lundi 27 juin 2011

Ah les enfants !!!

Ah les enfants !!!

Bonjour à vous !

Il faut que je vous raconte ce qui s'est passé hier alors que j'ai baptisé le petit Gabriel de deux ans et huit mois. Gabriel vit en France avec ses parents. Ils sont en vacance chez les parents de Sophie qui est québécoise et la mère de Gabriel. Rodolphe, le papa, est français.

Gabriel est mignon comme tout et très grand pour son âge. Il est d'ailleurs presque aussi grand que son frère Zacchary qui a cinq ans. Gabriel est un enfant plein de vie. Je l'ai laissé se défouler un peu durant la célébration et marcher un peu partout puisqu'il n'était pas du tout conscient de l'heure extraordinaire qu'il vivait. J'ai su, après la célébration, que son papa s'inquiétait un peu de la façon dont son fils Gabriel allait vivre la célébration puisqu'il savait très bien à quel point Gabriel est débordant d'énergie.

Arrive le moment du baptême proprement dit. Je demande à Rodolphe de tenir Gabriel dans ses bras, pour faciliter le versement de l'eau. Gabriel est donc face vers moi. Je lui mets deux fois de l'eau sur la tête et le front. Voyant qu'il réagit très bien, je ne me gêne pas pour le troisième versement d'eau; je lui en verse pas mal sur la tête et dans toute la figure. Le pauvre, il était rempli d'eau; son gilet était tout mouillé. Je vais chercher la serviette, je l'essuie au mieux et je retourne porter la serviette à deux pieds de là. C'est alors que le petit Gabriel se tourne vers son papa et lui dit la phrase qui clôturera cet envoi. Je n'ai pas entendu Gabriel prononcer la phrase mais son père me l'a dite dès que je me suis rapproché d'eux. J'ai alors vraiment ri.

Quand j'ai essuyé la figure de Gabriel, il a alors ouvert les yeux. Son regard s'est posé immédiatement sur le cierge pascal qui était tout près des fonts baptismaux. Il a alors vu cette grande flamme qui montait vers le ciel et a dit à son papa: " Il va pas me brûler aussi ??? !!!!!!!  "

dimanche 26 juin 2011

Solennité du Corps et du Sang de Jésus

Solennité du  Corps et du Sang de Jésus

Nous vivons en Église un autre temps marqué par les solennités. Dimanche dernier, nous vivions la solennité de la Très Sainte Trinité; aujourd’hui nous célébrons la solennité du Corps et du Sang de Jésus et vendredi nous vivrons la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. On peut se demander quel est le but de ces trois solennités. Leur but est très certainement de nous aider à entrer toujours davantage dans une logique de l’amour. Ces trois fêtes ne peuvent s’expliquer que par l’Amour, même si cet Amour est si grand qu’il est inexplicable.
Quelques réflexions sur la solennité d’aujourd’hui : la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang de Jésus. Quel est le sens de ce Corps livré de Jésus, de ce Sang versé de Jésus ? Saint Jean, pour nous montrer le sens de cette solennité, nous rapporte dans son évangile quel en a été le prélude. Jésus lors du dernier repas qu’Il prit avec ses apôtres, se leva de table, mit un linge autour de ses reins et se mit à laver les pieds de ses amis. Quel geste extraordinaire; quel geste émouvant; quel geste scandaleux à première vue ! Lui, le maître, se met volontairement dans la situation de l’esclave. Car seuls les esclaves ou les enfants lavaient les pieds des adultes. Jésus se fait petit devant ses amis. Être aux pieds des gens ou encore mieux « se mettre aux pieds des gens », c’est se mettre dans une situation de très grande vulnérabilité. Si on se met aux pieds des gens, on peut facilement se faire tasser, se faire frapper, se faire piétiner. Or c’est précisément ce qui arrivera à Jésus quelques heures seulement après le repas : on disposera de son Corps à volonté : on le frappera, on le giflera, on le flagellera, on le crucifiera. Tout cela parce que Jésus, par amour, a voulu se rendre vulnérable. Le lavement des pieds était un geste prophétique, dans la pure ligne des gestes symboliques posés par les prophètes.
Quand apprendrons-nous et accepterons-nous que l’Amour soit vulnérable ? Dans une relation amoureuse, la personne qui aime le plus est toujours la personne la plus vulnérable. Lorsque deux personnes s’aiment, la personne qui aiment le plus est toujours la plus susceptible d’être déçue du manque de réciprocité dans l’amour, du manque de générosité de l’autre, du manque de reconnaissance de l’autre. Même si lorsqu’on aime, on pardonne tout facilement.
Jésus aujourd’hui et toujours nous livre son Corps et son Sang. Nous sommes tellement habitués de prier Dieu comme étant le Tout-Puissant, que nous oublions parfois de faire la distinction entre Puissance divine et pouvoir humain. La puissance de Dieu, ce n’est pas le pouvoir humain. Il faut absolument que le chrétien distingue instinctivement puissance et pouvoir. Heureusement que Dieu peut tout. Ainsi Il peut m’aimer à volonté, sans tenir compte, en un sens, de mes offenses. Et surtout, Il a pu ressusciter le Corps inerte et ensanglanté de son Fils Jésus. Il pourra donc guérir toutes mes maladies et mes infirmités et me pardonner tous mes péchés. Mais Dieu refusera toujours le pouvoir au sens où le monde sans Dieu l’entend. Car ce que recherche le monde sans Dieu, c’est avant tout de dominer l’autre avec ou sans violence. Ce genre de pouvoir, Jésus l’a toujours refusé car il est contraire à l’amour. Jésus nous dit dans l’évangile : « Les grands de ce monde font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. » (Mc 10, 42b-44)
Il y a une hymne dans le bréviaire qui exprime très bien cette vérité; l’hymne s’intitule : « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? » Il y est dit : « Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ? Se faire pain de vie, c’est se placer dans un état de grande vulnérabilité. Seul l’Amour peut expliquer un tel geste.

Heureuse Solennité du Corps et du Sang de Jésus !!!

Veuillez prendre note que je serai en vacance du premier juillet au dernier jour du mois. Je serai de retour à Montréal le 31 juillet. À l’endroit où je passe mes vacances, je n’aurai pas d’ordinateur. Quel changement de vie ce sera pour moi !!! Mon blogue nouveau né jouira donc très tôt d’un temps de repos. Je vous souhaite un très beau mois de juillet. On se retrouve en août.
Guy, omv






mercredi 22 juin 2011

Le prêtre et les sacrements

Le prêtre et les sacrements :
Dans le cadre de l’année sacerdotale (juin 2009 à juin 2010) décrétée par le pape Benoît XVI, notre unité pastorale a organisé des soirées de formation pour faire connaître la vie et la vocation des prêtres. Durant sept lundis, des prêtres sont venus nous parler de leur expérience en tant que ministres ordonnés. Chaque prêtre est venu nous entretenir d’un aspect du ministère presbytéral. Le lundi 10 mai, le Père Guy Simard, omv, nous a parlé du prêtre comme ministre des sacrements. Voici le texte de son enseignement :

La semaine dernière, Mgr Norbert Lacoste nous a parlé du prêtre et de la Parole de Dieu. Aujourd’hui, je vous parlerai du prêtre et des sacrements.

