute les ordres et Urie est tué. On vient apprendre à David que son ami et fidèle sujet Urie est mort. David feint la tristesse et prend Bethsabée pour épouse. Si on avait dit à David quelques jours plus tôt, qu’il commettrait l’adultère et le meurtre prémédité, il ne l’aurait jamais cru. Le cardinal Martini nous dit que David a fait l'expérience de la fragilité humaine. Le cardinal Martini établit aussi un lien entre les péchés de David et les phrases suivantes de Jésus:  

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »(Mc 7, 15b. 21-23)

Lorsque j'ai lu les commentaires du cardinal Martini sur les péchés de David, j’ai réalisé de façon tout à fait dramatique et inattendue que je possédais dans mon cœur les douze péchés qu’énumère Jésus dans l’évangile d'aujourd'hui. Avant de lire le commentaire du cardinal Martini, j’avais naïvement pensé que je possédais en moi deux ou trois des péchés énumérés par Jésus; et je me sentais somme toute assez bon. Mais une fois éclairé par les réflexions du cardinal, il ne faisait aucun doute dans mon esprit que je possédais ces douze péchés dans mon cœur. Évidemment, je ne veux pas dire que j’ai commis à date ces douze péchés. Je n’ai heureusement pas encore commis de meurtre. Mais je suis sûr de posséder en moi la racine de tous ces péchés et si, par malheur, des circonstances favorables (ou plutôt défavorables) se pointaient à l’horizon dans ma vie, je pourrais, hélas, tomber dans le panneau, dans le piège, tout comme David, le roi vertueux par excellence. Si David a pu commettre l’adultère et le meurtre prémédité, Guy Simard peut malheureusement en faire tout autant. Je considère les douze péchés cités aujourd’hui par Jésus comme étant de petits volcans tapis au fond de mon cœur et qui pourraient à tout moment faire éruption. Car ce que Jésus décrit aujourd’hui, c’est le cœur humain, le cœur de chaque personne humaine, et donc, le cœur de Guy Simard. Il est aussi intéressant de noter que David a tout fait pour que ses péchés soient inconnus des hommes, et la terre entière connaît désormais ses péchés; même Guy Simard les connaît. Jésus n’a-t-il pas dit : « Rien, en effet, n'est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. » (Lc 12, 2)  

Mais le plus beau dans tout cela, c’est la conversion de David. David est dans les ténèbres; qui le sortira des ténèbres? C’est la Parole de Dieu qui le sortira des ténèbres. C’est toujours la Parole de Dieu qui nous sortira des ténèbres. Cette parole lui viendra du prophète Nathan. Dieu dit à son prophète: « Va dire à David que je sais tout ce qu’il a fait ». Comme il est parfois difficile et dangereux d’être prophète! Nathan a dû se demander comment il dirait cela à David. Or Nathan était très brillant; il a inventé une petite histoire (2 Sam 12) où un riche possédait du petit et gros bétail en abondance. Son voisin était pauvre et ne possédait qu’une petite brebis; mais il aimait tellement cette brebis qu’elle couchait dans son lit et mangeait à sa table. Arrive un voyageur chez le riche et ce dernier décide de faire tuer la brebis de son voisin pour la servir en nourriture au visiteur. David entre alors dans une grande colère et s’exclame : « Cet homme mérite la mort. » Nathan regarde David et lui dit: « Cet homme, c’est toi. » Alors les yeux de David s’ouvrent; et son cœur aussi. Et David dit cette phrase admirable : « J’ai péché contre le Seigneur. » Il ne dit pas : « J’ai péché contre Urie » ou encore: « J’ai péché contre Bethsabée. ». Il dit: « J’ai péché contre le Seigneur. ». Voilà l’essence même du péché : une offense faite au Seigneur, à Quelqu’un qui nous aime tellement.

Hier et aujourd’hui, la liturgie nous présente comme psaume, le psaume 50, psaume communément appelé: le Miserere. . Ce n’est pas pour rien que ce psaume est proclamé aujourd’hui. Ce psaume semble sorti tout droit du cœur et des lèvres de David, après son péché. Voici quelques passages de ce psaume:

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
 Mais tu veux au fond de moi la vérité ;
dans le secret tu m'apprends la sagesse.


Purifie-moi avec l'hysope, et je serais pur ;
lave-moi et je serais blanc, plus que la neige.


Créé en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Rends-moi la joie d'être sauvé ;
que l'esprit généreux me soutienne.


Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur,
et ma langue acclamera ta justice.

Si j'offre un sacrifice tu n'en veux pas,
tu n'acceptes pas d'holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

Si toi qui me lis en ce moment, tu prends conscience de ton état de pécheur, et si par pur bonheur et par pure grâce, tu crois en Jésus notre Sauveur et notre Dieu, je t’invite à entrer dans ton cœur et à remercier Dieu le Père de t'avoir donné la foi en son Fils bien-aimé Jésus Christ, le divin médecin. Lui seul peut guérir en profondeur le cœur malade de l’être humain.
Chacun de nous peut pécher et pécher gravement. Mais si cela ne nous arrive pas, c’est que Dieu aura été encore plus Miséricordieux envers nous. Il nous aura alors en quelque sorte « sauvé davantage ». C’est ma sainte préférée qui m’a fait comprendre cela:

« Je reconnais que sans Lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Ste Madeleine, et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais : « Celui, à qui l’on remet moins, aime moins », mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à Ste Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber. Ah ! Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… 

Ah ! Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. - Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, (…). Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire. Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui… Mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père. (…) J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! Que je voudrais faire mentir cette parole !… » (Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, A 38-39)


P.S.  Je viens tout juste d'apprendre la mort du cardinal Carlo Maria Martini. Il est décédé vendredi dernier, le 31 août 2012. Prions pour le repos de son âme.  La devise épiscopale de ce cher cardinal était la suivante: " Pro veritate adversa diligere ", que je traduirais littéralement de la façon suivante: "Pour la vérité, aimer l'adversité". N'est-ce pas une belle devise pour un évêque ?   
 



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