lundi 29 août 2011

Edith Stein

Edith Stein
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(1891- 1942)
Edith Stein est très certainement une des plus grandes personnalités féminines du siècle dernier. Ce n’est pas sans raison que le pape Jean-Paul II, le 1er octobre 1999,  a fait de cette femme à l’intelligence remarquable et à la charité exemplaire la co-patronne de l’Europe en compagnie de Sainte Brigitte de Suède et de Sainte Catherine de Sienne. Edith est née le 12 octobre 1891 à Breslau en territoire allemand, au sein d’une famille juive, le jour du Grand Pardon. Le jour du Grand Pardon (le Yom Kippour) est considéré comme la fête juive la plus sainte de l’année. Autrefois, en ce jour, le grand prêtre entrait dans le saint des saints pour offrir le sacrifice de réconciliation et d’expiation pour lui-même et pour tout le peuple. C’était le seul jour de l’année où le grand prêtre pouvait entrer dans le saint des saints. Maintenant que nous savons que Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix (nom d’Edith Stein devenue carmélite) est morte dans une chambre à gaz dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, le fait de savoir que cette sainte est née le jour du Grand Pardon revêt une grande signification symbolique. Le jour du Yom Kippour 1891 est née la sainte qui allait mourir victime de la Shoah (le mot Shoah qui signifie « catastrophe » doit être préféré au mot « Holocauste » qui a une connotation spirituelle). La mort d’Edith Stein a sûrement été vue par notre Père du ciel comme un sacrifice d’expiation et une demande de pardon pour les crimes abominables de la Shoah.
Avant d’entrer au carmel, Edith était avant tout une intellectuelle. Elle fit des études en psychologie, en lettres, en histoire et en philosophie. Elle obtint un doctorat en philosophie avec la mention « summa cum laude » et fut l’assistante du père de la phénoménologie moderne, Edmund Husserl. Elle fut une professeure estimée et une conférencière renommée. Seuls les préjugés de l’époque l’ont empêchée d’avoir une chaire à l’université. Née juive de parents très croyants, elle vécut un athéisme radical à l’adolescence et comme jeune adulte. Elle se convertit au catholicisme  et reçut le baptême le 1er janvier 1922, à l’âge de 31 ans. Elle entra au carmel de Cologne-Lindenthal le 14 octobre 1933, en la veille de la fête de Sainte Thérèse d’Avila qui a joué un rôle déterminant dans sa conversion. Elle est arrêtée par la Gestapo le 2 août 1942 et conduite au camp de Westerbork en Hollande. Le 7 août 1942, elle est déportée au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau et tuée dans une chambre à gaz deux jours plus tard : le 9 août 1942. C’est pour cette raison que nous fêtons la mémoire de Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix le 9 août. J’avoue ne pas tellement aimer la façon dont on traduit en français le nom qu’Edith Stein a choisi en entrant en religion: Teresia Benedicta a Cruce. La vraie traduction de son nom de carmélite devrait être le suivant: Thérèse bénie par la croix.
 Le but du présent article n’est pas tellement de faire connaître la riche personnalité d’Edith Stein mais plutôt de lui donner la parole. Les citations de la sainte que vous trouverez ci-dessous, sont toutes tirées d’une magnifique revue qu’une de mes paroissiennes m’a prêtée dernièrement. Cette paroissienne, dont le prénom est Lise, a achetée cette revue en Allemagne lors d’un séjour en ce pays et l’a conservée précieusement. Cette revue, intitulée « Edith Stein, la folie de la croix » a pour auteures Sœur Waltraud Herbstrith et Mme Marie-Dominique Richard et fut publiée aux Éditions du Signe en 1997.