Je suis heureux que le thème regardant le prêtre et la Parole de Dieu ait précédé mon thème. Si, quand vous étiez jeunes, pour la plupart d’entre vous, on vous avait demandé quelle est la tâche principale du prêtre, vous auriez probablement répondu que c’est de donner les sacrements au peuple de Dieu. Et c’était de fait l’idée commune qu’on se faisait à cette époque du prêtre.
Mais depuis ce temps, nous avons vécu ce qu’on appelle le Concile Vatican II. Dans son document sur le ministère et la vie des prêtres, intitulé « Presbyterorum Ordinis » (7décembre 1965), dans le Préambule, il est dit ceci :
Plusieurs fois déjà, ce saint Concile a rappelé à tous l’importance de l’Ordre des prêtres dans l’Église [1]. Cet Ordre joue, dans la rénovation de l’Église du Christ, un rôle essentiel, mais aussi de plus en plus difficile :  …  Par la sainte ordination et la mission reçues des évêques, les prêtres sont promus au service du Christ Docteur, Prêtre et Roi.
Et au chapitre 2, intitulé : Le ministère des prêtres, il est dit ceci :  

Les prêtres, ministres de la Parole de Dieu

Le Peuple de Dieu est rassemblé d’abord par la Parole du Dieu vivant [24] qu’il convient d’attendre tout spécialement de la bouche des prêtres [25]. En effet, nul ne peut être sauvé sans avoir d’abord cru [26] ; les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour premier devoir d’annoncer l’Évangile à tous les hommes [27] ; ils exécutent ainsi l’ordre du Seigneur : « Allez par le monde entier, prêchez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15) [28], et ainsi ils constituent et font grandir le Peuple de Dieu.

Il ne faut pas se surprendre de cela car c’est ce que Jésus a fait en tout premier lieu et durant la plus grande partie de son ministère public: Il a prêché la Parole de Dieu.

 Les sacrements en général :

Ce qui m’impressionne le plus lorsque je considère les sacrements institués par notre bien-aimé Sauveur Jésus le Christ, c’est ceci : ils sont si simples et si profonds. Un peu d’eau, un peu d’huile, un morceau de pain non fermenté, une main tendue, accompagné d’une parole toute simple et très courte. Lorsque je considère cela, je me dis : oui, tel est bien notre Dieu, le Dieu révélé par Jésus : un Dieu si simple et si profond. Il n’y a rien de compliqué en Dieu. Dieu n’aime pas les choses compliquées. Nous les humains, nous n’aimons pas non plus les choses compliquées, mais pourtant nous semblons aimer compliquer les choses.

Les sacrements sont les gestes et les paroles les plus puissantes qu’il y ait sur cette terre. Chaque sacrement produit un miracle; rien de moins. Si l’homme avait inventé de tels moyens, des moyens si puissants, il aurait probablement accompagné ces gestes d’éléments grandioses. L’être humain se serait dit : tant qu’à faire des choses aussi puissantes et étonnantes, autant faire les choses de façon étonnante et puissante. Mettons-y le paquet. Notre Dieu est la première anti-star, le premier pourfendeur du vedettariat ou du star système; qu’il vienne d’Hollywood ou d’ailleurs. Je suis tellement émerveillé que Jésus, avec tous ses pouvoirs étonnants, ait vécu trente ans dans l’anonymat le plus complet et lorsqu’Il a commencé à se révéler au grand jour, il faisait souvent ses miracles en privé pour ne pas que les gens se méprennent sur sa mission de sauveur. La façon dont Jésus enseignait possède les mêmes caractéristiques divines : simplicité et profondeur. Les paroles de Jésus dans l’évangile sont si simples à comprendre, pour la plupart; mais elles sont si profondes qu’on ne finira jamais d’en creuser le sens. Voilà comment Dieu se plaît à se révéler : par la simplicité de sa profondeur.

Je n’aurai pas le temps de parler de tous les sacrements. Je ne parlerai que de quatre d’entre eux : le baptême, la réconciliation, l’eucharistie et le mariage.

Le sacrement du baptême :
  
Le premier de tous les sacrements est le baptême. Je suis toujours impressionné lorsque je baptise, au moment précis où je suis sur le point de mettre de l’eau sur le front des bébés. Et dès que j’ai fait le geste et que j’ai prononcé les paroles qui sont propres au sacrement du baptême, je dis très souvent ceci aux gens : « Que j’ai hâte d’être au ciel pour voir ce qui se passe à l’intérieur de l’enfant lorsque je pose ce geste ». Car notre foi nous enseigne qu’il est changé intérieurement d’une façon qu’on ne peut même pas imaginer. Son être même est changé. Il s’agit d’un changement ontologique, ce qui veut dire un changement de son être même. L’enfant est divinisé et participe à la nature divine, en Jésus et grâce à Jésus. Cet enfant devient le Christ. C’est cela que veut dire le titre qu’il portera désormais toute sa vie : il est chrétien. Chrétien veut dire Christ. On lui mettra un vêtement blanc pour signifier qu’il a revêtu le Christ. Mais quand on dit qu’on a revêtu le Christ, on ne veut pas dire qu’on met au-dessus de nous un vêtement qu’on pourra enlever à volonté. Non, on veut dire qu’intérieurement, nous sommes devenus le Christ, participant de ce qu’Il est en lui-même. Jésus est Fils de Dieu par nature; nous, nous sommes fils et filles de Dieu par participation.
  
J’aime particulièrement le moment où je mets le saint chrême sur le front de l’enfant pour signifier que lorsque j’ai mis l’eau sur son front, il est devenu « prêtre, prophète et roi ». Mais pourquoi est-il devenu si rapidement et si facilement prêtre, prophète et roi ? Parce qu’il a revêtu le Christ. Il est devenu le Christ. Il y a des gens qui sont scandalisés lorsque je dis cela. Tant pis pour eux. Je ne peux répondre à cela que ceci : « Allez lire les Pères de l’Église, ces premiers docteurs de notre foi. Ils nous disent sans broncher et sans vergogne cette phrase étonnante : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » J’aurais le goût de dire à ces gens de garder leurs critiques pour le jour où ils rencontreront les Pères de l’Église au ciel. Tout cela ne relève-t-il pas du miracle ? Je comprends qu’on puisse s’en étonner et même s’en scandaliser. Mais saint Pierre nous dit clairement dans sa deuxième lettre que nous sommes « participants de la nature divine ». (2 P 1,4)
  

Le sacrement de la réconciliation :

Du sacrement de pénitence au sacrement de la réconciliation :

Le sacrement de la réconciliation est un peu l’enfant pauvre parmi les sacrements, ou encore l’enfant mal-aimé. C’est très triste de voir les gens déserter si facilement le recours à ce sacrement. Je vais donc m’attarder plus longuement sur ce sacrement, d’autant plus que notre fondateur, le Père Bruno Lantéri a dit que l’Oblat de la Vierge Marie devrait mourir, idéalement, dans le confessionnal ou en prêchant.  

Parlons d’abord de la façon de nommer ce sacrement. Il est beau de voir que l’Église a changé le nom de ce sacrement : il est passé de « sacrement de la pénitence à sacrement de la réconciliation ». Les mots sacrements de pénitence faisaient allusion à un seul joueur : le pénitent. C’est le pénitent qui doit faire pénitence, et non pas Dieu. On était consciemment ou inconsciemment invité à mettre l’accent sur nous, l’attention sur nous. Grossière erreur ! Dans le sacrement de la réconciliation, l’accent doit être mis sur Dieu. D'où le changement de nom. Quand je dis « réconciliation », je vois tout de suite qu’il y a deux protagonistes. Et quiconque connaît bien la Bible, sait très bien que le beau rôle et le grand rôle dans le sacrement de la réconciliation, est joué par Dieu. En ce sens, les phrases suivantes de saint Paul sont très belles :

« Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. » (2 Cor 5, 18-21)

Ce texte de saint Paul est sûrement un des textes les plus importants en ce qui a trait au sacrement de la réconciliation. En d'autres mots, saint Paul nous dit : « Laissez-vous faire. Vous n’avez rien à faire pour vous réconcilier avec Dieu que de vous laisser-faire. Laissez-vous réconcilier avec Dieu. C’est Lui qui fait tout. » On a bien de la misère en Église à accepter cela. On veut toujours faire quelque chose pour mériter notre salut. Si on fait rien, on se sent coupable. C’est la grande distinction qu’on essaie de faire ces derniers temps entre « perfection » et « sainteté ». La perfection, c’est au bout d’un long cheminement et après bien des efforts. La sainteté, c’est tout de suite et maintenant. Est-ce que cela a pris du temps à Zachée pour être sanctifié ? Est-ce que cela a pris du temps au bon larron pour devenir un saint ? Est-ce que cela a pris du temps à Marie-Madeleine pour devenir une des plus grande saintes de l’Église? Et pourquoi, à nous, cela prendrait-il du temps? Le plus bel exemple de cela, ce sont les baptêmes d’adultes. Quand un adulte ou une adulte est baptisé(e), elle devient sainte immédiatement. Cela ne veut pas dire que la vie chrétienne n'implique aucun effort. Mais cela veut dire que pour être sanctifié, je n’ai qu’à me présenter devant Dieu avec humilité et repentir. C'est ce que Jésus nous a enseigné, à la fin de la parabole du pharisien et du publicain, en Luc 18, 9-14.   