Voici quelques citations d’Édith tirées de la revue ci-haut mentionnée :
Ce que nous connaissons de nous-mêmes n’est que la surface. La profondeur nous reste en très grande partie cachée. Dieu seul la connaît.  
Ce qui ne se trouvait pas dans mon projet était inscrit dans le projet de Dieu. Plus se présentent de tels événements, plus vive se fait en moi cette conviction dictée par la foi que, dans la perspective de Dieu, il n’existe pas de hasard, que ma vie entière est déjà tracée jusque dans ses détails par les plans de la providence divine et qu’elle est un enchaînement logique parfait aux yeux de Dieu qui voit tout. 
Le chemin de la foi nous mène plus loin que celui de la connaissance philosophique : au Dieu personnel et proche, à Celui qui est le tout aimant, le miséricordieux, à une certitude que nulle connaissance naturelle ne peut donner.
Du point de vue juridique et politique, les femmes avaient au tournant du siècle le même statut que les mineurs, c’est-à-dire que les enfants et les malades mentaux. La constitution du Reich de 1919 établit l’égalité de principe qui en fit des citoyens à part entière. Grâce à l’obtention du droit de vote actif, elles devinrent une force politique dont il fallut tenir compte dès lors.
Parce que l’on était d’avis il y a quelques décennies encore que la femme avait sa place à la maison et qu’elle n’était bonne à rien d’autre, il a fallu de longs et difficiles combats pour parvenir à élargir un terrain d’action devenu par trop étroit … Contre ce système se sont consciemment insurgées bon nombre de femmes courageuses et décidées.
Voici ce qu’a dit à ce sujet le pape Jean-Paul II le 1er octobre 1999, alors qu’il déclarait Edith Stein co-patronne de l’Europe : « Son militantisme en faveur de la promotion sociale de la femme fut particulièrement appréciable pour son temps, et les pages dans lesquelles elle explora la richesse de la féminité et la mission de la femme du point de vue humain et religieux sont vraiment pénétrantes (cf. E. Stein, La femme. Sa mission selon la nature et la grâce).   (Jean-Paul II, Lettre apostolique du 1er octobre 1999, no. 8 )  
Qu’il soit possible de mettre la science au service de Dieu, je ne l’ai clairement compris qu’avec saint Thomas; et c’est ce qui m’a décidé à me remettre sérieusement au travail scientifique.
En parlant de sa vie au carmel : Il ne me manque rien de ce qui est à l’extérieur et j’ai tout ce qui me manquait lorsque j’étais à l’extérieur …
Lorsqu’une chose en vue de laquelle on a longtemps prié avec ténacité se réalise, cela m’impressionne davantage encore qu’un accomplissement immédiat. Et je continue de m’extasier devant ce magnifique exaucement.
Cœur divin de mon Sauveur ! Je te promets solennellement de saisir toutes les occasions pour te procurer de la joie. Et chaque fois que je serai placée devant un choix, je choisirai ce qui te réjouira le plus. J’en fais solennellement la promesse pour te prouver mon amour …
L’esprit divin, la vie divine, l’amour divin, seul celui qui accomplit la volonté de Dieu en fait l’expérience.
C’est à la fin de sa vie que « Thérèse bénie par la croix » sut au mieux porter le nom qui lui fut dévolu lors de son entrée dans la vie religieuse. Elle embrassa avec amour la croix et le crucifié jusqu’à son dernier souffle. Lorsque sa sécurité commença à être en danger, elle écrivit :
« Chère Mère, lorsque vous aurez lu la lettre du Père Hirschmann, s.j., vous saurez quel est mon état d’esprit. Je n’ai plus envie maintenant d’effectuer quoi que ce soit pour assurer ma sécurité. Je la mets entre vos mains, vous laissant le soin de décider si vous voulez consulter les sœurs, le père provincial ou l’évêque pour prendre une décision. Je suis en paix à tous points de vue. On ne peut acquérir une scientia crucis (science de la croix) que si l’on commence par souffrir vraiment du poids de la croix. Dès le premier instant, j’en ai eu la conviction intime et j’ai dit du fond du cœur : Ave crux, spes unica ! (Salut croix, notre unique espérance !).
La clé de tout, c’est la croix. Prêcher la croix serait vain, si ce n’était l’expression d’une vie en union avec le crucifié.
Chère Mère, que votre Révérende veuille bien me permettre de m’offrir au cœur de Jésus en sacrifice d’expiation pour la vraie paix : que le règne de l’antéchrist s’effondre, si possible sans une nouvelle guerre mondiale, et qu’un ordre nouveau soit établi. Je voudrais m’offrir aujourd’hui même (26/ 03/ 1939), parce qu’on est à la douzième heure. Je sais que je ne suis rien, mais Jésus le veut, et il ne manquera pas d’adresser en ces jours le même appel à bien d’autres âmes encore.
Dès à présent j’accepte avec joie la mort que Dieu m’a destinée, dans une parfaite soumission à sa très sainte volonté. Je prie le Seigneur d’accepter ma vie et ma mort pour sa gloire et glorification, pour toutes les intentions … de la sainte Église, …  enfin pour mes proches, pour les vivants et les morts, et pour tous ceux que Dieu m’a confiés; pour qu’aucun d’entre eux ne se perde.
Où Dieu nous mène, nous l’ignorons. Nous savons seulement qu’Il nous mène.
Le 2 août 1942, deux officiers S.S. survinrent au carmel de Echt. Ils ordonnèrent à Edith Stein d’ouvrir les grilles du parloir et de quitter le couvent avec eux dans les cinq minutes. Le 2 août était le lendemain d’une fête qu’Edith affectionnait particulièrement, celle de saint Pierre « ad vincula » (dans les chaînes), dont elle disait :
J’aime particulièrement cette fête, non comme jour de commémoration mais en ce qu’elle signifie le détachement des liens par la main de l’ange. Combien de liens ont déjà été défaits ainsi et quelle félicité lorsque les derniers tomberont. Jusque-là, il nous faut tenir en silence dans ceux qui nous échoient encore – plus nous serons dans le silence, moins nous les sentirons.
Plus grande que tout est la paix de l’éternité, où tous les liens et tous les voiles tombent.
Si tu veux trouver le repos, ne te compare pas aux autres.
Bénis le cœur affligé de ceux qui souffrent, la solitude accablante des hommes, l’être sans repos, la souffrance que nul ne s’aviserait de confier à un autre. Jamais encore tu ne m’as ôté la tristesse. Elle pèse parfois lourdement sur moi. M’en donnes-tu la force, j’arrive à la porter. Bénis maintenant mon sommeil. Souviens-toi de ce que ton Fils a enduré dans l’angoisse de la mort. Donne la paix à tous les morts.
L’union nuptiale de l’âme avec Dieu est le but pour lequel celle-ci a été créée, rachetée sur la croix, accomplie sur la croix et scellée pour l’éternité avec la croix.
L’étoile de Bethléem est une étoile dans la nuit obscure, aujourd’hui encore.
Notre amour pour Dieu est à la mesure de notre amour pour les êtres.
En terminant, il est bon de souligner que Thérèse bénie par la croix donnait à l’Esprit-Saint le nom ou le titre d’Éternelle allégresse. (Pentecôte 1942)