Compréhension du sacrement :

Pour comprendre le sacrement de la réconciliation, il faut retourner au soir de son institution. Jésus est mort à cause de nos péchés et pour nos péchés le Vendredi Saint, et il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures. Or, le premier geste que Jésus a posé, au soir de la Résurrection, c’est de donner le pouvoir aux Apôtres de pardonner les péchés. Cela est assez extraordinaire, n’est-ce pas? C’est la première chose que Jésus a faite. Voici ce qui est dit dans l’évangile selon saint Jean :

« C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : «La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » (Jn 20, 19-23)

Ce qui frappe, en premier lieu lorsque nous écoutons ce passage de saint Jean et que nous pensons au sacrement de la réconciliation, ce sont les paroles de l’institution de ce sacrement : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis … » Or je pense, personnellement, qu’il y a beaucoup plus dans ce texte, en rapport avec le sacrement du pardon. Jésus nous indique aussi le plus grand bienfait que nous recevons de ce sacrement et la façon dont nous le recevons. Ce que je vous dis là, ce sont des intuitions que je viens tout juste d’avoir en préparant cet enseignement. Je n’avais jamais pensé à cela auparavant. Cela prouve qu’on a toujours des choses à apprendre et que l’enseignement est un excellent moyen d’apprentissage.

Les premières paroles du ressuscité sont très importantes : « La Paix soit avec vous ! » Elles sont si importantes que Jésus les répète tout de suite après. La paix, c’est le grand fruit que nous recevons, selon moi, dans le sacrement de la réconciliation : la paix avec Dieu, la paix en Dieu, la paix de Dieu. La paix, c’est aussi le dernier mot que le prêtre dit avant de pardonner les péchés au nom de Jésus. Avant de donner l’absolution proprement dite, le prêtre fait cette prière : « Que Dieu notre Père, vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, Il a réconcilié le monde avec Lui et Il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. Par le ministère de l’Église, qu’Il vous donne le pardon et la paix ». La paix, c’est le grand fruit du sacrement du pardon, selon moi. Dieu nous donne son pardon pour que nous goûtions sa paix, pour que nous soyons en paix. Mais de quelle paix s’agit-il ? Une fois de plus, c'est Jean l'évangéliste qui nous fournit la réponse à cette question. Jésus nous dit, en saint Jean: « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27) Jésus nous donne la paix, mais pas comme le monde la donne. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut certainement dire que Jésus peut nous donner une paix que personne d’autre ne peut nous donner. Cela est très intéressant si on l’applique au sacrement de la réconciliation. Lorsque nous péchons, tout notre être est affecté : notre corps, notre âme et notre esprit. Nous sommes habitués de parler de l’être humain comme étant un composé d’âme et de corps. Et cela est vrai. Mais l’être humain est aussi « esprit ». C’est ce que saint Paul essaie de nous faire comprendre dans sa première lettre aux Thessaloniciens :

« Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Th 5,23)

La distinction entre âme et esprit n’est pas facile à comprendre. Mais je pense que vous arriverez, comme moi, à saisir quelque chose de cela « intuitivement ». Ce que je vais dire dans un instant, est perçu par nous surtout grâce à l’intuition, et non pas tant par le raisonnement. Après avoir entendu mon interprétation, vous vous direz probablement : « Oui, je crois que le Père Guy a raison », mais vous serez pratiquement incapables d’expliquer la raison pour laquelle vous êtes d'accord avec moi. 

Le mot « âme » vient du mot grec « psuché » employé dans le Nouveau Testament et du mot hébreu : « nephesch ». Donc âme = psuché, d’où vient le mot « psychologique ». Il est vrai que le péché affecte en nous tout notre être psychologique. Le mot « esprit » vient du mot grec « pneuma » et du mot hébreu « ruah » qui veulent dire « souffle ». Quand on parle de l’esprit dans la Bible, on fait donc clairement référence au souffle divin que Dieu a mis en nous, à ce qui en nous est divinisé. On fait clairement référence à Dieu en nous. Or le péché se joue surtout là. On a appris tout jeune que le péché est une offense faite à Dieu. Mais il aurait été bon qu’on nous dise que le péché est une « offense faite à Dieu en nous». Et cette offense-là, cette souillure-là, seulement Dieu peut l’enlever. Il y a des gens qui nous confient avoir commis une grave trahison envers une personne. Elles disent que la personne trahie leur a pardonné. Mais elles ne sont pas encore en paix. Parfois elles ont suivi une thérapie pour guérir des séquelles psychologiques dues à leurs erreurs ou à leurs péchés; mais elles n’ont toujours pas la paix. Cela ne me surprend pas car cette paix- là, seul Dieu peut la donner. Il y a une partie de notre être, que la Bible appelle l’esprit, que seul Dieu peut voir, toucher et guérir. Et c’est là que se trouve la paix dont parle Jésus; c’est là que se joue la paix dont parle notre bien-aimé Sauveur.

« L’esprit (avec petit « e »), c’est ce que Thérèse d’Avila appelle « la fine pointe de l’âme ». C’est le lieu le plus profond de notre être, le sanctuaire caché là où Dieu se tient et nous souffle « viens vers le Bien, viens vers Moi, évite le mal, fais ce qui est bien », etc. Vatican II l’appelle simplement la conscience. La Bible parle du coeur de l'homme : son centre le plus profond .» (Ephata Forum catholique, Corps âme et esprit, 29 avril 2007)

Le sentiment qui doit nous animer : la confiance 

Le grand sentiment qui doit nous animer lorsque nous nous approchons du sacrement de la réconciliation, c’est la confiance. Autrefois, on disait que c’était la contrition. Je n'ai rien contre cela. Mais, personnellement, je préfère dire que c’est la confiance qui doit être le sentiment dominant chez la personne qui s'approche du sacrement de la réconciliation . Tout est dans la confiance; tout est une question de confiance. Surtout dans ce sacrement. Ma sainte préférée, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, lorsqu’elle est allée se confesser pour la première fois de sa vie, était tellement heureuse, tellement joyeuse. Comme je l’envie! Comme j'aimerais avoir les mêmes dispositions! Cette sainte a dit un jour : « C’est par la confiance, et seulement par la confiance, qu’on parvient à l’amour. » Vous avez tous entendu parler, j’imagine, de Sœur Faustine, la première Sainte canonisée de l’an 2000. Cette religieuse polonaise qui a eu des révélations du Sacré Cœur. Jésus lui est apparu et lui a demandé de faire faire une image selon le modèle qu’Il lui a montré. Il lui a aussi demandé d’écrire au bas de l’image, les mots suivants : « Jésus, j’ai confiance en Toi! ». Quelle belle phrase ! Et si on regarde bien cette représentation de Jésus, on dirait qu’Il est en train de donner le sacrement de la réconciliation; Il semble exécuter le geste de la main que le prêtre fait lorsqu’il absout les péchés.