mercredi 24 août 2011

La véracité des évangiles

La véracité des évangiles :

Il existe une discipline de la théologie que l’on appelle « l’apologétique ». Cette branche de la théologie a pour but de défendre la foi chrétienne, de montrer la crédibilité de la foi en Jésus Christ notre Seigneur. Cette discipline théologique était surtout employée par le passé ; en particulier durant les premiers siècles de l’Église. Aujourd’hui, en ce 24 août, alors que nous fêtons en Église l’apôtre saint Barthélemy, l’office des lectures du bréviaire (la liturgie des heures) nous présente un merveilleux texte apologétique écrit par saint Jean Chrysostome (né entre 344 et 349 et décédé en 407), l’un des plus illustres Pères de l’Église. Parmi tous les textes que nous présentent le bréviaire, celui-ci figure parmi mes préférés.

Homélie de saint Jean Chrysostome sur la 1ère lettre aux Corinthiens : 

La croix a gagné les esprits au moyen de prédicateurs ignorants, et cela dans le monde entier. Il ne s’agissait pas de questions banales, mais de Dieu et de la vraie foi, de la vie selon l’Évangile, du jugement futur. Elle a donc transformé en philosophes des rustres et des illettrés. Voilà comment la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et sa faiblesse, plus forte. Comment est-elle plus forte ? Parce qu’elle s’est répandue dans le monde entier, qu’elle a soumis tous les hommes à son pouvoir et qu’elle a résisté aux innombrables adversaires qui voulaient faire disparaître le nom du Crucifié. Au contraire, ce nom s’est épanoui et propagé ; ses ennemis ont péri, ont disparu ; les vivants qui combattaient un mort ont été réduits à l’impuissance. Aussi, quand un Grec dit que je suis fou, il manifeste que lui-même l’est au maximum, puisque moi qu’il juge fou, je me montre plus sage que les sages ; s’il me traite de faible, il se montre lui-même plus faible encore. En effet, ce que des publicains et des pécheurs ont pu réussir par la grâce de Dieu, les philosophes, les rhéteurs, les tyrans, bref la terre entière, dans toute son étendue, n’a même pas été capable de l’imaginer.
C’est en pensant à cela que Paul disait : La faiblesse de Dieu est plus forte que tous les hommes. Que la prédication soit l’œuvre de Dieu, c’est évident ici. Comment douze hommes, des ignorants, ont-ils pu avoir l’idée d’une pareille entreprise, eux qui vivaient auprès des lacs et des fleuves, et dans le désert ? Eux qui n’avaient jamais fréquenté les villes et leurs assemblées, comment ont-ils pu songer à se mobiliser contre la terre entière ? Ils étaient craintifs et sans courage : celui qui a écrit sur eux le montre bien, lui qui n’a voulu ni excuser ni cacher leurs défauts. C’est là une preuve très forte de vérité. Que dit-il donc à leur sujet ? Quand le Christ fut arrêté, après avoir fait d’innombrables miracles, la plupart s’enfuirent, et celui qui était leur chef de file ne resta que pour le renier.

Ces hommes étaient incapables de soutenir l’assaut des Juifs quand le Christ était vivant. Et lorsqu’il fut mort et enseveli, alors qu’il n’était pas ressuscité, qu’il ne leur avait donc pas adressé la parole pour leur rendre courage, d’où croyez-vous qu’ils se seraient mobilisés contre la terre entière ? Est-ce qu’ils n’auraient pas dû se dire : « Qu’est-ce que cela ? Il n’a pas été capable de se sauver lui-même, et il nous protégerait ? Quand il était vivant, il n’a pas pu se défendre, et maintenant qu’il est mort il nous tendrait la main ? Quand il était vivant, il n’a pu se soumettre aucune nation, et nous allons convaincre la terre entière en proclamant son nom ? Comment ne serait-il pas déraisonnable, non pas même de le faire, mais seulement d’y penser ? »
La chose est donc évidente : s’ils ne l’avaient pas vu ressuscité et s’ils n’avaient pas eu la preuve de sa toute-puissance, ils n’auraient pas pris un risque pareil.



lundi 22 août 2011

Sens ou non-sens

Sens ou non-sens:
L’être humain a le choix : il peut vivre son existence sous le signe du sens ou du non- sens. Il peut choisir d’être athée ou croyant. Quelle décision lourde de « sens »! Quelle responsabilité pour lui-même et pour les personnes qu’il rencontrera et que, forcément, il influencera! Je me souviens des propos qu’avait tenus à la radio M. Pierre Bourgault, un des athées les plus connus de la nation québécoise. Alors qu’on l’interviewait, M. Bourgault a clairement dit que pour lui, les événements de notre vie n’avaient aucun sens et qu’il était inutile et oiseux de vouloir trouver un sens à l’univers, à l’être humain et à ses actions. Voilà la position existentielle qu’il avait un jour librement choisie. Saint Jean, pour sa part, commence ainsi son évangile: « Au commencement était le sens. » (Jn 1,1) Je sais très bien que ce n’est pas la traduction que l’on fait normalement du premier verset de l’évangile de Jean, mais c’est la traduction qui me parle le plus en ce moment, alors que j’écris ces quelques lignes. Saint Jean a écrit son évangile en grec. Il a écrit: « Au commencement était le « logos ». Or, le mot « logos » signifie d’abord « raison ou sens » et ensuite « parole ». Les Bibles traduisent le premier verset du quatrième évangile de la façon suivante: « Au commencement était le Verbe (la Parole) »; ce faisant, les traducteurs optent pour la deuxième signification du mot « logos ».
Nous sommes ici au cœur de la conception chrétienne du monde. Nous croyons, comme chrétiens, que Dieu a créé un monde sensé, un monde qui a du sens. Nous croyons même que tout ce qui existe a un sens et que tout ce qui nous arrive a un sens et que ce sens se trouve en Dieu. Tant que nous ne jouirons pas de la vision pleine de Dieu (de la « vision béatifique »), nous ne comprendrons pas que tout a un sens; mais nous pouvons et devons déjà croire que c’est le cas. Dans l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée cette année (2011) lors de la veillée pascale, il a dit ceci :
"Dans les premières paroles de son Évangile, saint Jean a résumé la signification essentielle de ce récit en cette unique phrase: «Au commencement était le Verbe». Le monde est un produit de la Parole, du Logos, comme l’exprime Jean avec un terme central de la langue grecque. «Logos» signifie «raison», «sens», «parole». Il ne signifie pas seulement «raison», mais Raison créatrice qui parle et qui se communique elle-même. C’est une Raison qui est sens et qui crée elle-même du sens. Le récit de la création nous dit, donc, que le monde est un produit de la Raison créatrice. Et ainsi il nous dit qu’à l’origine de toutes choses il n’y avait pas ce qui est sans raison, sans liberté, mais que le principe de toutes choses est la Raison créatrice, est l’amour, est la liberté. Ici nous nous trouvons face à l’alternative ultime qui est en jeu dans le débat entre foi et incrédulité: l’irrationalité, l'absence de liberté et le hasard sont-ils le principe de tout, ou bien la raison, la liberté, l’amour sont-ils le principe de l’être? Le primat revient-il à l’irrationalité ou à la raison? C’est là la question en dernière analyse. Comme croyants nous répondons par le récit de la création et avec Saint Jean: à l’origine, il y a la raison. A l’origine il y a la liberté. C’est pourquoi être une personne humaine est une bonne chose. Il n’est pas exact que dans l’univers en expansion, à la fin, dans un petit coin quelconque du cosmos se forma aussi, par hasard, une certaine espèce d’être