 
«  Jésus, j’ai confiance en Toi ! »


Jésus a dit à Sœur Faustine :

" Ma fille, quand tu t'approches de la Sainte Confession, de cette source de ma Miséricorde, le Sang et l'Eau qui sont sortis de mon Coeur se déversent sur ton âme et l'ennoblissent. Chaque fois que tu te confesses, plonge-toi tout entière dans ma Miséricorde avec grande confiance, pour que je puisse répandre en ton âme toutes les largesses de ma grâce. Quand tu vas te confesser, sache que c'est moi-même qui t'attends dans le confessionnal. Je ne fais que me cacher derrière le prêtre, mais c'est moi seul qui agis dans l'âme. Ici, la misère de l'âme rencontre le Dieu de Miséricorde. Dis aux âmes qu'à cette source de Miséricorde elles ne puisent qu'avec le vase de la confiance. Lorsque leur confiance est grande, il n'y a pas de borne à mes largesses. Les torrents de ma grâce inondent les âmes humbles. Les orgueilleux seront toujours dans la misère et la pauvreté car ma grâce se détourne d'eux pour aller vers les âmes humbles. " (Petit Journal, § 1602)

C’est très beau ce que Jésus dit ici. Comment cela pourrait-il ne pas être beau puisque c’est le Seigneur qui le dit. Jésus nous parle à la fois de confiance et d’humilité. Seuls les humbles peuvent avoir un cœur confiant. Les orgueilleux ignorent la confiance. Je vais vous partager une expérience que j’ai faite il y a de cela cinq ou six ans, alors que je suis allé me confesser. J’ai été à l’Oratoire Saint-Joseph, où j’allais souvent me confesser et j’ai été très mal reçu, selon moi, par le prêtre. Je suis sorti du confessionnal très fâché, avec la nette impression que le prêtre avait été très bête avec moi. Il m’avait écouté et m’avait dit une seule phrase sur un ton pas mal sec : « Mais vous avez confiance en Dieu, non ? ». Après coup, j’ai réfléchi à cela et j’ai trouvé que ce prêtre avait très bien agi. Il a probablement essayé de me réveiller un peu. Je me souviens qu’en me confessant, j’avais pris un air et un ton pas mal piteux; je me sentais petit dans me souliers et si peu fier de moi. J’ai commencé ma confession comme je le fais toujours, en lui disant que j’étais prêtre et religieux. Voyant mon état d’âme, et surtout cette façon que j’avais de m’apitoyer sur moi-même, le prêtre m’a dit : « Mais vous avez confiance en Dieu, non ? » Quelle belle phrase ! Et combien cette phrase était bien placée ! Ce jour-là, j’étais centré sur moi au lieu d’être centré sur Dieu. J’étais centré sur mes péchés au lieu d’être centré sur la miséricorde. J’avais précisément oublié d’avoir confiance en Dieu, d’avoir confiance en Jésus.

Le sacrement de l’eucharistie : 
Le plus grand de tous les sacrements, c’est l’eucharistie. Jésus, dans l’évangile de saint Jean, nous dit à quel point il avait un ardent désir de se donner dans ce sacrement. Lorsque nous aimons quelqu’un, nous désirons être avec lui ou avec elle. Et lorsque nous aimons beaucoup quelqu’un nous désirons faire communion avec cette personne. C’est parce que Jésus nous aime tellement qu’Il a trouvé un moyen d’être toujours avec nous avec son corps, son âme et son esprit, dans ce sacrement par excellence de son amour. Et il est allé jusqu’à trouver un moyen de venir en nous, et de faire corps avec nous; de nous aimer Corps à corps. L’union corporelle est une union très intime; or nous vivons cette union corporelle avec le Seigneur lorsque nous recevons l’eucharistie.
L’eucharistie est le sacrement qui actualise le mieux sur cette terre l’union de l’époux et de l’épouse. L’épouse, c’est l’Église, mais c’est chacun et chacune de nous. En ce sens, l’eucharistie fait grandement penser au mariage. L’eucharistie est l’union la plus intime que nous puissions avoir avec Jésus. Mais quand on parle ainsi, nous les humains, nous avons un problème. Nous pensons immédiatement de façon charnelle, et même de façon sexuelle. Et cela nous joue des tours. Quand Jésus s’unit à nous dans l’eucharistie, il n’y a évidemment pas d’union sexuelle. Mais Jésus est présent en nous, au plus profond de nous avec son corps. Car lorsque nous mangeons l’eucharistie, nous mangeons réellement le corps de Jésus; mais son corps glorifié, son corps glorieux, sous la forme de la substance. Ce n’est pas pour rien que l’Église, pour expliquer la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie, parle de « transsubstantiation ». Voici ce que dit le Catéchisme de l’Église catholique :
no 1374 Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Il élève l’Eucharistie au-dessus de tous les sacrements et en fait " comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent tous les sacrements " (S. Thomas d’A., s. th. 3, 73, 3). Dans le très saint sacrement de l’Eucharistie sont " contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier " (Cc Trente : DS 1651). " Cette présence, on la nomme ‘réelle’, non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas ‘réelles’, mais par excellence parce qu’elle est substantielle, et que par elle le Christ, Dieu et homme, se rend présent tout entier " (MF 39).

no 1376  … par la consécration du pain et du vin s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son Sang ; ce changement, l’Église catholique l’a justement et exactement appelé transsubstantiation " (DS 1642).

Et voici ce que l’on peut lire sur Google, en écrivant le mot « transsubstantiation ». Le premier lien est celui de Wikipedia :
" La substance est ce qui existe par soi-même (ipsum esse subsistens). Ainsi, la forme d'un chapeau n'est pas le chapeau lui-même, pas plus que sa couleur, sa taille, sa texture ni aucune autre propriété sensible. C'est le chapeau lui-même (sa « substance ») qui possède une forme, une couleur, une taille, une texture tout en étant distinct de ces propriétés. Contrairement à ces apparences ou accidents, la substance ne peut être perçue par les sens. La substance est une des dix catégories de l'être définies par Aristote (une substance et neuf accidents) ".

Une des choses qui m’impressionnent le plus dans l’eucharistie, c’est l’humilité de Dieu. Tous les sacrements sont pour moi de grands signes de l’humilité de Dieu. Mais l’eucharistie est le sacrement qui manifeste au plus haut point l’humilité de Dieu. L’humilité de Dieu est manifeste dans la source de l’eucharistie et dans son effet. D’abord dans sa source : le sacrifice eucharistique. L’eucharistie est le mémorial de la mort et résurrection de Jésus. Quand le prêtre élève l’hostie à peine consacrée, Jésus meurt et ressuscite devant nous. Il ne meurt pas de nouveau et ne ressuscite pas de nouveau, mais il rend présent sa mort sur la croix et sa résurrection. On n’aurait jamais pu imaginer que Dieu qui peut faire ce qu’Il veut, ait choisi de mourir sous Ponce Pilate alors que la crucifixion existait. La crucifixion est selon moi le châtiment le plus humiliant qui soit : nu sur une croix, à mourir au bout de son sang. L’eucharistie est donc un sacrement humble dans sa source ; mais elle est aussi un sacrement humble dans son effet. Une fois que les paroles de la consécration ont été prononcées, Jésus est présent dans ce qui ressemble à un petit morceau de pain. Il est là, à la merci de tous. Et je ne puis m’empêcher de penser à cette phrase de Jésus : « Qui se fera petit comme un enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. » (Mt 18,4)  Notre Dieu s’est fait petit enfant, mais Il se fait encore plus petit dans l’eucharistie. D’où son immense grandeur !