vivant, capable de raisonner et de tenter de trouver dans la création une raison ou de l’avoir en elle. Si l’homme était seulement un tel produit accidentel de l’évolution en quelque lieu à la marge de l’univers, alors sa vie serait privée de sens ou même un trouble de la nature. Non, au contraire: la raison est au commencement, la Raison créatrice, divine. Et puisqu’elle est Raison, elle a créé aussi la liberté; et puisqu’on peut faire de la liberté un usage indu, il existe aussi ce qui est contraire à la création. C’est pourquoi une épaisse ligne obscure s’étend, pour ainsi dire, à travers la structure de l’univers et à travers la nature de l’homme. Mais malgré cette contradiction, la création comme telle demeure bonne, la vie demeure bonne, parce qu’à l’origine il y a la Raison bonne, l’amour créateur de Dieu. C’est pourquoi le monde peut être sauvé. C’est pour cela que nous pouvons et nous devons nous mettre du côté de la raison, de la liberté et de l’amour – du côté de Dieu qui nous aime tellement qu’il a souffert pour nous, afin que de sa mort puisse surgir une vie nouvelle, définitive, guérie. " (Benoît XVI, Veillée Pascale, 23 avril 2011)
Voilà, très bien exprimé, l’enjeu de la vie humaine. Je suis, pour ma part, toujours impressionné par la description qu’Eric-Emmanuel Schmitt (l’auteur francophone le plus lu dans la francophonie) fait de son passage de l’athéisme à la croyance. Voici comment il raconta un jour sa conversion à un journaliste du journal La Croix:
« J’étais parti dans le Hoggar avec des amis. Nous avions gravi le mont Tahar, le plus haut sommet, et j’ai voulu redescendre le premier. J’ai vite compris que je ne prenais pas le bon chemin, mais j’ai poursuivi, irrésistiblement séduit par l’idée de me perdre. Quand la nuit et le froid sont tombés, comme je n’avais rien, je me suis enterré dans le sable. Alors que j’aurais dû avoir peur, cette nuit de solitude sous la voûte étoilée a été extraordinaire. J’ai éprouvé le sentiment de l’Absolu et, avec la certitude qu’un Ordre, une intelligence, veille sur nous, et que, dans cet ordre, j’ai été créé, voulu. Et puis la même phrase occupait mes pensées: Tout est justifié. »
La nuit nuit du 4 février 1989, la vie d’Eric-Emmanuel Schmitt a complètement basculé. Il était entré athée dans le désert et il en est sorti croyant. Cette nuit-là, il a compris que « tout a un sens ». L’expression « tout est justifié » est synonyme de « tout a un sens ».  Une fois devenu croyant, Eric Emmanuel Schmitt a cherché à savoir qui était ce Dieu auquel il croyait désormais. Il a étudié toutes les religions. Une nuit (une autre nuit), il a lu les quatre évangiles en entier et il s’est exclamé: « Voilà la vérité; voilà ce qui est vrai. » La nuit où il est devenu croyant et la nuit où il est devenu chrétien nous sont racontées dans la préface de sa pièce de théâtre intitulée : Mes Évangiles.
Lorsqu’on lit des expériences telles que celle qu’a vécue Eric-Emmanuel Schmitt on se demande spontanément: « Pourquoi lui ; pourquoi pas moi ou un autre ? Pourquoi cette expérience lui est-elle arrivée à lui? » Nous avons presque le sentiment que Dieu est injuste puisqu’il semble privilégier certains de ses enfants, au détriment de d’autres ou même à l’exclusion de d’autres. Pour ma part, je résous cette question par ces mots écrits par le cardinal Albert Vanhoye: « Lorsque Dieu concède une grâce spéciale, elle n’est jamais exclusivement destinée à la personne mais lui est donnée à l’avantage de tous. » (Les lectures bibliques des dimanches, Année A, p. 276)