Le sacrement du mariage : 

J’aime beaucoup célébrer des mariages. Durant l’homélie je dis aux gens pourquoi j’aime bénir des mariages. Premièrement, parce que nous sommes témoins d’un miracle devant nos yeux : les futurs mariés sont entrés deux dans l’église et ils sortent de l’église un. Jésus a confirmé l’enseignement qu’on retrouve dans le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse : « L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. » (Mt 19, 5-6)  Il ne s’agit pas d’un amour fusionnel où chaque époux perdrait sa personnalité propre. Non, chacun des époux conserve sa personnalité, mais aux yeux de Dieu, ils ne forment qu’une seule réalité.

Mais surtout, j’aime célébrer des mariages parce que c’est pratiquement le seul endroit où je peux être témoin de l’amour dans sa plus pure expression. C’est lors des mariages que je suis témoin du plus grand amour. Jésus a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15,13) Or les époux, le jour de leur mariage, se donnent l’un à l’autre. Chacun remet toute sa vie dans les mains de l’autre. Pour comprendre en quoi le mariage nous permet d’être témoin du plus grand amour qui soit, il faut savoir ce que c’est que l’amour. Nous avons plusieurs niveaux en nous, un peu comme des oignons. Le niveau le plus superficiel est le niveau des sentiments. Quand je dis cela, je ne veux pas du tout dire que les sentiments ne sont pas importants dans l’amour et je ne veux pas dire non plus qu’ils ne peuvent pas être très forts et très puissants. De fait, quand un homme et une femme décident de se marier, c’est sûrement parce que leur amour sentimental est très fort. Mais ce n’est pas dans les sentiments que se trouve la perfection de l’amour. L’amour le plus profond se trouve dans la volonté. Cela, la philosophie nous l’enseigne. Le meilleur exemple que je puisse donner de cela, c’est l’exemple de Notre Seigneur Jésus Christ. La théologie nous enseigne que Jésus nous a sauvés par chacune de ses actions. L’amour infini qui était derrière chacune de ses actions a compensé pour nos péchés qui offensent l’amour infini de Dieu. Mais la théologie nous enseigne aussi que Jésus nous a sauvés tout spécialement par sa mort et sa résurrection.

Il y a un moment dans la vie de Jésus qui, selon moi, est le moment clef dans la vie de Jésus. C’est le moment où Jésus, d’une façon tout à fait particulière, nous a sauvés. Cela s’est passé dans le jardin des oliviers, communément appelé le jardin de Gethsémani. Dans ce jardin, Jésus a commencé à avoir peur, à avoir extrêmement peur. À tel point, nous dit l’évangéliste saint Luc, que Jésus a sué du sang (Lc 22, 44). J’ai entendu dire qu’il faut avoir vraiment peur pour suer du sang. Jésus a éprouvé de l’angoisse, de la tristesse. À tel point qu’il a même prier son Père d’être épargné des souffrances qui l’attendaient. Dans le jardin de Gethsémani, les sentiments de Jésus et toute la partie affective de son être disaient non à la souffrance. Mais à force de prier, par la force de sa prière, il en est venu à dire « oui » à la volonté de son Père, à dire oui au don de soi par amour. Il a dit : « Je veux et je décide de mourir par amour pour mes frères et sœurs humains. ». Quand il eut pris cette décision, on voit dans l’évangile que Jésus a reçu une très grande force. Il est sorti du jardin plein de force et il était clair dès lors que rien ne l’arrêterait plus ; qu’Il irait jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au don total de soi.

Une grande montréalaise qui est décédée depuis quelques années, madame Jeannine Guindon, a fondé un institut sur le boulevard Gouin. Le nom de cet institut est : L’Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal. Cette femme était vraiment une grande dame. On vient de partout dans le monde pour suivre une formation dans cet institut. Un jour elle était interviewée à la radio. L’animateur de la radio lui a demandé : « Mme Guindon, pour vous, c’est quoi l’amour ? » Et madame Guindon a eu cette réponse extraordinaire : « Pour moi, l’amour, c’est une décision, c’est un engagement. » Quelle belle réponse ! Même moi qui suis prêtre, je n’aurais pas donné une réponse aussi forte et aussi éclairante à cette question. Madame Guindon a été immédiatement à ce qu’il y a de plus grand dans l’amour. Or c’est à l’occasion des mariages, au moment le plus important qu’on appelle « l’échange des consentements », lorsque chacun des époux dit devant tout le monde : « Oui, je le veux », que je suis témoin de l’amour dans ce qu’il a de plus grand.                     

Annexe :
Esprit, âme et corps

Ephata Forum catholique, Corps âme et esprit, 29 avril 2007 :
Beaucoup de gens confondent l'âme et l'esprit de nos jours ou encore, oublient une dimension de l'être humain et le réduisent à la vision platonicienne dualiste : corps et âme, d'où la confusion entre l'âme et l'esprit dans cette adage très à la mode "un esprit sain dans un corps sain ».
J'aimerais que nous puissions ensemble essayer de définir ce qu'est la personne humaine dans l'anthropologie biblique en partant de cette Parole de la Lettre aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de la paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irréprochable lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ ». (1 Thessaloniciens 5, 23)
Nous savons tous ce qu'est le corps, la partie matérielle visible de notre être. Le corps est défini par Jean Paul II comme « l’épiphanie de ma personne » (terme que je trouve très beau), ou si vous préférez « le sacrement de ma personne » : c’est-à-dire le signe visible, concret, sensible de ce que je suis, tel que j’apparais.
L’âme, ce sont nos 5 facultés psychiques : intelligence, mémoire, volonté, affectivité et imagination (pas nécessairement dans cet ordre !). Je suis aussi mon âme. Par exemple : « Je » pense, ce n’est pas « ça pense en moi et je m’approprie la pensée »…c’est « je » qui pense… c’est « je » qui souffre, c’est « je » qui se souviens, c’est « je » qui veux, etc.

L’esprit (avec petit « e »), c’est ce que Thérèse d’Avila appelle « la fine pointe de l’âme ». C’est le lieu le plus profond de notre être, le sanctuaire caché là où Dieu se tient et nous souffle « viens vers le Bien, viens vers Moi, évite le mal, fais ce qui est bien », etc. Vatican II l’appelle simplement la conscience. La Bible parle du coeur de l'homme : son centre le plus profond
.
Le texte suivant est tiré d’un site internet intitulé « Ananie », en date du 21 décembre 2009 : L'homme : Corps, âme et esprit

De nos jours, on définit parfois l'homme en deux parties, le corps et l'âme. Dans cette vision des choses, on ne perçoit plus la différence entre âme et esprit qui sont assimilés comme une seule et même chose.
Pourtant Saint Paul et les pères de l'Église définissent une structure de l'homme en trois parties : le corps, l'âme et l'esprit.
« Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu'il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. » (Saint Paul, 1 Thessaloniciens 5, 23).
Certains auteurs chrétiens définissent l'esprit comme la pointe extrême de l'âme, son coeur, son centre, ou l'âme de notre âme. Mais pour que cette affirmation soit comprise dans son juste sens, il me semble important d'étudier la vision de l'homme décrite par les premiers chrétiens. Tentons donc de définir ces trois parties de l'homme :  
·     Le corps, tout le monde le comprend aisément, c'est notre physique, la dimension matérielle de notre être.