lundi 15 août 2011

Le secret de la joie de Marie

Le secret de la joie de Marie
Dans le nord de l’Aisne, une petite bourgade abrite, sous le porche de sa belle église, une Vierge qui compte parmi les plus jolies de son temps (ci-dessus, dernier tiers du XIII ème siècle). Cette belle Marie pourrait concourir au titre du plus beau sourire du XIII ème siècle.
 
15 août 2011 : Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie
Chers amis, comme vous le savez probablement, je suis un Père Oblat de la Vierge Marie. Je profite de la solennité en cours où nous nous commémorons le moment où Marie notre Mère est entrée dans la gloire du Père avec son corps et son âme, pour vous partager une des expériences mariales que j’ai vécues et dont je suis très reconnaissant envers Dieu. Cette expérience est très liée au titre de mon blogue car elle m’a permis de comprendre le secret de la joie qui inondait le cœur de Marie alors qu’elle vivait sur notre terre.
Le 7 juin 1987, en la fête de la Pentecôte, le pape Jean-Paul II a inauguré une année mariale pour l’Église entière. Cette année mariale devait de fait durer un peu plus d’un an car elle se termina en la fête de l’Assomption de l’année suivante : le 15 août 1988. J’ai eu le privilège de participer à l’ouverture de cette année mariale, en compagnie de plusieurs confrères Oblats de la Vierge Marie, en la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome.
En cette année mariale, j’ai décidé de développer un lien plus étroit avec notre Mère du ciel. J’ai choisi une question que j’allais poser à Marie tout au long de l’année. Cette question est la suivante : « Qui es-tu, Marie de Nazareth ? » Cette question avait pour but de mieux connaître Marie et, conséquemment, de mieux l’aimer. Car lorsqu’on connaît mieux quelqu’un, normalement on l’aime davantage.
J’ai donc commencé à poser cette question à Marie. À l’approche de la solennité de l’Immaculée Conception, le supérieur des Oblats du Canada me téléphone pour me demander si j’accepterais d’aller prêcher un triduum en l’honneur de l’Immaculée dans la paroisse de Montréal dont nous avions la charge. J’habitais alors dans le diocèse de Nicolet, à La Maison du Pardon, une maison de retraites qui appartenait à notre Congrégation religieuse. J’ai accepté l’invitation.
Trois jours avant la grande fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre, je me rends donc dans notre paroisse de Montréal. Le lendemain de ma première nuit à Montréal, je me réveille, je m’assieds sur le bord de mon lit et je pose ma fameuse question à la Vierge Marie : « Qui es-tu, Marie de Nazareth ? » Et pour la première fois, en cette année mariale qui était commencée depuis des mois,  je reçois une réponse. J’ai entendu cette réponse très clairement; non pas avec mes oreilles, mais avec mon cœur. Et cette réponse disait ceci : « Moi, je suis une femme qui n’a jamais fait ce qu’elle a voulu. ». Quand j’ai « entendu » cette réponse, je n’étais pas du tout impressionné. Je trouvais même cette réponse assez déprimante et pas du tout enthousiasmante. Mais plus je  répétais cette réponse dans mon cœur, plus je la trouvais merveilleuse et éclairante. Je suis maintenant convaincu que ce jour-là, la Très Sainte Vierge Marie m’a livré le secret de la joie qui l’a toujours habitée.
Pour percevoir la beauté de cette réponse, il faut d’abord comprendre que la phrase qui est parvenue à mon cœur est incomplète. La Saint Vierge devait s’attendre à ce que je sois assez intelligent pour la compléter par moi-même. De fait la réponse de Marie est celle-ci : « Moi, je suis une femme qui n’a jamais fait ce qu’elle a voulu, mais qui a toujours fait ce que Dieu a voulu. » Voilà le secret de la joie de Marie : Marie a toujours fait la Volonté de Dieu, même si cette Volonté allait à l’encontre de ses désirs les plus chers et les plus naturels. Marie avait exclu, semble-il, de devenir mère et voici que Dieu lui demande de donner naissance à son Fils bien-aimé; Marie aurait aimé mettre au monde son enfant en un endroit confortable ou tout au moins décent; mais Dieu avait songé à « une meilleure place » selon Ses vues. Marie aurait aimé jouir d’un temps d’intimité pour célébrer la naissance de son enfant mais il lui fallut fuir en Égypte. Marie aurait préféré mourir avant son Fils mais Dieu a voulu que l’Immaculée Mère de Dieu voie son adorable Fils mourir crucifié devant Elle comme un bandit. Marie n’a jamais fait ce qu’Elle a voulu mais Elle a toujours fait ce que Dieu a voulu et ce faisant, son cœur a toujours été inondé d’une joie ineffable et inexplicable. Car ce qui rend foncièrement l’être humain heureux, c’est d’accomplir en tout la Volonté de Dieu.
Or la réponse que j’ai reçue de Marie en 1987, est tellement bien adaptée à notre temps. De nos jours, les hommes et les femmes veulent faire ce qu’ils veulent dans la vie. Ils croient qu’en satisfaisant tous leurs désirs et leurs besoins, ils seront heureux. Erreur !  Ils croient que le bonheur consiste à faire ce que l’on veut, sans personne pour nous indiquer la voie à suivre. Erreur !  La phrase que j’ai entendue en décembre 1987 est tellement bien « tournée » pour notre époque; elle est tellement actuelle! Elle est à la fois choquante et éclairante; inutile de vous dire que je ne l’oublierai jamais. Et j’ai été heureux aujourd’hui de vous la partager, à 23 ans exactement de la clôture de l’année mariale.
Guy, omv  

Ajout:

1. Le secret de la joie de Marie / Guy Simard - YouTube
www.youtube.com/watch?v=gqeLjehxasY
27 mars 2015 - Ajouté par Guy Simard, omv
Une demande à la Vierge : qui es-tu Marie de Nazareth ? ... Notre-Dame de l'Équilibre et l'histoire ...