·   L'âme c'est ce que l'on pourrait définir dans le langage contemporain comme notre psychisme. Cela comprends toutes nos pensées, nos émotions, nos perceptions, nos ressentis, nos instincts (qui sont un vécu de l'âme à propos du corps), toutes les facultés de notre âme (volonté, imagination, mémoire...), bref tout ce que peut percevoir notre conscience, tout ce qui anime notre corps. Notre âme est constituée de l'ensemble de ce dont nous sommes conscients dans le présent et de la mémoire, consciente et inconsciente, de tout ce que nous avons expérimenté dans le passé (car notre inconscient enregistre absolument tout ce que nous avons vécu : toutes les pensées, toutes les émotions, toutes les sensations...). C'est notre âme qui fait notre personnalité : si par exemple quelqu'un a une personnalité douce, c'est qu'il a développé en lui, par le passé, l'habitude de réagir avec douceur aux expériences qu'il ou elle vivait. Lorsque l'on dit « c'est ma nature, je suis comme ça, je ne peux pas changer », on se trompe car ce que nous appelons ici « notre nature » n'est en fait qu'une somme d'expériences vécues par notre âme et stockées dans notre inconscient. Si nous prenons la ferme décision de changer, et que nous commençons à développer de nouvelles habitudes, avec le temps, ces nouvelles habitudes vont devenir plus fortes que les anciennes et notre personnalité changera. Notre personnalité, contrairement à ce que nous pensons souvent, n'est pas préexistante, nous l'avons nous-mêmes créée par la manière dont nous avons réagit aux différentes expériences de notre vie. Ce qui est préexistant en nous, c'est l'image de Dieu, car Dieu nous a créé à son image et à sa ressemblance. Mais nous sommes dans une certaine confusion du fait que nous assimilons le centre de notre être à notre âme : nous croyons que dans notre âme il y a un moi immuable, avec sa personnalité, qui pense, qui ressent... Or, l'âme n'est pas un être qui pense et qui ressent : il n'y a pas d'un côté l'âme et de l'autre ses expériences psychiques (pensées, émotions...etc.) ; sa substance même est constituée de l'ensemble de toutes nos expériences psychiques.
·   
     L'esprit c'est ce qui est au centre de notre âme, c'est notre être lui-même, et c'est une ouverture sur la lumière infinie de Dieu. Les Pères de l'Église disent que c'est notre faculté contemplative qui tend vers Dieu et que c'est en nous l'image de Dieu. Nous sommes tous conscients d'avoir un corps et une âme (qui sont en quelque sorte à la périphérie de notre être), mais généralement, nous ne percevons pas notre esprit. Car l'esprit est au delà du psychisme. Il n'est ni une partie du psychisme, ni un aspect du psychisme, ni un état particulier du psychisme. Il est en dehors, au delà. Il ne peut être perçu ou compris par notre psychisme et tous les mots pour l'exprimer sont imparfaits. Définir l'esprit comme le coeur de l'âme est intéressant, car cela nous aide à comprendre que de la même manière que notre âme habite notre corps tout en n'étant pas limitée par ses limites spatio-temporelles, l'esprit habite l'âme tout en n'étant pas limité pas ses limites psychiques. D'autre part définir l'esprit comme quelque chose d'autre que l'âme est aussi très utile. Cela nous montre que pour accéder à l'esprit il ne faut par chercher à faire taire notre psychisme, mais regarder au delà. Ainsi, les Saints contemplatifs expliquent très bien que pour accéder à Dieu au travers de notre esprit (qui est unit à Lui), il ne sert à rien de lutter contre les pensées et tout ce que nous ressentons, mais il faut aller au delà. L'esprit étant au delà du psychisme, tous deux peuvent coexister dans notre conscience, de la même manière que nous pouvons être conscients de notre âme tout en étant conscients de notre corps.



 






dimanche 19 juin 2011

La Très Sainte Trinité

La Très Sainte Trinité
Hier, j’ai commencé à écrire sur mon blogue. Je vous ai partagé une expérience spirituelle qui a été très importante dans ma vie. Et aujourd’hui, nous fêtons notre Dieu. Comment passer sous silence la fête de notre Dieu ? De cela, je me sens heureusement incapable.
À cette époque de l’année, nous avons la fête des mères; aujourd’hui, nous vivons la fête des pères. Il semble que ce temps de l’année soit propice pour fêter les gens que nous aimons le plus. Or, les Personnes que nous devrions aimer le plus sont très certainement le Père, le Fils et le l’Esprit-Saint. Nous sommes tellement habitués de prier au nom du Père, du Fils et de l’Esprit, que nous ne prenons pas toujours conscience du don et du privilège extraordinaires qui nous sont faits de croire au vrai Dieu et de pouvoir entrer en relation avec lui.
Quelle grâce que de croire au Père, au Fils et à l’Esprit !!!  La solennité d’aujourd’hui, la solennité de la Trinité, nous rappelle que Dieu est Amour. Dieu est Amour et l’Amour est Dieu. De toute éternité il y a des Personnes qui s’aiment infiniment. Le Père aime infiniment le Fils et le Fils aime infiniment le Père. Et cet amour est si fort et si consistant qu’il engendre éternellement, pour ainsi dire, une autre Personne : l’Esprit. Si Dieu, par impossible, était une Personne unique, je suis loin d’être sûr que je serais intéressé à le connaître. Mais cela est tout simplement impossible, précisément parce que Dieu est Amour. Or l’amour suppose et présuppose « l’altérité ». Il faut qu’il y ait un autre ou une autre pour aimer véritablement. Or les trois Personnes divines s’aiment infiniment de toute éternité.
On peut légitimement se demander ce qui a bien pu pousser Dieu à créer des personnes à son image puisque rien ne manquait à son bonheur. La seule raison valable, c’est l’amour. Dieu a voulu que nous partagions son bonheur, le bonheur d’être aimé infiniment. Une des phrases les plus fortes de tout l’évangile, se trouve en saint Jean : le dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples, repas communément appelé la Dernière Cène, se termine par la prière dite sacerdotale. Jésus après avoir longuement laissé ses dernières volontés à ses amis, entre en relation avec son Père et fait une prière extraordinaire pour nous ses disciples. La dernière phrase de cette prière est peut-être la phrase la plus extraordinaire de tout l’évangile : « Père, je leur ai fait connaître ton nom, et je leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois en eux. » (Jn 17, 26) N’est-il pas extraordinaire de savoir que nous sommes aimés de notre Père du ciel du même amour dont Il aime son Fils de toute éternité. Et saint Paul nous apprend que tout cela est dû à l’action de l’Esprit Saint en nous : « L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » (Rom 5,5) Voilà peut-être la raison pour laquelle nous fêtons la très Sainte Trinité le dimanche qui suit la solennité de la Pentecôte.
Traditionnellement, nous appelons « Fête Dieu » la solennité que nous vivrons dans quelques jours : la solennité du Corps et du Sang de Jésus. Mais à mon sens, c’est aujourd’hui la véritable Fête Dieu. Fêtons de tout cœur le Père, le Fils et l’Esprit-Saint.  Amen !

samedi 18 juin 2011

Le désir le plus profond

Le désir le plus profond

Iceberg
La partie immergée des icebergs,
image du « désir le plus profond »

J’ai finalement le temps d’écrire un premier texte pour mon blogue. La première chose qu’il faut trouver au moment de partir un blogue, c’est son nom. Quel nom vais-je lui donner? Cette question a été très facilement résolue dans mon cas. Sans aucune hésitation, j'ai donné à mon blogue le nom suivant : Dieu ma joie. J’ai choisi ce nom en raison d’une expérience spirituelle que j’ai vécue le 31 janvier 1994. Cette expérience spirituelle avait été préparée par une gestation de neuf mois, le temps d’une grossesse quoi. Vers le mois d’avril 1993, alors que j’étais prêtre dans le diocèse de Nicolet, une journée de formation était donnée sur les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Saint Ignace de Loyola est le fondateur de la Compagnie de Jésus, qui est une communauté religieuse mieux connue sous le nom de  « Jésuites ». Saint Ignace a écrit un petit livre intitulé : Les Exercices spirituels. Ce livre comporte une démarche spirituelle que l’on peut vivre de différentes façons. Une de ces façons consiste à se retirer de la vie normale durant un mois environ pour vivre cette expérience spirituelle qui consiste en quatre étapes, communément  appelées : les quatre semaines. Chaque semaine (qui ne correspond pas nécessairement à sept jours) poursuit un but spécifique. Au terme de la deuxième semaine, le « retraitant » ou « l’exercitant » est appelé à vivre ce que saint Ignace appelle l’élection. J’expliquerai un peu la signification de ce mot dans un instant.
J’ai donc participé au printemps 1993 à une journée de formation sur les Exercices spirituels. Lors de cette journée, Sœur Gertrude Dumouchel, religieuse des Sœurs de l’Assomption de Nicolet, qui a été pendant plusieurs années la supérieure générale de sa Congrégation, est venue nous parler durant environ vingt minutes de « l’élection » dans les exercices spirituels de saint Ignace. Ces vingt minutes ont été pour moi une véritable révélation. J’ai trouvé ces vingt minutes tout à fait extraordinaires et interpellantes. Sœur Dumouchel nous a fait comprendre que le moment de l’élection dans les Exercices spirituels, avait pour but de nous aider à découvrir le « désir le plus profond » qui est inscrit au fond de notre cœur. Sœur Dumouchel nous a dit que ce sont des Pères Jésuites Belges qui ont trouvé et adopté cette expression : le désir le plus profond. Selon eux et selon Sœur Dumouchel, chaque être humain a un désir au fond de son cœur qui l’emporte sur tous ses autres désirs. Chaque être humain a un désir fondamental. Sœur Dumouchel a alors cité cette prière d’ouverture que nous disons parfois à la messe : « Dieu, qui peux mettre au cœur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets; pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies. Par Jésus Christ, notre Seigneur. »
J’ai été tellement touché et bouleversé par l’enseignement de Sœur Dumouchel ce jour-là, que je n’avais qu’un seul désir pour le moment : celui de m’entretenir quelques instants avec cette religieuse. C’est ce que j’ai fait durant la pause de cette journée de formation. Sœur Dumouchel et moi sommes allés prendre une marche à l’extérieur. J’ai dit à cette Sœur à quel point j’avais été touché par ce qu’elle nous avait dit sur l’élection. Je lui ai dit à quel point je trouvais cela inspirant et vrai. Car je savais d’emblée que cela était vrai, même si je n’en avais pas encore fait l’expérience. Et puisque à cette époque, j’étais plutôt de nature pessimiste, je me suis dit et j’ai dit à la religieuse que je craignais de ne jamais découvrir mon désir le plus profond. Autant je trouvais dynamisant le fait qu’un tel désir puisse nous habiter, autant je croyais que jamais je ne parviendrais à connaître le mien. C’est alors que Sœur Dumouchel m’a dit cette phrase admirable : « Il est bon de savoir que l’on reçoit cette révélation comme un don, comme un cadeau. Le fait de connaître un jour notre désir le plus profond, n’est pas tellement le fruit de notre labeur et de notre recherche; nous le recevons souvent comme un grand cadeau, comme une grâce. » Cette religieuse ne croyait peut-être pas si bien dire. C’est exactement ce qui s’est passé dans mon cas, comme je le montrerai tout à l’heure. Au terme de notre entretien, j’ai dit à Sœur Dumouchel : « Peut-être que j’aurai l’occasion de découvrir mon désir le plus profond l’an prochain car je prendrai une année sabbatique. J’irai vivre une année au Centre de spiritualité Manrèse, à Québec, où l’on donne de la formation sur les Exercices spirituels de saint Ignace. Durant cette année, nous aurons même l’occasion de vivre le mois ignatien (les Exercices spirituels en retraite fermée durant un mois). » Tel fut le court entretien que j’ai eu avec Sœur Dumouchel ce jour-là.
Un mot sur l’élection : le mot élection nous est familier surtout à cause de la politique. Il nous arrive à tous les quatre ans environ, d’élire nos représentants politiques. Le mot élection fait alors allusion à notre rôle à nous, en tant que citoyens. C’est nous qui élisons des gens, qui choisissons nos représentants politiques. Le mot élection est alors synonyme de « choix ». Mais dans le domaine spirituel, il en va tout autrement : l’élection part de Dieu; c’est Dieu qui nous choisit, comme le dit si bien Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; c’est Moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16). C’est aussi ce que nous rappelle saint Paul au début de sa lettre aux Éphésiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux! C’est en Lui qu’Il nous a choisis dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, dans l’amour. » (Ephésiens 1, 3-4) Voilà une vérité qu’il nous est bon de méditer : Dieu nous aime, Dieu nous connaît avant même qu’Il ait créé le monde. Nous sommes dans le cœur de Dieu de toute éternité. De toute éternité Dieu m’aime, Dieu m’a choisi, Dieu m’a élu.
En m’aimant, en me choisissant, en faisant de moi l’objet de son élection, Dieu m’a aussi donné un nom connu de Lui seul. Nos parents nous ont donné un nom à notre naissance; mais Dieu nous a nommés bien avant cela. Dieu m’a nommé de toute éternité. Dieu a prononcé le nom par lequel Il me connaît et me différencie de tous les autres êtres humains. Nous avons une indication de cela dans les évangiles lorsque Jésus dit à Simon que désormais il ne s’appellera plus Simon mais Pierre. L’homme Simon est de toute éternité aux yeux de Dieu l’apôtre Pierre qui sera le roc inébranlable sur lequel se fondera notre foi au Christ. Dans la Bible, Dieu nous dit souvent qu’Il nous connaît par notre nom : « Je t’ai appelé par ton nom. » (1) Le Bon Pasteur connaît ses brebis une à une et les appelle chacune par son nom (Jn 10, 3). Au ciel, Il nous donnera un nom nouveau connu de Lui seul (2).  Ce nom nouveau n’est pas si nouveau car il habite le cœur de Dieu de toute éternité. Et c’est ce nom que l’on appelle « la vocation personnelle du croyant » ou encore « l’élection fondamentale », ou selon certains Père Jésuites belges : « le désir le plus profond ». Or il nous est possible, de notre vivant, de découvrir ce nom. C’est ce qui m’est arrivé le 31 janvier 1994, neuf mois après avoir entendu Soeur Dumouchel parler de l'élection ignatienne. 
Après ma première rencontre avec Sœur Gertrude Dumouchel, je n’avais qu’une seule aspiration : connaître et découvrir « mon désir le plus profond ». Je me souviens d’être allé rencontrer Sœur Dumouchel pour lui faire part de mes intuitions et de mes découvertes en ce sens. Je lui ai fait part du fait que je croyais que mon désir le plus profond pourrait être décrit ainsi : « Perdre du temps pour Dieu. » Je suis une personne qui aime beaucoup prier et je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps lorsque je prie. Or tout l’évangile nous enseigne que « qui perd, gagne ». Je me souviens encore du visage de Sœur Dumouchel lorsque je lui ai fait part de ma « découverte ». Elle a accueilli cette découverte avec bienveillance mais elle ne semblait pas convaincue que j’avais trouvé. Elle me dit que le « désir le plus profond » devait être exprimé de façon positive, pour qu'il puisse susciter l'enthousiasme. Je compris alors que la façon dont j’avais exprimé mon désir le plus profond était un peu négative et ne pouvait pas susciter beaucoup d'enthousiasme. « Perdre du temps pour Dieu » est une bien belle chose; mais on ne saurait faire de cela le centre de sa vie. Toutefois, Sœur Dumouchel me dit que cette formulation que j’avais trouvée, pouvait probablement me mettre sur la piste de mon « désir le plus profond ».  
Les mois ont passé sans que je ne cherche vraiment à connaître mon désir le plus profond. J’avais mis mon espoir dans l’année sabbatique qui allait commencer en septembre. En septembre 1993, je me suis donc rendu à Québec pour une année de formation sur les Exercices spirituels de saint Ignace, au Centre de Spiritualité Manrèse. Le premier semestre fut très intéressant. Les vacances de Noël sont arrivées. Nous savions qu’au retour des vacances du temps des fêtes, nous allions vivre le mois ignatien, c’est-à-dire une retraite fermée en silence et dans la prière pour vivre l’expérience décrite par saint Ignace dans ses Exercices spirituels. La retraite commença à la mi-janvier. Le moment prévu pour la découverte de notre « élection » était prévu pour la fin du mois de janvier. Les deux derniers jours du mois de janvier ont été consacrés à cette fin. Depuis des mois, je ne me tracassais plus la tête pour connaître mon « nom divin ». J’avais abandonné cela dans les mains du Seigneur. Or, le 31 janvier 1994, j’ai reçu ce « nom » comme un grand cadeau, sans aucun effort et dans l’émerveillement. Ce matin là, alors que j’étais encore au lit mais tout à fait réveillé, j’ai éprouvé une grande joie en pensant précisément à la joie. J’ai d’abord pensé à la première parole que l’ange Gabriel a adressée à la Vierge Marie le jour de l’Annonciation : « Kairé ». Ce mot grec se traduit souvent par « Réjouis-toi ». Il me semblait que l’archange Gabriel m’adressait la même parole : « Réjouis-toi, Guy. » Toujours dans mon lit me sont venues aussi à l’esprit les paroles de saint Paul dans sa lettre aux Philippiens : « Réjouissez-vous dans le Seigneur. Laissez-moi vous le redire : « Réjouissez-vous. » (Philippiens 4,4). Ce matin-là, je me suis vraiment réveillé dans la joie, sous la mouvance de la joie. En revenant de déjeuner, mes yeux se sont posés sur la grande image du calendrier que j’avais dans ma chambre. Nous étions rendus au dernier jour du mois et je n’avais encore jamais porté attention à cette image. Or l’image représentait l’archange Gabriel au moment de l’Annonciation, tel que peint par Fra Angelico. Sur l’image, on ne voyait que l’Archange Gabriel. En voyant la reproduction de cette peinture, j’ai eu la nette impression que l’archange Gabriel me redisait à moi les mots qu’il a dits un jour à Marie : « Kairé ; Réjouis-toi ! ». Comme il était étrange que je vive cette expérience ce jour-là. Le lendemain, la page du calendrier serait tournée. Ce 31 janvier 1994 fut donc vécu sous le signe de la joie. Il me semblait de plus en plus évident que mon nom venant de Dieu avait rapport à la joie.
Durant la retraite, nous vivions l’eucharistie tous les jours à 16 heures. Ce jour-là, je me souviens d’avoir dit à Dieu : « Seigneur, il me semble bien que je viens de découvrir quelle est mon élection fondamentale, mon désir le plus profond. Mais j’aimerais avoir une dernière confirmation de ce fait. Si jamais les lectures de la messe ont manifestement rapport avec la joie, je serai convaincu de mon intuition et de mon don ». Au moment de me préparer à la messe, je prends mon Prions en Église (ce petit livret fait à chaque mois par les Éditions Novalis pour nous partager la Parole de Dieu de chaque jour à la messe). Je commence par regarder l’évangile du jour. Or cet évangile n’avait absolument aucun rapport avec la joie. J’ai alors réalisé que les responsables du Prions en Église avaient décidé ce jour-là de mettre les lectures du saint du jour : saint Jean Bosco. Normalement lors des mémoires des saints, l’Église préfère opter pour la lecture continue de la Parole de Dieu qu’on lit en Église à ce moment-là. Nous ne devrions pas prendre les lectures propres du saint du jour. Or les dirigeants du  Prions en Église avaient fait l’autre choix : ils avaient décidé ce jour-là, de mettre les lectures propres à saint Jean Bosco. Voyant que l’évangile n’avait aucun lien avec la joie, je me suis exclamé : « Merde ! le Prions en Église n’a pas opté pour la lecture continue de la Parole de Dieu. »  Je suis alors retourné à la page précédente pour voir quelle était la première lecture de ce jour. Mes yeux sont alors tombés sur les premiers mots de la première lecture choisie pour la fête de saint Jean Bosco : « Réjouissez-vous dans le Seigneur. Laissez-moi vous le redire : réjouissez-vous. » (Phil 4, 4). Je n’en revenais tout simplement pas. Comme Dieu est bon ! Pour me confirmer dans mon élection, le bon Dieu avait permis cette erreur liturgique (ou plutôt cette « divergence liturgique ») de la part du Prions en Église. À chaque année, quand arrive le 31 janvier, je regarde les lectures que le Prions en Église propose; or jamais depuis le 31 janvier 1994, à ma connaissance, il est arrivé à nouveau que le Prions choisisse les lectures propres à la fête du jour : la fête de saint Jean Bosco. Une fois de plus, j’ai eu la preuve que Dieu agit envers chacun de nous comme si nous étions seuls sur terre, ou seuls au monde, selon le titre d'un film très connu. Toute l’attention de Dieu se porte continuellement et exclusivement, en un sens, sur chacun de ses enfants. Il est vrai que Dieu prend soin de tous; mais sa façon de prendre soin de tous est de veiller sur chacun de ses enfants comme sur son fils ou sa fille unique. Oui, uniques nous le sommes aux yeux de Dieu; et, espérons-le, à nos propres yeux et aux yeux des autres !
Voilà !  Vous savez maintenant pourquoi mon blog porte le nom suivant : « Dieu ma joie. » Il est vraiment curieux que je n’aie pas découvert auparavant mon élection fondamentale. Durant plusieurs années, depuis mon ordination sacerdotale, j’ai prêché des retraites aux religieuse et religieux. Ma retraite avait un sujet unique; elle avait pour titre : « Soyez les témoins de ma joie ». Évidemment, lorsque dans le cas présent je disais « ma joie », il ne s’agissait pas de la joie de Guy Simard; j’imaginais alors que Jésus lui-même nous disait d’être les témoins de sa joie. J’imagine que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît, …  et de ce que l’on est. D’ailleurs, lorsque j’étais jeune prêtre, j’ai lu un jour la magnifique lettre du pape Paul VI sur la joie chrétienne. Cette lettre écrite en 1975, lors d’une année jubilaire, a été une véritable révélation pour moi. C’est cette lettre qui a été le premier déclencheur de la découverte de mon désir le plus profond, même si à l’époque je ne connaissais absolument rien d’une telle terminologie. Et il est très intéressant de noter que le pape Paul VI dans cette lettre, en nommant quelques uns des saints qui sont réputés pour être les saints les plus joyeux dans l’histoire de l’Église, mentionne : saint Jean Bosco.
Si ce sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture du petit lire du Père Herbert Alphonso, s.j., qui porte exclusivement sur ce thème : Tu m’as appelé par mon nom. La vocation personnelle du croyant, Éditons Saint-Paul, Paris, 1993. Le Père Alphonso a été pendant de nombreuses années le directeur du Centre ignatien à Rome. J’ai eu la chance de rencontrer ce Père à quelques reprises. C’est un homme charmant et très spirituel. Dans son livre, il témoigne du fait que la découverte de son « nom », de sa « vocation personnelle » a été un point tournant dans sa vie et a opéré en lui une transformation radicale dont il vit depuis à chaque jour. Je vous souhaite à tous de découvrir un jour votre « désir le plus profond ». Je suis toutefois persuadé que même si vous ne preniez jamais conscience de votre désir le plus profond, vous en vivez et vous en témoignez à chaque jour.
Fraternellement,
Guy, omv

(1)   « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. » (Isaïe 43, 1)
(2)   « A celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit. » (Apocalypse 2, 17)